‹ Traité pratique des maladies de la peau [electronic resource] (volume 2)Chapitre 42 sur 73 · LÈPRES · texte numérisé non relu

LÈPRES

épaissie, tôiflëhtfiuse, d'un rouge assez foncé; mais çà et là on voit des plaques plus saillantes, d'un rouge plus fort et comme lie de vin; le rectum à sa partie supérieure ëst uniformément rouge violacé et la muqueuse est 1res épaissie. En outre, il existe à celle partie un grand nombre d'ulcérations nettement arrondies, ayant de une à quatre lignes de diamètre, à bords découpés à pic. comme avec un emporte-pièce ; les bords sont adhérents, durs, tandis que le reste de la muqueuse est flasque; les plus larges do ces ulcérations ont environ trois quarts de ligne de profondeur; toutes se posent sur un fond dur, résistant, d'un jaune soufré, qui ne disparaît que difficilement par le grattage, et qu'un filet d'eau même assez fort ne peut enlever ; la partie inférieure du rectum redevient saine •L'encéphale n'offre rien à noter.

La peau des deux aines étant incisée, on tombe sur des ganglions engorgés, disposés en chapelet non adhérents entre eux, enveloppés d'une coque fibreuse dont on les sépare facilement Incisés alors, ils se présentent avec une consistance dure, partout la même, de couleur grisâtre et sillonnés de stries fibreuses, sans arrangement particulier dans l'aine gauche ; un de ces ganglions a environ un pouce de diamètre et plusieurs autres ont de 6 à 1 0 lignes.

Les deux bras sont détachés, et l'on pousse dans les artères brachiales une injection d'essence de térébenthine mêlée d'un peu de suif fondu, et colorée à l'aide du vermillon. La dissection des parties injectées est faite le lendemain; l'injection n'a pas été suffisamment pénétrante, surtout au bras gauche; même au bras droit, on ne la trouve dans la peau qu'en de rares arcades assez déliéeset d'uneétendue assez grande. En aucun point ces arcades ni aucun filet injecté ne pénètrent dans les tumeurs nombreuses examinées pour les rechercher ; en certains endroits, ces filets cessent brusquement et les arcades sont interrompues au point où commencent ces tubercules. On ne saurait donc rien conclure d'une manière absolue de l'absence de l'injection dans les parties malades.

Nous avions, il y a peu de temps dans nos salles, un homme du déparlement de l'Eure, qui avait une lèpre tuberculeuse avec hypertrophie affectant le front, le nez et les doigts. Nous joignons à ces faits l exemple d'une lèpre aneslhésique que nous avons aussi observée, et nous plaçons immédiatement celle d'une lèpre aneslhésique du déparlement de l'Indre.

Lèpre tuberculeuse aneslhésique. — Paparati, vingt-huit ans (négociant), constitution bonne, tempérament bilioso-nerveux, né à Metelin (Lesbos); il séjourne chaque année six semaines à peu près dans son pays, le reste de l'année il le passe à Conslantinople où le retiennent sis affaires. Son père et sa sœur jouissent d'une excellente santé: sa mère est morte à la suite d'une couche; aucun d'eux n'a été touché par

