LEPRA VULGARIS
fait oonnaitro comme forme composée du psoriasis. Aussi Alibert lui a-t-il donné le nom d'herpès fur fur eux circiné. Dans toutes ces descriptions il nous semble qu'il y a des erreurs graves commises ; nous allons donc donner les caractères distinctifs de ce que l'on doit entendre par lepra vulgaris. Nous ajouterons seulement que quoique exigeant à peu près le même traitement que le psoriasis, l'affection en diffère et par la forme et par l'époque de la vie à laquelle elle se développe, et par la facilité avec laquelle elle se guérit.
Le lepra vulgaris se montre de préférence sur le tronc et notamment dans sa région antérieure, première différence essentielle. Il peut apparaître dans les premiers temps de la vie, aussi l'obserye-t-on quelquefois dans l'âge le plus tendre ; on le voit presque toujours se développer dans les vingt premières années. Quand, au contraire, il constitue une complication du psoriasis et qu'il coïncide avec lui, ce n'est que plus tard qu'il se développe beaucoup.
Comme le psoriasis, il naît par une petite rougeur squameuse qui s'élargit assez rapidement et se dispose en fer à cheval, c'est-à-dire que, comme Willan l'avait fait observer, il a une forme ovoïde, il représente une anse ovale dont un segment manque, ce segment étant formé par la peau saine. En cet état il s'élargit peu et n'a que la dimension de 2 à 3 centimètres de diamètre au plus. Nous avons dessiné dans nos planches un exemple de cette forme. M. Cazenave s'est donc trompé quand il a décrit le lepra vulgaris comme représentant des cercles qui peuvent prendre une étendue très considérable et se confondre entre eux, c'est là le caractère du psoriasis herpéti forme.
L'affection n'amène aucune démangeaison. Arrivée à cet état de développement, elle se multiplie mais ne s'accroît pas dans ses plaques. Elle ressemble donc, sauf la forme, le siège et l'époque de la vie à laquelle elle s'est développée, au psoriasis.
Ainsi, on peut dire qu"il existe quatre affections squameuses à forme orbiculaire : le psoriasis nummulaire ou en plaques
arrondies, mais sans bourrelet à là circonférence; l'herpès psoriasitbrme en plaques nurnmulaires sans dégagement de peau saine au centre, mais terminée à la circonférence par un bourrelet ; l'herpès psoriasiforme en plaques arrondies terminées par un bourrelet, mais avec la peau saine au centre ; et enfin le lepra vulgaris à plaques ovales, dégagées à leur centre, où la peau est saine ; mais ayant un segment de leur circonférence qui manque, de manière à figurer un fer à cheval.
La marche de l'affection est la même que celle du psoriasis. Sa durée est moins longue ; il n'est pas rare de voir le lepra vulgaris guérir seul, et les agents modificateurs du psoriasis en font justice avec beaucoup plus de facilité. Nous n'avons donc rien à dire sous le rapport thérapeutique ; ce sont les mêmes moyens à conseiller, mais il faut donner aux parents beaucoup plus d'espoir de guérison, cette affection étant plus facilement curable et moins sujette à récidives.
Elle n'est d'ailleurs pas très commune, et c'est à cette cause qu'il faut attribuer les variations dans les opinions des dermatologistes à son sujet.
ICHTBYOSE.
Blanche.
Farineuse.
Écailleuse.
Nacrée serpentine.
Nacrée cyprine.
Brune.
Porc-épic.
Cette dénomination a été employée par les anciens pour designer une maladie squameuse qui, à un degré très avancé, peut donner à la peau une physionomie toute particulière et plus ou moins analogue à la peau des poissons.
L'affection, essentiellement héréditaire, est généralement incurable, pour ne pas dire absolument incurable. Certains auteurs ont rapporté quelques faits de guérison d'ichlhyose locale ou même d'ichthyose générale. Mais d'abord, dans l'état actuel de la science, on ne saurait admettre l'existence
ICHTHYOSE. 523
d'ichthyoses locales; ensuite il est très probable, et c'est aussi L'opinion des dermatologistes modernes, que les cas d'ichthyose générale qui ont été guéris n'étaient pas des ichthyoses.
