LICHEN
combien la coloration vient ici apporter un cachet tout particulier à cette maladie, lorsqu'on se pénétrera de cette pensée que le lichen a généralement, à l'état aigu, une teinte rosée qui tend à le rapprocher des affections exanthémateuses. Mais il est une maladie avec laquelle on confond souvent le lichen : c'est la gale. Bon nombre de médecins commettent des erreurs à cet égard, et il faut dire qu'il n'est pas de diagnostic plus difficile dans quelques cas; c'est qu'en effet le lichen a parfois le même siège que la gale, entre les doigts et à leur naissance. C'est surtout chez les jeunes enfants que l'erreur est commune, parce que le lichen est souvent diffus, existant disséminé sur le ventre, la poitrine, les membres, comme la gale. Sous ce rapport cependant il est une circonstance particulière à la gale, et qui ne se rencontre pas dans le lichen : c'est l'absence de boutons à la figure ; tandis que le lichen se rencontre aussi bien à la figure, et même plutôt cà la figure que sur les autres parties du corps. Mais c'est surtout par l'absence de vésicules au sommet des papules, par l'absence de sillons ou galeries d'acarus le long des doigts et à la verge, faits pour lesquels nous renvoyons à l'histoire de la gale (article Diagnostic), que l'on arrive par le secours de la loupe à établir ces différences : c'est une étude toute spéciale à faire.
Causes. — Si nous avons insisté sur la liaison du lichen avec le tempérament nerveux, il ne s'ensuit pas que nous regardions ce tempérament comme la cause unique et essentiellement prédisposante de cette maladie ; nous serions d'ailleurs dans l'erreur à l'égard du lichen agrius, dans lequel une certaine prédominance lymphatique existe toujours. Nous devons dire que le lichen simplex est le reflet le plus fréquent de divers états généraux, et notamment d'un état gastralgique ou entéralgique. A cet égard, il est très commun de rencontrer le lichen hé avec la gastralgie qui amène des rapports acides, mais souvent avec le pyrosis ou cette sorte d'ardeur épigastrique et œsophagienne qui est aussi assez commune; on l'observe encore dans les états morbides légers du foie. Ce sont ces cir-
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constances qui viennent justifier les indications que nous donnerons sur lo traitement interne du lichen. Enfin le lichen repose toujours sur des peaux fines, délicates, plus ou moins blanches, et l'on verra que le prurigo a des conditions de siège souvent opposées.
Traitement. — Les indications thérapeutiques que réclame le lichen dérivent de divers ordres de laits : 1° de l'état aigu ou chronique; 2° de la forme du lichen; 3° de la liaison de oette affection avec un état morbide interne, ou de l'indépendance de toute autre maladie de ce genre. Le lichen aigu, quelle qu'en soit l'espèce, réclame essentiellement la médication antiphlogistique, et à cet égard rien ne réussit mieux, que les rafraîchissants à l'intérieur, les bains amidonnés, l'amidon en poudre sur les surfaces malades et le repos réuni à une diminution dans les aliments. On voit alors le lichen céder comme par enchantement. Toutefois cette dernière assertion ne peut être appliquée qu'au lichen diffus ; car le lichen circonscrit, fut-il aigu, nécessite des soins plus soutenus, quoiqu'il soit beaucoup plus limité et plus discret. Nous en dirons autant du lichen diffus des doigts : ce n'est que par le repos des mains, l'absence de contact avec les agents extérieurs, les cataplasmes de fécule employés toutes les nuits, l'amidon le jour, que l'on parvient à le faire disparaître ; encore est-il souvent nécessaire d'avoir recours à des lotions résolutives, et surtout à l'application de nitrate d'argent en dissolution faible (voy. Formulaire, Lotions n° 1).
Mais pour peu qu'un lichen ait été négligé ou mal soigné, il tend à prendre la forme chronique ; il n'est d'ailleurs pas de maladie de la peau qui ait plus de tendance à suivre cette marche, et c'est alors qu'il faut avoir recours à des médications générales et à des soins prolongés. Ici se présentent, en raison du tempérament du sujet et delà forme du lichen, deux médications distinctes : l'une a pour base les alcalins sous toutes les formes, l'autre la teinture de meloe vesicatorhts. La première se rattache au tempérament bilieux ou nerveux; la seconde au tempérament lymphatique nerveux. Toutes les variétés de lichen chro-
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nique mnplest proprement dit se guérissent sous l'influenoe des alcalins. Les variétés do lichen agrius cèdent à merveille par la teinture de meloe vesicatôrius ; seulement il faut savoir gracîuer la dose de cette teinture suivant l'âge du sujet. Je renvoie, poùii tout ce qui concerne l'une et l'autre médication, à la médication alcaline ou antinerveuse (voy. page 9/i) et «à la médication par la' teinture de cantliarides (voy. page 99).
C'est assez dire qu'il doit exister des eaux minérales naturelles plus appropriées au lichen que d'autres, et à cet égard nous citerons celles de Vichy, de Plombières et de Louesche. Ces dernières m'ont procuré des succès fort remarquables, surtout dans les lichens circonscrits que je guérissais difficilement et qui exigeaient des soins prolongés. Entre autres faits je citerai une personne de trente-deux ans qui, depuis deux ans, voyait revenir en hiver un lichen des mains et que je n'avais pu guérir sans récidives. Je l'envoyai à Louesche au mois d'août, il en revint tout a fait débarrassé, mais vers le milieu de décembre il se manifesta de nouveau quelques papules, et comme son séjour à Louesche lui avait été si utile, il vint me demander s'il ne pouvait pas aller aux bains dans cette saison. Informations prises, le trajet était encore praticable malgré les neiges. Il eut le courage de s'y rendre, et, seul dans l'établissement, il reprit en plein hiver une nouvelle saison d'eaux qui le débarrassa complètement.
