DIXIÈME GROUPE
Syphilides.
J’aborde un sujet qui tous les jours se présente aux méditations du médecin, en raison des exemples si nombreux que l’on observe
SYPHILIDES.
dans la pratique. Je veux parler des accidents secondaires de la syphilis qui ont leur siège à la peau et que l’on a désignés sous le nom de syphilides. Ces maladies sont tellement communes qu’elles se trouvent constamment en plus grand nombre peut-être à l’hôpital Saint-Louis, tant chez l’homme que chez la femme, que dans deux hôpitaux consacrés exclusivement au traitement de la syphilis où les accidents primitifs sont au contraire beaucoup plus multipliés.
Tout en ne voulant pas embrasser ici l’histoire de cette dernière maladie, je ne puis cependant pas isoler les syphilides de quelques considérations préliminaires qui s’y rattachent et qui s’y lient assez intimement, pour diriger le praticien daas le diagnostic et le traitement de ces affections.
Établissons d’abord que l’on doit désigner sous le nom de syphilide tout phénomène morbide de la peau qui a pour point de départ un symptôme primitif de la syphilis ; cet état morbide ne saurait être complètement guéri que par les traitements généraux que l’on dirige ordinairement en vue de la maladie vénérienne.
Mais en présence des opinions aujourd’hui si divergentes sur les symptômes primitifs que l’on doit qualifier de syphilitiques, c’està-dire des phénomènes morbides qui ont pour cause Y inconnu que l’on est convenu de qualifier par les mots mVms vénérien , il faut dire notre pensée à cet égard, en raison des convictions que nous avons pu acquérir par l’expérience et l’observation des faits.
D’une opinion exagérée par les anciens, et qui consistait à considérer comme phénomènes morbides syphilitiques tout état maladif des parties génitales qui pouvait être une conséquence du coït ou
même des circonstances du coït , on a passé à l’opinion opposée, c’est-à-dire à ne plus considérer comme vénérien qu’un seul symptôme -, le chancre et même à la condition que ce chancre reproduira un autre chancre, au moyen de l’inoculation; de sorte qu’il n’a pas suffi de réduire à un seul phénomène morbide les symptômes primitifs : les caractères physiques de ce symptôme ont été considérés comme de nulle valeur, et l’inoculation suivie de la reproduction identique du chancre en est devenue la seule démonstration : telles sont les opinions que M. Ricord a professées dans ces dernières an-
nées avec beaucoup de talent. Ses doctrines ont fait école et bon nombre de jeunes médecins portent dans leur pratique ces idées que je regarde comme tout aussi funestes que l’ont été les idées exclusives de Broussais, idées rendues plus exclusives encore par les élèves qui les ont adoptées et le plus souvent exagérées.
Il nous faut donc chercher à démontrer : 1° qu’il existe d’autres symptômes primitifs de la maladie vénérienne ; 2° que l’inoculation 'du chancre ne prouve rien au delà de ce fait, quand elle réussit, que le chancre était de nature vénérienne; et quand elle ne réussit pas, qu’on ne peut pas tirer cette induction que le symptôme n’était pas syphilitique.
Et d’abord quel est le praticien de quelques années qui n’a pas vu de symptômes secondaires de la syphilis se produire consécutivement à une blennorrhagie? Cette cause est si fréquente que pour nous, nous ne chercherons pas à en donner la preuve. Mais, dit-on selon la doctrine actuelle, la blennorrhagie qui est suivie de phénomènes secondaires, soit à la peau, soit aux membranes muqueuses, était primitivement une blennorrhagie avec chancre dans l’intérieur del’urèthre, lequel chancre n’avait pas pu être constaté. Ainsi, déjà on avoue que la blennorrhagie peut être la source d’accidents secondaires, sauf à supposer un phénomène dont l’existence ne peut jamais être constatée; on fait par conséquent une supposition toute gratuite. C’est évidemment un moyen de ne pas ruiner une doctrine par sa base : aussi est-ce encore de cette manière que l’on explique les cas où l’inoculation du pus blennorrhagique ou muco-pus vient à reproduire un chancre. D’où, au point de vue pratique en dehors de toute doctrine exclusive, il faut tirer cette conséquence que la blennorrhagie comme le chancre peut être un antécédent de syphilis. Il faut convenir que cette épithète larvé appliquée soit au chancre, soit aux autres maladies, a été fort heureusement inventée !
Mais la syphilis peut se manifester primitivement par d’autres phénomènes ; le bubon d’emblée, les pustules muqueuses ou pustules plates, les fissures de l’anus, du sein et des lèvres, les ulcérations au sein et à l’angle de la bouche, etc., sont autant de symptômes qui peuvent s’observer primitivement et qui résultent de
SYPHILIDES.
l’infection par contact, car je ne saurais considérer ces phénomènes comme secondaires, ils sont tout aussi primitifs que le chancre. Il y a plus, tout individu porteur de l’un de ces phénomènes morbides peut communiquer par le contact la maladie vénérienne à une autre personne, et par conséquent aussi ces phénomènes sont vénériens; ils peuvent donc être, comme le chancre, la source de syphilides.
Telle est au moins l’opinion que nous professons à cet égard. Nous admettons que e chancre n’est pas le seul symptôme capable de donner lieu à l’infection ; que l’infection a des bases beaucoup plus larges; qu’elle peut se faire par certains points de la peau ; par le tissu intermédiaire à la peau et aux membranes muqueuses ; par les membranes muqueuses; par le corps muqueux de la peau ou la peau dépourvue de son épiderme dans les cas d’excoriation, et enfin par les plaies.