Alibert, qui s'est beaucoup occupé de cette maladie, a admis des variétés sans aucun intérêt, car elles sont fondées sur une ressemblance plus ou moins éloignée avec tel poisson, telle ou telle espèce d'écorce d'arbres. Rien de plus inutile que ces distinctions, à moins qu'elle ne rappellent une ressemblance très frappante avec un objet connu, de manière à faciliter le diagnostic de la maladie. Mais il n'en saurait être ainsi qu'à l'égard de l'ichthyose porc-épic dont la dénomination fondée, indique tout de suite le genre d'altération qui existe à la peau. Le mot ichtbyose exprime d'ailleurs suffisamment les autres variétés de cette maladie pour lesquelles il n'est pas nécessaire d'établir des divisions.
Pour nous, nous en distinguons trois espèces principales : l'ichthyose blanche, l'ichthyose brune et l'ichthyose porc-épic. — L'ichthyose blanche se présente sous trois formes distinctes : dans la première, qui n'est pas appréciable à première vue, la peau est seulement farineuse ; frottée en divers sens, il s'en détache une poussière beaucoup plus appréciable quand on promène du drap foncé sur ce tissu. Il faut graisser la peau pour qu'elle devienne lisse. Dans une seconde espèce d'ichthyose blanche la peau est recouverte d'écaillés ou lames épidermiques nacrées tellement larges et rapprochées que cette peau a quelque analogie avec celle des poissons ; mais il faut bien le dire, il est extrêmement rare qu'elle présente cet aspect sur toute la surface du corps; on ne la trouve ainsi que sur les avant- bras, les jambes et quelquefois les bras et les cuisses. Cependant il existe dans le musée anatomique de Berlin un fœtus monstrueux dont toute la surface du corps est recouverte d'une couche épaisse d'épïderme. La troisième espèce tient le milieu entre les deux précédentes, en ce sens qu'il existe des nuances intermédiaires très variées. De là les dénominations d'ichthyose nacrée serpentine, nacrée cyprine. Le cachet de ces trois états a des de-
grés différents c'est l'aspect incolore des productions épidermiquos. Ajoutons enfin que, dans ces diverses sortes d'ichtliyoses, toute la surface de la peau est plus ou moins habituellement atteinte, voire même la figure. Je n'admets pas l'existence de ce que les auteurs ont appelé ichthyose locale. L'ichthyose est toujours une maladie générale de la peau ; elle ne se montre jamais par plaques limitées, circonscrites comme le psoriasis ou la lèpre vulgaire ; elle est toujours diffuse, et quand un membre ou une étendue plus ou moins considérable d'un membre en est affectée, les trois autres membres le sont à peu près au même degré. On serait porté à croire, d'après la description qui a été faite de cette], ichthyose locale, que l'on pourra trouver une plaque d' ichthyose sur un point donné de la surface du corps comme on trouve une plaque de psoriasis ; c'est là une erreur qu'il fallait détruire.
L'ichthyose brune n'a aucune ressemblance avec l'ichthyose blanche. Elle représente une production épidermique de couleur gris brun qu'au premier abord on pourrait prendre pour de la ma propreté ; mais en passant la main sur cette surface, on sent qu'il s'y est produit un épiderme dur comme de la corne, cassé, fendillé régulièrement, ce qui tient à des conditions particulières que nous signalerons tout à l'heure.
Cette affection, contrairement à l'ichthyose blanche, ne siège en général qu'autour des genoux, au creux des jarrets, au pli de flexion de la jambe avec le pied, aux coudes et aux poignets ; mais ce sont surtout les genoux et les jarrets qui sont atteints. Elle peut, comme l'ichthyose blanche, remonter aux premiers mois.de la vie, mais en général elle se développe un peu plus tard.
Voici donc ce que l'on observe à cet égard, en supposant que l'enfant soit arrivé à douze ou quinze ans, c'est-à-dire où la forme morbide a acquis tout son développement; toute la peau de la partie antérieure du genou, la rotule comprise, jusqu'au quart inférieur de la cuisse en haut, et au quart supérieur de la jambe en bas, est tapissée de cette matière cornée
ICHTtlYOSE. 525
gris brunâtre que nous avons indiquée. Elle est divisée en un nombre plus ou moins considérable de petites lamelles quadrilatères placées les unes à côté des autres et disposées symétriquement sous des zones plus ou moins courbes et concentriques à la rotule. Ces lamelles juxtaposées ont de 1 à 3 millimètres au plus de diamètre. Elles vont en diminuant d'épaisseur vers la cuisse et la jambe ; même disposition au creux du jarret et là où elles se perdent avec la peau saine, celle-ci devient rugueuse comme dans l'ichthyose farineuse.
