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les sillons , il en fit connaître d'autres , ceux que nous venons d'indiquer étant encore mal connus ; et voici ce qu'il observa alors et ce qui n'a pas changé depuis : 1° Au centre des vésicules un petit point d'où part jusqu'à la circonférence une ligne ombrée de noir et droite ; à partir de cette ligne, la naissance d'un sillon du genre de ceux que nous venons de décrire, et à l'extrémité de ce sillon l'acarus. Cette disposition n'est pas très rare. Depuis, quelques observateurs et M. Piogey entre autres, ont signalé des papules à cheval sur un sillon ou un sillon dépassant la papule par ses deux extrémités. Cela se voit à la verge, par exemple; il admet même deux espèces de sillons sous ce rapport : une première espèce superposée à la vésicule ou sillons intra-épidermiques ; la seconde surmontant une papule due à l'épanchement delà lymphe plastique clans le réseau du derme, devenant alors le siège d'élancements intolérables par suite de l'irritation incessante des papilles nerveuses ; ces sillons sont alors sous-épidermiques. Ce qu'il est très commun de voir, ce sont des sillons isolés, sans vésicules ni papules, qui siègent le long des faces latérales des doigts, sur la verge et à l'extrémité du sein des femmes.
On peut déduire de la première disposition, celle où le sillon prend naissance à la vésicule, deux conséquences : ou que la naissance de la vésicule a été spontanée, qu'elle a engendré un acarus, lequel acarus occupait primitivement le centre de la vésicule , s'en est échappé par la ligne ombrée de la vésicule pour se creuser ensuite une galerie intra-épidermique, déposant d'ailleurs ses ovules dans le trajet du sillon, et cela est d'autant plus rationnel que l'acarus se trouve toujours à la partie la plus éloignée de la vésicule. Cette doctrine a été professée pendant longtemps ; on a même décrit et compté les ovules qui se trouvaient dans la vésicule. Aujourd'hui , et d'après les nouvelles recherches microscopiques de M. Bourguignon, d'après surtout les idées professées depuis deux ou trois ans sur la nature de la gale, on raisonne ainsi qu'il suit : le bouton ou la vésicule de la gale est un accident. Il est causé par la piqûre de l'acarus
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venu du dehors en ^'introduisant dans la peau pour se creuser son sillon. Mais il y a une objection à faire à cette hypothèse , objection qui n'est pas sans valeur. Si c'est à la piqûre de l'insecte qu'il faut attribuer le développement des boutons , il semble naturel que le nombre des boutons soit proportionné au nombre des insectes, de sorte que là où l'on trouve le plus d'acarus, on trouve aussi plus de boutons. Eh bien, c'est le contraire : les boutons sont rares aux mains et aux. pieds, plus rares à la verge , nuls ou presque nuls aux mamelons chez les femmes, nuls ou tout à fait nuls au menton ; or c'est dans ces parties que l'on trouve le plus de sillons et le plus d'insectes. Par contre , les boutons sont très nombreux sur le ventre , les fesses, les aisselles, les jarrets, et là on rencontre si peu d'acarus que tous les observateurs ont signalé ce fait. Ce qui rend bien mieux compte de ces faits , c'est d'admettre avec nous et avec tous les auteurs qui nous ont précédé, qu'il existe une éruption ' galeuse régulière ; ce qui est en rapport avec l'époque du développement de la gale après son incubation, la localisation régulière des boutons , les lieux d'élection qu'ils occupent, la simultanéité de leur développement dans les membres et sur les mêmes points à la fois ; de supposer qu'il est certains boutons vésiculeux qui engendrent des acarus , comme dans la maladie pédiculaire où la génération des poux ne peut être contestée suivant nous ; comme aussi dans le fait cité par M. Boeck, où la génération spontanée des acarus ne saurait être mise hors de doute. Quoi qu'il en soit , on voit qu'en présence de faits si divers et d'opinions si contestables, il y a lieu de ne pas adopter ces opinions nouvelles, et d'attendre que des recherches plus approfondies viennent donner aux praticiens une satisfaction complète à cet égard.
Bornons-nous donc à dire qu'il existe dans la gale deux espèces de sillons : les uns rattachés directement à la vésicule, les autres tout à fait indépendants des vésicules; les premiers ayant principalement leur siège dans les intervalles interdigi- {aux et aux poignets, les seconds sur les faces latérales des
doigts, à la verge cliez l 'homme et aux mamelons chez la femme. On a cherché à expliquer cette différence de siège chez l'homme et chez la femme en disant que l'homme porte très fréquemment ses mains à la verge, et que les mains transmettent ainsi l'acarus à cette partie. Mais d'abord est-ce que les femmes portent fréquemment les mains à l'extrémité de leurs seins? Ensuite, il est constaté par M. Bourguignon que l'acarus à la verge a précédé ou accompagné la présence d'un acarus sur la main. En vérité , s'il est bon d'expliquer, il faut le faire avec réserve , car les explications sont souvent peu fondées. Bornons-nous donc à enregistrer les faits.
Mais il est une circonstance que je ne peux passer sous silence, en présence de cette régularité et dans l'éruption de la gale et dans le développement des sillons dans des parties régulièrement atteintes par l'acarus : c'est celle de l'infection. Évidemment elle n'est pas toujours la même, elle n'a pas toujours lieu, comme on l'a vu par le relevé de M. Bidard, interne du service de M. Hardy, par les mêmes contacts, et il faut bien le dire, nous savions depuis longtemps qu'elle devait s'opérer par des contacts différents. Or, qu'un individu contracte la gale par les pieds, par une poignée de mains ou par une partie quelconque du corps, ce ne sera pas sur cette partie que l'on trouvera le plus à' acarus, on n'en trouvera même souvent pas, mais les boutons et les sillons se montreront avec la même régularité sur les divers points du corps où ils siègent ordinairement, quel que soit le point de départ de l'infection. 11 faut donc admettre qu'un acarus déposé par exemple à la fesse d'un individu adulte s'éloigne bien vite de cette partie, parce qu'il ne doit pas l'attaquer; s'il se trompe de route et qu'il gagne la face, arrière bien vite, la figure n'est jamais atteinte, si ce n'est depuis quelques mois, où l'on trouve des acarus au menton, mais pas plus haut; puis il devra nécessairement se rendre à l'un des poignets ou aux doigts d'une main , pour y développer des boutons ou y tracer des sillons, et à peine a-t-il commencé son œuvre à une main qu'il h,i faut bien vite gagner l'autre, en remontant voi-s
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l'épaule, traversant la poitrine et gagnant l'autre membre supérieur jusqu'à l'autre main, pour y développer les mômes phénomènes , à moins que , servi par un heureux hasard , Yacarus ne saisisse le moment d'un contact des doigts pour faire une traversée bien plus directe et bien plus courte. Tout cela est pénible à écrire sérieusement, mais enfin il faut bien faire ressortir toutes ces invraisemblances.
Mais il y a mieux, depuis la découverte de ï'acarus mâle par M. Lanquetin , élève externe de l'hôpital Saint-Louis, il arrive ceci : que Ï'acarus mâle ne peut tracer de sillon; qu'il se borne à se cacher humblement sous une petite lame épidermique; qu'il est d'ailleurs d'un volume beaucoup plus petit et ne reproduit rien, puisqu'il ne fait que féconder la femelle ; en sorte que vous pouvez peut-être avoir sur le corps, pendant une dizaine d'années, un ou plusieurs acarus mâles ou la gale mâle sans vous en apercevoir, sans avoir de boutons, ou même le signe exclusivement distinctif de la gale, le sillon sans lequel , au dire des adeptes des idées toutes modernes, on ne peut pas affirmer qu'un individu soit atteint de la gale ! Vous en serez quitte pour vous gratter quelquefois lorsque cet unique parasite changera de localité ! On peut encore courir la chance de ne gagner qu'un acarus femelle non fécondé, mais alors gardez-vous de vous approcher d'un mâle! Heureuses créations modernes que ces gales de mâles ou de femelles non fécondées qui ne sont pas des gales !