L’infection peut se faire par certains points de la peau, je veux parler du pourtour de l’anus et notamment des mamelons. Qui n’a vu des pustules plates se développer au pourtour de l’anus à la suite de l’acte de la pédérastie, chez des enfants où la disproportion d’âge n’avait pas pu permettre l’introduction du membre viril ? — J’ai été chargé pendant longtemps de la visite des nourrices à la direction des nourrices des hôpitaux et j’ai souvent observé des familles entières, femme, mari et enfants, tous affectés de symptômes syphilitiques principalement extérieurs par suite d’une infection par succions dépendantes d’un enfant né avec la maladie vénérienne. Des ulcérations s’étaient primitivement montrées aux seins de la nourrice, celle-ci avait peu à peu offert des phénomènes consécutifs à la gorge et aux parties génitales, elle avait infecté son mari ; plus tard les enfants delà nourrice étaient tombés malades en se servant des verres qui servaient au père et à la mère, car les commissures des lèvres étaient le siège de fissures, d’ulcérations ou de tubercules plats. Qui ne sait que l’infection vénérienne a souvent eu lieu par des baisers? Lagneau rapporte même l’exemple d’une personne qui portait une ulcération au nombril, laquelle ulcération provenait du dépôt de sperme dans ce cul-de-sac. Je crains, il est vrai, que les circonstances de ce fait aient été mal rapportées par les malades, mais, quant aux autres, ils ont été reproduits par beaucoup d’au-
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teurs. Ainsi, d’une part, le chancre n’est pas le seul symptôme vénérien capable de communiquer la maladie vénérienne ; d’une autre part, les modes d’infection sont divers et toute sécrétion purulente ou muqueuse, infectée, est capable de transmettre la syphilis sur le tissu intermédiaire à la peau, aux membranes muqueuses et à ces membranes elles-mêmes. Et comment pourrait-il en être autrement lorsque la mère transmet par le sang à son enfant l’infection dont elle est atteinte ?
A plus forte raison, cette infection doit-elle s’entendre de la peau excoriée ou des plaies. On sait, en effet, que l’absorption s’opère beaucoup plus rapidement par les surfaces cutanées dépourvues d’épiderme que par la peau. Il en est de même des plaies sur lesquelles les matières vénéneuses insolubles sont absorbées ; à plus forte raison un virus, du genre du virus vénérien. Au surplus, ces doctrines que j’ai consignées dans la première édition de cet ouvrage ont reçu en grande partie une sorte de sanction dans la discussion qui a eu lieu à ce sujet à l’Académie de médecine en 1855.
J'aborde maintenant Iç second point que je voulais traiter dans cet article, celui de prouver que l’inoculation ne démontre rien d’absolu par rapport à la nature du chancre, et que par conséquent, au point de vue pratique, cette opération, immorale de sa nature, ne doit jamais être employée. Mieux vaut cent fois supposer l’hypothèse d’une forme morbide syphilitique et soumettre un malade à un traitement inutile pendant un temps donné d’essai, que de produire par l’inoculation des surfaces malades nouvelles que l’on ne cicatrise pas toujours à volonté, et qui, dans certains cas, se perpétuent et contribuent à augmenter l’infection générale, sans tenir compte de l’influence qu’elles exercent sur le moral des malades.
Et d’abord ou l’inoculation réussit, ou elle ne réussit pas; c’està-dire, qu’elle reproduit un chancre en tout semblable à celui qui a fourni le pus, ou elle n’en donne pas un semblable, mais seulement elle développe une inflammation du genre de celle que produit l’inoculation d’une matière morbide étrangère à la syphilis, un bouton ou même une pustule, qui, chez des sujets d’un tempérament lymphatique et d’une mauvaise constitution , tendent
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à devenir plaie suppurante; ou enfin l'inoculation ne développe rien.
Dans le premier cas, on a la preuve que le chancre était syphilitique. Mais est-ce que, dans la grande généralité des cas, le praticien un peu exercé a besoin d’inoculer le pus d’un chancre pour reconnaître qu’il est vénérien? D’ailleurs, à quoi le reconnaît-il, si ce n’est aux caractères du chancre même dont il a inoculé le pus?
Or, si ces caractères l’ont conduit a une vérification qui ne lui retrace aucun nouveau phénomène, pourquoi la pratiquer?
Dans le second cas, il peut y avoir doute sur la nature du chancre dont on a inoculé le pus, car il a fait naître une pustule et parfois une ulcération, mais sans caractères syphilitiques bien tranchés, et alors l’inoculation n’a servi à rien.
Dans le troisième, où l’inoculation n’a eu aucune suite, où elle n’a développé aucun phénomène morbide, quelle preuve en déduire? Rien, suivant nous. En effet, quand on inocule le virus vaccin, est-ce que la pustule vaccinale se montre nécessairement? L’opération n’a-t-elle pas pu être mal faite? Ne voit-on pas des personnes rebelles à deux , quatre , six vaccinations, présenter une superbe pustule à la septième? Ce qui a lieu pour le vaccin peut donc avoir lieu pour le virus syphilitique, et par conséquent le résultat négatif d’une inoculation vénérienne ne prouve rien d’une manière absolue, au moins quant a la nature du chancre. Mais il y a plus, M. Ricord admet que le pus du chancre ne reproduit pas le chancre dans toutes les phases de sa durée; il y a un certain moment qu’il faut choisir, une certaine date d’invasion dont il faut tenir compte, pour que l’inoculation réussisse. Cette date et ces caractères que doit avoir le chancre, on ne les spécifie pas. Mais ce chancre, quelle que soit la date de son invasion, infectera tout individu et transmettra néanmoins la vérole ! Ainsi voilà un produit morbide, vénérien, qui ne peut se reproduire qu’à un certain temps de son existence, et qui cependant est la source d’une infection à quelque époque que ce soit!