Ce ne serait à aucune de ces eaux qu'il faudrait envoyer un malade atteint de lichen agrius. Cette forme réclame l'emploi d'eaux sulfureuses ou sulfo-alcaliues. Les eaux sulfureuses des Pyrénées d'abord, puis après leur usage celles de Bagnères-de- Bigorrc pour calmer la surexcitation nerveuse, telle est la marche qu'il faut faire suivre aux malades atteints de cette affection.
Mais c'est dans les lichens chroniques plus ou moins circonscrits, tenaces, rebelles, qu'il est souvent nécessaire de modifier les surfaces malades par des cautérisations superficielles au nitrate d'argent. Je ne connais pas de maladie qui change plus
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la vitalité du tissu de la peau que celle-là. Si Alibert avait constamment son crayon de nitrate d'argent à la main dans les dernières années de sa pratique, cette méthode, portée chez lui jusqu'à l'abus, était bien justifiée pour cette affection ; à plus forte raison lorsqu'il s'agit des lichens eczémateux et herpétiforme. Dans ce dernier cas c'est surtout le bourrelet qu'il faut toucher. Dans le lichen eczémateux rebelle je n'hésite pas à faire suppurer la surface malade à l'aide de pommade épispastique étendue, de manière à modifier la vitalité du tissu. — Ces divers moyens que je viens d'énumérer n'excluent pas l'usage préalable des pommades résolutives ordinaires au tannin, à l'oxyde de zinc, celle au nitrate de bismuth associée surtout à des modificateurs du système nerveux, le chloroforme et le camphre.
Quant au lichen urticans, c'est une éruption que l'on peut considérer comme un exanthème, et qui veut être respectée et traitée par les émollients simples tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, les tisanes rafraîchissantes, l'amidon en poudre et les bains simples.
Interlinctus.
Albidus.
Candidus.
Sïrophulus, feux de dents.
Conferlus .
Volaticus.
Willan a donné cette richesse de dénominations à diverses variétés d'une forme de lichen qui affecte les enfants à la mamelle, particulièrement à l'âge où s'opère le développement des dents. Cette éruption papuleusese distingue en général du lichen par le volume plus considérable des papules, qui ont presque toujours un aspect exanthémateux plus ou moins marqué. La dénomination de feux de dents fait assez sentir à quelle cause on rattache généralement le développement de cette maladie. Sans nier l'existence de cette cause, qui joue un rôle très grand dans la naissance des maladies des enfants à la mamelle, M. Rayer fait observer avec raison que l'alimentation de l'en-
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Faut, souvent trop forte et amenant une irritation gastro-intestinale, doit être pour beaucoup dans son développement.
Quoi qu'il en soit, le strophulus peut se montrer sur toutes les parties du corps, mais principalement au visage, sous forme de grosses papules diffuses avec démangeaison plus ou moins incommodes pour l'enfant, L'éruption, quelquefois accompagnée de fièvre, est souvent successive ; elle se guérit clans un point pour reparaître dans un autre, et elle n'a guère qu'une durée de sept à huit jours pour chaque papule, et quelquefois moins. Voici maintenant les caractères qui différencient les espèces. Si les papules sont d'un rouge animé, proéminentes, éparses et entremêlées de rougeurs érythémateuses d'une étendue variable, c'est le strophulus intertinctus, qui disparaît souvent le matin pour reparaître le soir et se terminer en prenant une teinte jaunâtre, avec desquamation. Si les papules sont petites, blanchâtres à leur centre et rouges à leur circonférence , c'est le strophulus albidus, plus proéminent que le précédent et affectant principalement la face, le cou et la poitrine. On le nomme candidus lorsque les papules sont plus larges et uniformément blanches ou espacées les unes des autres, et affectant de préférence les membres. Enfin Willan a fait deux variétés basées sur la confluence des papules, strophulus confertus, et sur l'état successif et de peu de durée de chaque groupe d'éruption, strophulus volaticus. Dans la première de ces deux variétés, c'est surtout le dos et le tronc qui sont le siège de l'éruption ; il existe alors une petite sécrétion séreuse généralement résorbée d'ailleurs, mais que l'on peut faire écouler à l'aide de la piqûre avec une aiguille, et qui est placée plus profondément que sous l'épiderme, ainsi que cela a lieu pour les vésicules : aussi on le confond souvent avec la gale. Ces papules sont de plus longue durée et ne se terminent guère que dans l'espace de quinze jours, tandis que dans la seconde variété chaque groupe d'éruption se termine par desquamation dans l'espace de trois ou quatre jours ; les papules sont d'ailleurs beaucoup plus petites. Quant au traitement, c'est évidemment à une médecine d'oh-
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servation qu'il faut avoir recours; il y a lieu surtout de surveiller l'aîioientatiop de l'epfant, le lait de la nourrice, d'administrer quelques bains à la fin de l'éruption, et au besoin de saupoudrer d'un peu d'amidon les surfaces malades.
Pkurigo. Pmritus, morbus papulosus ; scabies papuliforuii*. Morbus pedicularis ; phthiriasis ; maladie pédiculaire.
Avec papules :
Prurigo milis.
— formicans.
— senilis.
