DES FORMES QUE REVÊTENT LES MALADIES CUTANÉES
plus diffus, de plus irrégulier que l'élément papuleux morbide, el par conséquent il nous est impossible de trouver la moindre analogie dans cet élément et dans l'a papule normale. Ce rapprochement fort simple a une telle portée, qu'il suffit de le signaler pour démontrer que cette assimilation est impossible.
Tubercule. Quelle est la valeur de ce mot? On peut donner du tubercule à peu près la même définition que celle que nous avons produite pour la papule, à la différence du volume; carie tubercule est un gros bouton charnu sans vésicule séreuse et sans pus, mais, comparativement à la papule, le volume est énorme. Lorsque la papule atteint le diamètre d'une petite lentille, il faut que ce soit une papule syphilitique ; or il est des tubercules qui ont le volume de la plus forte noisette, ainsi que cela a lieu dans le sycosis. Il est surtout très important de ne pas attacher à ce mot la signification qu'on lui accorde généralement. Il ne s'agit pas du tubercule, au point de vue de la nature de la matière organique qui le forme, mais seulement d'un état d'apparence charnue de la peau, dont le volume est assez considérable et varie d'un gros pois à une forte noisette.
Quant au mot squame dont on a fait les affections squameuses, sa valeur est très importante, sous le rapport du diagnostic. Dans un pityriasis du cuir chevelu, la tète farine, comme on le dit, et cette poussière écailleuse très fine se répand sur le collet des habits. C'est là une production épidermique qui se détache de la peau sous la forme d'une petite farine ; c'est une squame très légère. Dans la période de résolution de l'eczéma, au contraire, la sérosité se concrète insensiblement en lamelles épidermiques plus ou moins larges, adhérentes au tissu cutané. C'est là de l'épiderme en squames, et cependant l'eczéma n'est pas rangé parmi les affections squameuses, parce que la squame, flans ce ras, n'est qu'un produit secondaire de l'état morbide, la sérosité en étant l'élément essentiel : dans les maladies squameuse^ la squame est le produit morbide primitif.
Dans le psoriasis, la lèpre vulgaire, on voit une peau rouge épaissie qui ne sécrète jamais, mais qui est recouverte d'écaiiïes
épidermiques plus ou moins denses, plus ou moins nacrées: ce sont des squames; à plus forte raison dans l'ichthyose,o\x la peau peut être recouverte tout entière de ces écailles tellement argentines, qu'on a comparé cette maladie à la peau du serpent ou aux écailles d'un poisson.
Voilà donc comment il faut entendre les dénominations par lesquelles Plenck d'abord, Willan et Bateman ensuite, ont spécifié des groupes de maladies pour les classer d'après l'élément anatomico-pathologique ou l'élément morbide. Aussi est-ce à tort que l'on dit communément, classification anatomique de Willan; elle n'a rien d'anatomique, puisqu'il ne s'agit ici que de productions morbides.
Mais il faut bien le reconnaître, ces dénominations n'embrassent pas toutes les maladies de la peau, et l'on verra plus loin, à l'article Classification, que nous avons cherché à rendre celle-ci plus complète; toutefois la valeur des mots étant de la plus haute importance, quand ces mots représentent des idées, il fallait bien en faire connaître la portée.
Il y a deux manières d'établir le diagnostic d'une maladie de la peau: ou par la forme anatomico-pathologique primitive de la maladie, ou par ses productions morbides secondaires. La première méthode est sûre, non sujette à erreur ; elle pose un diagnostic à l'abri de toute méprise. Mais malheureusement la forme anatomico-pathologique de la maladie est trop souvent éphémère ; elle n'a parfois que quelques heures de durée, et comme le médecin n'est généralement pas consulté au début de l'affection, mais bien après plusieurs semaines, plusieurs mois, le phénomène primitif a disparu pour faire place à un produit de sécrétion permanent. Ainsi, l'eczéma, l'eczéma impétigineux, l'impétigo, les variétés d'herpès, le rupia, l'ecthyma cachecticum, Yecthyma, et bien d'autres affections, sont dans ce cas. Cependant les maladies que je viens de citer sont les plus coin-
DIAGNOSTIC UÉNËttAL DliS MALADIES Dli LA PEAU. /il
îuunes, sans contredit. Ainsi pour les variétés d'eczéma les vésicules primitives sont remplacées par un état de la peau criblée de petites ouvertures d'où transpire, sous forme de pluie, de la sérosité jaune et limpide. Dans Y impétigo, dès- le troisième ou le quatrième jour ce n'est plus qu'une croûte purulente que représentent les nombreuses pustules confluentes de cette maladie. Dans le rupia et dans Yecthyma cachecticum, ce sont des croûtes noirâtres d'aspect gangreneux qui remplacent les vésicules ou bulles primitives apparentes, seulement pendant les premiers jours, et ainsi de suite.