Évidemment l’inoculation doit être rejetée comme moyen de reconnaître les caractères d’un chancre ou de toute ulcération douteuse, parce que l’opération elle-même ne donne de résultats cer-
tains que dans quelques cas, et des résultats toujours incertains dans tous les autres.
J’ai voulu démontrer : 1° que plusieurs des symptômes primitifs pouvaient développer consécutivement des syphilides , et que le chancre n’était pas le seul symptôme qui fût dans ce cas ; 2° que l’inoculation était tout à fait incertaine dans ses résultats pour reconnaître la nature syphilitique d’une sécrétion morbide primitive. Je vais maintenant rechercher s’il est possible de préciser une époque à laquelle un symptôme primitif ne saurait plus développer d’accidents secondaires.
Doit-il , en d’autres termes, s’écouler deux, quatre ou dix ans, pour être à l’abri de l’apparition de syphilides lorsqu’un individu a été affecté d’un chancre, d’une blennorrhagie, ou de tout autre accident primitif? Je déclare que la question est tout à fait insoluble et qu’il est impossible de préciser une date un peu certaine à cet égard. Ainsi une personne a eu une blennorrhagie ; vingt ans se sont écoulés ; une blessure est accidentellement faite, un état morbide général se déclare, la santé se rétablit, mais la blessure se cicatrise difficilement; peu à peu elle prend les caractères d’une ulcération syphilitique, ses bords s’arrondissent, se relèvent, s’excavent, le pus sécrété est de mauvaise nature et un traitement antisyphilitique seul peut guérir cette affection. Sous l’influence de la même cause, une personne est prise de fièvre générale, une éruption s’opère à la peau, elle a d’abord les caractères d’une affection aiguë, puis cette affection persiste au delà du terme ordinaire, prend une forme chronique et revêt les caractères des syphilides. Tout cela se passe après cinq, dix, vingt ou trente ans d’une blennorrhagie. Mais, dira-t-on, il faut supposer que le virus vénérien a séjourné dans Téconomie sans y manifester sa présence pendant de longues années, puis, que par une cause accidentelle il manifeste sa présence? On fera à cet égard toutes les suppositions possibles ; peu m’importe ; mais c’est un fait si journalier, si commun pour les personnes qui traitent les maladies de la peau, qu’il n’est pour elles l’objet d’aucun doute. — Ainsi, en résumé, non- seulement plusieurs symptômes primitifs peuvent développer des phénomènes cutanés secondaires, mais encore leur influence peut se faire sentir à une époque très éloignée
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de leur invasion, lorsque ces symptômes n’ont pas été primitivement traités convenablement. Aussi, toutes les fois qu’une personne atteinte de blennorrhagie vient réclamer mes soins, je me borne à traiter la maladie par des antiphlogistiques et des révulsifs balsainiques, si cette personne ne doit pas se marier et si elle peut être exposée à contracter une maladie nouvelle. Je n’hésite pas, au contraire, à prescrire un traitement antisyphilitique, lorsque cette personne doit contracter un mariage.
Disons cependant qu’il est très commun de voir se développer les syphilides dans les six premiers mois qui suivent la manifestation des accidents primitifs, c’est la règle la plus générale ainsi que l’a fait remarquer M. Ricord ; il n’y a rien de plus.
Syphilides. — Ces préliminaires établis, abordons nettement l’histoire succincte des syphilides. On désigne sous ce nom toute éruption, papule, tubercule ou ulcération de la peau, qui a pour cause l’inconnu que l’on appelle virus vénérien. Mais les maladies de la peau sont très variées et, chose remarquable, la plupart des formes morbides de la peau peuvent se montrer sous la forme de syphilides, depuis l'efflorescence cutanée jusqu’à l’ulcération la plus profonde. Aussi Biett a-t-il fait autant de classes de syphilides qu’il y a de classes de maladies cutanées. Ainsi, dans la classe des exanthèmes on trouve la roséole et l’érythème syphilitiques ; dans les maladies vésiculeuses, les syphilides varicelleuse, herpétique et eczémateuse; dans les dermatoses bulleuses, le pemphigus et le rupia syphilitiques; dans les pustuleuses, l’ecthyma, l’acné et l’impétigo. Il existe deux formes d'affection papuleuse vénérienne, le lichen simple et le lichen pustulo-papuleux.
Les syphilides squameuses sont assez communes et correspondent aux variétés de psoriasis et de lèpre. Quant à la classe des maladies tuberculeuses de la peau , elles comprennent un grand nombre de syphilides sous forme de tubercules non ulcérés ou ulcérés, en groupe ou disséminés, de sorte, qu’ainsi que nous le disions, les formes de syphilides correspondent aux diverses formes anatomo-pathologiques des maladies de la peau, et sont presque aussi variées qu’elles.