son affection, pas plus que ses aïeux et ses parents éloignés, Le lieu de sa naissance est distant de douze lieues dp quatre villages entièrement et exclusivement remplis de lépreux; jamais il n'a eu de communication avec eux. Les premières taches qu'il a offertes à la peau se sont développées il y a six ans et demi, à la partie postérieure de l'avant-bras droit, à la partie postérieure et interne du poignet gauche, et plus tard à la face. Ces taches se sont montrées sans influence de causes à lui appréciables. Toutefois, dans son pays et à Constantinople, les personnes de sa profession font abus de substances alimentaires très stimulantes et alcooliques. Les taches qui parurent les premières prirent un accroissement lent, et leur développement s'accompagna de l'éruption de nouvelles taches, mais moins grandes ; il avait môme déjà quelques tubercules, mais fort peu prononcés, quand, il y a deux ans et demi, il fut atteint d'une hémorrhagie qui fut traitée par des bains et des potions dont il ne connaît pas la nature; il ajoute qu'un autre médecin lui prescrivit un peu plus tard, contre cet écoulement qui n'avait pas complètement disparu, de l'acide arsénieux dont il ne peut préciser la dose : il en a pris pendant treize jours dans du lait. Pendant ce traitement, les taches, qui primitivement se développaient avec assez de lenteur, prirent une marche plus rapide; les légers tubercules déjà existants s'accrurent et se multiplièrent, tout resta alors dans l'état stationnaire. Mais deux mois plus tard il fit, comme traitement de la lèpre, usage d'une préparation mercurielle qu'il ne put définir, qui fut continuée pendant vingt-cinq jours, et suivie d'un accroissement des tubercules et des taches ; on cessa alors cette médication qu'on lui conseilla de reprendre plus tard , et les accidents restèrent stationnai res. Il demeura alors quatre mois sans traitement, prit de nouveau le mercure, sur l'indication d'un médecin italien, pendant quinze jours: nouveaux accidents, nouvelle suspension. Il fit alors usage de l'iodure de potassium pendant cinquante jours, il ne sait à quelle dose. Ce traitement avait été précédé de quatre purgations et de quatre saignées dans l'espace d'un mois ; l'iodure de potassium fut porté à des doses de plus en plus élevées, on y joignit l'usage de pilules mercurielles ; la maladie ne fit qu'augmenter, les forces s'amoindrirent, le traitement fut suspendu et repris après trente jours de repos ; il amena de nouveaux accidents qui déterminèrent son médecin à l'envoyer à Paris.

Jamais ce malade, depuis sa blennorrhagie, n'a éprouvé d'accidents du côté de la gorge, ni de douleurs ostéocopes.

Etat actuel. — A la face se voient des tubercules disséminés de différentes grosseurs, offrant une coloration fauve et une sensibilité presque nulle dans quelques uns, complètement nulle dans d'autres. Les plus volumineux siègent au-dessus des sourcils, à la joue droite et au menton ; ceux de la joue gauche présentent moins de volume et la peau y conserve à peu près sa coloration normale; quelques tubercules môme, dans ce point, sont tout à fait sous-cutanés, et ne peuvent (être perçus qu'au toucher. Les bras sont le siège de taches fauves, disséminées

LÉFHEri.

insensibles : lorsqu'on les attaque avec une épingle, le malade n'éprouve aucune douleur, il ressent seulement la pression qui se transmet aux parties sous-jaeentes ii la peau. Sur la face postérieure du bras droit, se voient des cicatrices, traces d'ulcérations qui ont été la suite d'applications de pommades douces d'une grande énergie, mais dont l'action n'a pas été ressentie par le sujet; l'affection de ce côté se termine audessous de l'articulation radio-carpienne, en obliquant vers le petit doigt qui aussi est atteint. A l'avanl-bras gauche, les taches sont plus rares, disséminées, et dans leurs intervalles la sensibilité se conserve à l'état normal. A la partie postérieure, inférieure, interne de l'avantbras gauche existe une tache large, fortement colorée, qui se lie à un épaississement de la peau; dans ce point elle est d'une insensibilité absolue. Les cuisses et les jambes sont parsemées de taches analogues insensibles ou moins sensibles qu'à l'état normal ; la peau, au-dessous d'un certain nombre, est indurée et tuberculeuse. Des tubercules profonds, sous-culanés, forment comme des chapelets; à la partie postérieure des jambes ils ont un volume assez considérable; la peau qui les recouvre n'a point subi d'altération de couleur; ils sont doués d'une exquise sensibilité. La pression exercée sur la partie inférieure des jambes du malade y détermine de la douleur. Les pieds et les mains se gonflent spontanément, et le gonflement disparaît de même; du reste, l'état général est satisfaisant, l'appétit est bon, les fonctions s'exécutent bien.