— pedicularis.
Sans papules :
Prurigo général.
— partiel.
— podicis.
— pudandi muliebris.
— scroli.
— planlaris.
Tous les auteurs ont dépeint avec raison cette maladie sous les couleurs les plus sombres, sous le rapport de sa ténacité et des démangeaisons qu'elle cause, se rapproebant en cela du licben ebronique arrivé à sa dernière période. C'est qu'en effet, il y a dans cette affection quelque chose de tout particulier et qui diffère de toutes les autres maladies, en ce sens que la lésion locale n'est nullement en rapport avec les phénomènes généraux qu'elle cause. Dans certains cas même le phénomène général existe sans lésion locale, et lorsque Alibert a décrit le prurigo latent, qu'il n'a lait qu'indiquer d'ailleurs, il a été dans le vrai, puisqu'il est des malades qui ne présentent à la peau aucune altération, et chez lesquels on observe la démangeaison et la surexcitation nerveuse la plus vive. Aussi n'hésitons-nous pas à admettre l'existence d'un prurigo sans papules, contrairement encore à l'opinion de tous les auteurs qui ont écrit après Alibert. M. Rayer seul reconnaît qu'il est des cas où il n'y a aucune proportion entre la démangeaison et l'éruption. J'ai vu trop d'exemples de prurigos sans papules pour ne pas admettre cette espèce. D'ailleurs, longtemps avant Alibert, Lorry, qui, sous le nom ô'interlrigo, a décrit \e prurigo pud end i muliebris avec tant de talent, a fait ressortir cette variété de prurigo sans papules par rapport à ce prurigo partiel
PHUUKiO.
Mais, chose remarquable, le prurigo peut être circonscrit à une Surface de quelques centimètres, comme celle que représente Le périnée de la femme, où il peut être général ; de là nos deux sous-divisions. Nous attachons d'ailleurs tort peu d'importance à ces variétés de prurigo mitis, formicans, senilis; la l'orme morbide est toujours à peu de chose près la même.
Il n'en saurait être ainsi de la distinction entre le prurigo simple et le prurigo pédiculaire, qu'il ne faut pas confondre avec la maladie pédiculaire. Les poux, clans le prurigo pédiculaire, ne sont pour ainsi dire qu'une complication, qu'un accident. La maladie pédiculaire a au contraire son évolution, sa forme morbide toute différente de celle du prurigo. Quoi qu'il en soit, établissons les caractères qui sont propres à cette affection.
Le prurigo est une maladie à forme papuleuse, mais la papule morbide ne ressemble, ni à celle du lichen, ni à celle du strophulus ou de la gale. Dans ces trois maladies les papules sont acuminées, plus ou moins rosées ; terminées dans la gale par une très petite vésicule, elles sont consistantes et charnues dans toute leur étendue pour les deux autres affections ; d'ailleurs toujours plus ou moins rosées dans les trois cas et ayant pour siège presque exclusif la partie interne des membres, le devant de la poitrine, et pour deux de ces maladies la figure. Si l'on gratte ces papules, on en fait sortir de la sérosité dans la gale ; et il faut des grattages réitérés coïncidant avec une date ancienne de maladie pour amener ce résultat dans le lichen et le stroplmlus. Les papules ne s'excorient que difficilement, clans ces deux affections : les grattages sont la cause du développement de nouvelles papules à côté des anciennes, mais ils ne sont pas généralement accompagnés d'une sécrétion.
Le prurigo au contraire affecte exclusivement le dos et la partie externe des membres. Toutes les papules quile constituent sont extrêmement petites, peu élevées au-dessus du niveau de la peau, presque plates, s'excorient avec une grande facilité, et fournissent un pou de sang; de sorte qu'après quelques grattages chaque papule se trouve recouverte d'une petite lamelle de sang eoa-
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gulé. L'existence de ce sang coagulé, réunie à leur siège, donne à ces papules un aspect tout spécial et tellement caractéristique, qu'il suffit d'avoir vu un prurigo nettement tranché pour ne jamais confondre cette maladie avec aucune autre : d'ailleurs elleest accompagnée d'une vive démangeaison qui, comme le lichen et la gale, augmente par la chaleur, mais qui se montre, comme dans ces affections, de préférence le soir, et souvent lorsque le sujet qui en est atteint se déshabille. Tels sont les principaux traits qui caractérisent cette maladie. 11 faut cependant retrancher de ce tableau tout ce qui a trait au prurigo sans papules et qui offre d'autres caractères que nous spécifierons lorsque nous en traiterons en particulier.
Le prurigo papuleux affecte en général deux âges opposés de la vie, l'enfance et la vieillesse. Cependant on peut aussi le rencontrer dans l'âge adulte. Willan et Alibert lui assignent principalement comme siège une peau blanche plus ou moins épaisse. Cela est exact pour le prurigo de l'enfance ou de l'adolescence, mais il est très commun de le rencontrer sur des peaux épaisses et brunes. Il est vrai que ce second cachet de peau est surtout celui du prurigo sans papules.
Tous les auteurs ont répété avec Willan que le prurigo pa- • puleux pouvait être mitis, formicans et senilis. Ces variétés ne diffèrent que par l'intensité de la maladie et par la sensation différente qu'elle peut faire naître. Nous ajouterons, quant au prurigo, senilis, la ténacité du mal et la difficulté d'en débarrasser ceux qui en sont atteints.
