‹ Traité pratique des maladies de la peau [electronic resource] (volume 2)Chapitre 36 sur 73 · PURPURA · texte numérisé non relu

PURPURA

cachet tout spécial de ne pas disparaître par la pression du doigt. Or, dans toute rougeur inflammatoire, le sang, affluant dans le système capillaire de la peau, amène la coloration de ce tissu; mais par la moindre pression on fait refluer le sang dans les alentours du point comprimé, parce qu'il peut être déplacé par la pression. Dans le purpura, au contraire, non seulement le sang a injecté les vaisseaux capillaires, mais encore il a transsudé à travers leurs parois, et il s'est épanché dans la membrane celluleuse de ces vaisseaux d'où il ne peut pas être déplacé par compression. De là une distinction très facile entre le purpura aigu ou chronique et toute autre coloration rouge de la peau. Ce caractère est constant, à l'abri de toute erreur ; il suffit donc pour établir le diagnostic de la maladie. Ceci posé, passons en revue chaque espèce de purpura.

Purpura simplex. — Il faut désigner sous cette épithète une variété de cette maladie, dans laquelle il n'existe à la peau autre chose que des taches variables en largeur, tantôt sous forme de simples pétéchies pouvant affecter toutes les parties du corps, tantôt sous celles de plaques plus ou moins larges. Elle se montre dans l'état aigu, principalement chez l'enfant, et alors elle est accompagnée d'un état fébrile plus ou moins marqué, précédé d'ailleurs dans son développement d'un sentiment profond de lassitude, d'abattement, de frissons plus ou moins marqués, de céphalalgie, d'oppression, quelquefois de nausées, d'envies de vomir et de vomissements. Ces prodromes ont deux à trois jours de durée, quelquefois plus ; parfois aussi le purpura est précédé de taches érythémateuses qui changent de caractère lorsque celui-ci fait invasion.

Le purpura simplex non fébrile se rattache ordinairement à d'autres causes que celles qui sont capables de développer l'ensemble des phénomènes précédents. Ainsi à la suite de chagrins, de fatigue, de misère, ou en présence de gastralgies ou d'entéralgies, de gastro-entérites chroniques qui ne permettent pas une alimentation suffisante, on voit se développer à la peau, après un sentiment de faiblesse, d'abattement, de lassitude gé-

•iii2 Pathologie spéciale.

nérale qui rem mte à plusieurs jours, des lâches de purpura. Leur siège est ordinairement aux extrémités inférieures, en dedans des jambes et des cuisses. Mais la maladie peut être plu. étendue et occuper toute la surface du corps. Les taches sont généralement plus larges que dans le purpura aigu; l'invasion de l'affection est lente, mais son développement est successif, continu, soutenu ; c'est ce qui a lieu surtout dans le cas de sa liaison avec une maladie gastro-intestinale ; l'éruption se fait plutôt pendant la nuit que pendant le jour. Le malade s'éveille avec deux, trois ou quatre taches de plus que la veille.

Une fois l'éruption opérée, les symptômes généraux n'ont pas cédé pour cela, le sentiment de fatigue, de lassitude, est permanent; il règne en l'absence de la fièvre une prostration marquée, une tendance au repos, un défaut d'énergie et de résistance à l'accomplissement des actes journaliers de la vie sociale. En même temps l'appétit diminue; la digestion est difficile, lente, pénible; la figure est étiolée; en un mot, tout l'ensemble se ressent quelquefois de quelques taches de purpura disséminées çà et là et dont le peu d'étendue ne parait pas justifier un état général sinon grave, au moins inquiétant poulie malade. C'est qu'en effet c'est là le propre de tout état morbide de la peau, qui n'est qu'un reflet d'un état morbide général de l'économie.

Purpura simplex ecchymotique . — C'est bien plutôt sous la forme chronique que cette deuxième variété débute que sous la forme aiguë, quoiqu'elle puisse affecter les deux; mais dans l'une et dans l'autre le purpura est plus grave. Le sang ne se borne pas à s'infiltrer dans le tissu cellulaire propre aux vaisseaux capillaires , il s'épanche dans les mailles du tissu cellulaire de la peau, et même dans le tissu cellulaire souscutané, pour en remplir les vacuoles et constituer alors de véritables ecchymoses. Aussi se présente-t-il alors des taches à l'égard desquelles le malade se pose la question \lc savoir s'il ne s'est pas donné quelques coups, s'il ne s'est pas accidentelle ment heurté et frappé contre quelque corps dur. Ces eontu-

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sions sont on gnimil plus discrètes que les taches de purpura, niais dans quelques cas graves elles ont une multiplicité vraiment effrayante. Les unes sont de niveau avec la peau, les autres sont légèrement saillantes.

Purpura urticans. — Cette variété est essentiellement inflammatoire ; elle affecte l'enfance et la jeunesse surtout. Elle se montre par des taches rougeàtres, ovalaires ou circulaires, plus ou moins proéminentes, auxquelles vient se joindre un sentiment de chaleur, de cuisson, de picotement, comme dans l'urticaire. Leur coloration est plus rosée que dans le purpura , leur étendue généralement moins considérable ; élevées audessus du niveau de la peau à leur début, elles s'affaissent dans les premiers jours, , pour se transformer, en devenant plus foncées, en taches de purpura. Est-ce bien là une variété franche de purpura ? Ne serait-ce pas plutôt cette urticaire qui précède le développement du purpura aigu ? Il est vrai que dans cette dernière sorte d'affection, l'urticaire est générale, très étendue, envahissant à la fois la presque totalité de la surface du corps dans l'espace de vingt-quatre à quarante-huit heures pour être remplacée ensuite par le purpura aigu ; tandis que dans le piopura urticans, l'éruption peut être discrète et quelquefois successive.

Purpura hœmorrhagica [Morbus macidosus de Werlhof). — C'est là la variété la plus grave. Il est précédé de l'ensemble de tous les symptômes généraux qui constituent les prodromes des fièvres éruptives de grande intensité, apparaissant d'ailleurs clans les meilleures conditions de santé et chez des sujets qui sont doués d'une forte constitution. A la peau, taches de purpura général, ecchymoses, qui, chez les enfants, peuvent constituer de véritables tkrombus. Telle est la susceptibilité du tissu cutané, qu'une pression tant soit peu forte suffit pour amener l'état ecchymotique. La moindre piqûre, la moindre excoriation suffit pour donner lieu à un écoulement de sang notable.

Toutefois ces divers phénomènes ne constituent pas la gravité de la maladie, ce sont les hémorrhagies qui l'accompagnent.

Celles-ci peuvent avoir lieu partout où existent des membranes muqueuses : hémorrhagie nasale {épistaxis) chez les enfants ; hémoptysie ou hémorrhagie pulmonaire chez les adultes; métrorrhagie chez la femme. Ces hémorrhagies peuvent affecter partiellement tous les points des membranes muqueuses : ainsi elles ont lieu par la bouche seulement, par le pharynx, dans l'estomac, par les intestins, par les voies urinaires, par l'utérus. Et dans tous ces cas ces hémorrhagies sont abondantes, très difficiles à arrêter, et elles amènent parfois immédiatement la mort. C'est ainsi que l'on a vu des enfants périr durant une épistaxis ou une hémorrhagie de la bouche ; à plus forte raison, à la suite d'hémorrhagie pulmonaire. Chose remarquable, il s'opère dans l'épaisseur de la membrane muqueuse des taches semblables à celles de la peau; il se fait des soulèvements à'épithélium par le sang qui figurent des bulles sanguines correspondant aux ecchymoses de la peau.

Mais ce n'est pas une seule hémorrhagie qui se montre; et comme alors le sang, qui au début du mal était fortement coagulable, devient de plus en plus fluide, il est difficile, il est souvent impossible d'en arrêter l'écoulement; la faiblesse augmente alors dans la proportion de la perte de sang, et la mort survient. Cette affection n'est d'ailleurs pas seulement sporadique, elle est souvent épidémique ou endémique.

La marche que suivent ces variétés de la même maladie doit être étudiée, et dans les phases que parcourent les phénomènes qui leur sont propres, et dans les phases de la maladie ellemême. Or nous avons signalé quatre phénomènes tranchés, la tache purpurine, l'ecchymose, la tache d'urticaire purpurine et l'hémorrhagie. Particularisons les faits qui se rattachent à chacun d'eux.

Tache. — Si elle s'est opérée avec une marche aiguë, elle se fonce de plus en plus dans l'espace de trois à quatre jours pour prendre la teinte violacée de la tache du purpura chronique, qui, dès l'abord, a cette teinte. Celte coloration reste stationnaire pendant la première huitaine, puis elle prend une marche

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décroissante qui ne consiste pas en une décoloration, mais dans la disparition de la teinte rouge violacé pour prendre la teinte brune; ce n'est que plus tard, vers le quinzième jour, que commence à se montrer une diminution dans l'intensité de la couleur, effet qui ne s'opère que graduellement et au bout de trois semaines ou un mois; enfin la décoloration complète s'opère en passant par une teinte jaunâtre et verdàtre qui rappelle un peu les taches ecchymotiques. Le laps de temps pendant lequel s'opèrent ces phénomènes ne saurait être précisé, il suffit quelquefois de quinze jours dans le purpura discret, et dans d'autres cas d'un mois ou six semaines. En thèse générale, la résolution est beaucoup plus prompte lorsque le purpura est aigu que lorsqu'il est chronique.

Ecchymoses. — La marche de celles-ci ne diffère, presque en rien de la marche ordinaire des ecchymoses. Même passade successif de l'état d'épanchement à l'état de résorption, sauf la question de temps, qui dans le purpura est beaucoup plus considérable que dans celui d'ecchymose par cause externe. Il est donc inutile d'y insister ici. Nous avons peu de chose à ajouter à ce que nous avons dit du purpura urticans comme phénomène local, puisque l'état d'urticaire n'est qu'un phénomène passager.

Hémorrhagies. ~ Ici c'est surtout la nature du sang écoulé qui doit appeler toute l'attention du médecin. Tout sang fluide peu plastique dès le début, doit faire craindre une récidive de l'hemorrhagie ; une récidive conduit à la crainte d'une autre rec.dive, d'une troisième, et dès lors la gravité de l'affection augmente en proportion de ces écoulements de sang qui affaiblissent l'individu déjà en proie à une maladie de nature anémique.

La fin si souvent fatale du purpura a permis de constater les resultatsanatomicoqjathologiques decette affection : ici les taches purpurines n'ont atteint que la superficie delà peau; là, toute l épaisseur de ce tissu; plus loin, la peau et le tissu cellulaire spus-cutane. Les vaisseaux capillaires ne paraissent pas plus

dilatés que de eoutume, on peut par le Lavage détruire en partie la coloration. On retrouve des taches ou des ecchymoses sur les membranes muqueuses de la bouche, de l'estomac, des intestins, le long de la trachée et des bronches ; des ecchymoses dans le tissu pulmonaire, sous les plèvres, dans le mésentère, entre les membranes du cerveau. Dans le cas de mort par hémorrhagie, il y a vacuité des cavités du cœur et des vaisseaux sans altération notable de ces derniers.

Quant au sang lui-même, l'analyse faite par Aaskow chez des malades atteints de purpura n'a dénoté aucun changement de composition ; Johnston, au contraire, a noté l'état fluide permanent du sang écoulé d'une saignée. Duncan a comparé le sang sortant de la veine d'un malade à un mélange de sang artériel et d'eau; la coagulation en fut très lente, le caillot était mou et ressemblait à de la gelée de groseille. M. Rayer a constaté que dans le purpura hœmorrhagica sine febre le sang avait les apparences du sang ordinaire, mais qu'il devenait plus séreux après plusieurs hémorrhagies successives. Il est évident qu'il faut établir à cet égard des distinctions très tranchées entre le purpura aigu et le purpura chronique. Dans le premier cas, tous les phénomènes sont franchement inflammatoires, et il n'est pas étonnant que le sang soit plus ou moins riche; dans le second, le sang est asthénisé, si l'on peut se servir de cette expression, et il doit offrir les caractères d'un sang pauvre.

Traitement. — Tout purpura aigu doit être traité par les antiphlogistiques, et au besoin même par la saignée au début. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'avec ces apparences inflammatoires il y a dans cette forme morbide quelque chose qui nous échappe et qui se rattache plus ou moins à l'anémie. On a cependant vu quelquefois les hémorrhagies du purpura arrêtées par une émission sanguine. C'est un moyen que l'on peut préconiser dans la forme franchement aiguë et lorsque la force du sujet le permet'; à l'intérieur, les boissons acidulés et rafraîchissantes. Il n'en est pas de même du purpura chronique ; l'expérience a appris à cet égard que l'usage du citron suce pur.

purpura; :;S7 en commençant par un demi-citrôn par jour, puis un citron et même un citron et demi, amènent des résultats fort remarquables, même chez les vieillards; et à Bicêtre, par exemple, on met constamment en usage ce mode de traitement que 'j'ai employé lorsque j'y étais médecin et que j'emploie tous les jours à l'hôpital. Toutefois ce moyen est tout à fait empirique; il parait exercer une action toute spéciale sur le sang, et il répugne au premier abord d'insister sur un sédatif, sur un débilitant en présence d'une maladie qui réclame des fortifiants. C'est cependant ce même moyen qui compte le plus de succès dans le scorbut des vieillards, ainsi que nous le dirons plus loin. r

Administré seul, il serait insuffisant ; il faut y joindre les préparations ferrugineuses, un régime animalisé de viandes rôties et du vin dans une proportion modérée. Rejeter d'ailleurs les antiscorbutiques proprement dits ; s'en tenir aux tisanes amères • pas de bains ; conditions de repos. Ce qu'il faut surtout surveiller, c'est le régime et l'état de l'estomac et des intestins. Uue faire ensuite contre ces hémorrhagies qui accompagnent le purpura ? La saignée n'est indiquée que dans le cas de plénitude du pouls. La décoction et l'extrait de ratanhia, la décoction de quinquina acidulée , sont les seules ressources en rapport avec l'état morbide. Storck, Borsieri et d'autres praticiens ont employé dans ce cas avec avantage les purgatifs cathartiques d autres les purgatifs mercuriels ; M. Rayer s'adresse de préférence aux drastiques.