Lèpre tuberculeuse. — Gautier, quarante-neuf ans, mauouvrier (département de l'Indre). Son père n'a jamais eu d'affection cutanée, est mort à quarante-neuf ans ; sa mère est morte à vingt-quatre ans d'un purpura ; un frère du même lit que lui est faible, mais a la peau saine ; un autre frère et une sœur d'un second lit sont faibles aussi, mdis sains du côté de l'organe cutané; cinq enfants dont il est le père, et sa femme, jouissent d'une santé parfaite.

Pendant toute sa vie, il a fait un usage à peu près exclusif de l'alimentation végétale et des boissons aqueuses.

Atteint de variole à l'âge de quatorze ans, il était soumis déjà depuis sa plus tendre enfance à des démangeaisons perpétuelles, qui s'exaspéraient lorsqu'il se livrait à quelque exercice violent, ou 'sous 1 influence des variations atmosphériques. Ces démangeaisons et leurs exacerbations offraient leurjmaximum d'intensité pendant l'été, à l'époque des fortes chaleurs, et alors elles élaient portées si loin, qu'elles forçaient le malade à exercer des frictions sur les diverses parties du corps, mais principalement sur sa poitrine; toutefois, à cette époque, elles n'existaient ni à la tôle, ni à la face, ni aux extrémités: elles s amoindrirent même sur les autres parties pendant l'accroissement du sujet, sans pourtant disparaître complètement, en sorte qu'elles se perpétuent, quoique avec une moindre intensité, jusqu'à l'époque à laquelle commença à se dessiner d'une manière nette et tranchée l'affection qu'il porte aujourd'hui En mars 1841, apparurent au front,

au-dessus de la région sus-orbitaire, de petits tubercules plombes, de la grosseur d'une forte lentille, dont le nombre est évalué à vingt on vingt-cinq par le malade: le développement de ces tubercules, en tout analogues à ceux qu'il porte aujourd'hui sur la poitrine, fut suivi de l'apparition au front de la démangeaison qui jusque-là avait respecté cette partie. Cette première poussée resta d'abord stationnaire sous le rapport du nombre et du volume, lùi juin 1 8 4 2, une nouvelle poussée donna naissance à une série nouvelle de tubercules de môme dimension et de même coloration, disséminés dans les intervalles qui séparaient los premiers; ceux-ci prirent alors un développement plus considérable. Par trois ou quatre nouvelles éruptions successives, ils envahirent le front et les sourcils ; dans ce dernier point, ils prirent un développement rapide et devinrent promptement confluents. Il y a quinze mois environ, la maladie, toujours successivement envahissante, attaqua les autres parties de la face, d'abord les joues et les oreilles, puis le nez et le menton ; le malade fit alors une tentative pour s'en débarrasser, et s'appliqua pendant une demi-heure un masque de chaux éteinte: sous l'influence de ce moyen, dit-il, il vit complètement disparaître sa maladie : les tubercules se détachèrent en escarres brunâtres, et il eut pendant quelques jours l'espoir d'une guérison parfaite ; mais le succès fut passager, car, trois semaines après, nouvelle poussée générale de tubercules là où ils avaient été détruits, avec marche plus rapide cette fois dans leur développement; enfin, la luberculisation se propagea bientôt plus loin, gagna le cou, puis la poitrine, le dos, les épaules, les bras ; aujourd'hui elle atteint le ventre et ne parait pas devoir s'arrêter là.