La disposition en ligne courbe est une conséquence des mouvements d'extension et de flexion que l'articulation éprouve et qu'elle fait subir à la peau, en sorte que, si l'on vient à faire tomber par des corps gras toute la production épidermique, on trouve la surface de la peau sillonnée de plicatures correspondant à la disposition linéaire des écailles. Cet état dure toute la vie et il ne peut devenir que plus prononcé avec l'âge.
Quelques dermatologistes, M. Rayer notamment, voient dans ces ichthyoses une maladie des papilles de la peau et un développement exagéré de ces papilles. Nous ne saurions partager cette opinion, et nous croyons que les organes sécréteurs de l'épiderme sont seuls malades.
Quant à l'ichthyose porc-êpic, les faits suivants en fournissent le type le plus prononcé. En 1710 naquit dans le comté de Suffolk , en Angleterre , un homme auquel on donna le nom (Y homme porc-épic. Toute la surface de son corps était chargée d'excroissances en forme de piquants; le visage, la paume des mains et la plante des pieds étaient les seules parties qui en fussent exemptes. Ces appendices, d'un brun rougeâtre, étaient durs et élastiques, au point de faire du bruit lorsqu'on promenait la main à leur surface. Ces piquants, développés deux mois après la naissance, tombaient chaque hiver pour reparaître au printemps. Cet homme, au reste, se portait très bien ; il a eu six enfants qui ont tous été couverts des mêmes excroissances.— Deux frères d'une famille du nom de Lambert ohl été observés par Geoffroy Saint-Hilaire ; l'un était âgé
526 PAÏU0L0GIE SPÉCIALE.
de vingt-deux ans, l'autre de quatorze. L'aîné avait le corps entièrement épineux, si l'on en exceptait la tête et le dedans des mains et des pieds. Le cadet était nu dans quelques endroits, particulièrement à la poitrine; mais des taches brunes indiquaient assez qu'il deviendrait avec l'âge aussi couvert d'épines que son frère. Les épines sur le dessus de la main étaient très larges et pouvaient être comparées pour leur diamètre aux tuyaux des porcs-épics ; celles qui entouraient les mamelles ressemblaient davantage à des écailles. C'étaient de petites lames longues, très nombreuses, extrêmement rapprochées, et qui étaient verticalement implantées dans la peau. Cet épaississement de l'épiderme était l'effet d'une maladie qui s'était transmise par voie d'hérédité, mais seulement de mâle en mâle. On comptait déjà cinq générations atteintes de ce vice de conformation {Bulletin des sciences delà Société philomathique, n° 67, p. an u de la république).
Tels sont les caractères des diverses espèces d'ichthyose qui ne pourraient être confondues qu'avec les variétés de psoriasis ou avec le lepra vulgaris. Mais il est deux signes distincts qui servent toujours à les distinguer : 1° l'ichthyose est toujours diffuse; elle ne se présente jamais par plaques isolées; la maladie n'a pas de limite arrêtée ; elle se perd avec la peau saine par une décroissance insensible ; 2° faites tomber la production épidermique quelle qu'elle soit et vous trouverez au-dessous la peau saine. Dans les autres affections squameuses, au contraire, la peau est toujours malade et plus ou moins rouge. C'est pour cela que nous avons reproduit dans nos planches deux exemples de psoriasis, l'un avec son épiderme, l'autre avec sa peau rouge dépourvue d'épiderme. L'absence de toute inflammation de la peau est donc un caractère distinctif très puissant pour éviter de confondre l'ichthyose avec une maladie du même genre.
Nous avons dit que cette affection était essentiellement héréditaire et transmissible de génération en génération , sautant quelquefois par-dessus une génération pour se repro-
tCIITHYOSË. 527
cluire clans la suivante. Nous ajouterons que l'ichthyose est généralement une maladie incurable. Les exemples de curabililé rie cette maladie rapportés par les auteurs ne présentent rien de certain, surtout à l'aide des moyens externes ou internes de fort peu d'énergie qui ont été employés.