Quant aux applications locales, elles ne sont réellement utiles que dans le cas d'ecchymoses, car les taches de purpura se dissipent seules. D'ailleurs leur disparition spontanée ou au mens sans agents ]QcauX) dQnne ^ ^^^^ ^ pefficadté ^

tnutement interne dontelle n'est alors qu'un reflet. Cependant on a conseille l'application d'eau alcoolisée et celles d'oxyciat iroid. La glace dans une vessie sur le ventre dans les hémo .rrhag.es intestinales, ou sur le front dans les épistaxis, etc.; en.un mot, les moyens ordinairement mis en usage pour arrêter

les hémorrhagies. C'est par la compression que l'on peut arrêter les exsudations sanguines abondantes qui s'opèrent par les vésicatoires, les cautères ou les plaies.

Nous n'avons pas traité à part à\x purpura smilis de Willan et Bateman. Nous le considérons comme n'étant autre que le purpura des vieillards, et il n'y a aucun motif d'en faire une espèce à part.

Scorbut.

Il est difficile de ne pas rapprocher le scorbut du purpura. Si ce n'est pas là une maladie de la peau, il se relie aux affections cutanées par les taches qui lui sont propres et qui ont une certaine ressemblance avec celles du purpura. Nous ne voulons pas tracer l'histoire détaillée de cette affection, mais en reproduire les principaux traits de manière à mieux faire ressortir les caractères delà maladie que nous venons de décrire. Cette esquisse aura d'ailleurs l'avantage de rapprocher deux affections qui se touchent de très près sous les rapports de forme, de causes et de traitement.

Le scorbut se montre à la peau sous des apparences de taches, ayant tout d'abord l'aspect violacé d'une contusion légère, au point que le malade se demande s'il s'est frappé contre un corps dur; ce n'est pas la rougeur violacée du purpura, c'est la coloration de l'ecchymose. La surface de ces taches n'est pas diffuse, amorphe, comme dans le purpura; chaque plaque de scorbut a au contraire une forme déterminée et assez nettement circonscrite, forme généralement arrondie. La teinte brunâtre est presque toujours isolée, peu confluente, successive, sans limite d'évolution, c'est-à-dire que les plaques apparaissent à distance de un, deux, trois jours, tant que persiste l'état général interne qui précède et accompagne leur développement.

Chaque plaque n'a d'ailleurs au début qu'une teinte légèrement ombrée, puis elle se forme successivement le deuxième et le troisième jour pour acquérir la couleur violette de la eon-

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tusion. Plus tard la tache passe réellement par toutes les nuances décroissantes de la surface contuse, mais d'une manière plus lente encore. Ainsi, comme on le voit, rien de comparable soit avec le purpura aigu, soit avec le purpura chronique sous le rapport de l'état local.

Quant à l'état général, les prodromes offrent ici plus d'analogie, parce que les deux affections viennent du même genre de causes : privations, misère, chagrins , habitation malsaine et humide. Sous ce rapport, quelques pathologistes ont disséqué pour ainsi dire l'influence de ces causes, et ils ont dit, par exemple : Ce n'est pas la mauvaise alimentation, l'usage des viandes salées, qui développent le scorbut, car les Indiens, chez lesquels cette maladie est très commune, se nourrissent exclusivement d'aliments végétaux. Ce n'est pas la privation d'une nourriture animale ; car la flotte de l'amiral Anson, qui fut si cruellement maltraitée par cette maladie, était abondamment pourvue de vivres frais de toute espèce, tandis que la maladie a constamment épargné des expéditions navales moins bien approvisionnées, parce qu'elles étaient dans de meilleures conditions par rapport à l'air, etc. Évidemment on peut faire à cet égard toutes les suppositions possibles ; mais en médecine, s'il faut rechercher surtout les causes des maladies, il faut aussi savoir faire la part de chacune d'elles, et ne pas vouloir qu'une seule et même cause d'une nature donnée puisse toujours produire les mêmes effets et rendre compte du développement d'une maladie. Dans l'espèce, il est évident que l'une des causes que nous avons citées est capable à elle seule de développer le scorbut, si elle agit avec une intensité suffisante et de manière à rendre de nul effet les conditions hygiéniques qui peuvent en modifier les influences fâcheuses. Ainsi, pour prendre les deux faits que nous venons de citer tout à l'heure : si la flotte de l'amiral Anson a été si maltraitée malgré les vivres dont elle était pourvue, c'est que sous le rapport des conditions d'humidité et d'état malsain de l'air elle se trouvait dans la situation la plus fâcheuse ; si, par contre, telle autre flotte, quoique ne so

nourrissant que de viandes salées et manquant de vivres frais, n'a pas été atteinte de scorbut, c'est qu'elle se trouvait dans les meilleures conditions sous le rapport de l'air et du climat. Il ne s'ensuit pas pour cela qu'une mauvaise alimentation ne puisse pas développer le scorbut ; car si, au lieu d'être placé sous un excellent climat, telle ou telle flotte se fût trouvée dans des conditions de salubrité ordinaire sous ce rapport, le scorbut se fût manifesté. A Paris et dans les hospices de la vieillesse, on voit souvent naître le scorbut; c'est ordinairement durant les fortes chaleurs d'été qu'il se montre, alors qu'il en résulte une diminution d'appétit et une influence d'affaiblissement de tout l'organisme. Cependant la nourriture, le logement, les conditions de salubrité, l'air, restent les mêmes ; mais l'assimilation, la digestion, ne se font plus comme en hiver et le scorbut se développe.

Le scorbut a ses prodromes ou ses phénomènes généraux d'invasion, marqués par la perte de l'animation de la figure, à laquelle succède une teinte pâle et terne ; des mouvements lents, paresseux, le malade reculant devant tout exercice qu'entraîne la moindre fatigue ; les digestions se ralentissent, l'appétit diminue; les gencives se gonflent et deviennent sensibles, le pouls s'affaiblit : c'est à ce moment que se montrent les taches ; plus tard l'affaiblissement augmente , le teint est plombé et livide, les gencives douloureuses, les dents commencent à s'ébranler, la température de la peau s'abaisse, celle-ci devient sèche, ansérine; les taches se multiplient et deviennent de plus en plus larges en même temps que les taches précédentes ont passé par la période de résolution et d'absorption, qui sont celles des contusions; beaucoup, il est vrai, demeurent dans un état indolent ; quelques unes, plus récentes et plus profondes, sont accompagnées d'ecchymoses du tissu cellulaire et des muscles. Comme dans le purpura il s'opère des pertes de sang en proportion variable; d'abord par les gencives, qui saignent au moindre attouchement, ensuite par les selles surtout ; alors la ligure devient bouffie,, les jambes œdémateuses; une odeur

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fétide s'exhale de la bouche, le pouls s'affaiblit de plus en plus, la respiration devient gênée, les battements du cœur sont précipités, et les malades expirent en conservant en général l'intégrité de leurs facultés intellectuelles, à moins qu'une fièvre lente à forme typhoïde ne se déclare et ne les conduise au tombeau.

On trouve à l'ouverture du corps des désordres à peu près semblables à ceux du purpura hœmorrhagica.

Quant au traitement, il est de deux sortes, hygiénique ou médical. L'un et l'autre ont une égale importance, et telle est même l'influence du premier, qu'il peut quelquefois à lui seul arrêter les progrès de l'affection et la faire marcher vers une guérison très prochaine. C'est ainsi que dans les hôpitaux, clans les vaisseaux, des .épidémies de scorbut ont été'arrêtées en déplaçant les malades et en les mettant dans des conditions d'aération toutes différentes et toutes nouvelles. Ainsi l'observation des règles de l'hygiène dans toute leur rigueur est la première condition d'une bonne institution thérapeutique.

11 existe de temps immémorial des médicaments qui ont été spécialement appliqués au traitement du scorbut et qu'à cause de cela on a nommés médicaments antiscorbutiques. Aujourd'hui ces médicaments sont loin d'être préconisés comme autrefois, au moins pour le scorbut de terre, qui, comme le purpura, réclame surtout l'emploi des acides unis aux ferrugineux et à une bonne alimentation. C'est ce que Rochoux et d'autres i Médecins ont observé à Bicêtre, où tous les étés le scorbut est plus ou moins fréquent. Nous bornons là les aperçus généraux de celte maladie, qui rentre surtout dans le domaine de la pathologie en général.

l'ATUOLOGIE SPÉCULE.

Ge groupe comprend quatre maladies qui ont entre elles des affinités très grandes sous les rapports de l'anatomie patholo gique, des symptômes, des causes et du traitement. Toutefois l'une d'elles, la gale, s'en différencie par la présence d'un insecte que l'on ne rencontre pas clans les autres affections. Faisons remarquer les analogies que nous venons de signaler et justifions ainsi le groupe que nous avons formé, car il y a avantage à rapprocher les unes des autres ces quatre maladies, surtout sous le rapport du diagnostic.

Et d'abord on est frappé de la présence, dans ces diverses affections, de l'existence de papules à la peau. Mais il est important de bien déterminer ce que l'on doit entendre par une papule. Sous ce nom on désigne une élevure inflammatoire, de forme pyramidale, acuminée et sans vésicule séreuse ou purulente à son sommet, de sorte que la papule ne sécrète pas par elle-même ; elle peut, dans le lichen, donner lieu par le grattage à un léger écoulement séreux, ou laisser écouler du sang sous l'influence de la même cause, comme dans le prurigo, mais par elle-même elle ne produit rien. Il faut cependant en excepter la gale, qui dans son éruption présente des papules terminées par de très petites vésicules.

Mais les papules n'ont pas toutes le même volume : à peine appréciable dans le prurigo , du volume d'un grain de millet dans le lichen simplex, plus fortes dans la gale lichénoïde, elles atteignent la proportion d'une lentille dans le lichen agrius. Ces papules ne sont pas, comme le pensent quelques dermatologistes, le résultat d'un gonflement des papilles de la peau. Il n'y a aucun rapport à établir entre les papules et les papilles, la forme exceptée. Les papilles de la peau sont disposées par paires et symétriquement rangées sous des lignes courbes très rapprochées ; jamais les papules des affections papuleuses ne se 1 >réscntent ainsi à la peau ; elles sont isolées et espacées les unes

des autres, et quand elles sont dans un état confluent, il n'y a aucune régularité dans leur arrangement. Les papilles siègent principalement à la partie interne des membres ; dans le prurigo toutes les papules sont situées en dehors des membres et sur le dos. Là où existent le plus de papilles, c'est-à-dire à la l'ace palmaire des doigts et à leur pulpe, on n'observe presque jamais de lichen, de prurigo, destrophulus ou de gale. Que les affections papuleuses se montrent sur des sujets nerveux; qu'elles surexcitent le système nerveux ; que le système nerveux joue un certain rôle dans leur durée ou dans leur développement, à la bonne heure ; mais cela n'implique pas l'identité de nature de la papule, et de la papille, et cela ne doit pas l'aire considérer la papule comme une inflammation de la papille. C'est cette idée faussement exagérée qui a conduit certains dermatologistes à considérer le lichen comme une maladie générale du système nerveux.

Ces papules sont presque toujours très petites, elles représentent la grosseur d'un grain de millet, quelquefois moins, quelquefois plus ; elles ne sont pas vésiculeuses, elles ne sécrètent pas lorsque la maladie est simple ; elles ne s'observent que sur des peaux fines, attribut du tempérament nerveux ou du tempérament sanguin ; plus communes d'ailleurs chez la femme que chez l'homme, et se rattachant à la jeunesse, lorsqu'il s'agit de lichen ou de strophulus ; ne se montrant qu'à un âge plus avancé, quand il s'agit de prurigo. Ayant toutes pour caractère commun la démangeaison, qui dans certains cas enlève complètement le sommeil et qui augmente généralement par la chaleur intits et extra.

Gale.