Chacune de ces formes vénériennes a deux ordres de caractères :
des caractères communs et des caractères propres. Pour le praticien, ce qu’il est bien important de connaître, ce sont les caractères communs, car qu’une syphilide soit eczémateuse, papuleuse ou ulcéreuse, cela importe beaucoup moins que de savoir que l’on a affaire à une syphilide; puisque, à part des variétés dans la marche, la durée de la maladie, quelques modifications dans le traitement, la base de la thérapeutique est la même. Les auteurs ne se sont pas assez attachés à bien faire connaître ces caractères communs : c’est un tort, car c’est par eux que notre attention est appelée et que nous portons un diagnostic sur la maladie. Nous allons essayer de les peindre et de les reproduire d’une manière circonstanciée, afin de remplir ce vide.
Ces caractères sont au nombre de trois : ils se déduisent 1° du Siège de l’affection cutanée ; 2° de la coloration de la maladie ; 3° de la disposition que l’éruption cutanée a prise sur la surface de la peau.
Siège de l'éruption. — Chose remarquable, quoique les syphilides puissent se montrer à toute la surface de la peau, elles ne se développent le plus souvent qu’à certains points de cette surface et toujours sur les mêmes. On conçoit tout d’abord l’importance de ce siège pour le diagnostic; aussi faut-il l’avoir toujours présent à la 'pensée, c’est un des signes les plus concluants. Voici quels sont ces lieux d’élection, dans l’ordre de leur fréquence : Pourtour des ailes du nez et des angles de la bouche; racine des cheveux sur le front et à la partie postérieure du cou ; angle interne des yeux, centre de la poitrine partie, interne des membres, voisinage des aisselles et des aines. Je répète que toute la surface de la peau peut être envahie, mais, quatre-vingts fois sur cent, la maladie sera limitée aux parties que je viens d’indiquer, et de toutes ces parties, c’est à la figure que se montrent principalement les syphilides.
Voici au surplus quelques données statistiques qui ont trait au sujet qui nous occupe. Sur 121 cas on trouve la face atteinte 64 fois, le cou 43, la poitrine 47, le ventre 41, les bras, les cuisses, les avant-bras et les jambes 50, le cuir chevelu 40 fois, les mains 29, les pieds 19 ; ce qui tient à ce que les Syphilides sont presque toujours générales. Elles se développent de 25 à 35 ans, 45 fois; 33 fois de 15 à 25 ; 29 fois de 35 à 65 ; 7 fois de 45 à 55, et 5 fois
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à 55 et au delà. C’est en été et en hiver qu’elles se montrent le plus communément : 36 en été, 21 en hiver, 8 au printemps et 19 en automne.
Forme. — Une éruption syphilitique n’est que bien rarement limitée à une seule papule ou pustule ou tubercule. Quel que soit le peu d’étendue de l’affection, la forme morbide élémentaire se répète plus ou moins. Chose remarquable, c’est dans un ordre, un arrangement symétrique que les produits morbides se disposent, et c’est cette disposition qui constitue le second caractère essentiel des syphilides.
Il est d’observation que, dans tous ces cas, que ce soient des papules , des pustules, des plaques squameuses, elles sont toujours arrangées de manière à représenter des lignes courbes elliptiques. Ces lignes auront ;des proportions relatives au volume des parties où la maladie se développe; elles seront très petites quand elles circonscriront les ailes du nez, l’angle de l’œil, un des angles de la bouche; elles seront très étendues et les productions morbides très espacées quand elles viendront à se montrer au voisinage des aisselles ou des aines, et plus étendues encore si elles se montrent au milieu du tronc. Mais dans tous les cas, la disposition elliptique est le cachet de la cause morbide; elle a une très grande valeur comme moyen de diagnostic.
Je ne saurais toutefois avancer qu’on ne puisse pas trouver d’analogie à cette forme dans quelques affections de la peau qui ne reconnaissent pas pour cause la syphilis ; mais alors cette analogie n’est qu’une exception, elle ne s’observe que dans quelques psoriasis invétérés très étendus, par exemple, dans lesquels il y a une affluence de plaques squameuses. C’est surtout dans le psoriasis guttata général que l’on remarque cette analogie ; mais je le répète, c’est l’exception. On ne saurait donc apporter trop d’attention à ce caractère qui vient se joindre au premier pour dénoter la cause vénérienne de l’affection ; les simples taches érythémateuses de la peau, quoique d’une étendue assez notable, ne font pas exception à cette règle.
Coloration. — Le troisième caractère que nous assignons aux syphilides, c’est la coloration. On sait quelle importance la géné-
ralité des auteurs ont attachée à la teinte cuivrée des productions morbides syphilitiques. Pour moi, c’est un caractère d’une valeur bien moindre que les deux précédents. Et d’abord quelle est cette teinte? Ce n’est d’ailleurs celle ni du cuivre jaune, ni du cuivre rouge ; en sorte que l’expression de teinte cuivrée ne saurait rendre cette coloration. On peut dire qu’en fait de syphilides, il s’agit d’une teinte particulière, d’un mélange de jaune, de rouge et de brun, couleur fauve, que l’on ne peut pas spécifier et que l’habitude seule de voir des phénomènes syphilitiques apprend à connaître. Faisons d’ailleurs observer que ce caractère manque pour certaines formes morbides, des pustules, des ulcérations, des plaques de rupia ; c’est donc avec raison que, prenant en considération ces dernières circonstances, je n’ai assigné que le troisième rang à ce phénomène comme moyen de diagnostic.