Le prurigo mitis, qui est généralement propre à l'enfance et à l'adolescence, se manifeste sur les épaules, les lombes, la partie externe des membres, par une démangeaison incommode avec développement de papules qui ne paraissent pas enflammées, à moins qu'elles ne soient grattées; ces papules s'excorient par le grattage et se couvrent d'une croûte sanguine : c'est surtout quelque temps après être au lit, que se déclarent les démangeaisons qui privent le malade de sommeil pendant un certain temps.
WIUHIGO. 46S Il n'eu est pas tout à fait de même du prurigo fojwîcans qui affecte plutôt l'âge adulte. Dans cette variété la sensation n'est plus celle d'une démangeaison ordinaire , c'est la sensation d'une foule de fourmis qui parcourent la peau ou d'un grand nombre d'insectes qui viendraient à ramper sous la peau • d'ailleurs, ce n'est pas toujours la même sensation, certains malades se sentent la peau traversée par des milliers d'aiguilles brûlantes; tous accusent une ardeur, une âcretédu sang. Mais quelle que soit la sensation , elle est vive, pénible, porte le trouble dans tout le système nerveux, et comme elle apparaît le soir, peu de temps après être au lit, elle empêche tout sommeil, elle force le malade à se lever, à se promener en chemise pour prendre le frais : s'il se recouche, il est obligé de se lever de nouveau et souvent de s'étendre nu sur le sol pour calmer ses démangeaisons ; enfin, ce n'est que vers le milieu de la nuit ou quelquefois à l'aube du jour qu'il commence à goûter du repos. Inutile de dire qu'il se gratte, qu'il s ecorche la peau, et qu'en dehors des papules excoriées on trouve souvent sur la peau des traînées sanguines d'ongles qui se sont promenés avec violence pour satisfaire les démangeaisons.
La maladie semble dans quelques cas héréditaire ; il n'est pas rare de la voir se manifester chez plusieurs membres d'une même famille.
Elle n'a pas dans ces diverses formes la même intensité et la même durée. Ainsi le prurigo mitis est loin de persister et d'être rebelle aux traitements comme le prurigo formicans et surtout le prurigo seniUs. Mais tous les auteurs se sont accordés à regarder cette affection comme étant rebelle; peut-être ont-ils exagéré cette manière de voir. Pour moi au moins, la ténacité du prurigo est en raison de deux circonstances, son ancienneté d abord, puis sa localisation. Ainsi, il est beaucoup plus facile de guérir un prurigo général qu'un prurigo partiel, même de date récente. Quant au prurigo général, on le guérit assez facdement et assez vite, à moins qu'il ne soit fort ancien.
C'est dans la misère, la mal propreté et les chagrins qu'il faut
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chercher les causes de cette affection , pour l'âge adulte et la vieillesse. Ces causes expliquent comment le prurigo est si commun chez les vieillards généralement peu soucieux des soins de propreté. Au surplus voici ce que la statistique nous a appris à cet égard : Sur 59 cas de prurigo recueillis dans mon service, on en trouve 39 chez les hommes et 20 chez les femmes; 28 se rapportaient au tempérament sanguin ou au tempérament sanguin lymphatique ; Ik au tempérament lymphatique nerveux ; 6 seulement au tempérament nerveux et 2 au tempérament bilieux. Il y a, comme on le voit, une différence marquée entre cette affection papuleuse et le lichen qui se relie essentiellement au tempérament nerveux. La gale dans 28 cas où l'on avait tenu compte des maladies antérieures, figurait pour 16 fois. Sur ces 59 cas on comptait k prurigos de moins de 1 mois; 33 de 1 mois à 1 an ; 16 de plus de 1 an ; et 6 de plus de 10 ans ; ce qui prouve l'incurie de ceux qui la conservent souvent sans se faire traiter, la difficulté de la guérir dans quelques cas et surtout ses récidives faciles. C'est surtout en été et en hiver qu'elle débute, car sur 34 cas il y en a 12 développés en été et 10 en hiver. On a tenu compte de quelques chiffres par rapport aux récidives, les voici : 5 cas à leur première récidive 1 à sa deuxième, 9 récidives multiples et 3 récidives annuelles depuis fort longtemps. Si la statistique avait été plus complète, elle eût augmenté ces chiffres dans une grande proportion 10 fois sur 12, la malpropreté et la misère sont designées comme cause ; 2 fois sur 12, le chagrin. Enfin, la statistique justifie encore ce que les auteurs ont écrit sur l'âge auquel se développe la maladie. Ainsi sur 51 cas où il est noté, on en trouve 12 développés de 15 à 25 ans ; 3 seulement de 25 à 35 ; puis une progression croissante, c'est-à-dire, 8 de 35 à 45 ; 12 de 45 h 55 ; 11 de 55 à 65 et 5 de 65 à 75. Il faut faire observer que relativement au petit nombre d'individus qui arrivent à un âge avancé, ces derniers chiffres sont considérables quand on les compare surtout à la période de 25 à 35 et à celle de 35 à 45.
Pitunir.o.
Quant au développement de la maladie il est toujours gradué assez lent, à moins qu'il ne s'agisse du prurigo pédiculaire Des démangeaisons se font sentir sur les épaules, au cou ; elles s'étendent peu g peu aux membres supérieurs, puis aux membres inférieurs. Mais quand il s'agit du prurigo mitis ou de la jeunesse, il n'est pas rare de voir l'affection débuter par les membres et notamment par les avant-bras elles jambes pour gagner les parties supérieures du corps. Dans cette espèce, les papules à croûtes sanguines se montrent très vite, tandis que dans le prurigo senUis les papules sont beaucoup moins nombreuses et paraissent être précédées dans leur développement par la démangeaison de la peau.