Cette circonstance, admise et reconnue par tous les dermatologistes de nos jours, doit conduire le médecin à édifier les parents à cet égard. L'avenir des enfants y est attaché. Il faut qu'une famille sache qu'une jeune personne est vouée à une infirmité ; qu'en la mariant il y a tout lieu de craindre qu'elle ne transmette à ses enfants la maladie dont elle est atteinte ; qu'il en est de même d'un enfant du sexe masculin ; qu'à l'égard de celui-ci comme de celle-là, il y a peut-être lieu de diriger leur éducation en vue d'un avenir tout spécial qui leur est naturellement réservé. C'est donc là une question de moralité pour le médecin; nous n'avons jamais manqué de remplir ce pénible devoir toutes les fois que nous avons été consulté pour des cas de ce genre.
Cependant divers praticiens ont préconisé des traitements tant internes qu'externes, tous puisés dans l'usage des pommades de tout genre, qui peuvent être employées contre les affections de la peau. On a notamment insisté sur le goudron à l'intérieur et à l'extérieur, sur les préparations mercurielles, alcalines, etc. Il faut bien le dire, on s'est fait illusion. Si quelque chose pouvait réussir, ce serait l'arsenic, or l'arsenic échoue dans la presque totalité des cas.
Mais il est des palliatifs à ces affections qui en font disparaître les inconvénients, à la condition de les employer toujours. Il faut excepter l'iclilhyose porc-épic de ce que nous allons conseiller Il suffit de graisser la peau ichthyosée avec une pommade alcaline (voy. Formulaire) et de faire prendre quelques bains alcalins, pour voir disparaître toute écaille et obtenir une peau lisse, qui, à l'aide d'onctions simplement graisseuses répétées tous les deux jours, conserve sa souplesse et sa douceur ; du moment où l'on cesse l'usage de ces moyens, que l'on rend
moins incommodes en ne faisant l'application graisseuse que tous les six ou huit jours, on perd le bénéfice des soins primitivement donnés à la peau. Ces agents doivent être mis en usage dès l'enfance, car si on laisse s'accumuler les années, les écailles d'ichthyose blanche ou brune laissent leurs empreintes sur la peau et il n'est plus possible de les faire disparaître. Dans plusieurs circonstances je me suis très bien trouvé, pour les enfants, de l'usage d'une lotion froide de tout le corps tous les matins, notamment dans l'ichthyose farineuse, celle qui est la plus légère ; ce moyen a suffi pour faire disparaître, tant qu'il a été employé, toute trace de maladie. Ce sont là les seuls conseils que je donne en général. J'ai quelquefois employé la solution de Fowler avec succès, m'a-t-on dit; mais j'ai perdu de vue ces enfants et je ne saurais dire si la guérison a été durable.
Ltl'HliS
Ce groupe comprend cinq maladies dont les noms seuls justifient le rapprochement que nous en avons fait. Ce sont les lèpres, le frambœsia, le molluscum, la kéloïde et le pian d'Amérique. Ce n'est pas à cause des analogies de caractères morbides que nous les avons réunies, mais parce que ce sont ordinairement des affections étrangères à nos climats, ou tellement rares, que beaucoup de praticiens n'ont jamais occasion de les observer durant le cours de leur pratique médicale. Cette seule considération nous paraît péremptoire ; mais nous devions faire connaître les motifs qui nous avaient déterminé dans ce classement.
Lèpres.
Lèpres avec hypertrophie : Lèpres avec atrophie •
Eléphantiasis des Grecs. Lèpre anesthésique de l'Inde
Elephantiasis des Arabes. um de HoIs
Mal rouge de Cayenne.
Jambe des Barbades.
Andrum de Malabar.
Pedarthrocace.
Senki du Japon. Labri-sulcium d'Irlande, ou chéi locace.
Radesyge.
Mal de Crimée.
Lèpre des Hébreux.
Mal-mort.
Lèpre de France
Jusqu'alors on a décrit isolément chaque espèce de lèpre «ans chercher a les rattacher directement entre elles par dés caractères spéciaux
1227 ' Crain,eS VaHétéS- M- Ray<3r 3 C6Pendailt CG«é ce approchèrent en décrivant les unes à côté des autres les variétés qui
ont entre elles de l'analogie et en formant ainsi plusieurs groupes Je crcs qu on peut aller plus loin et dire que la lèpre est une maladie Générale de 1 économie, plus spéciale à certains pays, à certaines contrées qn -daut res, ma,s qui peut naître sous tous les climals. Je rela-
marche lente, chromque, menaçante pour la vie, et qui est caractère ee par les principaux phénomènes d'hypertrophie ou d'atrophie des
parties malades ; et dans lesquelles on observe l'existence de tubercules plus ou moins nombreux et plus ou moins volumineux ; celle de taches ou décoloration de la peau avec insensibilité de la partie affectée, cette dernière condition se remarquant surtout dans la lèpre avec atrophie. Quant aux sécrétions, aux ulcérations et à la gangrène, elles ne se voient qu'accidentellement, et ne constituent pas un phénomène commun comme ceux que je viens de signaler.
