‹ Traité pratique des maladies de la peau [electronic resource] (volume 2)Chapitre 43 sur 73 · BOUTON D'ALEP · texte numérisé non relu

BOUTON D'ALEP

parlé d'individus atteints de 60 boutons et plus. Durant mon séjour à Alep, il était question d'un religieux d'Anlab qui èn aurait eu à la fois 75 . Je ne l'ai pas vu. Mais j'ai pu visiter le neveu de l'évoque grec, un Chypriote âgé de dix-sept ans, qui a été attaqué de la maladie huit mois après son arrivée. La rumeur publique lui attribuait, si je ne me trompe, 40 boutons ; il en avait <l 5, présentant la plupart, il est vrai, des dimensions insolites. Une jeune dame, d'origine allemande, en a eu 24 . — On en observe le plus ordinairement 2, 3 ou 4. »

Quant à l'étendue du bouton, ou plutôt de l'ulcère qui succède au ramollissement du tubercule, elle est encore très variable. M. Willemin en a mesuré qui avaient jusqu'à 4 et 5 centimètres de diamètre. Mais il cite d'autres cas assez nombreux de jeunes filles d'Alep, qui portent simplement à la lèvre, sur la joue ou sur lavant-bras, de petites cicatrices arrondies, de la grandeur d'une pièce de 50 centimes, à peine plus pâles que les téguments voisins, dont elles atteignent presque le niveau.

A côté de la forme type dont il a donné la description, tubercule dur, rosé, indolent, auquel succède une croûte épaisse, entourée d'une auréole d'un rouge plus ou moins vif, présentant, quand elle s'est détachée, un fond lisse et uni, d une coloration variable, sorte d'ulcère dont les bords élevés, inégaux, offrent une disposition tuberculeuse caractéristique, ces tubercules variant depuis la grosseur d'une tête d'épingle jusqu'à celle d'une petite lentille, ce qui n'empêche pas les bords de l'ulcère de se relier ordinairement par une pente insensible avec le fond ; à côté, disons-nous, de ces caractères généraux et en quelque sorte palhognomoniques du bouton d'Alep, très importants pour le diagnostic, M Willemin a observé un grand nombre d'autres formes qu'il indique avec soin, car, dit-il, il n'est pas une maladie de la peau dont le bouton d'Alep ne puisse emprunter les caractères Ainsi, il l'a vu prendre une forme semblable à celle de l'impétigo, de l'eclhyma, de l'acné, de l'eczéma, de l'herpès circiné, du cancer épithélial, de quelques dermatoses syphilitiques. Mais à travers ce masque étranger emprunté à la constitution des malades ou à la diathèse, il reste toujours quelques signes qui permettent de reconnaître la nature piimitive de la maladie.

Quant à la marche de la maladie, son lent développement, sa pé node d'augment et de décroissance : la saillie du bouton s'affaisse peu a peu ; la plaque colorée qui lui succède pâlit par lj «-entre ; de sorte

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que, parfois, le milieu du cercle est déjà revenu a une teinte presque normale, quand subsiste encore la bordure de petits tubercules dont il a été question ; et ceux-ci, contigus d'abord, finissent par se séparer, par suite du retrait de quelques uns d'entre eux.

Du reste, pendant toute la durée de la maladie, la santé générale ne semble nullement altérée, ot la maladie débute sans prodromes et sans mouvement fébrile.

Quant à la durée, son nom arabe, qui veut dire bouton d'un an, exprime bien ce qui se passe dans la généralité des cas. Cependant M. Willemin a vu ou on lui a rapporté des cas où l'évolution de la maladie s'était faite tantôt dans sept ou huit mois, tantôt dans plusieurs années.

En général, le bouton d'Alep ne récidive pas. Cependant M. Willemin rapporte plusieurs cas qui prouveraient, contrairement à l'assertion des auteurs, que le bouton contracté à Orpha ou à Bagdad ne préserve pas de celui de Mossoul ou d'Alep, et réciproquement, quoique la maladie soit dans ces différents lieux identique. Néanmoins, dit M. Willemin, on ne voit pas à Alep un individu prendre deux fois le bouton, ou du moins le bouton tel qu'il vient de le décrire. Il est vrai qu'il existe dans cette même ville un second exanthème qui semble être la miniature du premier, et qu'on observe surtout chez les personnes lymphatiques, affaiblies, exanthème ayant d'ailleurs le même siège géographique, la même durée, les mêmes caractères anatomiques, mms ne constituant, en définitive pour l'auteur, qu'une seconde et moins puissante manifestation de la maladie. Cette similitude des deux exanthèmes paraît avoir échappé, jusqu'ici, à tous les observateurs. Les habitants eux-mêmes attribuent ce second exanthème à la piqûre du cloporte. M Willemin a fait de vains efforts, qu'il rapporte, pour détruire cette croyance. En présence dune famille entière, il a mis un cloporte sur son bras, et, quoique à la pression il ait senti une sorte de piqûre déterminée par le bord tranchant de la carapace de l'animal, inutile de dire qu'aucune éruption n'est survenue. C'est avec raison, du reste, que l'auteur insiste sur l'identité de ces deux exanthèmes, car il serait bien extraordinaire, en effet, ainsi qu'il le fait remarquer, que le même pays présentât deux exanthèmes spécifiques différents.