Toutes les parties du corps, la ligure même, peuvent être envahies par le prurigo ; mais cette dernière partie n'est qu'exceptionnellement atteinte, puisque nous ne trouvons, sur 59 cas que trois exemples de ce genre.
Le prurigo papuleux peut d'ailleurs disparaître seul - il cède a la ln, de la saison clans laquelle il s'est montré pour repa- ( raitpe souvent à la même époque l'année suivante, à moins qu'il ne soit entretenu par des conditions de malpropreté
H y a, comme on le voit, une assez grande distinction à faire entre le prurigo papuleux du jeune âge et le prurigo papuleux du déclin de la vie ou de la période avancée de la vie Le pru ngo du jeune âge, qui se montre depuis la naissance jusqu'à vingt ans environ, est une maladie aiguë qui naît sur des sujetsymphatiques et qui peut paraître et disparaître spontanément. Il n est pas toujours nécessairement lié à la misère et \ la malpropreté comme le prurigo d'un âge plus avancé' quoume, même dans cette période de la vie la malpro, té puis* encore mtervenir comme cause ; mais il se rattac, 7 ou vent alors à quelque gastralgie ou altération de fonc il 2
Aussi' ,e traitemem - «sas
en raison de ces circonstances.
d™les<'uelsi«^-«U'ég„,-,l d„s caractères " Pr""e"' ""' lllsl m d'en établir le diagnostic général; ni
le lichen, ni la gale, ni le strophulus qui sont les maladies les plus voisines de cette affection, ne peuvent être confondus avec lui ; le siège de chacune de ces maladies, par rapport à celui du prurigo, qui attaque la partie postérieure du corps et la partie externe des membres ; la forme des papules toutes tapissées dans le prurigo de petites croûtes sanguines, ne; permettent pas de confondre cette maladie avec les précédentes.
Mais ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que la gale, le lichen, le prurigo, sont des maladies qui se relient entre elles, que l'on retrouve souvent à la fois sur le même individu, ce qui rend le diagnostic de chacune d'elles beaucoup plus difficile. Ces coïncidences assez communes ont dû être pour quelque chose dans les idées émises récemment sur la gale.
Traitement. — J'isole à dessein le traitement du prurigo papuleux de l'histoire et du traitement du prurigo non papuleux. En effet, autant est facile la guérison d'un prurigo papuleux, autant est difficile le traitement d'un prurigo non papuleux. On peut établir à cet égard, suivant moi, cette proposition, que le prurigo est d'autant plus facile à guérir , qu'il est accompagne du développement d'un plus grand nombre de papules.
Tout prurigo né dans des conditions de jeunesse et développe depuis peu de temps, doit être traité par des émollients, quelquefois même le traitement doit être précédé d'une petite émission sanguine ; les bains gélatineux, le saindoux à l'extérieur, quelques médicaments ou une hygiène propre à combattre es symptômes de gastralgie quand ils existent ; plus tard l'emploi d'une pommade légèrement sulfureuse et alcaline, voila un ensemble de moyens toujours suffisants pour amener la gué-
rison.
Depuis un grand nombre d'années j'applique au prurigo d un âge plus avancé de la vie le traitement de la gale, non pas celui en deux heures, mais les bains sulfureux tous les deux jours et des onctions sur le corps avec une pommade sulfo-alcalme (voyez Formulaire). Ce traitement est si rapide et si complet dans ses résultats, que j'ai toujours été frappé de voir les au-
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teurs parler du çrurigo comme d'une maladie presque incurable. Je vais plus loin, et dans beaucoup de cas, je crains do guérir trop vite ; ce sont ceux où le prurigo siège sur des sujets qui ont, comme on le dit, la respiration un peu courte, ou qui sont un peu asthmatiques. Il faut à cet égard que l'on sache, ainsi que je l'ai dit, dans la pathologie générale de cet ouvrage et ainsi que je l'ai lait pressentir en parlant de la guérison de la gale en deux heures, que la disparition brusque d'une démangeaison habituelle peut développer tous les accidents que développe la suppression d'une sécrétion de longue date à la peau. La poitrine se prend, s'embarrasse, la respiration devient anxieuse, sibilante, le pouls s'affaiblit et prend de la fréquence, la figure s'altère, tout cela dans l'espace de quelques heures et l'individu est en danger de mort, comme si une surface eczémateuse s'était brusquement desséchée. Il faut donc dans le traitement prendre en grande considération l'état de la poitrine du sujet et guérir d'autant plus lentement, que le prurigo est de date plus ancienne. Inutile d'ajouter qu'après la guérison , il faut recommander aux malades des soins de propreté et l'usage de bains alcalins ou savonneux (voyez Formulaire).
Prurigo pédiculaire. — Je ne prétends pas décrire la maladie pédiculaire dans l'histoire du prurigo. J'ai déjà dit que, pour moi, la maladie pédiculaire proprement dite et dont on retrouve des exemples très tranchés dans ces foyers de poux qui surgissent soit à la surface de la tête, soit à la surface du corps, est autre chose. Dans le prurigo pédiculaire il semble que les poux soient une complication. Ainsi l'on observe à cet égard deux ordres de faits : chez un individu déjà atteint de prurigo général avec papules localisées comme nous les avons décrites, il va se manifester quelques poux, parce que cet individu est couché avec un individu qui a été porteur de poux ; mais alors ils seront rares, disséminés à la surface du corps. Les produits morbides de la peau provenant de la morsure de ces insectes ne seront qu'accidentels, tandis que les papules de prurigo ronstitueront l.e cachet principal de l'affection ; c'est ce que
l'on observe chez beaucoup de vieillards malheureux et malpropres.