Mais en groupant les trois caractères que je viens d’indiquer, il est rare que l’on ne soit pas conduit à se demander si l’on n’a pas affaire à une syphilide, et dès lors si l’on ne doit pas questionner le malade sur ses antécédents. Il est vrai que chez les femmes on obtient rarement des aveux , mais je n’hésite jamais, malgré la négation , à prescrire un traitement antisyphilitique , lorsque je réunis l’ensemble de phénomènes sur lesquels je viens de fixer l’attention.
J’ai établi les caractères généraux à l’aide desquels on pouvait reconnaître l’existence d’une éruption syphilitique de la peau, de manière à fixer l’attention du praticien sur l’aspect commun qui caractérise les éruptions cutanées de cette nature. S’il est vrai qu’il n’y ait pas d’exception à ces caractères généraux, il est vrai aussi que chaque forme morbide de syphilide présente des différences dans l’invasion, la marche et l’aspect spécial qui leur est propre. Je vais m’attacher à peindre ces nuances.
J’ai dit que les diverses formes de syphilides pouvaient être rattachées aux diverses classes de maladies cutanées, et non-seulement elles peuvent être rattachées à ces classes, mais encore à la plus grande partie des espèces. Abordons d’abord la catégorie des syphilides exan thérna te uses.
Syphilides exanthémateuses. — On en admet deux formes : la ro-
SYPHIL1DES.
séole et l’érythème papuleux syphilitiques. Elles se distinguent entre elles : 1° Par le mode d'invasion: la roséole syphilitique, comme la roséole simple, est presque toujours précédée des symptômes ou prodromes qui accompagnent la roséole ordinaire. Ainsi, lassitude générale, anorexie, malaise , souvent mal à la gorge ; puis tout à coup éruption à la peau dans les vingt-quatre heures, de taches de largeur diverse, depuis une pièce de cinquante centimes et audessous, avec rougeur assez claire, disparaissant sous la pression du doigt. L’érythème syphilitique est , au contraire , rarement précédé de symptômes précurseurs; il apparaît plus lentement sans malaise, et d’une manière lente et successive.
T Par le siège : c’est surtout au cou, à la racine des cheveux, audevant de la poitrine, au voisinage des aines et des aisselles, que se montre la roséole ; l’érythème se manifeste plutôt sur les membres et à leur partie interne.
3° Par l'aspect spécial à l'éruption: dans la roséole, les taches ne présentent pas d’élévation sensible au-dessus du niveau de la peau. Dans l’érythème, cette élévation est plus ou moins marquée; aussi a-t-on désigné cette forme sous le nom d 'érythème papuleux.
4° Par la marche et la terminaison : la roséole syphilitique est persistante; la coloration, rosée d’abord, se fonce peu à peu, tout en perdant de l’intensité de sa coloration, et il arrive un moment où les taches semblent disparaître tout à fait, surtout si la température de l’atmosphère est très élevée; mais au moindre refroidissement du corps, qui amène la pâleur générale de la peau, on voit s’établir un contraste entre la nuance propre à la peau et la coloration ombrée des taches. L’érythème papuleux syphilitique disparaît quelquefois spontanément et d’une manière lente, en se déprimant peu à peu, gagnant le niveau de la peau, et y laissant une coloration à peine sensible; aussi ces éruptions font-elles naître dans ce cas beaucoup de doute dans l’esprit du médecin. Mais peu à peu la coloration reprend le dessus, et sa persistance ne permet plus alors de doute sur la nature de la maladie.
Quant à la résolution de ces deux maladies d’une manière spontanée, elle est rare, en ce sens que la disparition complète ait lieu sans le secours d’aucune médication ; mais lorsqu’elle arrive, c’est
pour se montrer plus tard sous la même forme ou sous une forme nouvelle. C’est, du reste, ce qui a lieu à l’égard de toutes les syphilides.
Syphilides varicelleuses. — Il est une variété de syphilides que quelques auteurs modernes ont placée au nombre des syphilides vésiculeuses et qui , suivant moi, doit faire partie des syphilides exanthémateuses ; je veux parler de la varicelle syphilitique. En effet, cette éruption est évidemment un exanthème. D’ailleurs, elle n’est pas seulement vésiculeuse; elle est encore pustuleuse, puisque, dans la grande généralité des boutons, la liqueur séreuse d’abord se transforme bientôt en pus. — Quoi qu’il en soit, disons que, pré» cédée de prodromes à l’instar de la varicelle, mais cependant généralement moins prononcés , la maladie apparaît à la peau sous
forme d’une éruption plus lente à se développer et moins confluente ; que , d’ailleurs, les boutons, au lieu d’apparaître simultanément, semblent se succéder à intervalles assez rapprochés, mais cependant de manière à dépasser de beaucoup la somme de temps nécessaire pour l’évolution de la varicelle ; ce n’est plus en vingt-quatre heures ou quarante-huit heures que l’éruption est achevée, c’est durant huit, dix, quinze jours que l’éruption s’accroît ; de sorte que, dans certains cas, elle devient presque confluente dans l’espace de trois semaines à un mois. Quant aux boutons, ils apparaissent avec des élevures au centre desquelles se développent des vésicules semblables, pour le volume, à celles de la variole; mais tandis que dans celle-ci l’éruption est entourée d’une auréole d’un rose tendre sous forme d’efflorescence, cette teinte acquiert en peu de temps dans la varicelle syphilitique la couleur sombre et brunâtre que nous avons décrite. En même temps, la sérosité se résorbe plus lentement ou se change en une liqueur d’aspect sanieux, pour se dessécher et former une croûte brunâtre, lente a se détacher, et laissant un engorgement coloré en brun , qui conserve la largeur de la pustule qui s’était primitivement développée.