Aussi ancienne que le monde, si l'on en croit la plupart des interprétateurs de la Bible et des auteurs anciens, la gale a constamment attiré l'attention des médecins : de tout temps, elle a provoque les recherches les plus assidues, tant au point de vue

"9a PATHOLOGIE SPÉCIALE.

de sa nature qu'au point de vue de son traitement. Hier encore elle était l'objet des plus intéressantes découvertes de la part d'un observateur infatigable, dont l'Académie vient de couronner le remarquable travail, M. Bourguignon. Et néanmoins tout n'est pas dit à l'endroit de cette singulière maladie : les plus justes controverses peuvent encore être soulevées à ce sujet, et plus d'un point réclame les lumières d'une longue observation.

Pour les Grecs et les Romains , la gale était une maladie à l'orme spéciale, dont la contagion formait le caractère essentiel.

Les Arabes l'ont considérée comme contagieuse, et en ont attribué le développement, dans le plus grand nombre des cas, à .la malpropreté . L'un d'eux, Avenzoar, reconnut le premier cbez les galeux, la présence d'un insecte très petit, dont il ne connut pas le rôle, et auquel il n'attribua aucune part dans la contagion de la maladie.

Comme la notion de cet insecte ne se rattachait à rien de bien intéressant, elle demeura oubliée jusqu'au xvie siècle, époque où presque tous les auteurs en parlèrent comme d'un ciron qui se loge sous la peau. Hauptmann , le premier, donne une description assez nette, sinon parfaitement exacte, de cet insecte, qu'il compare à la mite du fromage.

Cestoni, en 1687, fait connaître plus explicitement encore l' nsecte qui coexiste avec la gale, et rejetant toutes les théories humorales inventées pour rendre compte des phénomènes que présente la maladie , il conclut à un traitement exclusivement externe.

Cependant, avec Pinel s'inaugure le retour aux idées humorales de Galien. Pinel ne conteste pas l'existence de l'acarus, mais il ne lui fait jouer qu'un rôle fort secondaire : pour lui , l'acarus est seulement la cause du prurit qui accompagne l'éruption galeuse.

Alibert et Biett allèrent plus loin encore, et nièrent formellement l'existence de l'acarus. Pour eux, la gale est simplement

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UH6 éruption à forme spéciale et transmissible par la contagion, transmissible même par cette voie des animaux à l'homme.

Il n'y avait donc plus que doute ou négation absolue au sujet de l'acarus , quand Galès, par une imposture qui n'a pas de nom , vint démontrer dans les vésicules de la gale l'insecte qu'on ne savait pas y trouver. Le prétendu acarus, ramené" sur la scène, valut à son inventeur, de la part de l'Académie, une récompense honorable au lieu de la réprobation et du mépris qu'il méritait.

En effet, grâce aux investigations de M. Renucci, Italien d'origine, et qui, durant une consultation de M. Alibert à l'hôpital Saint-Louis, fit connaître la manière d'extraire l'acarus des sillons, tandis qu'on le recherchait dans la vésicule, M. Raspail démontra que l'acarus de Galès n'était autre chose que la mite du fromage; il fit une étude fort étendue du véritable acarus scabiei, qu'il décrivit sous le nom de sarcopte de la gale ; seulement, l'histoire tracée par M. Raspail ressemble un peu à un poème où l'imagination a étendu et embelli le champ de vision du micrographe. (Bourguignon.)

Renucci lui-même soutint en 1835 une thèse qui résume ce qui a été fait de meilleur jusqu'alors.

M. Albin-Gras, élève à l'hôpital Saint-Louis en 183Zi, s'occupe aussi peu que Renucci de l'histoire naturelle de l'acarus ; mais, à l'exemple de ce dernier, il fixe l'attention sur l'existence des galeries sous-épidermiques , ou sillons , dans lesquels se loge constamment l'acarus. De plus, il précise le fait fréquent de l'isolement absolu des vésicules d'avec ces galeries.

C'est sans doute après avoir vérifié cette disposition incontestable que M. Rayer a classé la gale parmi les inflammations vésiculeuses , et que, tout en reconnaissant qu'elle est entièrement le fait de l'acarus, il ne considère les vésicules et les pustules qui se produisent constamment que comme une complication de la maladie; telle est encore l'opinion généralement acceptée.

En 18/»3, M. Bourguignon commença celte série de longues

et patientes recherches qui aboutirent, sinon à des idées dbso* lument nouvelles sur la nature et le traitement de la maladie, du moins à une connaissance plus complète des mœurs , de l'anatomie et de la multiplication de l'acarus.

A la même époque, un médecin de Vienne, M. Hébra, publiait dans les Annales des maladies de la peau un travail dont les conclusions sont que l'acarus est la seule cause de la gale , que les sillons sont indispensables pour la reconnaître, que les topiques insecticides suffisent pour la guérir , et que les prétendues métastases racontées par les anciens sont de pures chimères.

Enfin , un des points les plus importants de l'histoire naturelle de l'acarus, la distinction des sexes, qui avait jusqu'alors échappé à MM. Bourguignon et Hébra, ayant été mis en lumière au mois d'octobre 1852, par M. Lanquetin, externe de l'hôpital Saint-Louis , il ne reste presque rien à désirer dans l'étude de cet insecte.

Cette identification de l'acarus avec la maladie dans laquelle on le rencontre n'est cependant , il faut bien le reconnaître, qu'une pure induction de l'esprit ; et comme il n'est aucune théorie en médecine qui ne retentisse plus ou moins directement dans la thérapeutique, celle-ci conduisit tout naturellement à la curation instantanée de la gale par un traitement insecticide purement local. Il y a quelques années, on avait suivi une marche tellement opposée à celle d'aujourd'hui, que l'on était arrivé à traiter la gale là où l'on croyait que siégeait seulement l'acarus , c'est-à-dire aux mains et aux poignets , et dès lors on limitait les frictions à ces parties. M. Bourguignon ayant reconnu que, si l'acarus se fixe de préférence dans l'intervalle et le long des doigts, cela ne l'empêche pas de parcourir toutes les régions de la peau, conduisit à apporter dans le traitement de la gale une modification essentielle recommandée par Helmerick en 1815, c'est-à-dire l'emploi des frictions générales, ce qui fut établi à l'hôpital Saint-Louis par mon honorable collègue, M. Bazin, qui, reprenant les prescriptions faites par le médecin hollandais, obtint comme lui la guérisou

en trois jours. Mais mon collègue, M. Hardy, entrant plus lard plus avant dans cette voie, chercha à décharger l'administralion des hôpitaux de l'admission et du séjour des galeux à l'hôpital en les guérissant en deux heures.

Ce traitement énergique , en effet , détruit l'acarus en une seule séance; mais la mort de l'acarus est-elle la guérison complète ?

A ces doctrines captivantes en apparence, j'oppose une opinion un peu différente, qui flatte moins les esprits avides de merveilleux, mais que je soutiens avec d'autant plus de ferveur depuis longtemps, qu'elle touche plus directement aux intérêts du malade.

Pour moi, au lieu de ne reconnaître dans la gale qu'un effet de la présence d'un insecte, je suis porté à croire qu'elle consiste, avant tout, dans une éruption qui s1 accompagne d'un produit particulier, l'acarus, agent d'ailleurs lui-même d'infection. Cet acarus est-il l'effet ou bien la cause de l'éruption ? Je crois que, si le plus souvent il est la cause par le fait d'une transmission, il peut en être uniquement l'effet. Je suis ainsi conduit directement, comme vous le voyez, à une question que M. Bourguignon ne soulève qu'incidemment ; c'est celle de savoir si la gale peut être spontanée. Eh bien , pour moi, l'éruption de vésicules, de papules ou de pustules qui constituent la gale peut se développer sous la seule influence de la malpropreté, de la misère, des excès, de la débauche, par exemple; et l'acarus lui-même, au lieu d'en être la cause dans ce cas, n'en serait que le produit.

Expliquons-nous à cet égard.

Je dis d'abord que le fait capital et qui prime tous les autres par son importance dans le développement de la gale, c'est non la présence de l'insecte, mais bien l'éruption, quelle qu'en soit la forme. En faut-il d'autres preuves que ce fait journalier d'observation, à savoir, qucr dans une gale pustuleuse, par exemple, le nombre des sillons, autrement dit des acarus, est presque ën raison inverse du nombre et du volume des pustules?

Si l'acarus est la causo de l'éruption pustuleuse, expliqué comment l'effet est d'autant plus intense que la cause est plus faible. Ainsi voilà une pauvre malade toutè couverte de pustules volumineuses, et nous trouvons à peine quelques imperceptibles sillons pour nous assurer de la présence de l'acarus.

D'ailleurs, il résulte des observations les plus positives de M. Bourguignon lui-môme que, lorsque l'acarus a été inoculé sur une peau parfaitement saine, une démangeaison générale vive et même diverses éruptions ont lieu avant que l'insecte ait eu le temps de se multiplier et sans qu'il ait changé de place. M. Bourguignon se demande en passant, et d'une façon incidente, si l'acarus ne serait pas porteur d'un venin qui, lancé <lans la circulation, donnerait immédiatement lieu à une intoxication générale. J'avoue qu'une pareille hypothèse n'est pas dénuée de raison, et que si des tentatives d'inoculation avec des acarus broyés et introduits sous la peau n'ont pas réussi, on ne devrait pas désespérer si vite de voir triompher une opinion qui s'accorderait si bien avec, les faits.

D'après les observations de M. Bourguignon et des partisans exclusifs de l'acarus, l'inoculation de la gale peut se faire par un acarus mâle, par un acarus femelle non fécondé, par un acarus femelle fécondé , ou enfin par un ou plusieurs mâles avec une ou plusieurs femelles. Dans les deux premiers cas, il se produit une fausse gale qu'il est difficile de reconnaître, puisque l'acarus vit là seul, sans se multiplier. Combien de temps y vit-il, c'est ce qu'on ignore, et à sa mort cette gale devra se guérir spontanément, ce qui.ne s'observe jamais pour la gale ! Dans les deux autres, un mois se passe au moins avant que de nouveaux acarus soient éclos et se soient développés. Cependant tous les observateurs sont parfaitement d'accord pour reconnaître que peu de jours après l'inoculation, la maladie peut apparaître bien distinctement.. D'où vient cette divergence, sinon de ce que M. Bourguignon et ceux qui émettent la même opinion se sont vus contraints de forcer les faits pour les sou-

GÀLfi;

mettre à leur théorie, qui attribue à Pàcarus dans L'évolution galeuse une importance qu'il n'a peut-être pas?

J'ai ajouté, comme conséquence de l'importance secondaire que j'attribue à la présence de l'acarus dans la gale, que cette maladie peut naître spontanément. Et comment pourrait-il en être autrement? Est-ce qu'il n'y a pas eu un premier galeux chez lequel il n'y avait pas eu de transmission; et si la gale s'est développée spontanément une première fois, n'a-t-elle pas pu se montrer une seconde, une troisième, une centième, etc. Sur ce point, M. Bourguignon, fidèle à cette louable réserve qui le porte à n'avancer que ce qu'il a observé, semble ne pas se prononcer : « Qui soulèvera jamais le voile impénétrable qui cache la naissance pour ainsi dire spontanée des infiniment petits? Est-il même donné h la nature humaine de jamais pénétrer ces mystérieuses créations? Nous ne savons. Quoi qu'il en soit de cette question , un fait est incontestable : c'est que, dans tous les temps et dans tous les lieux, la transmission d'un acarus paraît avoir été nécessaire pour que la contagion de la gale pût se produire. »

Je loue une semblable réserve; mais permettez-moi de vous soumette les considérations suivantes.

M. Bourguignon nous apprend que l'insecte, unique cause de la gale, est constamment enterré sous l'épiderme, et que, s'il sort de sa retraite, ce n'est que le soir, ainsi que l'avait fait observer M. Albin-Gras, lorsqu'il est poussé par l'instinct naturel de la réunion des sexes; si bien, ajoute M. Bourguignon, que bien qu'ayant été très souvent des journées entières en contact avec des galeux , jamais cependant je n'ai contracté la gale. Et quant aux faits de gale contractée par une poignée de mains, il les révoque fortement en doute, ne reconnaissant comme circonstance propre à la contagion que le contact prolongé d'un individu sain avec un individu malade, pendant la nuit. Or, les cas de gale contractée sans aucun contact avec un galeux pendant la nuit sont loin d'être rares.

A cet égard, M Bfdard, interne de M. Hardy, qui, pour lé

concours des prix des hôpitaux de l'année 1852, a présenté un résumé du traitement des galeux pendant les sept premiers mois de l'armée, donne la statistique suivante sur l'origine présumée de la gale chez les individus traités à l'hôpital : total général, 541 ; 433 hommes, 93 femmes. Contractée en couchant avec des camarades, 249 cas; au bal, 4; dans des ateliers, avec des outils, 3 ; en soignant un galeux, 1 ; en couchant sur des chiffons, 1 ; en portant des chaussures achetées au Temple, 1 ; en frictionnant des chiens, 1.

Ceci posé, nous admettons donc comme proposition formelle que, s'il est vrai que la gale soit une maladie accidentelle et développée, dans la grande généralité des cas, par contagion ou transmission, cette maladie peut aussi survenir spontanément. En effet , toute maladie contagieuse de sa nature a sa spontanéité chez l'homme ou chez les animaux , car il faut qu'elle ait eu une origine. Rien ne nous prouve que la gale ait été transmise des animaux à l'homme, comme la vaccine, par exemple. S'il existe une gale canine ; si même on a avancé que la gale peut exister chez le cheval ; si, d'après Alibert et Biett, beaucoup de personnes appelées à donner des soins à des animaux galeux qui avaient été amenés au Jardin des plantes ont été affectées de la gale , les expériences récentes de M. Bourguignon , qui ont été faites à Alfort, démontrent : 1° que l'acarus est de forme différente chez chaque animal et qu'il est impossible d'inoculer la gale avec les insectes d'un animal à un autre animal de différente espèce.