PIAN d'aMÉRIUUIÎ.

Pian d Amérique, frambœsia, yaios, micosis d'AIibert.

Le pian, ou frambœsia de Wiltan, que l'on observe principalement à Saint-Domingue, à la Guadeloupe, au Brésil, à la Jamaïque, est considéré comme identique avec une autre affection désignée sous le nom de yaws, qui existe principalement dans les Indes occidentales, et notamment dans le royaume de Guinée. Cependant il y a dans le début de ces deux affections des différences assez tranchées ; ce qui les a fait rapprocher ainsi, c'est que dans toutes deux, à une certaine période, il se montre à la peau de petites tumeurs fongueuses, rouges, granulées, ressemblant à une framboise.

La maladie n'est pas exclusive à ces climats d'une manière absolue. Raulin a décrit sous le nom de pian de Nérac une affection épidémique qui a régné dans le département de Lot-et-Garonne en 4 752, et qui a de l'analogie avec celles que l'on nomme yaws. Biett a eu dans ses salles une affection tuberculeuse du genre du pian chez une jeune fille française. J'ai traité et guéri une demoiselle du département de l'Allier, qui avait des tubercules nombreux de pians sur la figure et le cou, ce qui prouve que les maladies étrangères à nos climats peuvent aussi s'y montrer spontanément , mais accidentellement, il est vrai; c'est d'ailleurs ce que nous faisions observer à l'occasion de la lèpre. Voici quelle est la physionomie de ces deux maladies.

Dans l'une et dans l'autre, l'affection cutanée est précédée ou non de symptômes généraux : faiblesse, lassitude générale, amaigrissement, anorexie, etc.; puis dans le pian apparaît à la surface un nombre plus ou moins considérable de petites taches ou boutons rouges sur diverses parties du corps, avec fièvre, douleurs dans les membres etdans les os. Ces symptômes diminuent d'intensité, et le malade entre alors dans la seconde période de là maladie; alors l'éruption caractéristique se manifeste sous trois formes différentes : 4 0 des gros pians ou pians blancs ; 2° des petits pians; 3" des pians rouges.

Les pians blancs sont quelquefois aussi larges que la main ; leur chair est fongueuse et blafarde, il s'en écoule une humeur épaisse et sanieuse. Les petits pians sont rouges, beaucoup moins fongueux et sans sécrétion marquée. Les pians rouges constituent, à proprement parler, le frambrr.sia, par leur couleur et leur volume; ils se développent très lentement, mais ils constituent la forme la plus grave de la maladie;

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l'un d'eux, plus considérable que les autres, s'excorie, s'ulcère, prend un mauvais aspect, se guérit très difficilement, et constitue ce que l'on nomme la mère pian ou marna pian.

Ou a de plus rattaché à cette maladie diverses productions morbides consécutives, telles que les guignes , ou excroissances de chair qui se montrent à la paume des mains, au bout des doigts, à la plante des pieds ; 3° les crabes, ou excroissances blanchâtres sur les mômes parties; 3" les suouaouas, ou épaississement de la peau de la plante des pieds et de la paume des mains ; 4° enfin le mai aux os, ou douleurs ostéocopes ambulantes, avec tuméfaction des os spongieux, des exostoses, la carie, etc. On conçoit qu'avec de tels symptômes, certains auteurs aient pu considérer cette maladie comme étant de nature syphilitique : la physionomie de la maladie désignée sous le nom à'yaws est différente. Les prodromes sont à peu près les mêmes, langueur, faiblesse, douleurs dans les articulations et fièvre; apparition d'une sorte de poussière blanche, farineuse, avant l'éruption ; quelques jours après, apparition sur la peau, et notamment sur le front, de taches semblables à des piqûres de puce ou à de petites papules. Accroissement de ces phénomènes pendant huit à dix jours, après lesquels se forment des croûtes qui cachent un pus sanieux et mal élaboré ; ces sortes de pustules croissent en nombre ainsi qu'en largeur, et prennent la dimension de 1 à 2 centimètres; si on les enlève, on aperçoit un ulcère de mauvais aspect. Ce n'est qu'après un, deux ou trois mois, et quelquefois plus lard, que se montre l'état fongoïde; encore est-il souvent précédé de plusieurs éruptions à ulcère croûteux du genre de ceux que nous venons de décrire ; encore ces tubercules fongueux sont-ils presque tous ulcérés Ils occupent principalement la face, les aines, les aisselles, la marge de l'anus et les grandes lèvres de préférence. Comme dans le pian, il existerait toujours une pustule plus large qui constituerait la mère pian, ou répondrait à ce que l'on désigne sous ce nom dans le pian d'Amérique. Enfin ces malades sont sujets aussi à des douleurs nocturnes, à des gonflements dans les os et à des ulcérations dans le pharynx.

On voit par cette description succincte, qu'il existe beaucoup d'analogie entre l'yaws et le pian d'Amérique, la forme seule diffère; aussi pourrait-on dire avec quelque raison qu'il existe deux espèces de pians, le pion non ulcéreux, ou frambœsia, piand'A mériquc, et le pian ulcéreux, dit yaws.

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