Etat actuel. — L'appétit est bon, les fonctions digestives s'accomplissent régulièrement, la peau offre-une teinte légèrement jaunâtre ; le malade dit que, sans souffrir beaucoup, il a pourtant subi un amaigrissement notable; la musculation est effectivement peu développée, les tissus présentent une mollesse assez prononcée; toutes les parties du corps, sauf les pieds, les mains et le cuir chevelu, sont le siège d'une démangeaison qui est plus prononcée là où existent les tubercules. La poitrine, le dos, les épaules et les bras représentent l'affection à son premier' état de développement. C'est un semis de tubercules très rapprochés et quasi confluents sur la poitrine, plus rares et disséminés sur le dos et les autres parties; chaque tubercule offre une teinte grise comme ardoisée ou plombée, élastique et comme résistant sous la pression du doigt, il égale en volume un petit pois. Là où la maladie paraît se limiter, les tubercules sont plus rares et offrent moins de volume. A la face la maladie a grandi, et bien qu'on y retrouve la lésion élémentaire tout à fait caractérisée, les tubercules en général y ont un volume beaucoup plus considérable que sur les autres parties : on en voit au menton, au front, qui ont déjà dépassé le volume du p us gros nois- à mesure qu'ils s'accroissent, ils semblent se détacher plus nettement de la peau qui leur sert de base. Très durs au menton, bien

LEPRES.

qu'cffrant une certaine élasticité, ils sont au contraire assez dépressi.bles au front, et donnent à la pression la sensation d'un tissu fongueux à mesure qu'ils croissent en volume. Jusqu'à la teinte que nous venons d'indiquer, la teinte grise primitive qu'ils offraient d'abord se transforme en une coloration rouge plus ou moins vive. Le nez, l'extrémité droite de la lèvre supérieure, sont le siège de deux tubercules énormes, qui paraissent dus à la fusion d'un certain nombre et dont la surface lisse et polie, mais un peu brunâtre, est sillonnée de rameaux vasculaires, veineux, multiples. C'est surtout aux sourcils, que la maladie présente son plus complet développement : ils sont le siège de deux demi-arcs tuberculeux faisant une saillie d'un centimètre et demi environ et se réunissant vers la racine du nez; ils sont formés par la juxtaposition de gros tubercules devenus confluents à leur base, de manière à ne former plus qu'une tumeur aplatie de haut en bas, et couchée en travers sur les sourcils. Cette tumeur est parcourue verticalement et transversalement par des sillons profonds qui donnent à sa surface un aspect mamelonné et qui indiquent la limite primitive des tubercules actuellement réunis entre eux; les mamelons, gros rouges, foncés, bruns, et même quelques uns presque noirs, sont festonnés au-dessous de l'épidcrme aminci qui les revêt par une arborisation veineuse très riche. Cette masse offre une dureté caractéristique et comme squirrheuse.

La sensibilité paraît exagérée dans une partie des tubercules, pris surtout parmi les plus volumineux; pourtant il en est qui semblent frappés d'anesthé-sie quasi complétée là où régnent les tubercules à leur état primitif ; la sensibilité est à peu près normale et même en certains endroits diminuée.

Le malade, pendant le bref séjour qu'il a fait à l'hôpital, a été soumis à l'usage de l'iodure de potassium; mais l'efficacité du traitement n'a pu être convenablement appréciée. Il sort sur sa demande, le 3 juin \ 845.

Que dire maintenant du traitement? On sait que toutes les ressources de l'art sont impuissantes à guérir cette affection, même lorsqu'elle a pris naissance en France; énumérer par conséquent les moyens qui ont été employés, c'est tracer la série des médications les plus énergiques et les plus actives, que l'on préconise ordinairement contre les maladies de la peau, et cela fort inutilement, puisqu'elles sont connues de tout le monde. Soutenir le malade, combattre les symptômes que l'on peut atteindre, sans nuire à la santé, telle doit être la première idée du médecin. Rester cependant spectateur oisif d'une maladie aussi grave, est bien pénible : aussi faut-il tenter reflet do quelques agents puissants en raison de l'intensité de la lèpre et du tempérament et de la constitution de l'individu; mais ce qu'il y a lieu de faire surtout dans l in-

:Wt/l PATHOLOGIE SPECIALE.

térèt du malade, c'est de prescrire une hygiène bien entendue yt un régime alimentaire aussi fortifiant que possible.