Syphilides vésiculeuses. — Il en existe deux espèces : l’eczéma et l’herpès syphilitiques; l’eczéma se présente avec ses deux variétés : l’eczéma simple et l’eczéma impétigineux. Mais il est rare que la syphilide soit primitivemêivê eczémateuse ; il est beaucoup plus fré-^
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quent de voir un eczéma prendre les caractères syphilitiques, par suite d’une infection contractée pendant le temps où un individu était affecté d’eczéma ou d’un antécédent plus ou moins éloigné, et j’en ai en ce moment deux exemples sous les yeux ; je ne nie pas pour cela la .possibilité d’un eczéma syphilitique spontané, mais je n’en ai vu que très rarement. Je viens de donner des soins à deux dames qui en offraient un exemple. J’ajouterai que je ne trouve pas dans les observations rapportées par les auteurs le cachet d’une syphilide eczémateuse spontanée.
On a, du reste, assigné à cette forme morbide les caractères ordinaires de l’eczéma, sauf la coloration sombre des syphilides et l’absence presque complète des démangeaisons. On* ajoute que les plaques ou les groupes sont irréguliers et peu étendus. Mais le siège de l’eczéma autour des ouvertures naturelles, et principalement à la figure et à la racine des cheveux sur le cou, constitue un troisième caractère très important, auquel il faut joindre l’état rubané des plaques eczémateuses.
Il n’en est pas de même de l’herpès. Cette forme de syphilide est assez commune ; elle comporte les variétés d’herpès circiné ou nummulaire. Rien ne répond à l’herpès phlycténoïde non plus qu’à l’herpès zoster ou zona. Dans la variété d’herpès syphilitique, il n’y a rien d’aigu; on n’aperçoit pas de vésicules. C’est la forme, la couleur et le siège qui établissent l’analogie entre l’herpès circiné simple et la syphilide herpétique. Mais cette forme est tellement tranchée qu’on ne saurait mettre en doute l’existence de cette espèce de syphilide. Voici d’ailleurs quels en sont les caractères.
La maladie apparaît sous forme de petites taches qui s’élargissent rapidement et se transforment en rougeurs circinées , mais le plus souvent à cercles incomplets avec sur-élévation au-dessus du niveau de la peau ; et tandis que dans l’herpès les vésicules sont manifestes, là elles sont souvent inappréciables, n’amènent pas de démangeaisons sensibles et prennent rapidement la couleur des syphilides. Ces herpès syphilitiques se présentent ou sous la forme discrète, ou sous la forme confluente. Dans le premier cas, les plaques arrondies ou les cercles imparfaits occupent les lieux d’élec-
tion que nous avons spécifiés; dans le second, ils sont souvent disséminés à presque toute la surface du tronc, au cou et sur le front, près de la racine des cheveux. Il est alors très curieux de voir la peau du corps zébrée de ces plaques. Leur persistance, leur couleur sombre, l’absence de démangeaison, le sîége et l’aspect constituent les caractères qui peuvent servir à faire reconnaître cette affection, qui persiste pour s’atténuer pendant certaines saisons, ou sous l’influence de quelques médications externes, mais pour reparaître un peu plus tard.
Herpès syphilitique. — J . (Augustine), vingt-neuf ans, passementière,
boulevard de Belleville, 12, à Belle ville, née à la Ferté-Gaucher (Seine et
Marne), mariée à G . (Louis). — La malade ne donne aucun renseignement
sur ses parents. Sa santé habituelle est bonne ; tempérament sanguin bilieux. Les règles sont normales, abondantes, précédées et suivies d’un flux blanc qui tache habituellement le linge en jaune. Piien qui puisse mettre sur la voie d’une infection syphilitique. Gorge saine. La malade, mariée depuis trois ans, a eu une fausse couche à six mois, il y a deux ans et demi; depuis elle ne s’est pas trouvée enceinte. Les fonctions digestives s’accomplissent avec ré gularité. — H y a un an et demi, un petit bouton parut à la commissure droite des lèvres ; la malade le gratta, l’écorcha, et peu à peu le mal s’étendit et occupa l’étendue d’une pièce de un franc à la commissure et à la partie droite de la lèvre inférieure. Pour se guérir, elle se mit entre les mains d’un médecin qui fit des applications de miel rosat et cautérisa avec une solution d’azotate d’argenl. Il n’y eut pas grande amélioration, cependant au commencement de l’été dernier la maladie disparut complètement. Elle recommença au début de l’hiver, et s’agrandit très rapidement de manière à occuper tout l’espace que nous voyons envahi actuellement. — 24 janvier 1856. A l’entrée de la malade à l’hôpital, on constate que toute la lèvre supérieure et une plaque à la commissure droite offrent une couleur rouge qui semble mélangée d’un peu de jaune. Sur ce fond apparaissent des vésicules très petites, réunies en groupes et constituant des segments de cercle ou d’anneaux par leur réunion. La plaque de la commissure représente un cercle complet. A ia lèvre supérieure, les portions d’anneaux empiètent les unes sur les autres comme les rides à la surface de l’eau quand on y a jeté des pierres. Les lignes de vésicules se continuent sur la portion muqueuse des lèvres, mais ne dépassent pas l’endroit où les deux lèvres viennent à se rencontrer. Des poils follets assez abondants existent sur la lèvre supérieure, ils ne sont jamais tombés. Pas de démangeaison, ni cuisson, ni chaleur. — Prescription : Chicorée ; bains sulfureux. — 6 février. Aucun changement notable, ni en bien, ni en mal. — Tisane sudorifique ; iodure de potassium 0,50; deux pilules sublimé
SYPHILIDES.