Avant la découverte de l'acarus, la gale n'était-elle pas considérée comme une maladie spontanée, qu'elle naisse de la malpropreté ou de toute autre cause ? Aujourd'hui que l'existence de Yacarus est démontrée, on ne tient plus compte que de cet insecte, et l'on y rattache la maladie tout entière. On y est conduit par ce raisonnement d'apparence logique : puisque l'on guérit la gale en détruisant l'acarus, puisque l'on ne peut même guérir la gale qu'à la condition de détruire l'acarus, c'est donc l'acarus qui est la cause de la gale. Mais ne peut-on pas

GALE. fljjj

répondre: 1° L'acarus est un produit morbide de la gale, comme le micoderme est le produit morbide de la teigne' comme l'insecte de Yacne punctata est le produit morbide de cette maladie, comme le pediculus est le produit morbide du prurigo pédiculaire? La teigne est contagieuse par le micoderme, non seulement de l'enfant à l'enfant, mais de la tête de l'enfant à l'écorce de certains arbres; la maladie pédiculaire d'individu à individu. La teigne, Vanne punctata et la maladie pédiculaire en naissent-ils moins spontanément pour cela? Les moyens que nous employons pour détruire l'acarus ne sont-ils donc pas propres à guérir aussi les boutons de la gale?

Ainsi, établissons comme un raisonnement sain et juste, que la présence d'un insecte dans le bouton de la gale, non plus que la guérison de la gale en même temps, ou par la destruction de l'insecte, ne prouvent absolument rien contre la spontanéité du développement de la gale, et ne démontrent nullement la nécessité absolue de la transmission directe d'un individu à un autre ; elles ne prouvent pas non plus que l'insecte soit la cause nécessaire de la gale, quoiqu'il puisse la développer et la transmettre d'individu à individu.

A l'appui de cette proposition, envisageons ce qui se passe et lors de l'inoculation, et lors de l'incubation de cette maladie' On sait combien sont de nulle valeur les expériences de Galè< quant a l'inoculation ; d'une autre part , je puis citer un fait négatif d'inoculation très concluant. M. Gruby, bien connu par ses beaux travaux microscopiques, s'offrit un jour à moi pour recevoir des acarus; nous lui en avons placé trois sur le poignet de la main gauclie ; des verres de montre très petits avaient ete choisis pour les contenir. Les deux verres furent mis sur le poignet au moyen de tours de bande convenablement disposes ; le membre fut maintenu en repos. Il ne se manifesta aucun phénomène appréciable, malgré la conservation de l'appareil pendant huit jours. Je sais bien que ce fait est de sa nature purement négatif, mais il prouve au moins qu'il n'est pas aussi facile qu'or, le pense d'inoculer la gale au moyen de

l'acarus; car c'était un médecin instruit et désireux de s'instruire , qui se soumettait à cette expérience. Les acarus sortaient des galeries qui les contenaient; nous avions eu le soin de bien examiner s'ils se mouvaient parfaitement sur la pointe de l'épingle avec laquelle nous en avions fait l'extraction ; c'est sur le poignet qu'ils avaient été placés, c'est-à-dire sur la partie où se développe primitivement la gale. Ainsi toutes les conditions les plus favorables à l'inoculation avaient été remplies. Je suis loin de nier pour cela la possibilité de l'inoculation par l'acarus ; je l'admets, mais je dis qu'elle n'est pas aussi facile qu'on peut le penser. Il est vrai que, d'après M. Rayer et les observateurs modernes, les vésicules ou pustules de la galène sont que des produits accidentels de l'acarus ; qu'un nombre considérable de sillons logeant des acarus préexiste aux boutons de gale. Mais ce qu'on ne peut nier, et ce dont ils ne parlent pas, ce sont les faits suivants, que le médecin observe à l'œil nu: des boutons de gale de l'un des points de la circonférence desquels part un sillon, et, à l'extrémité, la plus éloignée du sillon, un acarus, que l'on peut enlever avec la pointe d'une épingle , pourvu que l'on ouvre l'extrémité du sillon en déchirant l'épiderme. D'où l'on est rationnellement porté à supposer que la vésicule, qui elle-même présente une ligne ombrée qui se relie directement avec le sillon, contiendrait l'acarus primitivement; que celui-ci s'en échapperait pour se rendre à l'extrémité de la galerie la plus éloignée de la vésicule. Que si l'on suppose que l'acarus fait naître le bouton, comme il creuse le sillon, alors se trouve détruite cette idée professée aujourd'hui d'une manière absolue, à savoir: que l'éruption boutonneuse de la gale, quelle que soit sa forme, n'est qu'un accident, une complication à forme lichénoïde, eczémateuse, pustuleuse, selon des circonstances diverses.

Y a-t-il quelque chose de fixe dans l'époque du développement de la gale après la contagion? Rien de positif à cet égard. Ici trois jours d'incubation, là cinq, sept, douze, seize, vingt jours et même six semaines, suivant les divers auteurs ; il faut donc admettre que chez certains individus l'acarus se promène

oale. 4Ô3 à la surface du corps avant de pénétrer sous l'épïderme. En effet, les boutons de la gale ont un lieu d'élection qui est presque constamment le même pour les adultes, et qui diffère seulement pour les très jeunes enfants, d'après toutes les observations faites à cet égard. Ce lieu d'élection pour les adultes, ce sont les poignets , l'intervalle des doigts, la verge, plus tard le pli des bras, le ventre, le bout des seins chez les femmes, etc. Or, on gagne la gale par le contact soit des galeux , soit des vêtements ou de la literie dans lesquels ont séjourné des galeux. Si la gale a été contractée par le contact d'un individu avec un autre, il faut admettre, ou que le contact a eu lieu directement de main à main ; ou si ce contact n'a eu lieu que par une autre partie du corps, si l'acarus est venu, par exemple des fesses d'un individu à celles d'un autre individu, qu'il s'est promené ainsi sur la plus grande partie de la surface de la peau et pendant huit à dix jours, c'est-à-dire jusqu'à l'époque du' développement de la gale, pour venir se fixer définitivement aux poignets et entre les doigts et y développer l'éruption. Mais il y a plus, on admet qu'un acarus peut à lui seul développer la gale; or, voyez la conséquence : il faut qu'il se fasse une ponte d'acarus avant que la gale se développe; que les larves aient pris leur accroissement; que les nouveaux acarus se rendent, par exemple, d'une main à l'autre main, afin que . la gale se montre aux deux mains à la fois, car c'est là ce que l'on observe le plus communément! Ce mode d'incubation a quelque chose qu'il répugne d'admettre.

Je sais bien que les nouvelles observations de M Bourguignon donnent, à cet égard, une grande élasticité pour des supposions. Ainsi, suivant lui, il existe une période d'incubation et une per.ode d'état. Tout acarus qui passe d'un individu à un autre, s enferme aussitôt sous l'épiderme ; il y trace un sillon I ne peut pondre que du sixième au dixième jour; les œufs demandent huit à douze jours pour se développer et devenir acarus. Le malade a six à dix jours d'infection, quand il présente un sillon; il en a trente, quand il en offre plusieurs

hQk PATUOLOGIE SPÉCIALE.

Or, les malades ne se présenteraient le plus souvent aux médecins, pour réclamer leurs soins, que lorsque les acarus sont à la troisième génération, ce qui donne à peu près quarante à cinquante jours d'incubation. En opposition avec ces idées, nous disons qu'il résulte des faits observés en 1852 dans le service de M. Hardy et de tous les observateurs précédents, que le terme moyen de l'apparition des sillons est de huit à dix jours après le contact contagieux. Ainsi elle a eu lieu, par exception, chez trois femmes, du deuxième au troisième jour ; chez un tailleur, le quatrième jour, et chez un élève en médecine qui avait extrait huit ou dix acarus d'un individu, il retirait dès le lendemain matin d'un sillon développé sur lui-même un acarus qui y était caché.

Mais pourquoi ce lieu d'élection dans le développement des premiers boutons de gale ? Pourquoi cet insecte, qui se montrera plus tard au ventre, n'a-t-il pas pénétré tout de suite dans la peau de cette région, lorsque la maladie a été contractée parla peau de l'abdomen d'un individu non infecté, qui a été en rapport avec le ventre d'un individu infecté ? Pourquoi le point de première évolution de la gale ne varie-t-il pas en raison du contact primitif? Dirons-nous, avec M. Bourguignon, que V acarus a une préférence pour la peau du corps des enfants, et une répugnance pour celle du corps des adultes? Est-ce que ce lieu d'élection toujours constant ne s'accorderait pas beaucoup mieux avec une maladie dont le développement se fait par une cause interne, comme cela a lieu dans toutes les maladies éruptives contagieuses ? La nature a-t-elle donc, dans la marche des maladies qu'elle fait naître, des différences si tranchées ? Quoi ! toutes les maladies éruptives débutent du dedans au dehors, voire même les maladies contagieuses, et la gale seule ferait exception? Lorsque les maladies cutanées se transmettent d'individu à individu par contact, c'est sur la partie où le contact a eu lieu que la maladie se développe, et quoi qu'en aient écrit certains médecins de nos jours, il est plusieurs maladies de la peau réputées autrefois contagieuses, et qui le sont réellement : l'impétigo, le lichen, sont par exemple dans ce cas. Quel est le

praticien qui n'a pas vu des impétigos, ou sécrétions jaunes, croùtcuscs, de la figure, se transmettre d'enfant h enfant par des embrassements réciproques? J'en ai cité plusieurs exemples (voy. Impétigo). Dans tous ces cas, c'est la partie contaminée qui est le siège de l'éruption : pourquoi donc serait-ce le contraire dans la gale ?

Poursuivons et examinons les effets matériels de la gale. Il y a trois formes distinctes d'éruption. Dans une première espèce de gale on observe un bouton dont les trois quarts sont constitués par une papule , et dont le sommet présente une vésicule très petite. Dans cette espèce, dite gale canine, et que l'on pourrait désigner sous le nom de gale papuleuse, les démangeaisons sont excessives et les acarus très nombreux. Dans une seconde espèce, ce sont, au contraire, de grosses et larges pustules, la plupart ombiliquées, ne présentant que fort peu d'engorgement à leur base, et sécrétant un pus jaune, ou jaune blancliàtre, très abondant : c'est la gale pustuleuse. Dans une troisième, que l'on pourrait, à juste raison, nommer vésiculeuse, l'engorgement des boutons est nul ou presque nul ; une vésicule remplie d'un liquide séreux s'élève à la surface de la peau, et elle y acquiert un certain volume, le tout sans aucune apparence inflammatoire et avec l'état discret le plus complet de l'éruption dans quelques cas. Voilà trois sortes très distinctes de gale établies par Bateman , et dont nous nous attachons à reproduire les différences clans nos leçons cliniques, parce que l'on ne saurait en nier l'existence. Non pas que je prétende qu'on les retrouvera constamment isolées et avec les caractères tranchés que nous venons de leur assigner ; mais quelle est la maladie cutanée qui ne présente pas ces anomalies ?

Cela nous conduit à nous demander pourquoi cette forme clans un cas; telle autre forme dans un autre, alors que la même cause, un insecte, a développé le même mal ? Dira-t-on que cela tient à l'organisation de la peau, ou bien au tempérament et à la constitution de l'individu? C'est réellement l'explication que j'en ai toujours donnée, mais à la condition de considérer

la gale comme une éruption générale, et non pas Gomme une production morbide provenant d'un insecte. La gale pustuleuse s'observe en effet principalement cbez les sujets d'un tempérament lympbatico-sanguin ; la gale papuleuse, chez les sujets éminemment nerveux. Quelques auteurs ont trouvé plus commode, pour expliquer cette différence, de considérer la gale pustuleuse comme le fait d'une gale ancienne, chez laquelle le pus se forme sous l'influence de la perpétration du mal, et de nier ainsi une forme créée avec beaucoup de raison par Batcman . C'est une erreur ; la gale pustuleuse, avec ses apparences murbides beaucoup plus prononcées, peut être de date tout aussi récente. C'est dès le début que le pus se forme. Il y a plus, elle est d'une guérison beaucoup plus facile et beaucoup plus courte, et elle ne communique pas aussi facilement la gale que la forme papuleuse : tous les observateurs ont déclaré qu'ils avaient eu beaucoup plus de peine à découvrir des.acarus dans la gale pustuleuse que dans toute autre espèce. Aussi peut-on se demander comment il se ferait que les désordres soient beaucoup plus profonds là où il y a moins d'insectes.