De sorte qu'en regardant comme une source d'appréciation fort exacte, et comme donnant au diagnostic quelque ebose de très positif, l'élément morbide ; si le médecin n'a pour donnée que cet élément, il lui fera le plus souvent défaut.
C'est parce que j'ai été frappé de ce fait que j'ai cherché à trouver une méthode de diagnostic basée sur les produits morbides secondaires; voie dans laquelle Alibert était déjà entré en partie dans sa première classification, en fondant sur eux quelques uns de ses groupes. Cette donnée a un très grand avantage, car le produit morbide est permanent tant que la maladie existe ; si des onctions , des pommades, l'ont fait disparaître, il suffit d'abandonner la maladie à elle-même sans application d'aucun topique pendant quelques jours, pour voir reparaître la sécrétion qui lui est propre. D'ailleurs, dans les cas les plus difficiles et dans l'incertitude entre deux ou trois affections, rien n'empêcbc de se rattacher en second lieu à l'élément anatomico-pathologique; mais par ma méthode, qui est disposée par voie d'exclusion , ou l'on arrive tout de suite et du premier coup à diagnostiquer l'affection, ou l'on est amené à un groupe de deux ou trois maladies que des circonstances de localité, de siège, de disposition générale, permettent de .distinguer facilement- Depuis six ans, au moins, elle est soumise au contrôle des élèves qui suivent ma clinique à l'hôpital; je lui ai donné la publicité
des journaux, et j'ai toujours vu un tel empressement à l'adopter, qu'elle doit avoir des avantages sur celle donnée par Willan, la méthode de Willan étant plutôt une classification qu'une méthode de diagnostic.
Je divise les maladies en deux grandes classes : maladies sécrétantes, maladies non sécrétantes. Rien de plus facile à résoudre que cette question. Y a-t-iï' croûte, les linges sont-ils tachés, le médecin reconnaît tout de suite la sécrétion. S'il n'y a pas d'apparence de ce genre, le malade, quelque peu intelligent qu'il soit, répond toujours à la question de savoir si la maladie a jeté ou n'a pas jeté; il dit même ce que la maladie a jeté.
Ceci posé, et dans l'hypothèse où l'affection est sécrétante, il faut chercher à reconnaître ce qu'elle sécrète. Ce sera de la sérosité, de la sérosité purulente, de la sérosité purulente et sanieuse, du pus, de la matière grasse , chacune de ces catégories de sécrétion comprenant un groupe de maladies, comme on peut le voir dans le tableau suivant ; rien de plus facile, d'ailleurs, à distinguer que ces produits de sécrétion. La sérosité ne fait pas naître de croûtes, elle salit le linge, l'empèse, y imprime une tache d'un gris roussâtre; la sérosité purulente peut produire une croûte, mais cette croûte, peu épaisse d'ailleurs, est d'un jaune grisâtre ; ce n'est pas la croûte de pus desséché, avec sa couleur d'un jaune dit purulent. Quant à la sérosité purulente et sanieuse, ce n'est ni le reflet jaune du pus, ni le reflet jaune grisâtre du pus et de la sérosité, ni le noir de la sanie gangréneuse; c'est une croûte d'un gris noirâtre qu'il suffit d'avoir vue une fois pour la reconnaître toujours, et qu'il n'est même pas nécessaire d'avoir vue. — La matière grasse se reconnaît à son aspect d'un gris sale, poisseux, mou, s'enlevanj avec l'ongle et très facilement.
Prenons donc un exemple pour diagnostiquer une maladie sécrétante. Soit un malade qui se présente au médecin affecte d'une maladie de la peau à la jambe avec croûte purulente ; en se reportant au tableau, on trouve cinq maladies qui peuvent donner du pus ; Yacné, la gale pustuleuse, le sycosis pustuleux,