à 6 milligrammes ; pommade soufrée ; bains sulfureux. — 21 février. La lèvre supérieure est moins raide qu’il y a un mois et la malade peut lui faire exécuter tous les mouvements avec facilité, tandis qu’auparavant ils étaient un peu gênés. La rougeur est moins vive, surtout à la partie gauche de la lèvre supérieure. Les groupes disparaissent et s’éteignent; il devient plus facile de saisir la disposition circulaire, excepté à la commissure gauche. Toute la surface est recouverte de petites furfures ténues et adhérentes. Les vésicules ont disparu, elles sont remplacées par des surfaces un peu élevées, plus rouges que le fond général et autour desquelles adhèrent les furfures. — La santé générale est bonne. La malade désire continuer son traitement chez elle. On lui accorde son exeat. — 13 mars. J... revient à la consultation. La rougeur paraît avoir augmenté. Cependant les surfaces malades sont moins élevées au-dessus de la peau saine, mais elles semblent s’être élargies plutôt que rétrécies. Jusqu’alors elle n’a subi que peu de modifications de la part du traitement (usage des sulfureux). — 22 mai. Amélioration très sensible. Continuation du traitement jusqu’à la guérison, obtenue après deux mois et demi.
Syphilides bulleuses. — Là, nous retrouvons le pemphigus et le rupia syphilitiques ; mais le pemphigus est d’observation récente. Il a été principalement décrit par Krauss, en 183â, et plus tard M. Paul Dubois a appelé l’attention sur cette forme de syphilide. On ne l’observe que chez les nouveau-nés. Il siège seulement aux mains, et plus souvent encore à la plante des pieds. L’enfant, au sortir du sein de la mère, présente deux ou trois bulles à la paume des mains ou à la plante des pieds. Ces bulles sont larges comme un haricot et quelquefois plus ; elles renferment une sérosité citrine d’abord, qui devient ichoreuse ensuite; elles se crèvent, se dessèchent et forment une croûte superficielle noirâtre, qui persiste avec ulcération sous la croûte, et qu’un traitement antisyphilitique peut guérir. Chez l’adulte, on n’a pas encore observé de pemphigus syphilitique.
Le rupia est, au contraire, très commun ; mais principalement à un âge assez avancé de la vie, quoiqu’on puisse aussi l’observer dans la jeunesse.
On admet généralement deux formes de rupia syphilitique, mais on peut en établir quatre espèces. — Première espèce : c’est la plus connue et la plus caractérisée. Elle apparaît sous forme de petites bulles confluentes formant bientôt une bulle unique, qui se remplit d’une sérosité ichoreuse et semi-purulente. Cette sérosité se con-
crête ; une croûte se fofme, se dessèche de plus en plus, prend un aspect grisâtre et adhère à la partie sous-jacente. Peu à peu elle fait saillie à son centre, en même temps qu’elle s’élargit successivement par la circonférence, comme si de nouvelles bulles s’étaient formées sous la première croûte, et se fussent desséchées pour étendre par une lanière uniforme la croûte première ; de sorte qu’après un certain temps on dirait des croûtes sèches superposées, de plus bombées au centre, et figurant parfaitement une valve d’écaille d’huître.
Si l’on fait tomber cette croûte au moyen d’un cataplasme, on voit un ulcère sanieux de la largeur de la croûte. Ses bords sont plus ou moins taillés à pic, et le pus qui s’en échappe est ichoreux et fétide. Ainsi dénudé, il est très sensible et douloureux pour le malade. L’élargissement de ces croûtes n’a lieu d’ailleurs que d’une manière très lente, très graduée, et les points du corps sur lesquels elles se montrent peuvent être très nombreux; elles persistent et se multiplient par le temps, et peu à peu elles conduisent le malade au tombeau, par les sécrétions qu’elles entraînent, l’odeur fétide qu’elles répandent, et la cachexie qui résulte de cet état.
La seconde forme de rupia est tout opposée. Comme dans la pré cédente, des bulles se développent et se transforment en croûtes ; mais en croûtes très minces, noirâtres, et d’aspect sanguinolent. C’est qu’en effet, dans cette variété, la moindre pression exercée sur les croûtes, la moindre excoriation amène une écoulement de sang qui, parfois, est assez considérable pour affaiblir notablement le malade ; et comme ces écoulements ds sang se répètent assez fréquemment, .ces malades deviennent bientôt anémiques, pâles, décolorés et blafards. Les croûtes peuvent se montrer sur toute la surface du corps à la fois ; mais, en général, elles se développent d’une manière discrète. Cette variété de rupia est très grave, attendu quelle est accompagnée d’une altération du sang. Ce liquide, dans cette maladie, a une fluidité tout à fait anormale : aussi est-ce l’une des formes les plus graves de rupia syphilitique.
Dans la troisième espèce de rupia, les croûtes qui se montrent surtout à la figure, au cou, représentent des champignons noirâtres plus ou moins saillants et dont quelques-uns paraissent comme
SVPHILIDÊS.
pédicules ou rétrécis à leur origine. Mêmes ulcères d’ailleurs, mais beaucoup moins larges. La croûte noirâtre fournit à sa base de la suppuration iohoreuse et noirâtre; et quant aux ulcérations, elles offrent l’aspect des ulcères vénériens.