Qu'on me permette à cet égard de rapporter le fait suivant. Une demoiselle de vingt-cinq ans perd son père. Devenue orpheline, elle est ramenée chez un oncle à Paris. Elle couche en route avec une bonne d'auberge, attendu qu'elle craint de coucher seule ; arrivée à Paris, elle voit apparaître, après quelque temps, des boutons à la peau. Ces boutons sont méconnus. Six mois s'écoulent, durant lesquels cette demoiselle vit au sein d'une famille composée de père, mère et plusieurs enfants. Ni les maîtres, ni les domestiques ne contractent la gale. Consulté, je reconnais cette affection à ses caractères non équivoques. C'était la forme pustuleuse qui prédominait. En douze jours de traitement, au moyen de la pommade d'Helmerich et des bains sulfureux, la guérison fut opérée, et, depuis plusieurs années il ne s'est pas manifesté de nouveaux boutons. Inutile de dire que mon diagnostic avait été rejeté bien loin, et qu'il m'a fallu une déclaration bien nette et bien formelle.

corrobtoée par un toaitanânl suivi d'un rapide succès, pour convaincre cette famille.

La gale essentiellement et rapidement transmissible est la gale papuleuse. C'est aussi celle que l'on observe dans les .outrées où la gale est, pour ainsi dire, générale: certaines parties de l'Espagne, par exemple, ou en Corse. C'est dans cette Corme que l'acarus abonde ; aussi voit-on les habitants occupés à enlever leurs acarus avec la tête d'une épingle et à les écraser entre leurs ongles. Si dans cette forme l'acarus se multiplie plus que dans une autre, ne pouvons-nous pas nous demander pourquoi ?

Or dans l'hypothèse d'une maladie toute dépendante d'un insecte, on ne s'explique pas pourquoi l'insecte serait plqs abondant dans une forme que dans une autre. Dans l'hypothèse d'une affection générale, développée sous l'influence d'une contagion, on accepte plus volontiers une génération spontanée plus abondante dans cette forme, parce que tout ce qui naît de conditions naturelles et spontanées est, sinon explicable, au moins beaucoup mieux admissible, en raison de la puissance naturelle qui le produit, et dont nous ne pouvons pas toujours pénétrer les mystères.

La gale papuleuse cause des démangeaisons incessantes ; la gale pustuleuse en détermine à peine.

Eu eg;u,| à la terminaison de la gale, on établit, à l'appui de 1 acarus comme cause, la durée à tout jamais de l'affection tant que l'acarus n'est pas détruit. Mais n'existe-t-il donc pas d'affections cutanées qui puissent se perpétuer ainsi, quoiqu'il n v ait aucun insecte pour l'entretenir ? Malheureusement nous n avons que l'embarras du choix. Nous en citerons ici un exemple frappant, et nous le citons parce que, à part un phénomène de démangeaison insupportable, il n'y a rien d'apparent à la peau : nous voulons parler du prurigo sans papules d'Alibert quelques observateurs ont trop légèrement nié l'existence' et dont nous avons constaté bon nombre d'exemples, dans des ' lasses même aisées de la société. Nous nous rappelons, en

ce

moment, un boulanger, établi dans une ville de province, et auquel nous avons donné nos soins. Depuis trente ans il avait cette affection. Il l'avait conservée, parce qu'elle n'était qu'incommode et qu'elle n'altérait pas sa peau. Retiré du commerce, il chercha à s'en guérir, et je fus assez heureux pour détruire une affection aussi ancienne. Elle avait été assez intense pour que le malade m'ait donné, après sa guérison, les témoignages de la plus sincère reconnaissance.

Faut-il nier d'une manière absolue ce que l'on désigne souvent sous le nom de dépôt de gale? Répugne-t-il donc tant d'admettre que, lorsqu'en trois ou quatre jours on a supprimé brusquement une suppuration générale, il puisse survenir un abcès? N'est-ce pas ce qui peut arriver tous les jours par suite de la suppression brusque de toute autre maladie cutanée sécrétante? Pourquoi donc nier dans un cas ce que l'on admet dans un autre? Là encore, il se passe pour la gale ce que l'on observe dans toutes les maladies à évolution spontanée et régulière.

J'ai vu plusieurs exemples de ces abcès. On dira que c'est là un accident dépendant de la prédisposition générale du sujet ; mais pourquoi ne les observe-t-on pas dans d'autres maladies de la peau? pourquoi paraissent-ils propres à la gale?

Enfin , une objection très grave à faire aux partisans de l'acarus envisagé comme constituant toute la gale, c'est cette circonstance qu'il est connu de temps immémorial que la gale peut disparaître sans traitement sous l'influence d'une maladie générale, et reparaître à la convalescence de cette maladie; c'est-à-dire que tous ses phénomènes disparaissent, boutons, lions et insectes, et qu'à la convalescence reparaissent ces trois ordres de phénomènes. Ainsi, pendant au moins six semaines que durera une fièvre typhoïde ou toute autre, le galeux n'aura plus aucun des phénomènes appréciables de la gale, et que , lors de la convalescence , boutons , sillons et acarus se montreront de nouveau, et avec la même intensité. Que devient la gale? que deviennent les acarus pendant ce long espace

de temps? et pourquoi reparaît-il des boutons avec eux , si les boutons ne sont qu'une complication lichénoïde, eczémateuse ecthymateuse , comme on le prétend ? A cela on répond : L'acarus sommeille; il se contente de vivre, maigrement sans doute, car sa fécondité en reçoit une vive atteinte , mais il continue de

vivre (Bourguignon.) Et M. Dumas, interrogé à cet effet, ne

répugne pas à l'admettre.... Quoi! Vacants est l'unique cause de la gale ! Il manifeste sa présence par des sillons dans lesquels on le retrouve très facilement. Une maladie générale survient accidentellement : tout sillon, toute ponte d'oeufs a disparu, quelques recherches que l'on fasse, et vous dites que l'acarus sommeille ! Et si avec l'acarus vous supposiez un mal inconnu qui manifeste sa présence par une. éruption à la peau, ne vous expliqueriez-vous pas plus facilement ce phénomène ; car si dans la gale il ne suffit pas de détruire l'acarus pour en amener la guérison, s'il faut encore guérir les boutons, il y a autre chose que l'acarus dans la gale.

M. Bourguignon, dans son Mémoire tout récent sur la gale, s'exprime ainsi : « Chez deux galeux, atteints de fièvre typhoïde, les com- » plicalions de la psore se sont spontanément amendées, les éruptions » ont disparu. L'acarus lui-même a participé à ce mouvement rétro- » grade; il se contentait de vivre, maigrement sans doute, car sa fé- » condité paraissait avoir reçu une sérieuse atteinte ; mais, fait impor- » tant ! il continuait à vivre : de telle sorte qu'au retour de la santé, » on le rencontrait parasite vivace, etc. »

Dans un rapport fait à la Société de médecine du département, à 1 occasion du Mémoire de M. Bourguignon, M. Léveillé s'exprime ainsi page 58 :

« L'un de nous, en 4 84 9, pendant son internat à l'hôpital des Vé- » nenens, a observé un galeux chez qui survint un érysipèle phlegmo- » neux de la main. La douleur remplaça immédiatement les démangeai- » sons. Deux foyers purulents se formèrent et furent ouverts. Pendant » a peu près vingt jours que dura cet accident, le malade ne ressentit » pas la moindre démangeaison. Celte guérison locale de la gale n'était » qu apparente et momentanée. Les acarus se firent bientôt sentir » aussi vivement qu'à l'autre, main. »

Les deux faits suivants que je vais citer ont été observés dans mon service.

Ors. I. — B..., âgé de trente-huit ans, né de parents misérables, a joui dune excellente santé jusqu'en 1842, où il fut pris de douleurs

rhumatismales .1.- peu de durée. Peu do temps après, quoique père de huit enfants, il se livre à la vie la plus déréglée , passant les nuits dans les bois voisins du village qu'il habitait, vivant de pain noir et de légumes crus qu il pouvait dérober, ayant d'ailleurs des rapports avec toutes les ouvrières d une blanchisserie voisine, alors qu'elles le suiva! Mit de gré ou de force. — Ecoulement urétral et chancre. Peu après, développement de petits boutons pleins d'eau, entre les doigts, se multipliant d une manière successive aux poignets, au pli des membres, et causant de la démangeaison : c'était la gale. Entré à l'hôpital de Bernay. Le médecin s'occupe d'abord du traitement de la blennorrhagie et des chancres. Un jour, après avoir pris une potion nouvelle, que le malade a considérée comme étant plus énergique que de coutume, l'écoulement diminua tout à coup, ainsi que le gonflement du prépuce; mais en même temps il fut pris d'un malaise général avec céphalalgie intense...; puis, tout son corps devint le siège d'une démangeaison beaucoup plus vive que celle de la gale, et, dans l'espace de vingt-quatre heures, il aperçut à la peau des milliers de poux. 11 n'en avait jamais eu auparavant. En vingt-quatre heures aussi disparurent tous les boutons de gale. Telle était alors son affreuse position, qu'il se grattait jusqu'à s'excorier la peau ; et, au lieu de sang, c'était une matière roussâtre et infecte qui s'écoulait. Cette matière, en se concrétant, donnait naissance à des croûtes hideuses. Sa chemise, imprégnée de l'humeur qui s'échappait, aurait pu, dit-il, tenir droit comme un pieu, après avoir été séchée. Les poux pullulant d'une manière effrayante, et la peau devenant de plus en plus malade, le médecin de Bernay l'engagea à se rendre à Paris pour être traité à l'hôpital Saint-Louis. Il y arriva après vingt jours de marche, mendiant de ferme en ferme la nourriture et le coucher.

Le 2 janvier 1843, je le reçus dans mon service.

Il était à peine dans son lit, que déjà draps, rideaux, meubles voisins, étaient envahis par des milliers de poux; il fallut l'isoler, l'entourer d'alèses que l'on étendit sur le sol, et les renouveler souvent.

Ses cheveux, longs et touffus, étaient agglutinés entre eux par une matière collante et humide qui suintait de sa tête. Sur les mèches de ses cheveux agglutinés et dans leurs intervalles, on découvrait des fourmilières d'insectes dans un mouvement continuel. La face antérieure de son cou présentait une large excoriation rouge, sécrétante, infecte et brûlante. Derrière chacune de ses oreilles, dans les plis des ailes du nez, dans celui qui sépare le menton de la lèvre inférieure, suintait avec cuisson une humeur collante et d'une odeur repoussante. Les sourcils étaient tombés ; à leur place un produit furfuracé grisâtre garnissait l'arcade orbitaire. Les bords libres des paupières étaient très rouges, chroniquement enflammés et presque entièrement dépouillés de leurs cils.

Il faut avoir vu celte hideuse figure, aux yeux chassieux et enfoncés dans les orbites, aux pommettes saillantes, aux joues creuses, inces-

Bammenl parcourue par dos milliers do poux, et surmontée de la coiffure animée et mouvante que j'ai décrite, pour s'en faire une idée exacte.

Le sujet était dévoré par une faim vorace; mais il n'avait pu jusqu'ici que tics difficilement la satisfaire, et de plus il était absolument privé do sommeil. Ainsi s'oxplique sa maigreur.

L'aspect du reste de son corps n'était pas moins remarquable.

Sur les différentes laces du tronc et des membres étaient disséminées de nombreuses plaques, élevées au-dessus du niveau des intervalles de peau restée saine Ces plaques, de formes irrégulières, de dimensions tics variables (de 2 à 0 ou 7 centimètres de diamètre) étaient isolées ou se touchaient et se confondaient par leurs bords. Elles étaient brunâtres ou violacées, ridées, rugueuses et recouvertes d'un produit squameux peu abondant. Leur ensemble si considérable donnait une apparence zébrée ou tigrée à la surface du corps du malade. De distance en dislance on voyait de petites élevures, rosées ou plutôt d'une teinte spéciale, sous forme de petits boutons isolés ou plus ou moins rapprochés, présentant à leur sommet et à leur circonférence de petites lamelles épidermiques.

Sur ces plaques et clans leurs intervalles, des insectes parasites circulaient en foule. Je n'ai pas vu que les poux qui se promenaient sur le tronc fussent différents de ceux qui fourmillaient sur le cuir chevelu.

Mais ce que j'oubliais de mentionner, ce sont d'autres plaques humides et croùteuses (véritables fumeurs), entremêlées aux précédentes, sur toute la surface du corps, en nombre considérable, -et qui constituaient de véritables nids à poux. C'étaient ces plaques qui fournissaient 1 humeur sanieuse et infecte qui empesait la chemise du malade au point, comme il le disait énergiquement, qu'elle aurait pu se tenir droit comme un pieu.

Je me gardai bien de débarrasser rapidement cet homme des innombrables poux qui le dévoraient ; je permis cependant, dès les premiers jours, qu'on lui donnât quelques bains alcalins, et peu à peu mais peu a peu seulement, qu'on coupât les cheveux : d'abord le quart de leur longueur, puis la moitié, puis les trois quarts, puis presque ras Lorsque les cheveux furent en grande partie coupés, on put voir sur différents points du cuir chevelu, mais principalement à la région occipitale, de petites tumeurs arrondies, sortes de végétations qui servait comme de centres, de quartiers généraux aux légions pouilleuses qui habitaient la tête.