En résumé, on voit que les caractères de la gale se déduisent de deux circonstances principales : 1° l'éruption avec ses caractères de boutons de trois sortes différentes, et les lieux d'élection de leur développement; 2° les sillons, à la condition que de l'une de leurs extrémités on retire Ï'acarus, car on pourrait prendre pour un sillon une petite excoriation linéaire de l'épiderme, par une épingle, une aiguille, un coup d'ongle, ces sillons ayant comme les boutons leur lieu d'élection. Nous ajouterons que si, dans la généralité des cas , il est très facile de reconnaître la gale même en l'absence de constatation
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d'acans, c'est cependant une des maladies de la peau dont le diagnostic, dans certaines circonstances, puisse offrir le plus de difficultés. On ne saurait croire que d'erreurs ont été coin' mises, et les personnes qui ont occasion de l'observer tous les jours peuvent s'y méprendre par défaut d'une attention suffisante. C est qu'en effet , chez l'enfant , les boutons papulo-vésiculeux de la gale sont infiniment petits; que l'on peut prendre un hchen pour de la gale, et réciproquement ; que dans un âge beaucoup plus jeune, lorsque l'enfant est à la mamelle, le strophulus peut ressembler à la gale. Le lichen et le strophulus affectent souvent les mains et les poignets. Ce n'est qu'à l'aide du caractère vésiculeux des boutons et de l'existence des sillons que l'on apprécie par le secours d'une loupe de trois à quatre grossissements, que l'on arrive à un diagnostic précis Une circonstance importante à noter au point de vue du diagnostic de la gale chez les enfants, c'est l'existence de nombreux boutons de gale aux fesses, ce qui n'a pas lieu chez l'adulte
Mais la ou le diagnostic est beaucoup plus difficile, c'est le cas d une gale canine ancienne à laquelle viennent se joindre sous 1 influence des grattages réitérés, des éruptions accidentelles de hchen et de prurigo ; alors l'éruption de la gale se confond avec elles, et la maladie perd le cachet d'ensemble qui lui est propre.
J'arrive maintenant aux données que nous a pu fournir la statistique au point de vue de la gale considérée comme antécédent des autres maladies de la peau. - Eczéma. Sur Z.69 malades inscrits le chiffre de la gale, comme antécédent, s'élève à ;05, cest-a-d.reà près de la moitié des individus dont nous possédons 1 observation. - Lichen. Sur 103 exemples , la gale figure comme antécédent pour 36 cas. - Psoriasis. 59 sur m exemples recueillis. -Impétigo. C'est encore là une des affections cutanées où l'ontrouve plus de cas de gale comme antécédent; ainsi, la proportion est de 78 cas sur U2 impégos, c est-à-dire que plus des deux tiers des individus affectés impétigo dont nous avons recueilli les observations comptai,,..
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la gale dans leurs antécédents. — Herpès. 17 exemples, 10 cas de gale comme antécédent. — Prurigo. 16 antécédents sur 28. Rupia. 12 fois sur S0 cas. — hcthyma. 8 sur 12. — Pityriasis. 10 sur 17. — Enfin, sur 1,150 maladies de peau , quelle (m'en soit la nature , t\U9 malades comptaient la gale comme antécédent.
On voit par ces chiffres que les faits justifient , en apparence au moins, cette opinion des gens du monde, à savoir, qu'ils doivent à la gale contractée antérieurement la maladie cutanée dont ils ont été primitivement affectés.
Quant à la marche de l'affection , elle est incessante, comme toutes les maladies avec productions végétales ou animales, ainsi la teigne, le prurigo pédiculaire. Aussi il est des contrées de l'Espagne et de la Corse où la gale est pour ainsi dire endémique. Les enfants contractent la gale de leurs parents peu de temps après la naissance, et la conservent toute leur vie; le grattage devient une habitude, un besoin; et cette habitude est d'autant plus arrivée à l'état de nécessité qu'elle se reproduit à des heures plus ou moins fixes et journalières ; c'est en effet au moment où se développe la chaleur du lit que la démangeaison se montre, démangeaison à laquelle cède d'autant mieux le malade qu'elle est accompagnée d'une sensation agréable, ce qui n'a pas lieu dans le lichen et le prurigo. Toute élévation dans la température du corps suffit pour la réveiller : ainsi l'exposition au soleil, au feu?
D'où la nécessité de guérir la gale, de la traiter, ce qui n'est pas toujours nécessaire pour bon nombre de maladies, qui se dissipent à la longue à l'aide de quelques conditions hygiéniques.
Le pronostic de la gale n'est jamais fâcheux , ce n'est qu'une maladie incommode; mais lorsqu'elle est conservée pendant des mois et des années , elle devient une habitude et un besoin de grattage qui finit par être nécessaire à la santé de l'individu qui en est atteint , semblable en cela à toutes les affections de la peau avec démangeaison. Or, à l'égard de toutes ces maladies,
on observe que leur brusque disparition par une cause quelconque, alors même qu'elles ne fournissent aucune sécrétion connue le prurigo avec ou sans papules, la maladie pédiouluire, celle des poux devenue générale , est suivie d'accidents très graves en raison de l'âge, du développement de certains organes, de leur état de maladie et de la prédisposition du sujet. Cbez l'enfant, la suppression des poux de la tête donne lieu à des fièvres graves dans lesquelles le cerveau est plus ou moins affecté; à l'âge viril, c'est presque toujours la poitrine qui se prend avec des congestions pulmonaires moitié séreuses, moitié sanguines , qui menacent incessamment la vie des malades. Or, si ces accidents ont lieu par la suppression du prur.go sans papules , c'est-à-dire sans aucun phénomène morbide a la peau autre que la démangeaison , les mêmes accidents ne peuvent-ils pas se montrer clans les mêmes conditions à l'égard de la gale, et surtout à l'égard de la gale suppurante? et dès lors est-il sage, est-il rationnel de guérir la gale en deux heures, quelle que soit F ancienneté de la maladie? N'ya-t-ilpas lieu d'établir quelques réserves par rapport à certains cas particuliers de gale. Voilà ce que nous ne cessons de répéter depuis les innovations introduites dans ce traitement ; on conçoit qu'ayant le plus souvent affaire à des sujets jeunes, vigoureux, durs à la tangue comme au mal, ces accidents n'aient pas souvent lieu ma.s ils se produiraient dans l'enfance, dans l'âge viril et dam la vieillesse.
Mais la gale, sous le rapport du pronostic, doit être envisagée a un autre point de vue. La statistique que nous avons donnée delà gale comme antécédent démontre, à n'en pas douter, qu'elle doit prédisposer aux affections cutanées qui sont accompagnées de démangeaisons. Il faut donc, sous ce rapport, guérir les gaeux aussitôt que possible, pour qu'ils ne contractent pas l'ha- |*tude des grattages; mais il faut les guérir à l'aide de moyens ^Capables de faire naître de ces éruptions elles-mêmes auxquelles la gale prédispose. On fait aujourd'hui tout le contraire et .1 est peu de galeux qui sortent de ces frictions sans présenter
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dès le jour suivant des papules de lichen que des bains peuvent faire disparaître, mais que les ouvriers , peu soigneux d'euxmêmes, ne traitent pas.