Quoi de plus propre àjeter de la confusion que ces dénominations de lèpres par le pays où on les rencontre; elles ne laissent rien à l'esprit, elles n'apprennent rien. Certes la lèpre des Grecs, qui affecte principalement la figure, de manière à lui donner la ressemblance avec le faciès du lion, se distingue de la lèpre des Arabes qui atteint spécialement les jambes; mais ces deux sortes de lèpres ne se relient-elles pas entre elles par les variétés qui amènent l'hypertrophie de la figure, des bourses, des seins, du ventre ou des membres; de même pour les lèpres avec atrophie, qui, au lieu d'augmenter le volume des parties, ne font que le diminuer progressivement au point d'amener l'émaciation, la maigreur générale. Nous croyons donc être plus logique en groupant sous ces deux chefs toutes les lèpres, et en établissant ensuite les différences qu'elles peuvent présenter entre elles.
Un autre inconvénient de la dénomination employée par les dermatologistes, c'est celui de faire croire que telle lèpre propre à un pays ne peut se montrer que dans ce pays-là seulement. C'est là une erreur qu'il faut détruire, et puisqu'on observe assez fréquemment encore des lèpres en France, il est bien probable qu'il peut s'en rencontrer dans tout pays, sauf à réserver à certaines contrées le berceau de telle ou telle variété do lèpre.
Caractères des deux catégories de lèpres. — Hypertrophie des parties molles. — Ce phénomène est commun à toutes les lèpres de la première catégorie, mais l'augmentation de volume ne s'opère pas de la même manière dans chacune d'elles. Ainsi, dans l'éléphantiasis des Grecs, c'est par des taches brunes et par des tubercules sous-cutanés qui se montrent principalement au front, aux sourcils, que la maladie débute; c'est parla multiplicité et l'augmentation do volume de ces tubercules, qu'il s'opère une prédominance des sourcils, en même temps que les joues, le nez et les lèvres prennent aussi de l'accroissement; mais c'est surtout le volume du front et celui des sourcils qui augmentent en même temps que la forme de ces parties est conservée ainsi que les
LEPRES.
-de, ou phcauons naturelles qg, s y trouvent ; de là l'enfoncement des yeux gui conservent leur volume, et la physionomie léonine que prend la figure. La peau, d'ailleurs tout en devenant plus ferme plus consistante, conserve une grande partie de sa souplesse. Le tissu cellulaire tout en prenant de l'accroissement, ne s'engorge pas comme dans la lèpre des Arabes,
Dans celle-ci, ce sont principalement les membres abdominaux qui sont affectés Ce ne sont plus des tubercules qui amènent l'accroissement de volume des parties, mais bien l'hypertrophie de la peau et du tissu cellule sous-cutané. En effet, les descriptions qui en ont été données par les observateurs français semblent empreintes de la pensée de la préex,stence d une phlébite à l'engorgement des jambes; mais, si cela se passe ams, pour 1 eléphantiasis des Arabes, que l'on peut observer sur des sujets d ongme française, il n'en saurait être de même pour la maad,e pnse dans la localité où elle est endémique. Le même accèdent ne saura, t plus être m voqué pour la même affection qui se mon trera aux seins
7 aU Ventre' 11 CSt dGdire «ue d'aPrès observa-' S , RefY;,r 3 décrit celte malad-e, sous le nom de jamPe des Barbades, le début de l'affection peut prendre une forme aiguë- la peau deven, ervthémateuse; des chapelets de ganglions sous-cuta'nés dess mer le long de la partie interne du membre abdominal affecté, en même temps que le tissa cellulaire se prend, et qu'il se manifeste un nsemble de phénomènes généraux, comme frissons, soif, malaise, efforts de vormssements, déhre parfois et chaleur intense accompagnée de r quence du pouls, bientôt suivie de sueurs prolongées, générales ou patelles ; que ces phénomènes paraissent sous formée d'acS ! ouZ a,s z éloignes qu. peuvent varier de 3 à i 4 m an, ou se r neuve eulementaubout deseptans. A cette seconde période, les ganTon
ymphauques de lame et du jarret, devenus plus volumineux.* on u Iquer . ma.sce qd g ont
1 Ue l aS,S' Cr6St SUrt°Ut led-el°PPe-nt du tissu cellulaire e élu, de la p au. Le Ussu cellulaire distend la peau outre mesure en sentant de volume dans des points très variables, et cependant en onservant au membre des formes sphériques, dou es, moulas "
