SCROFULES DE LÀ PEAU
tunies qui ne pouvait être que scrofuleux, s'il n'était pus syphilitique ; et il n'était pas scrofuleux, car la constitution et le tempérament de l'enfant étaient essentiellement nerveux. C'était donc là un principe syphilitique héréditaire qui s'était dessiné sous une autre forme , celle du rupia, à cause de la misère de l'enfant, et qui ne s'était pas montré à l'état de scrofule syphilitique, parce que le tempérament ne prêtait pas à cette forme morbide. Cet enfant était né de père et de mère inconnus ; il avait été élevé aux Enfants-Trouvés. On conçoit dès lors, par cet exemple, que si un enfant hérite de la syphilis de ses parents, et que cet enfant ait une prédominance lymphatique dans sa constitution, la syphilide puisse se déclarer à un âge donné sous la forme de scrofules cutanés qui diffèrent de l'affection scrofuleuse elle-même.
L'eczéma., l'eczéma impétigineux et l'impétigo, peuvent constituer à bon droit des scrofules de la peau. Ainsi les deux premières maladies ont leur siège aux oreilles et au cuir chevelu dans la généralité des cas de ce genre : or ce n'est en général qu'à un âge avancé que l'eczéma siège sur ces parties. Ils entraînent un épaississement et un empâtement considérable de la peau ; ils donnent lieu à une sécrétion abondante ; la durée de ces maladies est fort longue, et elles ne peuvent être guéries qu'en modifiant complètement le tempérament et la constitution. Quant à l'impétigo scrofuleux, c'est surtout à la figure, au cou et sur le devant de la poitrine qu'il se montre.
Mais ces dernières formes morbides ne sont pour ainsi dire que des maladies de peau ordinaires , se reliant plus directement au tempérament de l'enfant. Il n'en est pas de même des précédentes, qui me paraissent devoir réclamer un traitement tout spécial. Ce traitement a pour but d'atteindre, et la syphilis, et la scrofule à la fois. Nous prescrivons aux enfants qui en sont atteints, d'une part l'huile de foie de morue associée au vin de gentiane, d'une autre part un sjrop dans lequel entrent pour 500 grammes, 2 grammes dïodure de fer, 6 à 8 grammes d'iodnre de potassium et 1 décigramme de bichlorure de mer-
cure. L'huile de foie de morue n'est d'ailleurs portée qu'à la dose de trois à quatre cuillerées au plus par jour. Le sirop est donné d'abord par dose d'une demi-cuillerée matin et soir, et plus tard à celle d'une cuillerée à bouche : je varie la dose suivant l'âge ; j'ajoute à ce traitement la tisane de noyer ou celle de houblon.
Les idées que nous venons d'émettre ne semblent-elles pas expliquer les succès que l'on a obtenus de l'usage des mercuriaux dans le traitement de la scrofule? Pour moi toutes les fois que celle-ci est arrivée à produire des gonflements, des caries ou des nécroses des os, je n'hésite pas à prescrire ces préparations. Dans quelques circonstances j'associe même la solution de Fowler aux substances que je viens d'indiquer et j'en fais ajouter 2 grammes par livre de sirop composé. C'est surtout dans les cas de maladies des os que je fais cette addition. Les malades supportent d'ailleurs très bien cette médication si complexe. Je puis affirmer que plus j'entre dans cette voie, plus mes convictions deviennent fortes et ma confiance entière. Les Anglais nous ont d'ailleurs devancé dans cette voie. Chose importante à signaler, c'est que bon nombre dé ces malades peuvent suivre ce traitement sans entrer à l'hôpital , en leur procurant les médicaments et tout en se livrant d'une manière modérée, soit à leur éducation, soit à leur état.
Nous comprenons dans ce groupe les maladies qui affectent spécialement le cuir chevelu : telles que la teigne, Y herpès tonsurant , le porrigo decaluans , la canitie, Y alopécie et la plique. Toutefois, afin de présenter un tableau plus complet, nous y avons joint quelques maladies de l'enfance qui se rattachent à des affections déjà décrites , mais qui compléteront le tableau que nous nous sommes proposé de tracer. — En fait d'alopécie, nous appelons l'attention sur toutes les maladies qui peuvent amener la chute des cheveux. — Il n'y a pas d'analogie très directe entre ces diverses maladies par rapport à leurs formes pathologiques; mais, en présence d'affections si variées, le praticien trouvera, nous le pensons , un avantage marqué à voir rapprochées des maladies qui ont le même siège et qui réclament cependant un traitement différent. De là la nécessité d'un diagnostic précis, afin de ne pas être conduit à commettre des erreurs préjudiciables à la santé. D'ailleurs les affections propres à l'enfant en bas âge exigent dans leur thérapeutique une direction toute spéciale, que nous croyons devoir tracer dans ce chapitre.