Eh bien! je n'hésite pas à prédire que dans dix ou quinze ans on verra naître des affections cutanées chez bon nombre d'individus mêmes que l'on guérit si rapidement aujourd'hui.
Thérapeutique. - H y a peu de maladies pour lesquelles on ait proposé plus de moyens de guérison que pour la gale : c'est qu'en effet les acarus meurent facilement sous l'influence de médicaments astringents ou excitants, et que ces mêmes moyens guérissent aussi très rapidement l'éruption de la gale. Or, c'est encore une remarque à faire sur la nature des boutons delà gale : s'ils étaient purement et simplement des éruptions de lichen, d'eczéma ou d'ecthyma, venant, comme on le dit, compliquer la gale, comment guériraient-ils par des agents médicamenteux qui, lorsque- ces maladies sont seules, ne font qu'exaspérer ces éruptions? C'est encore là une objection sérieuse à faire aux doctrines du jour. Voici, par exemple, un fait rapporté par M. Piogey, un des partisans de la doctrine. « Un malade du service de M. Bazin chez lequel la gale était compliquée d'impétigo, d'ecthyma, de furoncles, aVangioleucite avec gonflement des ganglions axillaires et impossibilité de fléchir les doigts, fut traité par trois frictions générales rudes. Sous l'influence de cette médication, les ganglions axillaires étaient moins douloureux; le lendemain, l'angioleucite avait disparu ; les éruptions pustuleuses ont rapidement cesse. Or, je le demande M. Bazin eût-il employé des frictions rudes à la pommade d'Helmerich en présence de pareils désordres chez un individu qui n'aurait pas eu la gale? On verra plus loin que notre collègue, M. Hardy, s'arrête toujours en présence des .aies pustuleuses ou de celles qui , selon lui, sont compliquées Scthvma H y a donc véritablement quelque chose de spécial dant naturels boutons delà gale, et il est —pén^ d'en être arrivé aujourd'hui à ce point, de prouver la démons,, ,
tion d'une vérité reconnue pur tous les médecins qui nous ont précédés dans les siècles passés.
Plusieurs médecins ont examiné à l'aide du microscope combien de temps un acarits pouvait vivre dans un agent donné. Voici à quels résultats ils ont été conduits. Suivant M. Albin- Gras , il vit dans l'eau 3 heures ; dans l'huile, 2 heures ; clans une solution d'extrait de Saturne , 1 heure; dans de l'eau de chaux, 3/4 d'heure; 20 minutes dans le vinaigre, l'alcool à 20 degrés, ou une solution de carbonate de soude ou de potasse; 9 minutes dans le sulfure de potasse; 7 minutes dans l'essence de térébenthine ; k à 6 minutes dans une solution concentrée d'iodure de potassium. Suivant M. Hébra , Vacants vit 7 jours dans l'eau froide, 10 dans l'eau chaude ; il résiste plus ou moins longtemps à l'immersion dans le vinaigre, dans l'urine de cheval, dans l'eau de chaux et de savon ; il vit 2 à k jours sur un verre où l'on a étendu de l'onguent napolitain. Il est tué plus ou moins rapidement dans une solution de sel commun , de sublimé , d'arsenic , de sulfate de fer, de cuivre, de zinc,' d'acétate de plomb, d'alun ; dans l'acide pyroligneux, dans les huiles essentielles, dans l'huile animale de Dippel ; une solution de potasse, de goudron ou d'iodure de potassium.
J'ai fait aussi un certain nombre d'expériences du même genre ; elles m'ont conduit aux résultats suivants : Vacarus vit de 10 à 12 heures dans de la graisse : cette expérience a été répétée deux fois. Des malades ont été traités par l'axonge seule; la gale s'est momentanément arrêtée pour reparaître ensuite' L'acarus, plongé dans une décoction de staphisaigre, était encore vivant après 12 minutes. Il meurt en 8 minutes dans l'essence de térébenthine pure , et dans un mélange d'une partie d'huile blanche et de trois parties d'huile de cade ; en 5 minutes dans I huile de cade pure; dans un temps variable entre 2 et 5 minutes, quand il est plongé dans une atmosphère où se volatilise soit de l'éther, soit du camphre. La mort arrive en 15 ou 20 secondes quand il est plongé dans la vapeur du chloroforme. Ces diverses expériences ont été faites pour chaque substance sur
plusieurs acarus successivement mis en contact. Ainsi, parmi les substances sur lesquelles nous avons expérimenté, le chloroforme, l'éther et le camphre, sont celles qui ont pour Y acarus les propriétés les plus délétères, mais ces agents agissent sur l'insecte, et il est très probable qu'ils n'agissent pas sur les œufs. Cet insecte présente des phénomènes particuliers quand il est plongé dans des liquides différents : ainsi, aussitôt mis dans l'huile de cade, il s'agite, paraît inquiet, étonné; ses mouvements se ralentissent, les pattes postérieures deviennent immobiles, puis les pattes antéro-postérieures se roidissent, et enfin les pattes antérieures deviennent immobiles. Les pattes conservent la position allongée , les poils sont roides et parallèles aux pattes. Lorsque Y acarus est plongé dans la vapeur de chloroforme , les pattes postérieures se roidissent ; les pattes situées à leur extrémité sont plus ou moins fixes ; puis les pattes antérieures deviennent riodes, les ventouses qu'elles offrent à leur extrémité se dilatent énormément, puis elles s'affaissent pareillement aux pattes postérieures.
Nous ne prétendons pas exposer ici tous les moyens préconisés contre la gale et que Biett a expérimentés au nombre de quarante et un, moyens auxquels il faut ajouter bon nombre d'autres qui ont été essayés il y a quelques années par notre collègue, M. Cazenave, à l'hôpital Saint-Louis; nous nous bornerons à en indiquer les principaux. Le soufre en fumigation , les bains sulfureux, les lotions au sulfure de potasse de Dupuytren, et celles modifiées par Alibert ; le liniment de Jadelot ayant pour base la même substance ; celui de Valentin, au sulfure de chaux ; la pommade soufrée, la pommade d'Helmerich, la pommade sulfo-alcaline d'Alibert ; les pommades ayant pour base une préparation mercurielle ; la pommade citrine, au nitrate de mercure, la pommade de Werlhoof au proto-chlorure d» mercure; la solution au njtrate de mercure; la quintessence antipsoriqué de Mettemberg; les pommades ou les décoctions de staphisaigre , d'ellébore, de ciguë, de tabac; le chlorure de chaux, les acides sulfurique et nitrique étendus
d'eau , le sulfate de zinc , le sublimé en solution et en bains ; et il y a quelques années , les diverses eaux distillées aromatiques, la dissolution d'iodure de potassium, l'huile de rade, etc.