Sll T T e9" a Tlia Se'1Sati0n d6 tuberCuI-' -mmedans nt^lT CS ' ' aUlrG Part> 13 Peau. ^ns les pre-
miers temps, pouvait être lisse, se recouvre bientôt de lames épider-
miques et d'écaillés grisâtres, alors que la peau s'épaissit de plus en plus. Ces phénomènes se produisent d'une manière plus ou moins marquée dans Yandrum du Malabar ou éléphantiasis des bourses. Dans ces diverses maladies, c'est aussi sous forme d'accès qu'elle se montre, ordinairement tous les mois; il se fait une turgescence des bourses ou du pied, parties qui restent successivement de plus en plus engorgées. Dans l'affection du Japon, désignée sous le nom de senW, maladie d'ailleurs très commune, qui attaque un adulte sur dix, après des phénomènes généraux, fébricitants et nerveux, il se montre sur la surface du corps une série de tumeurs, avec un engorgement prodigieux des sourcils chez l'homme, et avec un développement plus ou moins considérable de tubercules dans les grandes lèvres chez la femme.
Dans toutes ces affections il arrive une époque où, soit que la peau reste saine, soit qu'elle ait été malade, il se manifeste des points ou des espaces plus ou moins étendus, où ce tissu perd sa sensibilité quand on vient à la toucher; circonstance qui semble établir une corrélation très directe avec la seconde variété de lèpre que nous appelons tuberculeuse ou anesthésique.
Atrophie des parties et anes t/iesïe. — Toutes les lèpres comprises dans la deuxième catégorie ont ces deux caractères communs très nettement dessinés. Toutes se manifestent à la surface du corps et en dehors des phénomènes généraux qui constituent une maladie d'ensemble, par le développement de taches ou de décoloration de la peau, en général très limitées, avec insensibilité tellement prononcée, que Von peut piquer ces taches avec une épingle sans que le malade en ail la conscience. Dans la lèpre désignée sous le nom de radesyge, elles débutent à la face et elles s'étendent ensuite à la surface du corps; c'est le contraire dans la lèpre de Crimée (lèpre taurique ou lèpre des Cosaques) ; toute la surface du corps est couverte de ces taches qui débutent aux poignets, et sur le côté radial des avant-bras, pour s'étendre ensuite de bas en haut, les mains seules exceptées. Il est vrai quelles sont accompagnées d'ulcères mous, plats, indolents; qu'elles prennent une teinte sombre et brunâtre. Ces tubercules et tumeurs augmentent légèrement d'année en année, de manière à se transformer en ulcères, qui eux-mêmes finissent par amener la chute de toutes Jes phalanges des doigts; ces ulcères existent aussi bien aux joues, au palais, a la langue qu'à la surface de, membres ; ils s'étendent à l'intérieur des
LÈPRKS. 533
fosses nasales et dans la trachée. C'est ordinairement dans une période de six ans que s'accomplissent ces faits, et la mort arrive avec les désordres concomitants qui se manifestent du côté du tube intestinal.
Dans la lèpre anesthésique de l'Inde, au contraire, ces décolorations très bien circonscrites de la peau, se montrent aux mains et aux pieds, quelquefois le long des membres, et ça et là sur le tronc, mais beaucoup plus rarement. Elles sont insensibles ; accompagnées seulement de quelques ganglions engorgés, très rarement disséminés sur le trajet des vaisseaux, aux aisselles et aux aines. Elles sont bientôt accompagnées d'un amaigrissement qui donne aux doigts un aspect eflîlé. Plus tard ces parties deviennent comme engourdies par le froid ; puis des gerçures dures et sèches se forment à la paume des mains et à la plante des pieds ; une matière squameuse et furfuracée est disposée sous les ongles, les soulève, les décolle, les ronge, les atrophie, et détermine même leur ulcération. Cet état des ongles dans les lèpres très discrètes peut même exister uni avec faiblesse d'un membre, au début de la maladie. Plus tard la peau devient plus malade, se gerce sur les avant-bras et y reste écailleuse, elle finit par se détacher en lambeaux sans tuméfaction ni douleurs, et dans cet état, les individus qui sont atteints deviennent un sujet d'horreur pour tous ceux qui les entourent. C'est par la diarrhée et la dyssenterie que périssent ces individus.