Bouton d'Alep.

La maladie désignée sous ce nom sévit sur l'universalité des habitants des contrées où elle trouve les conditions de son développement ; elle n'épargne pas certains animaux domestiques, tels que le chien et le chat; sa cause serait, suivant M. Willemin, parfaitement connue et facilement évitable, toutes circonstances fort rares dans l'histoire des endémies.

M. le docteur Willemin s'est trouvé favorablement placé pour étudier et observer cette maladie dont il a tracé la description. Il a passé un mois dans la capitale de la Syrie ; il a trouvé des médecins instruits qui, par suite d'un long séjour dans le pays, ont pu lui fournir des documents nombreux et précieux ; il a vu un très grand nombre de malades : il a pu recueillir soixante observations détaillées ; il a dessiné les principales formes de la maladie ; il s'est livré à de nombreuses recherches microscopiques ; il a tenté, sur seize individus, l'inoculation du bouton; il a recueilli de l'eau du fleuve dont l'usage est, selon lui et selon plusieurs autres médecins, la cause de cette étrange affection, et c'est dans ces conditions et avec ces chances heureuses, qu'il a rédigé un mémoire, dont M. le docteur Amédée Latour a fait un eslraiUrès substantiel dans son journal l'Union médicale, auquel nous empruntons les faits qui suivent.

Le nom de bouton d'Alep est une expression vicieuse, non seulement parce que le mot bouton est un mot vague qui ne peut indiquer le véritable caractère de l'affection de la peau, mais encore parce que cette maladie se rencontre ailleurs qu'à Alep, dans tous les villages des environs baignés par le Coïq, fleuve d'Alep, à Antab, où ce fleuve prend sa source; ailleurs encore, à Orfa, Diarbekir, Mossoul, Bagdad, etc.

A Alep même, le bouton attaque sans exception tous les indigènes. C'est principalement dans la première enfance que la maladie apparaît. Il est rare qu'un enfant né à Alep, de père et mère alepins, ait atteint sa septième année sans avoir eu le boulon. Quant aux étrangers, M Willemin cite des exemples qui prouvent qu'ils peuvent rester indemnes de la maladie, malgré un séjour à Alep de treize et de quatorze ans Un médecin, M. le docteur Tomasini. est dans ce cas. D'après un

bouton d'alep. 5/,5

relevé île dix observations, la maladie s'est déclarée chez des étrangers après une durée de séjour qui a varié entre un mois et trois ans.

Mais, fait singulier qui, du reste, n'est pas sans analogue dans la science, M. Willemin cite des cas authentiques qui prouvent que la maladie peut se développer chez des étrangers, plus ou moins de temps après qu'ils ont quitté Alep. L'auteur rapporte six observations dans lesquelles on voit la maladie apparaître un mois et demi, un an, deux ans, trois ans, huit ans et jusque trente-cinq ans après le départ d'Alep.

M. Willemin a voulu rechercher quel est le tempérament qui prédispose le plus les étrangers à contracter la maladie, ou qui la rend plus grave chez les indigènes ; il croit être arrivé à ce résultat, que c'est le tempérament lymphatique.

Abordant l'examen des caractères particuliers du bouton, M. Willemin expose qu'il est difficile d'en donner une idée qui s'applique à tous les cas ; car, ainsi qu'il le fait remarquer plus loin, cette affection peut revêtir, même dans sa première manifestation, des formes très diverses, déterminées, sans doute, le plus souvent par la constitution propre du sujet, ou par la maladie dont il est atteint.