Comme on le voit, ce ne sont pas les agents médicamenteux qui ont lait défaut, mais dans le traitement de la gale deux considérations doivent fixer le praticien : 1° le mode d'emploi ; 2° le moyen. Autrefois et jusque vers 1825, et peut-être plus tard encore, quel que fût l'agent que l'on employât, on en enduisait toute la surface du corps des pieds à la tête, et l'on opérait des frictions sur la peau de manière à faciliter l'action du remède mis en usage. C'est ainsi qu'agissait Dupuytren à l'Hôtel-Dieu, et Alibert à l'hôpital Saint-Louis. Peu à peu la force de la friction fut de plus en plus atténuée et réduite à une onction. D'un autre côté, et notamment à l'époque où M. Cazenave a été chargé du service des galeux à l'hôpital Saint-Louis, la friction fut déplus en plus restreinte aux parties qui paraissaient être le siège exclusif de l'acarus , c'est-à-dire aux mains et aux pieds, et l'on assurait guérir la gale par ces frictions bornées. C'est en cet état, c'est-à-dire vers 1850, que M. Bazin, entrant à l'hôpital Saint- Louis et succédant à M. Cazenave dans le service des galeux , conçut la pensée heureuse de revenir aux frictions générales ; c'était déjà un pas de fait pour assurer la guérison de la gale : on n'eût jamais dû s'en départir. Il eut de plus le mérite de faire suivre aux galeux le traitement qui avait été préconisé par Helmerich, et de l'adopter dans toute sa teneur, c'est-à-dire frictionner et nettoyer la peau dans un bain savonneux pour déchirer les vésicules de gale, et favoriser l'application de la pommade ; de faire ensuite avec la pommade préconisée par ce médecin trois frictions par jour deux jours de suite, avec 30 grammes de pommade pour chaque friction, et devant le feu en hiver ; puis de nettoyer la peau par un second bain savonneux, de sorte qu'en trois jours les malades furent guéris. Et comme la moyenne de séjour des galeux à l'hôpital était de dix à onze jours , ce fut pour l'admi-
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nistration un véritable service rendu. La pommade d'Helmerich qui depuis la connaissance de sa formule avait toujours été employée à l'hôpital Saint-Louis, était longtemps demeurée secrète. En février 1813, le docteur Burdin, de Paris, lit connaître la composition, et de la pommade, et du mode de traitement du médecin hollandais (Journal de médecine, chirurgie et pharmacie, février); il alla plus loin, en avançant qu'en faisant en un jour quatre frictions précédées et suivies d'une lotion avec la solution de savon noir, on pouvait obtenir la guérison de la gale en vingt-quatre heures. Dix malades ayant été soumis à ce dernier traitement par M. Biett, on a dû y renoncer à cause des éruptions consécutives déterminées par la violente irritation de la peau. C'est qu'alors on ne disait pas qu'un malade était guéri de la gale, parce que tous les acarus étaient détruits, mais on le regardait comme guéri quand on le faisait sortir de l'hôpital avec une peau saine et exemple de toute, éruption.
M. Hardy, succédant plus tard à M. Bazin, dans le service des galeux, chercha à résoudre un autre problème. On a vu que M. Bazin avait réduit le séjour des malades à trois jours dans l'hôpital. M. Hardy réalisa d'abord ce qu'avait avancé M. Burdin : les malades entraient à l'hôpital et en sortaient, le lendemain ; puis il est arrivé à les faire rester deux heures dans un cabinet spécial de frictions, sans compter comme malades à Saint-Louis ; en un mot , il amena l'administration à supprimer le service des galeux. Sa méthode est celle de M. Burdin , ou mieux d'Helmerich , exécutée en deux heures : 1° Friction générale de tout le corps d'une demi-heure de durée avec du savon noir; 2° nouvelle friction d'une demiheure avec la pommade sulfo-alcaline d'Helmerich , composée de :
Axonge 8 ParlilîS-
Soufre - l,lirt!cs-
Sous-carbonatc de potasse I partie.
3° un bain alcalin immédiatement après.
On voit que dans ces diverses phases de traitement réduit à une période de deux, heures, d'une part, on est revenu à la friction générale, d'une autre part, à son mode d'emploi doux ou rude, et en troisième lieu à la pommade d'Helmerich. Or, je crois devoir insister sur les avantages et les inconvénients de ces trois choses qui doivent être prises en grande considération dans le traitement de la gale.
La friction limitée à une ou plusieurs parties du corps est mauvaise, parce que des acarus et des boutons peuvent être disséminés sur toutes les parties , et qu'il est important de les atteindre ; c'est là une des conditions les plus essentielles du traitement de la gale. Quant à l'intensité des frictions , depuis deux ans on les prescrit très fortes, non pas pour détruire les vésicules des boutons , mais pour déchirer les sillons épidermiques et atteindre les acarus et leurs pontes disséminées dans le trajet des sillons. Cette friction forte a ses inconvénients ; elle excorie les boutons, elle les irrite, elle irrite la peau saine, et sans parler de ce que j'ai vu , elle fait naître , d'après Biett , des éruptions secondaires. Ce sont ces éruptions secondaires qui ont engagé ce médecin à les abandonner. Pour nous, qui n'avons pas dans notre service des galeux, ou qui n'en avons qu'autant que nous désirons en prendre , nous avons été à même d'observer plusieurs cas d'éruptions secondaires provenant du traitement de la gale en deux heures. En voici un exemple que nous avons fait recueillir.
Gale guérie en un jour, cl suivie d'une éruption de forme eczémateuse. — Lallement (Edmoncl-César), âgé de vingt et un ans, marié, est d'un aspect extérieur qui annonce la force et la santé. Sa peau blanche et fine, et un certain embonpoint dans les formes indiqueraient un tempérament lymphatique. Il est employé comme garçon de magasin dans une imprimerie, où il a pour occupation de transporter des fardeaux de papier.
Comme antécédents pathologiques le malade se souvient, vers 1 âge de huit ou neuf ans, d'avoir eu ce qu'il appelle des gourmes, des croûtes dans la tôte. Ces croûtes n'avaient pas produit d'alopécie. 11 n'a jamais eu ni ophlhalmio, ni engorgements ganglionnaires, ni maladies de peau.
Apres la guérison d'une amygdalite, il y a de cela près de doux
mois, il est allé chez son oncle passer quelques jours à la campagne, el comme là il a couché dans le lit d'un ouvrier de son oncle, il suppose trouver clans ce fait la cause de l'éruption qui s'est manifestée quelques jours après.
Pendant six semaines à partir de cette époque, il a gardé en effet une éruption caractérisée par des boutons disséminés sur la surface du corps, mais en très petite quantité, sauf au niveau des poignets et de l'intervalle des doigts où ils existaient en assez grand nombre. Ces boutons étaient, les uns transparents, les autres jaunâtres; le malade dit que par la pression il en faisait sortir des gouttelettes de liquide, quelques-unes limpides, d'autres opaques et jaunâtres. — Au bout de six semaines il s'est présenté à la consultation de M. Hardy, qui a diagnostiqué la gale et qui l'a soumis à son traitement. — Le malade, après une friction faite avec du savon noir, suivie immédiatement d'un bain simple qui a duré une demi-heure, a été soumis, après le bain et pendant un quart d'heure ou vingt minutes, à une friction générale avec la pommade sulfo -alcaline.
Renvoyé immédiatement, il est allé le lendemain prendre un bain simple. Cinq ou six jours plus tard, le malade s'apercevait qu'une éruption survenue subitement occupait ses deux avant-bras. En même temps des vésicules se formaient dans l'intervalle des doigts. — Examiné Je 8 décembre, jour de l'entrée du malade dans la salle Saint-Louis, l'éruption, considérée quant à son siège et à son aspect, présente les caractères suivants :
La face interne des avant-bras étant presque intacte, leur face externe ou dorsale est recouverte, presque dans son entier et sans intervalle sain, de lamelles peu épaisses et un peu ridées, ressemblant à celles qui sont le résultat de la sécrétion eczémateuse, quand 1 epiderme n a pas été détaché. On n'y observe pas de suintement, il y a plutôt actuellement un certain état de sécheresse. Au niveau du poignet, c'est au contraire à la face antérieure qu'on trouve ces lamelles presque croû • teuses, présentant du reste les mêmes caractères. La face dorsale des mains, au niveau de la région métacarpienne, est complètement intacte , mais les intervalles des doigts des deux mains, dans toute leur étendue et le bord cubital de la main droite, sont recouverts d'une exsudation séreuse abondante et présentent une multitude de vésicules qui laissent suinter ce liquide.