Dans la maladie pédiculaire soit de Là tète, soit du corps, il n'y a plus du tout le même cachet. Le prurigo proprement dit ou la démangeaison, ce que dans l'espèce je regarde comme synonyme existe seul à l'état de prurit; l'altération morbide est tout autre. Je sais combien il sera difficile dans certains cas de poser la limite entre les deux affections, mais, sous le rapport scientifique, je crois qu'il est important d'établir la distinction.
Je suis convaincu que la maladie pédiculaire peut se développer spontanément, je ne suis pas aussi certain de cette spontanéité pour la naissance des poux dans la maladie pédiculaire.
Quoi qu'il en soit, voici quel est le cachet du prurigo pédiculaire ; comme dans le prurigo simple il existe des papules à croûtes sanguines disséminées sur le dos et sur la partie externe des membres ; mais on voit en outre sur le devant et sur le haut de la poitrine, sur le ventre, ainsi qu'entre les papules de prurigo qui occupent la partie supérieure du dos, une série de petites excoriations de la peau et une foule de petits points enflammés très élevés au-dessus du niveau de la peau, se rapprochant un peu du lichen sans en avoir la forme conique bien tranchée ; çà et là des petites surfaces légèrement suintantes et d'où s'échappe un peu de matière à la fois séreuse et muqueuse, de sorte qu'au lieu d'avoir un état papuleux à croûte sanguine bien arrêté, bien net, sur une peau saine, on a un mélange de toutes les altérations que nous venons de décrire, reposant sur un fond plus ou moins rouge de la peau. Cet état dans la région antérieure du corps simule la gale du ventre et de la poitrine.
Inutile de dire que le prurigo pédiculaire amène aussi des démangeaisons, mais celles-ci ne sont plus de même nature ; elles sont une double conséquence et de l'affection prurigineuse et de l'existence d'une proportion plus ou moins grande d'insectes qui se promènent à la surface de la peau.
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Quant à la durée do l'affection elle est illimitée comme toutes les maladies avec production végétale ou animale ; tant que la source de ces productions n'est pas détruite, la maladie persiste ; mais, il faut le dire, rien de plus facile à guérir qu'un prurigo pédiculaire, les bains sulfureux et la pommade sulfureuse simple (voy. Formulaire) suffisent parfaitement ; il n'est même pas besoin d'employer une pommade sulfo-alcaline. Ici un précepte que nous avons déjà établi à l'égard du prurigo, trouve plus entièrement encore son application, à savoir qu'il ne faut pas guérir trop vite la maladie et surtout ne pas détruire trop rapidement les poux. Au surplus nous renvoyons à cet égard le lecteur à la description que nous ferons de la maladie pédiculaire. Il suffit donc d'un bain sulfureux tous les deux jours, puis après trois bains, des onctions avec la pommade sulfureuse sans qiv'on soit obligé d'employer de frictions comme pour le traitement de la gale.
Prurigo sans papules. — Alibertn'a fait qu'entrevoir cette maladie; c'est en quelques lignes qu'il cite l'exemple d'une jeune religieuse carmélite, qui était tellement tourmentée par cette affection, que dans la nuit elle s'élançait précipitamment de sa couche et trouvait une sorte de soulagement à se placer à nu sur le carreau de sa chambre. Il attribue cette affection à ce que cette religieuse portait par mortification une chemise de laine ; c'est là une erreur : combien de personnes qui sont couvertes de laine de la tête aux pieds et qui n'ont pas de prurigo. Il cite encore le cas de la fille d'un pâtissier qui eut cette maladie jusqu'à son mariage où, déplacée de l'habitation de son père et loin de la chaleur continuelle d'un four, elle vit disparaître cette maladie. Alibert a désigné cette variété sous le nom de prurigo latent. J'ai eu occasion de l'observer si souvent, que je ûîhésitepas à en faire une variété très distincte et je rattache à cette espèce les prurigo partiels décrits par les auteurs sous les dénominations de prurigo poclicis, pudendi muliebris, scrofi et plantaris. Dans tous ces prurigos on retrouve des caractères communs très nets qui les rapprochent. 1° La démangeaison
plus vive, plus poignante, plus irrésistible que dans toutes les autres variétés de prurigo papuleux; 2J l'absence absolue de papules ou une disproportion énorme entre la démangeaison et l'existence de quelques rares papules, incapables de les justifier; 3° l'état endurci, presque tanné de la peau, qui, dans certains cas, est porté si loin, qu'un malade atteint de prurigo général de cette espèce se gratte à outrance tous les soirs et qu'il n'en reste pas de traces le lendemain. L'ongle éraille légèrement l'épiderme, il n'en enlève qu'une cuticule très mince sans amener aucun suintement sanguinolent ; et certes ces malades ne ménagent pas les grattages ; W enfin, quand le prurigo sans papules est partiel et qu'il attaque une partie maintenue dans un état de contact constant avec la peau voisine, comme les bourses, le périnée, la marge de l'anus, alors s'il s'opère accidentellement un suintement, il est muqueux, plastique, et la peau, sans être très sensiblement excoriée, en devient seulement plus épaisse ; 5° enfin tout prurigo sans papule est d'une guérison bien plus difficile que le prurigo papuleux. C'est au prurigo sans papules qu'il faut rattacher tout ce que disent les auteurs des difficultés que le médecin éprouve h guérir cette maladie. Voilà donc un prurigo bien spécial et qui se différencie nettement du prurigo papuleux. Nous n'avons rien forcé dans les caractères que nous en avons donnés. Ajoutons que, lorsqu'il est général, on le rencontre surtout chez les individus d'un tempérament bilioso-lymphatique . à peau brune; qu'il s'observe en général à un âge assez avancé de la vie ; qu'il se relie souvent à des lésions chroniques des organes abdominaux, soit des tumeurs du côté du foie, des augmentations de volume ou engorgement de la rate, ou à des tumeurs abdominales de nature diverse. Il paraitrait aussi se rattacher à certaines professions, car un boulanger auquel j'ai donné des soins l'a conservé pendant dix-huit à vingt ans, exposé qu'il était continuellement à la chaleur de son four, et à l'instar de la fille de ce pâtissier, traitée par Alibert. Il est des individus qui en restent atteints pendant de Ion-
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gues années et pour lesquels la démangeaison devient un besoin de tous les jours. Aussi, quand on les débarrasse trop rapidement, ou quand par une cause accidentelle cette démangeaison vient à disparaître, ils sont pris tout à coup d'accidents les plus graves, ordinairement du côté de la poitrine , ou du côté des intestins : soit pour la poitrine, l'anxiété de la respiration et tous les phénomènes de l'engorgement séro-sanguinolent des poumons ; soit pour les intestins, d'une diarrhée très abondante; la vie du malade étant en danger dans les deux cas.