Enfin, la quatrième espèce présente ces caractères particuliers : 1° qu’elle semble subir ces évolutions d’accroissement dans le même point ou dans deux ou trois points seulement de l’économie ; 2° qu’elle s’accroît de plus en plus sur les mêmes parties sans se reproduire et se répéter ailleurs; 3° qu’elle repose souvent sur une exostose; U° que la croûte, irrégulière dans sa forme, est composée d’une sécrétion plus purulente, toujours un peu élevée au-dessus du niveau de la peau et fournissant souvent du pus.
Telles sont les quatre variétés de rupia que j’admets. J’ajouterai qu’à part la dernière que je viens de décrire, toutes sont plus ou moins liées à un état cachectique de l’économie, de sorte qu’elles réclament des modifications en ce sens clans le traitement. Ce sont la les syphilides les plus graves, celles qui résistent souvent à plusieurs médications antisyphilitiques et qui exigent parfois six, huit et dix mois de traitement. Elles sont d’ailleurs souvent liées à des exostoses, des caries, des nécroses, et par conséquent nous appellerons plus tard toute l’attention du praticien sur les médications qui leur sont spécialement applicables.
Syphilides papuleuses. — Il en est deux variétés : l’une peut correspondre au lichen simplex , par le volume de ses papules et par son siège ; l’autre au prurigo par son siège seulement. Dans la première variété, il se développe à la partie interne des membres, sur le cou, sur la figure, sur le devant de la poitrine, une série de petites papules coniques, dures au toucher, acuminées, d’un rouge violacé dès l’abord, mais sans démangeaison notable, ce qui n’a jamais lieu avec le lichen, à moins qu’il ne soit aigu et dans le moment de son éruption. Ces papules, qui se caractérisent par leur couleur sombre, se disposent pour la plupart en lignes elliptiques très dessinées. L’éruption syphilitique se montre quelquefois en vingt-quatre heures dans tous les points qu’elle doit occuper ; mais, une fois développée, elle persiste là sans changer d’aspect pendant plusieurs septénaires. Seulement, quelques-unes des papules se re-
couvrent d’une petite pellicule, qui, adhérente au centre, est détachée et libre à la circonférence. En voici un exemple :
Syphilide papuleuse. — Acné chronique simple. — B . (Marie),
blanchisseuse, demeurant rue de Vendôme, 75, 6e arrondissement, née à Paris, entrée le 12 février 1856. Cette fille, née de parents sur lesquels on n’a point de renseignements fâcheux et qui n’ont point eu de maladies de peau, est d’une bonne santé habituelle, d’un tempérament sanguin. Ses frères se portent bien; elle a toujours été réglée régulièrement et abondamment.
— La peau de la face est grasse, huileuse ; depuis l’enfance elle est le siège de pustules d’acné en petit nombre ; mais il y a un an cette maladie prit de l’extension, et le front, le nez, les joues, le menton se couvrirent d’acné pustuleux à pustules de divers volumes, séparés par des intervalles rosés. Sur ces parties existent des cicatricules blanchâtres caractéristiques d’un acné déjà ancien. Le lendemain du jour de l’an de cette année, il lui survint à la lèvre supérieure un bouton qu’elle écorcha, qui grossit, s’étendit en surface de façon qu’il comprît l’étendue d’une pièce de vingt centimes sur le bord libre; au niveau de la partie médiane elle n’a pas remarqué d’engorgement bien notable des ganglions sous-maxillaires. Quinze jours après l’apparition de ce bouton, qui donnait peu de liquide mais qui avait amené un gonflement considérable de la lèvre, il fut cautérisé deux fois avec l’azotate d’argent. — Vers le premier février apparurent aux parties génitales, sur la partie muqueuse des grandes lèvres, deux pustules qui occasionnèrent des démangeaisons considérables. Elles disparurent au bout de dix jours sans avoir causé d’engorgement à l’aine. La malade assure n’avoir jamais eu d’écoulement vaginal, ou de flueurs blanches considérables. — Dans le temps où ces accidents apparaissaient, B.... souffrit de la gorge plus que d’habitude. Elle était en effet sujette à des gonflements des amygdales et on lui en avait enlevé une à l’âge de dix ans. Des coryzas fréquents l’avaient également tourmentée. Depuis le mois de janvier elle a le nez habituellement bouché et la respiration en est gênée. — Vers le premier février elle s’aperçut que des boutons apparaissaient dans le dos d’abord, puis sur diverses parties du corps, ils n’étaient le siège d’aucune démangeaison ; elle se détermina alors à entrer à l’hôpital. — On constate outre l’acné que nous avons noté et dont la marche n’a pas été modifiée, que la lèvre supérieure supporte une croûte noire considérable reposant sur un fond un peu induré. Du sang suinte par suite des explorations. Les pustules des parties génitales ont presqu’entièrement disparu. Les piliers du voile du palais et les amygdales sont le siège d’ulcérations irrégulières à fond grisâtre.
— Sur le dos, la poitrine, le ventre, les bras et la partie supérieure des cuisses, existent de nombreuses papules rouge brun, peu saillantes, sans induration ni démangeaisons, recouvertes à leur sommet qui est aplati de légères furfures blanches. On peut saisir en certains endroits des dispositions en arc de cercle produites par l’arrangement de trois ou quatre papules. Les plus volumineuses