M. Hardy, au contraire, considère ces éruptions comme étant très rares et cédant à quelques bains simples. Pour moi , et à l'instar de Biett, je m'en préoccupe beaucoup. Je dis qu'elles sont et doivent être plus fréquentes qu'on ne le pense ; que les ouvriers y l'ont peu attention , et que c'est créer une prédisposition lâcheuse à la peau pour l'avenir.
Ces frictions fortes ne conviennent pas d'ailleurs à tout le
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monde ut à tous les âges. Voici une note textuelle que notre collègue, M. Bouvier, de l'hôpital des Enfants, nous a remise et que nous croyons très important de reproduire : « J'ai tâché d'introduire à l'hôpital des Enfants le traitement de la gale en deux heures. J'ai été obligé d'y renoncer : 1° difficultés de faire pratiquer des frictions soit avec le savon , soit avec la pommade, d'une manière exacte, générale et assez rude suides enfants plus sensibles que les adultes, qui eux-mêmes ressentent dans ce cas des douleurs plus ou moins vives ; 2° récidives observées assez souvent sur des enfants traités ainsi , ou même frictionnés plusieurs fois ( toujours de la même manière ), et ramenés à l'hôpital par leurs parents ; 3° fréquence extrême chez les enfants de pustules d'impétigo ou d'ecthyma, de vésicules d'eczéma avec inflammation vive, qui s'opposaient au traitement expéditif de Saint-Louis. Ce traitement ayant été quelquefois appliqué (et plus souvent par méprise des gens de service) dans des cas semblables, il en est résulté des maladies cutanées aiguës, de vives douleurs, de grandes excoriations, la fièvre, et le tout a été fort long à guérir; W enfin, dans quelques cas où cet état inflammatoire n'existait pas avant le traitement, celui-ci l'a provoqué , et les éruptions consécutives , sans être aussi graves que dans le cas précédent, ont été également longues à guérir. » Mais il y a plus, notre collègue Hardy, en médecin prudent, a abandonné son traitement en deux heures pour les gales pustuleuses. Il fait entrer les malades à l'hôpital, et il les traite pendant quatre ou cinq jours par les émollients avant d'employer les sulfureux.
Ainsi se trouve justifié , pour les enfants au moins, ce que nous disons depuis quelques années contre le traitement trop prompt et trop énergique de la gale. Je conçois que les administrateurs des hôpitaux aient un grand intérêt à adopter une pareille thérapeutique. Je comprends qu'il en soit ainsi pour les militaires, gens jeunes, vigoureux, bien portants ; mais poulies femmes, pour les gens du monde, de structure plus irritable, c'est un traitement qu'il faut modifier.
Mais ce n'est pas seulement de l'étendue et de l'intensité de la friction qu'il faut tenir compte, c'est encore de la nature des moyens. Sous ce rapport, la formule donnée par Helmerich constitue une pommade qui a trop d'énergie, qui est trop excitante pour la peau. Il faut diminuer de moitié la dose de fleur de soufre et de carbonate de potasse pour la môme quantité d'axonge. Cette pommade a un autre inconvénient, elle tache le linge qu'elle pénètre, et les taches ne s'enlèvent pas à la lessive; elle répand de plus une odeur sulfureuse désagréable: en sorte que tout en admettant que, modifiée comme nous le proposons, ce soit un moyen sùr, efficace de guérir la gale, il est quelquefois difficile d'en proposer l'emploi chez certaines personnes du monde qui ont besoin de se guérir à l'abri de tous les regards. Une foule de pommades ont les mêmes inconvénients, et, dans le cas que nous venons de signaler, les bains à 8, 10 ou 12 grammes de sublimé nous paraissent les plus propres à guérir la gale et à remplir la condition que nous venons de faire connaître. Il faut les faire prendre d'une heure à une heure et demie, un chaque jour ; cinq ou six bains suffisent pour le traitement. Les lotions à l'iodure de potassium et d'iode , d'iodure de soufre et d'ioclure de potassium, ont les mêmes inconvénients de l'odeur et guérissent moins promptement.
Voici en résumé le traitement que je conseille, d'après les considérations que j'ai cherché à faire prévaloir dans cet article : Premier jour, une friction douce à l'aide du savon noir, pour mettre à nu la peau et la rendre propre a recevoir l'influence de la pommade ; un bain simple immédiatement après, une friction le soir avec la pommade d'Helmerich modifiée suivant l'âge du sujet. Deuxième jour, un bain sulfureux; le soir, avant de se coucher, une onction avec friction modérée sur la peau, avec la pommade d'Helmerich modifiée comme nous l'avons dit. Troisième jour, un bain sulfureux le matin; le soir, friction avec la pommade, comme la veille. Quatrième jour, bain alcalin ; les jours suivants, un bain simple.
Ce traitement doit être modifié en raison de l'âge ; chez l'en-
GALE, /l/l5
tant, les frictions seront clouées, la pommade mise au quart de celle d'Holmerich, les bains peu sulfureux et gélatineux ; même prescription pour les femmes jeunes à peau line. Toute gale inflammatoire, pustuleuse ou vésiculeuse, avec inflammation vive, doit être traitée d'abord par les bains prolongés et les onctions de saindoux avant d'aborder les sulfureux, qui ne seront mis en usage que dans une proportion plus faible, c'est-à-dire après quatre ou cinq jours ou plus, si cela est nécessaire. Il est convenable, dans ce cas, de terminer la guérison par l'usage d'un ou de deux purgatifs. Toute gale, même à forme canine , mais très ancienne et cbez laquelle il y a habitude de démangeaison, ne doit être supprimée que lentement et en plaçant les individus quiensont atteints dans des conditions hygiéniques données, afin d'éviter tout accident. 11 faut bien, dans ces circonstances, se pénétrer de ce fait, qu'après une première friction parles sulfureux on altère singulièrement la gale, et l'on place en général celui qui en est atteint dans des conditions peu favorables de transmission, pourvu qu'on l'isole par le coucher seul, des personnes avec lesquelles il vit. Il faut de plus faire prendre au malade beaucoup de bains simples ; et après le traitement faire faire des onctions de saindoux, afin défaire rentrer la peau dans sa sensibilité ordinaire.
Dans les gales pustuleuses, usage des purgatifs répétés plusieurs fois pendant et après la guérison de la gale.
Une précaution indispensable durant le traitement d'un galeux , c'est de faire passer au soufre tous les vêtements qu'il a portés , afin de détruire les acarus qui pourraient s'y trouver accidentellement.
On voit, en résumé, que nous repoussons tout traitement banal de la gale ; qu'il n'y a rien de plus absolu pour cette maladie que pour toute autre ; qu'il suffit de parer d'abord à la transmission ; qu'il faut ensuite modifier le traitement en raison de l'ancienneté de la maladie, de sa forme, de l'âge du sujet, et qu'à l'instar de Biett et de tous les médecins qui nous ont précédé, nous ne considérons pas la maladie comme étant
guérie, parce que l'on a détruit les acarus et leur ponte; qu'il faut encore que l'éruption cutanée ait totalement disparu, et que la peau, surexcitée, ait repris sa sensibilité ordinaire. Voilà les préceptes que nous formulons hautement, et nous émettons le vif désir qu'ils soient acceptés par les praticiens, afin de prémunir les malades d'aujourd'hui contre les éventualités pénibles d'affections cutanées dont la gale peut être , suivant nous , une cause très souvent prédisposante pour l'avenir.
Lichen, lichen (Hippocrate), prurigo lichénoïde ou furfuranl
d'Alibert.
Compositus.
Ortié ou urlicans.