Affections cutanées chez l'enfant a la mamelle.
Quelques semaines après la naissance, et le plus souvent du deuxième au troisième mois, les enfants de forte complexion , et surtout ceux chez lesquels la graisse domine , sont pris de trois formes très distinctes de maladies cutanées : l'une est Y acné sébacée; la seconde, Y eczéma impetiginodes chronique; la troisième, Y eczéma muqueux ou acor mucifluus.
L'acné sébacée, ainsi que Y eczéma impetiginodes chronique, constitue ce que l'on désigne communément sous le nom de croûtes et crasses de lait; il y a une différence très notable entre ces deux maladies que je vais chercher à peindre.
L'acné sébacée est une sorte de crasse qui adhère fortement au cuir chevelu des entants et que l'on voit naître presque aussi souvent encore chez les enfants maigres que chez les enfants gras. Elle se manifeste, ou au sommet ou en avant de la tête ; se limite quelquefois à une très petite étendue, et dans d'autres cas gagne de plus en plus en surface pour recouvrir presque toute la peau de la tête. Dans quelques cas même, elle gagne le front, la face, et donne alors à la figure de l'enfant l'aspect hideux d'un masque de crasse grisâtre.
L'eczema impetiginodes chronique, qui se montre à la même époque de la vie de l'enfant, constitue la croûte de lait. Il consiste dans la sécrétion d'une humeur visqueuse et à moitié purulente , qui se concrète aussitôt qu'elle est sécrétée et forme une croûte épaisse d'un blanc jaunâtre, adbérente à la peau et aux cheveux. Limitée d'ailleurs à un point plus ou moins étendu, ou, au contraire, envahissant toute la surface du cuir chevelu, il s'en détache de temps en temps des portions de croûte, sans que pour cela les parties les plus profondes cessent d'adhérer à la peau.
Le cachet de ces deux affections, c'est leur marche chroni que. Et lorsqu'elles prennent de l'extension , c'est qu'alors elles sortent des conditions communes pour affecter l'état aigu et envahir une grande partie de la surface du corps.
Il n'en est pas de même de l'eczéma muqueux des enfants [acor mucifluus); ici le développement de la maladie est brusque. La surface de la tête est envahie en peu de temps; on voit s'opérer au cuir chevelu un état inflammatoire plus ou moins marqué, avec un excès de sensibilité de la peau, démangeaisons intenses, qui déterminent les enfants à se gratter et à s'excorier de plus en plus ; suintement plus ou moins abondant, visqueux, niant , tachant et empesant fortement le linge. Cette sécrétion est quelquefois considérable; elle peut même par son abondance porter atteinte à la santé de l'enfant. Ce sont surtout les démangeaisons qui l'excitent, le privent de sommeil, puis d'appétit, et déterminent un amaigrissement plus ou moins grand.
AFFECTIONS CUTANÉES CHEZ l'eNFANT A LA MAMELLE. 591
Aussi l'allaitement ne se fait-il que d'une manière [ncomplète.
Voilà donc trois formes de maladies très nettes, très tranchées, se montrant toutes trois dans les mêmes points, se développant au même âge et réclamant des soins différents. Une seule, la dernière , peut offrir quelque gravité par les atteintes qu'elle porte, dans certains cas, à la santé.
La thérapeutique de ces trois affections n'est pas la même. Les deux premières veulent être en général respectées ; la dernière exige des soins, mais des soins parfaitement dirigés.
Les mères, coquettes de leurs enfants, s'attachent toujours à enlever avec heaucoup d'empressement les plaques de crasse qui constituent l'acné sébacée. Quand tous les matins on se borne à brosser la tête avec une brosse de chiendent, cela n'a pas d'inconvénient ; mais quand la plaque existe depuis longtemps et qu'on vient à l'enlever brusquement, alors on peut apporter quelque trouble dans la santé de l'enfant. Des soins bien entendus consistent donc à se borner à l'usage de la brosse de chiendent, et si dans quelques cas la couche de sécrétion morbide prend trop d'étendue , il faut alors agir partiellement sur elle, en étendant çà et là, chaque soir, un peu d'huile de lis, et détachant le lendemain les sécrétions morbides que l'huile a rendues moins consistantes. Il ne faut jamais employer de pommades résolutives. Plus la maladie a d'étendue, plus il faut savoir la respecter. On doit attendre que l'enfant ait pris de la force et de l'accroissement avant de chercher à obtenir la guérison de cette affection, qui, du reste, ne présente aucune gravité. Son aspect seul est désagréable pour les parents.