Quand le nombre des poux fut considérablement diminué par ces soins très simples, on s'occupa de leur destruction définitive; mais on Y procéda lentement et par portions. La pommade employée à cet effet à abord de laxonge fraîche. Puis on la rendit alcaline, et elle fut alors composée ainsi qu'il suit : axonge, 30 grammes; carbonate de pousse, <! grammes; plus lard encore on porta la dose de carbonate de polasse a \- grammes.

Les excoriations étaient pansées simplement ; le malade commença alors à goûter un peu de repos ; son appétit continuait à être bon.

A mesure que les poux étaient détruits, les végétations du cuir chevelu s'affaissaient, le suintement des excoriations diminuait. On ne négligea pas de dériver sur le tube digestif par des purgatifs, et en même temps on fit pratiquer une saignée pour dissiper une congestion encéphalique qui menaçait Ainsi s'améliorait chaque jour l'état du malade ; mais en même temps son appétit diminuait. Ce ne fut que dans le commencement de février que l'affection pédiculaire fut entièrement enrayée.

A peine avait-elle disparu, qu'on vil de grosses pustules apparaître avec un prurit considérable, entre les doigts, sur le dos des mains, el sur les faces antérieures des poignets, ainsi que des boulons vésiculeux aux plis des bras, aux jarrets, sur le ventre. Il n'y avait pas de doul>: que ce ne fût une gale pustuleuse. La pommade d'HelmericIc, aidée de bains sulfureux, en fil justice au bout de quelques jours.

Durant le traitement de cette gale secondaire, le malade fut pris de douleurs rhumatismales semblables à celles qu'il avait éprouvées au commencement de 1841, et probablement cette fois par suite de refroidissement au sortir des bains sulfureux; elles ne furent pas très vives, mais résistèrent avec opiniâtreté aux bains de vapeur dirigés contre elles.

Cependant les plaques squameuses de la peau, que nous reconnûmes alors pour être de nature syphilitique, n'étaient modifiées qu'en ce sens qu'elles étaient maintenant dépouillées de leurs squames.

Vers le milieu de mars, d'autres symptômes secondaires de vérole, bientôt accompagnés de symptômes tertiaires, éclatèrent avec une extrême violence.

Les tibias, en particulier, devinrent le siège de douleurs intolérables, aussi vives, du reste, le jour que la nuit. On sentait ces os très notablement et très irrégulièrement gonflés sous les doigts qui les exploraient.

Des pustules plates furent constatées au pourtour de l'anus, et bientôt une magnifique végétation, d'aspect granuleux et humide, se développa dans le sillon mento-labial.

On commença alors le traitement antisyphilitique. Il y avait à peine quelques jours qu'il était commencé, que, sur les faces antérieures et latérales de chaque jambe, on vit une tache ecchymotique noirâtre apparaître et lentement s'étendre, pour recouvrir enfin presque toute la hauteur des deux jambes. En même temps les gencives se ramollissaient, les dents s'ébranlaient dans leurs alvéoles, et une odeur infecte s'échappait de la cavité buccale. Il n'avait pas encore été administré de mercure.

Un scorbut des plus graves était donc venu compliquer l'état morbide déjà si complexe de notre malheureux patient.

GALE. m

Des citrons à sucer, les ferrugineux, les toniques, le vin de Collioure, arrêtèrent et guérirent cette affection.

Alors un traitement antisyphilitique put être entrepris, il avait pour base le mercure et l'iodure do potassium.

11 serait trop long de décrire toutes les phases décroissantes par lesquelles sont passés les différents symptômes de tous ces états morbides qui se confondaient. Ainsi, pour le scorbut, les différentes teintes des vastes ecchymoses développées aux jambes, l'état de plus en plus ferme des gencives, etc.; pour la vérole, l'affaissement progressif des sypliilides dont la teinte s'est peu à peu modifiée, l'affaissement aussi, puis la disparition des végétations contre lesquelles, ouLre le traitement général, on employa des applications mercurielles locales.

Sans doute, la marche vers la guérison a été lente, puisque ce n'est que le 24 juillet que le malade a quitté l'hôpital et qu'il en est sorti encore peu robuste ; mais il était parfaitement guéri de toutes ces affections successives.

Je passe ici beaucoup de détails sur le malade, que j'appelais l'homme des bois, ainsi que tous les divers traitements qu'il a subis Celte observation, si intéressante sous tant de rapports, a été relatée dans son ensemble dans la thèse de l'un de mes élèves les plus distingué* M le docteur Faget. Je ferai remarquer, en terminant, que ce malade est constamment resté couché et isolé des autres, qu'il n'a marché que durant la dernière quinzaine de son séjour à l'hôpital, et qu'il était placé dans mon service où il n'existe jamais de galeux.

Obs II. — Le nommé L..., menuisier, âgé de vingt-trois ans, était moins bien portant que de coutume, lorsque, le jeudi 25 mai, il se mit en route, a pied, du département des Ardennes pour Paris. Le villa°e d ou il partit est distant de Reims de 1 8 lieues. 11 fit ce trajet en douze heures, en compagnie de deux de ses camarades (de une heure du matin a une heure après midi). Sur la route, à chaque bourg, ils s'arrêtèrent pour boire une bouteille de vin (tantôt du rouge, tantôt du b anc) : a trois ils en burent sept. Le malade fait remarquer que depuis plusieurs mois il ne buvait que de la bière, et de plus, qu'il était déjà dans de mauvaises dispositions générales

Arrivé à Reims, sa fatigue était extrême. Jl ne put donc pas continuer son voyage a pied, comme c'était son intention, et il fut forcé de laisser partir seuls ses deux compagnons de voyage A minuit il monta dans la diligence de Paris, "où il arriva lendemain T 'ep heures du soir Le voyage en voiture fut très pénible pour lui Son malaise était porté à l'excès. 11 put à peine dormir deux heure ef sentit IZL^Z d° ^ manger' ^ ne ^ absolument S

"fiêTuSL fePf dr0llUre dUrant 13 r0Ule> ,ant sa Prostration si je puis dire, était grande.

s'emîoimif/^'^J1 mangea Un PGU' mais sans aPPétit> se coucha et es îé S T 8 qu'il eui rien à la peau. J'insiste sur tous

ces détails, parce qu'ils me paraissent importants.

l'ATIIOLOGlË SPJSCtALfc.

Le lendemain, 27 mai, à son réveil, une grande partie de sa surface cutanée était en feu ( c'est l'expression dont il se sort). Il ne pouvait résister au besoin de se gratter, et plus il se grattait, plus la cuisson était vive.

Les parties où la cuisson se faisait le plus vivement sentir étaient le ventre, le scrotum et surtout les plis des cuisses; sur ces parties comme sur les faces internes des cuisses la rougeur était intense et uniforme.

Sur les membres supérieurs , au contraire , c'était une véritable démangeaison qu'il éprouvait, et au lieu d'une rougeur uniforme, on voyait dissémines ça et là de tout petits boutons sur leurs différentes faces , ainsi que sur le dos des mains.

Un médecin qu'il vit dans l'après-midi du même jour, auquel il eut le tort de ne montrer que les avant-bras, lui assura qu'il rivait la gale, et lui conseilla de se présenter à Saint-Louis , où il ne lui donna i'espoir d'être reçu que le jeudi suivant. Cette circonstance est assez importante en ce qu'elle prouve que ce médecin connaissait les usages de l'hôpital Saint-Louis, qu'il fréquentait cet hôpital, et que probablement il était plus exercé qu'un autre dans le diagnostic de la gale.

Ne voulant pas attendre si longtemps , le malade acheta chez un pharmacien de la graisse pour la gale ; c'est-à-dire très évidemment , une pommade irritante, probablement sulfureuse. Deux heures après s'en être frictionné tout le corps (et il ne la ménagea pas), il se trouva, comme il ledit, dans un véritable enfer. Une cuisson brûlante dévorait toute sa personne.

Il se mit alors au lit et passa la nuit dans une agitation difficile à décrire.

Le lendemain malin , dès qu'il fit jour, il put apercevoir, sur le ventre et sur les membres, un grand nombre de cloches ou ampoules pleines d'eau, qui se crevaient sous la simple pression du doigt et laissaient échapper leur contenu transparent et incolore.

Un second médecin, qui vint le visiter le lundi 29, affirma positivement qu'il n'avait pas la gale. Le mardi, il essaya vainement d'entrer à l'hôpital Saint-Louis ; enfin, le mercredi 31, il y fut admis par moi.

1er juin. Toute la moitié inférieure du tronc et la face interne des cuisses présentent une surface rouge, humide, comme excoriée, comme dépouillée de son épidémie , qui se serait roulé çà et là sous la forme de petites pellicules cylindriques jaunâtres, molles et minces; pourtant, il est probable que ces pellicules sont plutôt formées par le produit concrélé de l'exhalation morbide qui se fait en abondance sur toutes ces parties. A leur contact, la chemise est mouillée par une humeur qui répand une odeur fade et désagréable. Sur la moitié supérieure du tronc, la rougeur est bien moins vive, et la sécrétion est desséchée: le linge n'est plus taché au contact de ces parties, qui sont recouvertes d'une foule de petites lamelles minces, molles, jaunâtres ou blanchâtres, ayant aussi l'apparence épidermique.

GALfi. m

Sur les différentes faces des membres, l'affection offre les môme* caractères que sur la moitié supérieure du trône; mais, de plus aux plis des coudes e des genoux so montrent dos excoriations suintantes sons forme de sillons assez profonds, a bords épais, constitués oar te produit de sécrétion transformé en croûtes jaunâtres molles et hn mules. Les croûtes sont de véritables croûtes d'impétigo

Sur le dos des mains et sur plusieurs points de la face externe des avant-bras on voit des vésicules, en partie séreuses, en partie lactés! ténoMo' e" confllien^s, qui appartiennent à l'herpès phlyc-

La peau de la face est saine ; le malade accuse une sensation brô lante sur toutes les parties malades et spécialement sur toute la moitié inférieure du tronc. La diaphorèse est abondante sur toutes les portions de peau restées saines ; en particulier, la face est couverte de sueur

Le pouls es large et dur, mais point fréquent ; la soif du malade est vive, son appétit est nul. A la bouche, il perçoit une sav euv mère e pâteuse a la fois, le malin en séveillanl. Depuis plusieurs Kîeï pas aile a la selle ; les nuits précédentes avaient été sans sommeil

e prescris au malade le repos au lit, une saignée du braHa diète de a limonade pour boisson, et enfin des bain s "amidonnés wd<S

Au point do vue du diagnostic , je pensai qu'une érupKe nafure inflammatoire, née sous l'inlluence des fatigues du voyaTet du ^ e exdtanl suivi par le malade, déjà prédisposé par demauvaise coS Hong générales, apparaissait lorsqu'il alla consulter le premtar médsdn • que celm-cj s étant contenté d'un examen superficiel TmMmîï ' avait cru a 1 existence.de ia gale, et qu'ainsi un LSen irriS aû ■eu des émolhen s qu'on aurait dû mettre en ^aït Sffiïï une succession d'éruptions effervescentes dont nous vovTons a con i nuat.on a l'entrée du malade dans nos salles Y

Marche des éruptions. — Pendant les inn.- „„; „ • •

Jâ*..jKïï.r: ïzta^*™^ * ,*

sur toute rélpnflnn r.,,\,n, -, ^''"IIIL parue disparu, on aperçut , I-* 1 J»l», sur I, ta ,1,., ,„„i„s 8t p?rli0„ltè;emB„, de ,„ ^ m

voyait de largos bulles remplies d'une sérosité citrine et transparente : c'était du pemphigus.

Entre ces bulles étaient nés quelques pustules discrètes assez larges, reposant sur une base enflammée, et présentant un point brun à leur centre ombiliqué : c'était de Yeclhyma.

A côté de ces bulles et de ces pustules , toujours sur les membres supérieurs, une humeur concrétée, formant des croûtes jaunâtres et verdâlres, soulevées par une matière purulente analogue, présentait des traces d'impétigo qu'on trouvait les mômes sur le ventre et les lombes, là où nous avions vu de toutes petites pustules naissantes, le 4 juin.

Ce même jour, 7 juin, sur la face, le cuir chevelu, le cou, la partie supérieure du tronc et les membres inférieurs, j'ai noté la présence d'une foule de petites lamelles d'apparence épidermique qui rappelaient celles de l'eczéma et du pityriasis incolore.

Pendant ce temps, le malade était soumis à un traitement émollient très bien observé, et était tenu au lit dans un très grand état de propreté.

Vers le 1 5 juin , commencèrent à apparaître des furoncles ; il y eut même aux lombes et aux cuisses plusieurs anthrax pour lesquels l'incision cruciale fut nécessaire.

Quelques jours après on voyait des papules de lichen et de prurigo répandues sur les différentes faces des membres.

Enfin, le 24 ou le 2o juin , alors qu'il ne restait plus que quelques papules de prurigo sur les membres, le malade fit voir- de petites vésicules incolores , discrètes, acuminées, dans les interstices des doigts , sur le dos des mains et sur les faces anlérieures des poignets ; ces vésicules étaient accompagnées d'une démangeaison assez vive : elles appartenaient évidemment à la gale.

Je prescrivis l'usage de la pommade d'Helmerick et des bains sulfureux.