Eczémateux.
Herpétiforme.
Aigu.
Chronique.
Simplex.
Diffusus.
Circumscriptus.
Perpendicularis.
Pilaris.
Lividus.
Agrius.
Diffusus.
Circumscriptus.
Gyratus.
Cette affection est définie par les auteurs, dans les préliminaires de notre cinquième groupe, une maladie non contagieuse, caractérisée par l'existence de papules à la surface de la peau. Nous avons fait connaître ce qu'il fallait entendre sous le nom de papules, et nous avons établi que la papule était une production pathologique qui n'avait aucun rapport avec la papille : nous ne reviendrons pas sur ce point ; mais ce qu'il faut attaquer de front, c'est la définition des auteurs en vertu de laquelle ils considèrent le lichen comme n'étant pas de nature contagieuse. Et d'abord il y a plusieurs sortes de contagion, et nous restreignons cette expression; en ce qui concerne cette maladie, à celle qui s'entend de la transmission de l'affection au moyen d'un contact plus ou moins prolongé. Sous ce rapport j'ai par-devers moi un certain nombre de faits dont je puis citer quelques exemples et qui ne sauraient laisser subsister de doute dans mon esprit. — Une femme dont le mari avait un atelier d'orfèvrerie m'amena à la consultation de l'hôpital cinq
LICHEN. [[[tf
apprentis qui dans l 'espace de deux mois ont été successivement atteints, l'un d'eux ayant été primitivement affecté; tous avec lichen difl'us tant à la figure que sur les membres. Cette femme les croyait atteints de la gale; l'usage de bains alcalins a suffi pour les guérir : aucun autre ouvrier d'ailleurs n'avait contracté cette maladie. Ces apprentis couchaient ensemble clans la même salle. Une cuisinière affectée d'une plaque de lichen au dos de la main gauche avait l'habitude de porter un enfant de trois ans sur les bras et de le promener. L'enfant fut pris de lichen diffus aux fesses, qui s'étendit ensuite à la figure et sur les membres. Bientôt la mère de l'enfant fut atteinte, et plus tard le père. En cet état le médecin de la maison crut à l'existence de la gale et institua dans cette famille un traitement par les sulfureux. L'affection fut exaspérée par ce traitement, et c'est dans ces circonstances que je fus consulté. Inutile de dire qu'il n'existait pas de gale et qu'une médication alcaline intérieure et extérieure fit justice d'une maladie qui persistait depuis plusieurs mois. Voici un troisième exemple qui a été recueilli par un de mes meilleurs élèves internes, M. le docteur Faget, médecin distingué de la Nouvelle-Orléans. Le 24 janvier 18/i4 est reçu dans mon service de l'hôpital un jeune homme de seize ans qui a eu la gale à l'âge de trois ans et à l'âge de sept à huit ans. Depuis son arrivée à Paris il y a cinq ans, il a eu tous les printemps une éruption papuleuse qui se dissipait seule. Il y a deux mois cette éruption se montra avec une certaine intensité et devint confluente, mais sous forme de plaques de lichen. Il couche avec son frère âgé de douze ans, qui a bientôt été atteint de la même maladie et qui est allé se faire soigner à l'hôpital des Enfants. Ces trois exemples me paraissent suffisants pour justifier l'assertion que je viens d'émettre, et dire que le lichen est contagieux dans certaines conditions de contact prolongé et qu'il se transmet d'autant plus facilement que les contacts ont lieu avec des enfants.
Quoi qu'il en soit, le lichen est au nombre des affections non sécrétantes de la peau ; il s'y montre par des élevures papu-
/|/hS PATHOLOGIE SPÉCIALE.
leuses discrètes ou çonfluentes, ramassées ou diffuses, et qui sont toujours accompagnées d'une démangeaison plus ou moins vive. Cette maladie siège ordinairement, surtout quand elle est diffuse, à la partie interne des membres, au cou ou à la figure; mais quand elle est ramassée, circonscrite, figurée, c'est-à-dire sous forme de plaques , elle occupe presque toujours les surfaces externes. Qu'on se figure donc, à l'état aigu, une série plus ou moins considérable de petites papules rosées de forme pyramidale, acuminées, diffuses ou ramassées à la surface de la peau, amenant constamment de la démangeaison, surtout la nuit, et l'on aura une idée du lichen. Cependant cette affection sécrète quelquefois ; c'est accidentellement, ainsi que le disent les malades, et lorsqu'ils ont opéré des grattages. Alors il se fait à l'extrémité de chaque papule un petit suintement séreux à peine perceptible, suintement d'une sérosité qui se concrète aussitôt et se transforme en une petite pellicule ou écaille adhérente, très mince, mais très roide au toucher ; de sorte que si la maladie est ancienne, si le lichen a envahi toute la surface de la peau, si les grattages sont incessants, la sécrétion est devenue plus marquée, les écailles ou concrétions plus nombreuses et l'état rugueux plus dessiné, en même temps que la forme aiguë a disparu. Cet aspect écailleux est assez prononcé dans quelques cas pour représenter les lichens qui enveloppent les arbres et qui s'y multiplient ; de là la dénomination donnée à cette maladie et dont l'état exagéré a constitué le type ou le cachet qui ne se fait observer qu'accidentellement. Le nom est donc mauvais pour la généralité des cas ; mais il remonte à Hippocrate, il faut le respecter.
Ceci posé, disons que le lichen peut se rencontrer sous trois dispositions différentes, lichen diffus, lichen circonscrit, lichen perpendiculaire ou en ruban. On entend par lichen diffus, celui qui se montre sur une partie quelconque du corps, une jambe, un avant-bras, la poitrine, sous forme de petites papules disséminées, espacées les unes des autres sans affecter aucun état groupé régulier. Dans le lichen circonscrit , au contraire, il se
LICHEN". m
développe un nombre plus ou moins considérable de papules confluantes, se touchant à leur base, et ramassées sous forme «l une plaque arrondie, qui a généralement un autre siège Au lieu d'occuper les régions flexueuses du corps et la partie interne des membres, cette affection se développe sur le dos des mains sur la longueur des membres, et plus souvent en dehors qu'en dedans. Cette variété, qui amène d'ailleurs les mêmes démangeaisons, est beaucoup plus sujette que la précédente à la sécrétion et surtout à passer à l'état de lichen eczémateux. Quant au lichen gyratus , c'est une forme fort rare qui a été signalée pour la première fois par Biett , et que nous avons été à même d'observer, tant à l'état de lichen simplex qu'à celui de lichen agrius CaZGnf e retrace ainsi cette variété d'après Biett (Abréaé pratique des maladies de la peau, p. 3M): « Les papules disposées en petits groupes, formaient une espèce de ruban oui partant de la partie antérieure de la poitrine, gagnait la partie interne du bras, dont il longeait en se contournant tout le bord externe jusqu'à l'extrémité du petit doigt, en suivant exactement le trajet du nerf cubital. » Voici une observation recueillie par M- le docteur Faget en 1843, alors notre élève interne, et qui donne une idée exacte de cette affection :
Le nommé Loddet, àsé de trpntP amt ™a a> veux, bijoutier, sans ^[ecédents m l2 Z^U^^^ dans le service de M. Déverse le 3 mars II l A P Saint-Louis d'un travail assidu pendant qum e à d£]J L ,m°,S' * la Suite pris de démangeaisons à l'anus Trois it inï , J°UF' U est
tons à la partie interne et Lpérîeu^d^ a^Xe^i ^ *f* b°Urapidement à toute la longueur d^membrp C1U1 s étendirent très sans y apporter de remMo 7t T membre. Il garde cette affection
la forme d'un ruban tr étroit ■ P'eC' ^ descenda^ «M sous
V'go: CÏmS,? r 6 n'tra,e d'arge,lt' d'emPl^res de s cautensat.ons argentiques ont sBules déterminé la résolution.