La lèpre des Hébreux (saraul), présente des phénomènes assez analogues. Moïse, dans ses lois sur le discernement de la lèpre (chap. XIII et XIV du Lévilique), indique les signes auxquels les prêtres hébreux peuvent les reconnaître. Ces signes sont : taches blanches, allant en s'accroissantà ce point que, lorsque l'individu était tout à fait décoloré, on le considérait comme atteint de lèpre pure ; tumeurs blanchâtres sur diverses parties du corps, ces taches et tumeurs entraînant la décoloration ou la chute des cheveux. Quant au mal-mort (malummortuum), observé au moyen âge, il consistait, d'après Jean de Vigo, en des ulcérations des jambes et des bras, allant en s'accroissant; et en de l'insensibilité la plus complète, au point de pouvoir les inciser sans que le malade s'en aperçût.
A ces divers caractères locaux des lèpres, il faut ajouter dans tous ces cas un ensemble morbide qui est tantôt sous forme aiguë dès le début, le plus souvent sous forme chronique, qui laisse dans l'économie une empreinte de faiblesse de plus en plus marquée, et qui finit par amener une
53/i PATHOLdGÏÈ fet>ÉCIALE.
mort plus ou moins lenle. Chose remarquable, toutes les lèj n e- qui portent une certaine atteinte à la figure exercent une inllucncc assez marquée sur la vois ; elle là rend rauque, profonde, et le type de cettê allération se fait principalement observer dans 1 eléphantiasis dus Grecs. Il faudrait détailler chaque espèce de lèpre, pour décrire leur mode d'être et suivre leur marche et leur terminaison ; nous ne saurions entrer dans ces détails que ne comporte pas notre ouvrage et que M. Rayer a reproduit avec tant de soins dans le sien.
Mais il est un fait sur lequel nous devons spécialement appeler l'attention, c'est que les deux espèces de lèpres, celle avec hypertrophié; celle avec anesthésie et atrophie, peuvent naître dans nos climats, et les cas n'en sont pas très rares ; nous avons pu en observer quelques exemples. MM. Andral, Larrey, Rayer, etc., en ont rapporté plusieurs. M. Bergeron a fait de 1 eléphantiasis du scrotum le sujet de sa thèse inaugurale. Du ixe au xvr5 siècle, on comptait en France, comme en Europe, un grand nombre d'hospices destinés aux lépreux. A une époque beaucoup plus rapprochée de nous, Vidal, Valentin et Fodéré, l'ont vue aux Martigues et à Vitrolles. Delpech cite la maladie comme étant commune dans le Roussillon ; il en est de même des plaines de l' Aragon; mais M. Rayer se pose la question de savoir où la maladie a pris primitivement naissance.
Pour moi, je suis convaincu qu'elle peut naître sans avoir été importée ou transmise par des parents à leurs enfants et petits-enfants. Voici àu surplus quelques exemples de lèpres, parmi ceux que nous avons observés, et dont le cachet ne saurait être douteux, sauf le fait suivant, qui m'a paru être un éléphantiasis partiel du cuir chevelu.
ElêphuiUiasis du cuir chevelu. — Mademoiselle ***, âgée de dix-huit ans, habitant une ferme dans le département de Seine-et-Oise (Franxeville), lieu sain, d'ailleurs sans humidité, me fut adressée par le docteur Chavaudet, le 13 avril I 8 5 0 . Il me demandait mon avis sur une maladie du cuir chevelu avec invitation d'en établir le diagnostic et le traitement.
Cette jeune fille, très grande, très forte, bien constituée, avait les apparences de la santé; seulement elle offrait, quoique colorée, les caractères du tempérament lymphatique, peau blanche, cheveux blonds, assez d'embonpoint; étant plus jeune elle avait eu des glandes au cou et des poux s'étaient montrés dans ses cheveux. Réglée à l âge de quatorze ans, la menstruation a été parfaite depuis cette époque : lesfonc- .tions digestives s'exécutent bien, rien d'anormal dans l'étatdes organes.. Il v a trois ans ses cheveux étaient longs et bien venus, lorsqu elle