Quelques jours après, la peau du malade était complètement revenue à l'état normal, elle ne présentait pas le plus petit boulon ; la santé était excellente.

Je le gardai jusqu'au \ 2 juillet ; aucune nouvelle éruption n'avait reparu. Je pus donc croire que la guérison était définitive, et lui accordai son exeat.

Ce malade, comme le précédent, était placé dans mon service, sans rapport par conséquent avec des galeux. Toutefois, comme au moment où la gale s'est déclarée il descendait au promenoir, et que les galeux ne sont séparés des autres malades que par une barrière à hauteur d'appui , nous avens dû le questionner sur ses rapports possibles avec cette sorte de malades. Il nous a déclaré n'en avoir eu qu'une seule fois, le temps seulement d'acheter un morceau de pain de l'un d'eus. Une porte est donc ouverte à l'hypothèse de la transmission de la gale par cette voie... 11 n'a même pas touché la main du galeux, il a reçu le pain qu'il lui a acheté.

Pour nous, ce sont deux faits de gale disparue, l'une pendant au

nu

moins cinq semaines, l'autre ncndant vinoi i™;^ •„ idu reste, a eu lieu 'dans litew^ï Î n'C t^T ^ générale de l'économie. innuG"re d llne afleclio"

Nous allons à ce sujet rapporter sommairement une observation aussi curieuse qu'inexpliquée encore, recueillie par M le professeur Boeck , médecin d'hôpital à Christiania et qu'il i communiquée à M. Cazenave. '

Chez une jeune fille, âgée de quinze ans, très maigre très nAIP n™ encore réglée, on a constaté à la paume des mai n ef dans Vl\ l ' Z des doigts, la présence de croûtes de * à S liC f r ,T 6

partie postérieure des cuisses et sur lP rfn il ' Sbes' a ,a cuir chevelu, qui est iSTaî Si rn„ r, ,y a JUSque dans Ie

se montrent çà et là aux extrémité T » .! ?a - . Poules était évidemment altérée InceS * I l de la mulade

tiques, c'est-à-dire ron n v n^' °,U d°nné des résultats Mea-

ou quê des débris d' carus " ^ exduS1« °« que des acarus

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mé„{ celles qui L la to&Mt pSÛÎSw P°rS°nneS'

croscope, M. Boeck distingua deux lamelles : l'une supérieure, de couleur claire, et consistant seulement en des cellules d'épithélium ; l'autre inférieure, de couleur grisâtre, contenant des sarcoptes; d'où M. Boeck conclut que les croûtes ont été formées sous l'épiderme. Pendant cette poussée, la santé de la malade s'altéra de nouveau ; elle eut de la fièvre. Traitée par les frictions partielles et successives avec l'onguent de Vienne, elle guérit enfin. Les cheveux ont repoussé, les ongles sont revenus à l'état normal ; mais surtout l'air d'hébétude remarquable chez cette jeune fille a complètement disparu.

M. Boeck, en communiquant cette observation à M. Cazenave,

lui a envoyé des fragments' de croûtes recueillis chez la malade.

La coupure de ces croûtes est lisse , unie, dense comme celle

d'une substance cornée; si l'on en examine une parcelle délayée

au microscope , on la trouve formée d'une multitude énorme

d'acarus entiers ou de débris d'acarus, d'œufs, etc., sans aucun

mélange appréciable d'une matière résultant de l'inflammation.

M. Lanquetin a répété ces expériences et a obtenu les mêmes

résultats , en constatant que ces sarcoptes sont bien ceux de la

gale.

Cette observation, si remarquable, si importante et si concluante, ne vient-elle pas fort à propos confirmer jusqu'à l'évidence les doctrines que nous venons d'émettre? La jeune fille se présente avec une forme spéciale de gale que les incrédules de nos jours diront compliquée de rupia. Elle est singulièrement améliorée par le traitement de la gale au point de recouvrer la santé, lorsqu'une nouvelle éruption vésiculeuse se fait à la peau. C'était une réapparition de la gale; on n'avait pas trouvé de sillons une première fois, on n'en découvre pas plus dans la seconde éruption, mais il se fait dans les deux cas pour l'acarus ce qui se passe dans la maladie pédiculaire générale, et exagérée dont nous venons de rapporter un exemple, c'està-dire des espèces de poches renfermant des myriades d'acarus, à l'instar de ces poches décrites par les anciens pour la maladie pédiculaire.

Concluons des discussions dans lesquelles nous venons d'entrer :

1° Que la gale peut être une maladie spontanée ;

2" Que si l'acarus coïncide constamment aucc tu gâte, son existence peut tout aussi bien être admise comme produit morbide et agent de transmission que comme agent de transmission seulement.

Est-ce à dire pour cela que toutes les gales soient spontanées' et que l'acarus n'en soit pas le mode habituel de transmission? Evidemment ce serait tomber dans l'absurde. Si j'invoque le fait de spontanéité, ce n'est que pour en signaler la possibilité et la réalité; car non seulement l'acarus peut transmettre la gale comme le pou, le prurigo pédiculaire, mais encore ce mode de transmission est infiniment le plus commun. Mais si l'acarus transmis d'un individu à un autre peut développer la gale, rien ne prouve que les produits de sécrétion l'atmosphère du galeux, les vêtements imprégnés de cette atmosphère ou des produits de sécrétion de la gale ne puissent pas la faire naître.

La conséquence principale, au point de vue thérapeutique que nous croyons devoir tirer de cette exposition de faits c'est qu il y a heu, contrairement aux usages établis aujourd'hui de traiter non pas seulement l'acarus, mais bien la gale tout en hère ; de la traiter comme toute autre éruption cutanée c'esta-dire d'après une thérapeutique d'ensemble, et non pas d'après une thérapeutique toute locale; et cela est si vrai qu'auiourd hui, et depuis la date toute récente du traitement de la «aie en trois heures à l'hôpital Saint-Louis, mon honorable collègue '

qui est r;vé vimiter ainsi ia durée du

fa t de a deux parts de galeux. La gale canine, ou lichénoide mat d et la gale ^ qu ^y(# sont ^ * dant huit jours par les émpllients, puis par des frictions douces Ainsi on est forcément arrivé à des préceptes que nous a o s cherche a faire prévaloir il y a plusieurs années. («1 thérapeutique, t. XXXII, 1847.)

Ces vues, plutôt anciennes que nouvellos, qui mettent l'érun U°n galGUse ™ influence d'une cause g néra t s" une va,ne théorie, et n'ont-elles d'antre but q„, £

à quelque opinion également stérile? Gardez-vous de le croire. De même qu'en attribuant exclusivement à un insecte tous les symptômes de la gale, les auteurs modernes ont été conduits logiquement à la supprimer instantanément par les agents les plus propres à donner la mort à cet insecte, de même je crois agir aussi logiquement , puisque j'assimile la gale aux exanthèmes, en la traitant pour ce qu'elle est, en tenant compte à la fois de son ancienneté , de sa forme , de son étendue , de son intensité et de l'état général du malade qui en est atteint. Selon moi , l'acarus une fois détruit, il s'en faut bien que la maladie soit supprimée. Des eczéma, des lichens, des prurigo et des impétigo fort graves sont venus m'offrir le spectacle de ce qui peut succéder à la suppression instantanée de la gale par le procédé des frictions fortes. Évidemment, je me préoccupe avant tout de faire disparaître l'insecte dont la présence entretient la maladie; mais en même temps j'adresse à la maladie elle-même une thérapeutique raisonnée et en rapport avec les cas particuliers. Entrons actuellement dans la description de la maladie.

La gale est une éruption cutanée qui a pour caractères essentiels deux choses : 1° une éruption à la peau ; 2° des acarus ou insectes spéciaux renfermés dans des sillons. Ce n'est donc pas, suivant nous au moins, une maladie caractérisée par la présence d'acarus à la peau , car on peut avoir un acarus sur la peau et ne pas avoir la gale. Cette maladie a en effet son évolution , sa marche, ses lieux d'élection où existent des boutons, comme toute autre affection cutanée. De ce que l'on trouvera un pou sur le corps d'un individu , s'ensuit-il qu'il aura une maladie pédiculaire? Évidemment c'est confondre une partie avec le tout ; car il suffit dans ces deux cas d'enlever l'insecte pour qu'il n'y ait pas maladie ; tandis que si par des moyens convenables on parvenait à enlever tous les insectes de la gale et les œufs qu'ils auraient produits, il resterait encore à la peau l'éruption cutanée qu'il faudrait guérir, et qu'il faut d'autant plus guérir que c'est dans les boutons que se font sentir les démangeaisons aussi bien que dans les sillons. Ce n'est pas le

ÊuU GALE.

long des doigts où régnent Je plus de sillons que se grattent seulement les galeux, c'est aussi et peut-être plus à la racine des doigts et dans leur intervalle qu'ils opèrent leur grattage et qu ds ecorchent les boutons, qu'on y rencontre plus ou moins nombreux.

Cachet de l'éruption. - Elle affecte trois formes différentes • tonne papuleuse, lichenoïde, dite canine; forme pustuleuse ou ecthymatoide; forme vésiculeuse , aqueuse ou herpétique.' La orme la plus commune, c'est celle lichénoïde. Elle est caractérisée par une papule dans le genre de celle du lichen, mais qui s en distingue en ce que le sommet de la papule est terminé par une petite vésicule remplie d'une sérosité citrine que l'on peut faire écouler en pressant entre l'extrémité des ongles le sommet de la papule, ou en excoriant le bouton. Dans la gale canine, quelle que soit la partie atteinte, ce sont des papules à sommet vésiculeux qui se montrent. P

La gale pustuleuse, ou ecthymatoide, a pour caractère l'anpantion dans les mêmes parties de boutons purulents , plats vanant en largeur depuis un grain de chènevis jusqu' u di I mètre d une lentille, bouton formé dans ses neuf dixièmes d'une vésicule purulente qui s'ombilique vers le deuxième ou le troisième jour de son développement, c'est-à-dire qu'il se forme au centre de la pustule un petit point noir comme dans Z thyma Mais dans lagale, la pustule n'a pas ordinairement de base inflammatoire aussi dessinée que dans l'ecthyma II n'v a pas non plus, comme dans cette maladie, une certaine uniformité de volume; les pustules de la gale sont très variables ous ce rapport : à côté d'une grosse pustule vont se t r uv rois , quatre petites pustules , et faisant contraste avec la pus t le principale. Chaque pustule dure huit à dix Jours, se , t

î™ÎToZ\7e' et ainsi de suite du^ des

g Te d te " T" mêmeS CaraCtères" ^uant à la

gale dite aqueuse ou phlycténoïde, elle se dessine par le déve-

? s: dvans lr mêmes points d'éievures *»

de suite de vésicules très proéminentes, du volume d'un grain

UT2 PATHOLGÔtt SPÉCIALE.

de millet ou de chènevis , et quelquefois même plus grosses. La sérosité y est limpide, très transparente, citrine; elle ne devient pas opaque , et cette forme de gale peut ainsi conserver ses caractères pendant toute sa durée.

On aurait tort de croire cependant que la forme éruptive soit si nettement tranchée chez les galeux. On peut trouver réunis chez le même individu , des papules , des vésicules , des pustules. Il est même assez peu commun que ce ne soit pas ainsi. Mais il est très commun de trouver chaque forme éruptive dessinée nettement, en ce sens que la masse des houtons a l'une des trois formes indiquées.

Nous ne faisons pas de chacune de ces formes une espèce proprement dite de gale. Nous pensons que cette diversité de forme tient à la différence de tempérament , la gale canine ou lichénoïde étant essentiellement liée au tempérament nerveux ; la forme pustuleuse au tempérament lymphatique, sanguin, et la forme aqueuse au tempérament lymphatique. Nos observations nous conduisent à considérer ces trois formes comme pouvant être essentiellement primitives. Plusieurs de nos confrères croient, au contraire, que la gale est dès l'abord toujours papuleuse, que ce n'est que par des causes accidentelles qu'elle devient aqueuse ou pustuleuse, et ils regardent par conséquent ces formes comme des complications ; nous ne saurions partager de pareilles idées. On va même plus loin aujourd'hui, et l'on considère l'éruption comme une épiphénomène , comme une addition de lichen, d'herpès, d'ecthyma, ou d'eczéma aux divers sillons qui contiennent l'acarus et comme une sorte de complication de la gale. Ce sont là de ces idées que j'appelle exagérées et que rien ne justifie , si ce n'est une théorie , celle qui ne voit dans la gale qu'un insecte indépendant des désordres qui l'accompagnent.

Mais il y a plus, cette éruption a sa période d'évolution, son siège spécial ; elle se fait avec méthode, affectant régulièrement des parties similaires de chaque côté du corps, ne se montrant jamais sur certaines d'entre elles. En présence d'une telle ré-

gularité, Comment ne pas voir là une sorte d'éruption du genre des éruptions exantliémateuses et que le hasard ne saurait l'aire naître? Comment ose-t-on donc là rattacher à la piqûre capri rieuse d'un insecte !