Mais, sous quelque forme que se présente Le lichen, il peut être direct ou confluent, aigu ou chronique. Il gst rare qu'il affecte la l'orme confluente et étendue lorsqu'il se montre à l'état aigu; presque toujours son extension se l'ail graduellement, insensiblement, sous l'influence de traitements mal dirigés, de grattages, ou d'un défaut de soins. Chez les enfants, il présente un caractère aigu très dessiné. Se manifestant à l'époque du printemps, dans l'adolescence ou dans l'âge adulte, on y porte peu d'attention, à cause du peu d'importance de l'affection, qui se montre à l'a peau par quelques élevures papuleuses et cède aux grattages, et c'est ainsi que la maladie s'étend et se multiplie. Il peut d'ailleurs, par des excès, la fatigue, les veilles, avoir de nouvelles recrudescences qui viennent s'ajouter successivement aux premières apparitions, et il arrive alors un moment où , après des années de l'existence de cette maladie , on la voit venir envahir toute la surface de la peau, particulièrement les membres et la figure. C'est alors que toutes ces papules, qui sont à divers instants de la nuit et du jour le siège de grattages, amènent l'épaississement du tissu de la peau, donnent lieu à des suintements séreux qui se transforment en écailles sèches, très fines, se détachant par le frottement et par petits points isolés de la surface malade ; ces écailles, libres dans la majeure partie de leur surface, adhèrent seulement par un point aux papules ou à la peau, de manière à représenter le lichen des arbres.
En cet état, il faut le dire, c'est le lichen continent et chronique ; c'est la maladie la plus cruelle par la démangeaison qu'elle cause, et c'est à cette forme qu'il faudrait donner le nom de lichen agrms, ferox. En effet, les démangeaisons ont d'abord lieu à toute heure du jour , si le malade s'expose à la chaleur, s'il fait une course , s'il s'échauffe de quelque manière que ce soit, Mais c'est surtout le soir, quelque temps après être au ht, qu'il s'éveille après un premier sommeil d'une heure ou une heure et demie, et qu'alors il se gratte, se frotte, de toute manière et dans tous les sens, quitte le lit , se promène en chemise, preitô le Irais; et quand la chaleur qu'il a acquise dans le IH a
LICHEN. £gj
pédé, quand les, démangeaisons sont calmées par le froid , il se coucbô, se lève une heure après pour se rafraîchir et recommencer les mêmes manœuvres jusqu'à l'aube du jour. Quelques malades sont même obligés de s'étendre nus sur le carreau pour y trouver le calme qu'ils recherchent. Chose remarquable, les grattages sont agréables, comme dans la gale; ils apaisent momentanément la démangeaison, parce qu'ils font place à un sentiment de cuisson moins excitant, moins provocant pour le malade. Mais ce n'est réellement qu'à l'aube du jour que les démangeaisons cessent et que le malade, épuisé de fatigue, goûte pendant quelques heures un sommeil calme et réparateur. Le lichen arrivé à cet état est réellement de toutes les maladies de la peau la plus tenace, la plus cruelle et la plus difficile à guérir, surtout en été ; à cette époque de l'année, elle devient le siège de démangeaisons plus vives, et, sous l'influence de ces surexcitations répétées, d'un développement de furoncles plus ou moins nombreux à la surface de la peau. Des variations de température, des variations atmosphériques, comme les temps d'orage, par exemple, résulteront des grattages auxquels le malade ne peut résister. Ainsi, comme on le voit, le lichen chronique, qui peut ainsi envahir toute la peau, l'épaissir, lui faire sécréter de la sérosité ou suinter du sang; qui trouble le sommeil au point d'y mettre quelquefois l'obstacle le plus complet, constitue une affreuse affection à laquelle on pourrait à plus juste titre donner le nom de lichen agrius ou ferox, au lieu de l'appeler lichen simplex.
Il est une forme de lichen très limitée d'ailleurs, et qui a une grande ténacité, c'est celle qui se montre le long des doigts, souvent aussi dans leur intervalle et à leur naissance, de manière à simuler la gale. Ce lichen est diffus, disparait et reparaît sue. oisivement, de manière à se perpétuer aux mains sans plus Ç intensité, mais pendant des mois et des années. C'est surtout chez les enfants très jeunes, et chez les jeunes femmes à peau □ne et délicate, qu'on le rencontre. Lr tichen psi d'ailleurs mie maladie assez commune. Sur
1800 maladies de peau, je trouve noies 156 lichens, dont 119 hommes et 37 femmes. Elle naît dans le jeune âge et dans l'adolescence surtout. Je compte 70 cas de lichen, développés de 15 à 25 ans ; 51 de 25 à 35 ans. A partir de cette époque, décroissance marquée ainsi: de 35 à û5 ans, 23 cas; et de h5 à 55 ans, 1 1 seulement. Elle se lie éminemment aux tempéraments nerveux ou sanguins, à tel point que ces tempéraments figurent 109 fois sur IU0 dans la statistique de cette affection. Elle tend à prendre une marche chronique, car sur 126 cas je n'en trouve que IU de moins de 1 mois ; 8 cas, de 1 à 2 mois ; 32 cas, de 2 mois à 1 an ; 54 cas, de plus de 1 an ; et 18 cas, de plus de 40 ans. C'est qu'en effet, cette maladie s'entretient surtout par les grattages, qui développent d'autres papules à côté de celles qui existent et qui en multiplient ainsi le nombre d'une manière incessante.
Son siège le plus fréquent est aux jambes, 100 fois ; aux avantbras et aux bras, 98 fois ; puis viennent les cuisses, 93 fois ; les mains, 67 fois; la poitrine, 50 fois; la face et le cou, 38 fois. La complication la plus commune est avec le lichen agrius, 28 fois, et l'eczéma 11 fois. Il a été héréditaire 10 fois; contagieux dans un nombre de cas indéterminé.
Toutes les fois qu'une personne atteinte de lichen simplex à forme aiguë est soumise à un régime doux, à des bains aqueux, à ele l'amidon et du saindoux à l'extérieur, il est rare que l'affection ne cède pas seule dans l'espace de quinze jours à trois semaines. La maladie ne se perpétue en général que lorsqu'elle est circonscrite, ou lorsque, diffuse, elle a été exaspérée par des écarts de régime ou des soins mal entendus. Il n'en est pas de même du lichen circonscrit, et à plus forte raison du lichen gijtàtus. Le premier est rebelle de sa nature et tend à se perpétuer sous sa forme de plaques; le dernier est plus rebelle encore; tous deux exigent presque toujours, indépendamment d'un'traitement général, l'usage de modificateurs locaux.
Lichen piloris. — Cette variété de lichen simplex est toute spéciale. Elle affecte surtout les jatnbëS là où existent des poils.
lichen.
Elle offre cela de remarquable, que les papules de lichen sont plus fortes et que chacune d'elles est traversée par un poil, la papule naissant à la base même du poil. La coloration des papules est aussi plus foncée, d'un aspect plus sombre; les démangeaisons sont peut-être moins vives. C'est toujours à l'état diffus que se montre cette variété de lichen.
Lichen lividus. — On donne ce nom à une variété de lichen qui se montre chez les personnes âgées, surtout aux jambes, et qui se distingue des précédents par la couleur sombre de ses papules et par leur coïncidence avec des taches de purpura. Cette variété amène aussi beaucoup moins de démangeaison.