C'est encore aux sulfureux qu'il faut avoir recours dans le traitement de cette maladie. Aussi les eaux thermales de cette nature conviennent-elles parfaitement, mais elles sont souventinsuffisantes; de là l'emploi des alcalins en pommade, en bains, la pommade au précipité blanc, celle de l'huile de cade (voyez Formulaire), les bains de mer, etc., ceux à l'alun et même au sublimé. C'est assez dire, en présence de modificateurs si variés, combien de médecins échouent souvent.
Prurigo sans papules, partiel. — On peut réunir dans la même description les variétés de prurigo podicis, pudendi muliebris.. scroti , etc. En effet, c'est la même maladie localisée dans un endroit différent et n'amenant de la variété dans les symptômes qu'en raison même du siège qu'elle occupe. Et d'abord, rappelons comme un fait général que chacun de ces prurigos est plus difficile à guérir que le prurigo général. C'est encore une circonstance qui vient confirmer une assertion que j'ai émise dans mes notions de pathologie générale, à savoir que toute maladie de la peau limitée à un seul point du corps, est toujours d'une curation beaucoup plus difficile qu'une maladie disséminée à sa surface.
De ces diverses affections la plus commune est celle de l'anus, prurigo podicis; elle affecte principalement les hommes. Celle qui lui correspond chez la femme est le prurigo du périnée qui s'étend peu à peu aux grandes lèvres, mais dans leur partie postérieure seulement, ce qui le distingue du prurigo pudendi muhebris, qui siège au contraire en avant. Le prurigo podicis se
montre à tous les âges à partir île l'adolescence et de la jeunesse; il est cependant plus commun dans l'âge adulte qu'à toute autre époque de la vie. C'est au pourtour de l'anus qu'il naît d'abord ; il s'étend peu au delà, mais il se prolonge en arrière le long du raphé qui gagne le coccyx et en avant vers le périnée. Toutefois il n'atteint que lentement ces parties; il n'est pas rare de le voir se relier, comme la fistule anale, sinon à la •phthisie directement, au moins à des poitrines délicates; et alors cette circonstance doit appeler toute l'attention du médecin , .car une guérison intempestive peut être suivie des plus graves accidents. J'ai donné des soins à un jeune magistrat qui était atteint de cette maladie depuis plusieurs années ; elle en était arrivée à ce point, qu'il ne pouvait plus siéger à l'audience, obligé qu'il était de se déplacer continuellement de droite et de gauche sur son siège. La santé générale était bonne, la poitrine peu forte. Cependant, j'eus beaucoup de peine à guérir ce prurigo, et quoiqu'il n'y ait eu qu'une extinction graduée de la démangeaison, il survint quelques temps après, çà et là, une expectoration sanguinolente, plus tard deux hémoptysies; à une époque plus avancée, l'hémoptysie et les accidents de la poitrine disparurent pour faire place à des douleurs vésicales, accompagnées bientôt d'un état catarrhal de la membrane muqueuse. La maladie de vessie fut remplacée par une gastralgie et ce n'est qu'avec le concours de soins empressés et soutenus, que la santé générale fut complètement rétablie, sans retour du prurigo. Je me suis toujours demandé à l'occasion de ce fait et de quelques autres plus ou inoins analogues, si la guérison quoique graduée , quoique lente, d'un prurigo devenu insupportable d'ailleurs, n'avait pas été pour quelque chose dans le développement consécutif des accidents.