Les premiers boutons qui se montrent se développent aux mains et aux pieds, dans l'intervalle des doigts , à leur origine et à leur jonction avec la face dorsale ; puis viennent les poignets, le pli des bras, le creux des aisselles, le jarret, le ventre, la verge chez l'homme , le bout des seins chez la femme , les fesses , la poitrine ; la figure est toujours respectée , ainsi que la partie externe des membres et le dos. On verra plus loin que l'acarus atteint d'autres parties où il se loge dans des sillons qu'il se creuse. Mais dans les gales qui durent depuis plusieurs mois, toutes les parties du corps peuvent être atteintes par l'éruption, sauf la figure qui est toujours respectée, à moins qu'il ne se montre, sous des conditions de malpropreté, du lichen et du prurigo, ainsi qu'on l'observait chez cet homme des bois dont je viens de retracer l'observation tout à l'heure et qui était infecté de toute manière. L'évolution de la gale a lieu de cette sorte pour l'âge de l'adolescence, mais chez les jeunes enfants, ce sont principalement les fesses qui sont atteintes. On a attribué cette circonstance à l'habitude des mères ou des nourrices de porter les enfants à nu sur leurs bras ; c'est là une erreur : l'éruption a lieu de la même manière à un âge un peu plus avancé et lorsque les enfants marchent seuls. C'est ce que l'on peut voir à l'hôpital des Enfants.

Peut-il exister une éruption sans sillons d'acarus? En thèse générale, l'un et l'autre coïncident entre eux. Il y a plus, les partisans des idées d'aujourd'hui diront qu'il est plus commun de rencontrer des galeux n'ayant que des sillons sans éruption, qu'une éruption sans sillons. Il y a peu de jours, j'ai guéri un monsieur qui arrivait des Pyrénées et qui en voyage avait contracté la gale ; j'eus beaucoup de peine à découvrir un sillon à la verge , et cependant j'étais déjà fixé sur la nature de la maladie en raison de la forme même de l'éruption. Il y a cinq ans environ un de

mes collègues de l'hôpital m'appela en consultation , ainsi que M. Rayer, pour un magistrat qu'il avait guéri d'une éruption iichénoïde h deux reprises dilférentes, et qui avait vu récidiver sa maladie. A l'inspection de l'éruption, nous penseâmes que ce monsieur était affecté de la gale. Un traitement dans ce sens fut institué d'un commun accord entre nous tous; or nous ne faisions pas reposer notre diagnostic sur la présence de sillons, mais sur celle de l'éruption. Ce n'est pas que je prétende qu'un pareil jugement soit aussi sûr que dans les cas où l'on extrait un acarus du sillon qui le renferme ; je veux seulement faire voir que cette éruption est souvent tellement prédominante et caractéristique qu'à sa vue seule on peut juger la maladie, lorsque l'on a quelque habitude de l'observer.

Si la gale de nos climats a eu diverses formes, toutes en général très mitigées, il n'en est pas de môme de la gale des pays chauds, celle de l'Inde et de l'Afrique, par exemple. Bontius a décrit dans son ouvrage De medica Indorum, lib. III, cap. 17, cette maladie sous le nom à' herpès ou d'impétigo indica. Les Indiens lui donnent le nom de courap, synonyme de gale. Il signale la difficulté que l'on a à la guérir. Bateman a eu l'occasion d'observer cette éruption chez des adultes et des enfants arrivant de l'Inde ; l'éruption était très abondante, très étendue, elle gagnait même la figure; la peau, d'une couleur plus foncée et d'un aspect plus sale, était tapissée de taches impétigineuses considérables et de papules. Cette gale est très contagieuse et résiste à beaucoup de médicaments (Bateman, 251). J'ai eu occasion de traiter plusieurs officiers d'Afrique atteints de cette maladie, qui se sont présentés à moi avec de grosses papules disséminées sur les membres , et qui donnaient lieu à des démangeaisons horribles.

Quant aux caractères distmetifs des diverses formes de boutons d'avec des maladies analogues , il est facile de les établir. Le bouton papuleux de la gale a ses lieux d'élection, l'intervalle des doigts, les poignets, les plis des bras, les aisselles, se dessinant dans chacune de ces parties sans se joindre entre elles par

une succession de boutons, comme dans le lichen diffus ; le lichen est formé par des papules sans vésicules; la papule' de la gale est toujours vésiculeuse et fournissant un suintement séreux que ne donne pas le lichen, à moins que , passé à l'état chronique et datant de plusieurs mois ou de plusieurs années, il soit devenu eczémateux. Quand le bouton de la gale est pustuleux , il a pris isolément tous les caractères de la pustule d'ecthyma, sans que, dans cette dernière affection, la pustule présente un engorgement inflammatoire beaucoup plus marqué que dans la gale où il n'existe presque pas ; mais l'ecthyma n'a pas le siège des pustules de la gale, et puis il y a dans ces pustules galeuses une telle irrégularité de forme et de volume, qu'un peu d'habitude dirige facilement le praticien dans le diagnostic. Cependant on peut s'y tromper, si, clans quelques circonstances, on ne tient compte que de la pustule. Quant à la gale aqueuse ou phlycténoïde , il me paraît impossible de la confondre avec l'herpès phlycténoïde qui se montre ordinairement par groupes de vésicules sur des parties qui ne sont pas celles où siège l'éruption de la gale. M. Albin-Gras a décrit avec soin le bouton de la gale qu'il a spécifié par l'existence à son centre d'un point noirâtre d'où part une ligne ombrée qui se rend à sa circonférence et qui se relie quelquefois avec un sdlon sous-épidermique. C'est là un fait que nous avons souvent vérifié.

Avant d'aborder le second caractère de la gale , celui qui se déduit de la présence de Yacarus , je crois devoir parler des boutons de la pseudo-gale. Cette affection n'a été signalée par personne, que je sache; elle se montre souvent au printemps chez les personnes qui ont été atteintes de la gale, et font croire à ces gales mal guéries dont les malades se plaignent assez souvent. Celte éruption est toujours très discrète et consiste dans quelques rares petits boutons miliaires très durs au toucher, hérissant la peau, blancs, quoique ne contenant pas de pus, arrondis et très légèrement acuminés, terminés par une vésicule excessivement petite : ces petits boutons, par le grattage,

Li*V PATHOLOGIE SPÉCIALE.

deviennent le siège d'une cuisson vive et presque douloureuse. Ils affectent ordinairement le voisinage du poignet, sur les côtés du pouce et même auprès du dos du poignet. Ce n'est pas une éruption confluente, ce sont un ou deux boutons espacés, placés à distance, mais très résistants sous le doigt. Si l'on ne gratte pas ce bouton, il s'éteint et il est rare qu'il en vienne plus d'un second ou d'un troisième ; mais les boutons se multiplient si les grattages des malades les irritent. Ce n'est toujours qu'aux mains qu'on les observe.

Deuxième caractère de la gale ; acarus et sillons. — Entrevu mais non décrit par Avonzoar, médecin arabe, qui 'pratiquait en Espagne, l'insecte de la gale ne fut réellement connu qu'au xvr siècle ; car il se trouve incliqué dans les ouvrages d'Ambroise Paré. Mouffet en a le premier donné une description assez exacte en indiquant les sillons qu'il creuse et la manière de l'en extraire ; et Hauptmann est néanmoins le premier dont les observations microscopiques aient fourni des indications un peu minutieuses sur sa situation et son organisation. En 1637, Cestoni, sous le pseudonyme de Bonomo, a réellement précisé son rôle physiologique et pathologique dans la gale. A partir de cette époque, l'histoire de Y acarus est essentiellement rattachée à celle de la gale. Mais peu à peu , dans les siècles suivants , l'acarus n'appelle plus l'attention des médecins et il finit par tomber dans l'oubli, à un tel point qu'à la doctrine de l'acarus comme cause essentielle de la gale, Halmemann parvint à faire prévaloir les anciennes idées humorales sur cette maladie, en vertu desquelles la gale est considérée comme une éruption générale née d'une cause aussi générale qu'elle. On va jusqu'à perdre les moyens de retrouver Y acarus , et Alibert et Biett , tout en rappelant son existence , restent impuissants à en donner la preuve matérielle. Galès, pharmacien de l'hôpital Sairit- Louis , prétend le retrouver, et, par une insigne imposture , montre à la commission de l'Institut nommée pour vérifier le fait, la mite du fromage. Les choses en restèrent à ce point jusqu'en 1834, où un étudiant corse, M. Rcnucci, assistant à la

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consultation d'Alibort, qui déclinait la possibilité où l'on était d'extraire Yacarus, s'offrit de faire en sa présence ce qu'il avait vu exécuter par les malheureux de son pays. M. Renucci enleva en effet en présence de ce médecin plusieurs acarus, et, à partir de ce moment, l'acarus fut étudié de nouveau, notamment par M. Kaspail : la même année, en 1835 , par M. Albin Gras, et plus tard par plusieurs dermatologistes français ou étrangers; enfin, en 1852, M. Bourguignon a publié un traité entornologique et pathologique de la gale de l'homme , où il suit les diverses phases d'évolution et de reproduction de l'insecte.

Quant à Vacants en lui-même, il offre les caractères suivants : Il est d'un volume tel qu'on le voit parfaitement à l'œil nu en le plaçant à l'extrémité d'une épingle ; là on l'aperçoit exécuter des mouvements qui ne laissent aucun doute sur son existence; mais il arrive souvent, qu'enlevé de l'extrémité du sillon en hiver, il est engourdi par le froid et ramassé, pelotonné et immobile ; il suffit de l'approcher un peu du feu pour lui voir exécuter des mouvements fort rapides d'ailleurs : aussi parcourt-il un espace assez étendu dans un temps très court sous le champ du microscope. Voici sa description sommaire :

Âcarus. — Insecte d'un tiers de millimètre en longueur et d'un quart en largeur ; couleur blanchâtre rosée ; il a une lace dorsale et une face ventrale; la première plus ou moins arrondie suivant que l'insecte est plus ou moins plein ; la tête ou les organes de la manducation occupe une extrémité du corps et l'ouverture anale l'autre ; les pattes sont au nombre de huit, quatre en avant et de chaque côté de la tête ; quatre en arrière. Toutes prennent naissance à la face ventrale. Les pattes antérieures sont terminées par un long tube armé d'une ventouse, et les postérieures par un long poil. Ces appendices sont les principaux organes de la progression.

L'enveloppe extérieure du corps est continue dans son ensemble. On ne trouve pas de thorax distinct de l'abdomen. Le corps n'est qu'une cavité où sont contenus les organes de la nutrition. Des appendices de diverses espèces occupent la face dorsale ; ils sont destinés à la progression en prenant point d'appui ; ils sont durs, cornés, et sous de faibles grossissements ils représentent des poils Cette face est sillonnée par des rides ou phcatures qui se distendent quand l'acarus se gorge de liquide. Derrière la naissance des pattes antérieures et au-devant de la pièce sternale se trouve une fente transversale par où s'opère la ponte, aussi

cette l'ente nmnque-t-elle aux acarus mâles et aux acarus femelles qui ne l'ont pas accomplie ; cependant il y a encore doute à cet égard : car il existe à la région anale une autre ouverture qui en est voisine.

L'œuf est un corps ovoïde régulier ayant une extrémité un peu plus arrondie que l'autre. Ce n'est qu'après dix jours d'incubation que l'insecte est formé ; le onzième jour l'insecte fait effort pour sortir de son enveloppe ; l'œuf se fend transversalement ou longitudinalement pour lui donner passage. La larve ou insecte nouveau-né n'a que six pattes, et il jouit cependant de plus d'agilité que l'acarus à huit pattes. Ce n'est que huit ou dix jours après l'éclosion qu'il est pourvu de ses huit pattes. (Voir pour plus de détails l'excellent ouvrage de M. Bourguignon sur la gale, Traité de la gale de l'homme, 1852.)

Sillon de la gale. — On désigne ainsi des galeries ou canaux que se creuse Y acarus dans l'épaisseur des lames du derme , en soulevant les lames épidermiques les plus superficielles, à la manière de la marche d'une taupe dans la terre ; ces acarus déposent leurs œufs dans ces galeries ou sillons. Chaque sillon a une longueur qui varie entre 2, 3 ou 5 millimètres ; il est rare qu'ils affectent une ligne droite ; le plus souvent ils sont contournés et arqués et quelquefois disposés en S ; la surface externe du sillon est garnie d'aspérités épidermiques et , suivant quelques observateurs, d'un ou deux points noirs qui indiquent la sortie passagère de l'acarus. Mais ce qui doit surtout fixer l'attention , c'est le point de départ du sillon et son extrémité terminale, ainsi que ce qu'il contient.

Les partisans des doctrines modernes sur la gale ne parlent et à dessein que d'un seul mode de formation du sillon par une ouverture ou embrasure de l'épiderme sur un point quelconque des surfaces latérales des doigts, du poignet, de la verge, etc., lequel sillon se termine par un cul-de-sac faisant une petite saillie blanchâtre transparente ; c'est à ce point transparent que réside et que se trouve constamment l'acarus ; car il suffit de déchirer avec une épingle la petite cuticule qui le recouvre pour le retirer avec la pointe de l'épingle. Il est bien vrai qu'à la verge, au bout des seins, à la face latérale des doigts, où les boutons de la gale sont très rares, on ne retrouve que des sillons de ce genre. Mais lorsqu'on 1834, M. Albin Gras décrivit

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