Lichen agrius. — Voici une espèce très commune et qui mé~ rite de fixer toute l'attention des praticiens. Elle a pour cachet le développement de grosses papules dont la majeure partie donne heu, avec le temps, à une sécrétion purulente à son sommet comme les pustules; leur volume est d'ailleurs très divers; toutefois la sécrétion au sommet de la papule n'est que momentanée, en sorte que l'état papuleux reste comme caractère prédominant.
Cette maladie, qui se montre principalement à partir de l'âge de douze à quinze ans, peut se présenter sous trois formes différentes: lichen agrius diffusus, circumscriptus et gyratus, c'esta-dire dans les mêmes conditions que le lichen simplex. Mais dans le lichen agrius circumscriptus les papules sont beaucoup moins disséminées ; elles occupent une surface plus circonscrite quoique disposées sans ordre. C'est presque toujours à la face interne des cuisses et des jambes que se développe le lichen agrius ; et si l'on examine l'éruption en général, on voit qu'elle a de la tendance à y former des traînées de papules obliquement dirigées de dehors en dedans, et si confluentes, qu'elles amènent 1 epaississement de la peau dans l'étendue de leur trajet. Ainsi surface plus ou moins large d'une éruption de grosses papules assez aplaties dont une partie fournit à son sommet une sécrétion purulente, qui parfois se concrète et couronne la papule dune croûte grisâtre.
'i,Vi PATHOLOGIE SPÉCIALE.
Le lichen agrius circumscriplus n'a plus ni la même foTttie, tri le même siège ; c'est sous la disposition d'une plaque qui occupe une surface plus ou moins grande du pli des jarrets ou du pli des bras qu'il se montre : là la peau est épaissie, rougeàtre, parsemée de quelques écailles ou lamelles épidermiques à son centre, et est bordée d'un nombre plus ou moins considérable de papules confluentes, qui sécrètent surtout de la sérosité. Il en résulte une peau tendue, douloureuse dans les mouvements, et qui parfois est le siège de cassures saignantes. Mais dans bon nombre de cas l'affection n'est pas aussi dessinée, la peau est moins profondément malade , et l'état papuleux est ce qui frappe le médecin. Ainsi cette variété diffère, comme nous le disions, et par le siège, et par la forme.
Quant au lichen agrius à forme gyratus, il est très rare, et ne se distingue du lichen simplex de même disposition que par le volume des papules qui le constituent.
On serait porté à croire, d'après l'épitbète donnée à cette maladie, qu'elle cause des démangeaisons horribles : c'est une erreur. Certes elle en détermine, mais les malades atteints de lichen agrius se plaignent et souffrent beaucoup moins que ceux qui sont affectés d'un lichen simplex confluent.
Le lichen agrius est constamment lié h un tempérament lymphatique nerveux, ce qui explique les succès que l'on obtient, clans cette maladie, d'un médicament plus propre à combattre un ensemble lymphatique qu'un état nerveux général ; nous voulons parler de la teinture de cantharides dont nous exposerons le mode d'administration en traçant la thérapeutique du lichen.
Relativement à la marche du lichen agrius, c'est une des affections les plus tenaces, les plus soutenues et à forme la plus chronique. 11 est des enfants qui gardent cette maladie durant de longues années. Elle s'améliore l'été, elle reparait l'hiver, <v qui est le contraire du lichen simplex ordinaire. A cet égard, la statistique nous démontre que le lichen simplex débute principalement dans deux saisons de l'année, en hiver 34, en été 31,
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tandis que l'on ne compta de ce lioheD que 9 ras en automne et J 1 cas a u printapps; ce qui ne détruit eu rien l'influence de l'été sur le livhni agrius, attendu qu'eu général toute affection cutanée qui est à son maximum d'intensité en hiver tend à disparaître au printemps. Ce n'est pas que l'on ne puisse arrêter un lichen ag ri us à son début; mais sa marche lente, insidieuse, amène de la part des parents des démarches tardives auprès des médecins, qui ne connaissent pas toujours l'agent curatif par excellence de cette affection.
Formes composées.
Lichen urticans. — C'est là une espèce toute particulière qui a été signalée par Bateman, et que l'on doit considérer plutôt comme un exanthème que comme un lichen. En effet cette maladie, propre surtout à l'enfance, est ordinairement précédée des symptômes généraux qui constituent les prodromes des exanthèmes; il est vrai qu'ils sont légers : courbature, céphalalgie, anorexie, quelques nausées et fièvre ; puis apparaissent à la peau, soit en dehors, soit en dedans des membres indistinctement, des groupes de rougeurs moins étendues que dans l'urticaire, plus acuminées que dans celte affection, avec un point central papuleux qui semble se confondre à sa base avec l'élevure rosée, moins décolorée d'ailleurs à son centre que dans l'urticaire. L'éruption se fait d'une manière successive, mais au lieu de disparaître dans l'espace de quelques heures, elle persiste pendant vingt-quatre heures, et ce laps de temps écoulé, il reste la papule de lichen qui met encore deux ou trois jours à céder complètement. Dans cette forme de lichen urticans la sensation n'est plus celle de l'urticaire. Dans cette dernière maladie il y a picotement, cuisson; dans l'autre il y a surtout démangeaison.
Lichen eczémateux {eczéma lichénoïde). — Cette forme composée, à la fois papulcuse et vésiculeuse, est assez commune. Elle affecte la partie externe des membres sous la disposition de plaques à forme diffuse, sécrétantes, surtout au début de la nui-
Mb PATHOLOGIE SPÉCIALE.
ladie, et donnant alors de la sérosité roussâtre comme l'eczéma ; puis la sécrétion s'arrête peu à peu et l'état papuleux se montre nettement dessiné. Cette variété d'eczéma lichénoïde est plus facilement curable que le lichen circonscrit ou en plaques nummulaires.
Lichen herpêti forme. — Cette espèce n'est pas très rare; elle est, comme la précédente, sous forme de plaques, mais qui sont nettement arrondies et terminées par un bourrelet. Parsemées d'ailleurs de papules nombreuses et sans sécrétion appréciable, elles ont une grande ténacité et une grande durée. Elles tendent sans cesse à s'élargir et amènent des démangeaisons très prononcées. La différence principale qui existe entre ces deux variétés, c'est que la première est sécrétante, ce qui la relie au tempérament lymphatique et nerveux ; la seconde sécrète peu et se relie au tempérament bilieux et nerveux. Quant à ce qui différencie de forme le lichen herpétiforme du lichen simplex circumscriptus, c'est l'existence d'un bourrelet à la circonférence du premier, et par lequel s'opèrent les progrès incessants de la maladie, tandis que le lichen circonscrit reste assez stationnaire.
Diagnostic. — Telles sont les variétés de formes que peut offrir le lichen ; ces variétés diverses nous conduisent à tracer les caractères différentiels de chacune d'elles. On voit d'abord deux lichens différents entre eux par rapport au volume de leurs papules; c'est le lichen simplex et le lichen agrius. Le caractère de la première espèce se déduit de la petitesse des papules, qu'il soit diffusus, circumscriptus ou gyratus; tandis que dans le lichen agrius la papule a un volume double, triple ou quadruple ; les papules, dans ce dernier, donnent souvent lieu d'ailleurs à une sécrétion que \eliehen simplex ne fournit jamais que très accidentellementet d'une manière insensible, à la suite de grattages, par exemple. Le lichen piloris est très facile à distinguer, puisque chaque papule est traversée par un poil, phénomène qui, pour le dire en passant, détruit entièrement l'opinion de ceux qui l'ont résider le siège anatomiquc du lichen dans les papilles de la peau. Quant au lichen lividits, on comprendra facilement