^ « Cependant on peut dire, ajoute l'auteur, qu'en général le bouton d'Alep est constitué par un ou plusieurs tubercules qui se manifestent le plus communément à la face ou aux extrémités. Le tubercule apparaît d'abord sous la forme d'un bouton de la grosseur d'un pois ou d'une fève, le plus souvent indolent et accompagné de peu de rougeur. Le développement en est lent ; il emploie plusieurs mois à doubler ou à tripler de volume et à passer au ramollissement. Quand cette nouvelle période est arrivée, il se forme, à sa surface, une croûte quelquefois humide et facile à détacher, le plus souvent sèche et fortement adhérente. Celle-ci tombe soit spontanément, soit arrachée par le malade; mais elle ne tarde pas à se reformer, pour se détacher de nouveau, et ainsi de suite, jusqu'à ce que l'inflammation, ayant diminué, une nouvelle croûte se forme et persiste jusqu'à la guérison.

» Pendant toute cette période, quand la croûte est tombée, ou, ce quUst plus commun, lorsqu'elle s'est crevassée et séparée en plusieurs fragments, on aperçoit au-dessous d'elle un fond en général lisse, uni, tantôt au niveau des téguments voisins, tantôt et généralement plus bas. Ce fond est dépourvu de bourgeons charnus, tels que nous les observons dans les plaies ou les ulcères ordinaires. Le liquide qui en

5h6 PAînOLOiilK SPÉCIALE.

suinle a rarement le caractère d'un pus bien lié; il est le plus souvent séreux ou séro-purulent, parfois très limpide, et le plus souvent inodore ; dans un ou deux cas seulement, j'ai appris qu'il exhalait une odeur fétide. Cette lymphe est très plastique ; aussi, comme je l'ai dit, la croûte ne tarde-t-elle pas à se reformer.

» Lorsque la période de cicatrisation est arrivée, à l'ulcération croûteuse succède un tissu inodulaire, de teinte d'abord rosée, qui pâlit ensuite. Quelquefois, elle doit à un dépôt abondant de pigment une coloration brunâtre ; j'en ai observé deux ou trois cas. Une fois formée, la cicatrice, dont les bords sont plus ou moins irréguliers, ont la surface est généralement au niveau des téguments, quelquefois un peu plus profonde, la cicatrice ressemble assez exactement à celle que laisse une brûlure ; elle est indélébile. Ajoutons, enfin, que la durée moyenne de la maladie est d'une année à peu près. »

Quant au siège, la maladie se développe presque exclusivement à la face et aux extrémités. Elle est aussi plus grave dans le premier cas que dans le second, et celui-ci se rencontre plus fréquemment chez les étrangers que chez les indigènes. A la face, c'est plus particulièrement le milieu de la joue et souvent les deux joues, le côté du nez, la paupière supérieure, le front, qui en sont atteints ; aux avant-bras, c'est l'extrémité inférieure, plus spécialement le poignet, et toujours à la face dorsale ; c'est également à la face externe de l'avant-bras, de même à la jambe ; au pied c'est encore le dos du membre qui est exclusivement le siège de la maladie. M. Willemin ne connaît pas un seul cas de bouton développé sur le tronc.

Quant au tissu anatomique envahi par le bouton, c'est originairement, dit M. Willemin, le tissu cellulaire sous-cutané. Après y être longtemps renfermée, l'affection s'étend au tissu même de la peau qu'elle finit par perforer et ulcérer. Sans nier que les cartilages soient quelquefois attaqués, comme le lui ont dit les habitants et les médecins du pays, M. Willemin n'a pas vu de cas semblables, pas plus que la destruction complète des paupières et de l'œil dont on lui a aussi rapporté des exemples.

« Pour le nombre des boutons, il est très variable; les gens du pays nomment le bouton mâle, quand il est unique; femelle, s'il est multiple (distinction parfaitement oiseuse) ; c'est le dernier cas qui est le plus commun. Mais il n'est pas exact de dire qu'un tubercule unique est plus grave que chacun de ceux qui forment une agglomération On a

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