Dans cette maladie les démangeaisons sont excessives, et < <pendant on ne voit rien à la peau ; mais lorsque la maladie BSl de date assez ancienne déjà, ou peut, en examinant ce tissu d'un peu près, reconnaître que là où elle siège le plus fortement, existent des parties de peau qui, malgré toute absence
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d'inflammation, semblent transformées en une sorte de (issu doux au toucher et presque muqueux. Elles sont blanchâtres, lisses, onctueuses au toucher, et cet état dé la peau fait contraste avec la peau saine qui reprend alors son aspect sec et ferme. Ceci est très important à connaître pour juger des progrès de la guérison ; tant que la peau n'a pas acquis sa densiir, sa sécheresse, elle n'est pas guérie. D'ailleurs- ça et là quelques papules rares et encore souvent il n'en existe pas. Les démangeaisons n'ont pas de moment, d'heure régulière où elles se montrent; cependant, c'est surtout durant la nuit qu'elles sont plus fortes et qu'elles causent alors une insomnie de plus ou moins de durée. Le malade fait taire momentanément ces symptômes par le grattage auquel succède une cuisson plus ou moins vive qui n'est que momentanée et qui fait place à une démangeaison nouvelle. Rien de plus pénible que cette maladie chez les jeunes filles quand elle siège au périnée. Quoique le périnée soit très court chez la femme, le prurigo y prend siège pour s'étendre ensuite à la partie postérieure des grandes lèvres. Un sentiment de pudeur bien naturel conduit ces jeunes personnes à cacher même à leurs proches cette affection ; mais bientôt l'impossibilité de s'asseoir, parce que le moindre frottement, le moindre mouvement dans la situation assise réveille leurs souffrances, les amènent à avouer leur maladie. Les explorations médicales deviennent bientôt nécessaires, et alors en présence d'un état local qui paraît presque normal, le médecin est conduit à rechercher si l'utérus ne serait pas malade, et si ce ne serait là qu'un reflet d'un état morbide des parties génitales internes. Il est ainsi conduit d'erreurs en erreurs ; il n'apporte aucun soulagement aux souffrances de la jeune personne et bientôt le moral en est affecté; surviennent la tristesse et le chagrin quelquefois le plus profond; puis le séjour sur une chaise longue qui prive de tout exercice, de toute promenade, car la marche elle-même réveille les démangeaisons; puis se montre une altération générale de la santé consécutive au chagrin et à des fonctions digcstives qui s'opèrent mal. C'est ainsi qu'une ma-
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ladie d'apparence si légère peut être compromettante pour les personnes qui en sont atteintes.
Mais cette môme maladie siégeant au pubis, à la partie supérieure des grandes lèvres et au voisinage du clitoris, devient pour la femme une nouvelle source de symptômes des plus pénibles. Le prurigo pudendi, dont les démangeaisons sont agréables, éveille essentiellement les désirs vénériens avec d'autant plus de vivacité que la personne qui en est affectée est plus ou moins portée à les satisfaire. C'est alors chez certaines femmes une lutte sans cesse renaissante qui lui fait fuir jusqu'à son mari, dont les approches ne font que porter plus loin une première sensation, un premier désir; lutte de tous les moments, qui se réveille avec plus d'énergie durant le calme et la solitude de la nuit, et que rien ne peut apaiser dans quelques cas, voire même les applications les plus froides, la glace par exemple. Sorte de torture lente pour des religieuses, par exemple, qui ne peuvent trouver de consolations à leurs maux que dans leur foi profonde et leur amour pour Dieu.
Mais la femme n'est pas seule vouée à de pareilles souffrances, le prurigo peut atteindre le pénis et les bourses, et développer chez l'homme les mêmes sensations. Tl faut cependant dire qu'elles sont généralement moins vives et que cette sorte de prurigo est beaucoup plus rare.
Traitement. — Si à côté de ces tristes tableaux nous pouvions tracer une thérapeutique méthodique et surtout efficace, nous aurions au moins la consolation de remédier rapidement à des maux qu'il faut déplorer ; mais malheureusement il n'en est pas toujours ainsi. Cherchons cependant à mettre entre les mains du médecin quelque arme puissante et propre à secourir de pareilles infortunes. Les agents ordinaires tels que bains sulfureux, pommades, sont le plus souvent insuffisants. Il faut dans ces sortes de cas modifier franchement la sensibilité nerveuse de la partie affectée. C'est aux douches en arrosoir d'abord, en jets ensuite qu'il faut s'adresser et à des douches de plus en plus fortes ; elles seront répétées tous les jours ou tous
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les deux jours. Quant à leur nature on ne saurait La préciser tout d'abord ; elle doit varier suivant les sujets. On a le choix entre les douches sulfureuses, alcalines, d'eau salée, d'eau de Plombières, en sorte qu'il ne faut pas adresser ces malades à des eaux naturelles dans la crainte de ne pas tomber juste.
Un autre moyen qui nous a toujours très bien réussi, ce sont les cautérisations tous les trois ou quatre jours avec une solution de nitrate d'argent au dixième ou même au cinquième. Le crayon de pierre infernale est trop fort. Les lotions au sublimé chez quelques malades, l'emploi de corps gras et de pommades, au précipité blanc, à l'huile de cade, au goudron, des applications d'iodure rouge de mercure en suspension dans une solution de gomme adragante (voy. Formulaire). Éviter surtout le contact des chairs entre elles, les frottements et autant que possible les grattages. C'est en dirigeant avec une certaine sagacité l'emploi de ces moyens que l'on parvient à guérir des prurigo partiels très rebelles, et nous comptons à cet égard des succès dans quelques cas invétérés et difficiles qui nous ont été adressés par des confrères. Mais quant à poser des règles précises à cet égard, ce serait à tort; car elles seraient bientôt déjouées par les résultats. Loin de nous d'ailleurs la pensée que cesjnoyens soient toujours suffisants : le prurigo latent est au contraire un des écueils des dermatologistes.