Ces mêmes préceptes sont applicables à la croûte de lait. Toutefois il ne faut pas aller au delà de la prudence, et c'est une exagération que de suivre scrupuleusement le précepte de quelques médecins, qui prétendent que dans aucun cas on ne doit y toucher. S'il est vrai que cette sorte de sécrétion est dans beaucoup de circonstances un bienfait de la nature qui semble porter au dehors un principe morbide, il y a des inconvénients à trop respecter ces émonctoires naturels. Ce sont les cas, par
59l.> PATHOLOlilE SPÉCULE.
exemple, où la croûte de lait reste stationnaire après avoir pris une grande étendue. Ainsi , tant qu'il y a accroissement de la maladie et sécrétion soutenue, il faut respecter d'autant plus cette sorte d'émonctoire, qu'en général il donne peu de sécrétion morbide, et que par cela même il n'altère pas la santé de l'enfant.
ïl n'en est pas de même lorsque la maladie est arrivée à sa période de stase, d'inertie, c'est-à-dire à cet état stationnaire en vertu duquel la croûte de lait ne fait plus de progrès, ni en bien, ni en mal. Cet état bien constaté, on peut agir, mais avec beaucoup de réserve. Que le médecin sache bien qu'il guérira toujours cette affection avec la plus grande facilité. Qu'il sache de plus que, dans certains cas, et j'en ai vu plusieurs exemples, un cataplasme de farine de graine de lin appliqué sur les parties malades détermine la chute des croûtes, met le corps muqueux de la peau à nu ; sa dessiccation s'opère alors ; elle supprime toute sécrétion morbide, et cause une sorte de répercussion, en vertu de laquelle se développent des symptômes cérébraux très violents et très compromettants pour la vie de l'enfant.
Quelle est donc la marche à suivre en présence de résultats si graves obtenus sous l'influence d'un moyen en apparence inoffensif? J'ai donné des soins à un enfant de deux ans, très fort, très bien constitué, appartenant à une famille anglaise dans une grande aisance, et chez lequel un œdème général est survenu brusquement, parce qu'un de nos honorables confrères, cédant aux vives sollicitations delà mère, a proposé l'usage, chaque soir, de cataplasmes de farine de graine de lin sur toute la surface de la tête ; dès le second ou le troisième jour, il y eut suppression totale de maladie cutanée et augmentation du volume du tissu cellulaire sous-cutané général à un tel degré, que l'enfant ne pouvait plus respirer.
En opposition avec ce fait, je me rappelle qu'il y a trois ans un conducteur de malle-poste vint me consulter pour sa fille âgée de sept ans, et chez laquelle on avait tellement respecté la
cl,oûtedelait,quecetteenfantpré^entaitaucôtégauchedulront au voisinage de la tempe, une plaque jaunâtre de 5 centimètres ded.amètre. Celte plaque, qui tombait à de très longs intervalles, se reformaittrès lentement : elle avait fait une empreinte profonde sur la peau en la déprimant, elle s'était opposée à la croissance des cheveux; elle se fût ainsi perpétuée des années, et eût laissé en définitive une cicatrice indélébile qui eût défiguré cette jeune personne. Il a suffi de quelques cataplasmes et de l'emploi, pendant quelques jours, d'une pommade légèrement résolutive, pour amener la guérison complète de ce que j'appelai alors une infirmité. Les croûtes de lait à forme chronique s'opposent, en effet, à la croissance des cheveux ; aussi les enfants chez lesquels elles se développent n'ont-iis que quelques cheveux rares et maigres.
Lorsque le médecin juge convenable d'opérer la guérison des croûtes de lait , il faut qu'il les attaque par portions de petite étendue : c'est là une condition importante à observer pour éviter tout développement d'accidents du côté des organes internes de l'économie. A cet effet, il fera étendre tous les soirs un peu de crème ou un peu de beurre sur un point malade jusqu a guérison de ce point. 11 en attaquera un second, puis un troisième et successivement toute la surface malade dans un temps donné très long. Il est rare que l'on soit obligé d'arriver a des résolutifs; cependant, s'il y a lieu d'employer quelques pommades , il faut s'adresser de préférence à la pommade au tannin dans la proportion de 5 décigrammes à 1 gramme de tannin pour 30 grammes d'axonge. On peut y ajouter, dans certains cas, quelques centigrammes de camphre
Ces moyens simples suffiront dans la plupart des cas, sauf ceux de date fort ancienne et où l'âge assez avancé de l'enfant Permet d avoir recours à tous les agents que nous avons proposes pour le traitement de l'eczéma impétiginodes chronique, traitement tant externe qu'interne.
Ueczéma muqueux réclame d'autres médications. Comme dans les deux affections précédentes, il faul d'abord laisser le suinte-
ment s'opérer seul ; ne rien employer pour l'arrêter; se borner à des soins de propreté qui consisteront dans des lavages matin et soir avec une éponge imbibée d'eau de sureau ; cbangement fréquent des linges ; éviter les grattages des enfants autant que possible. Quand ces grattages sont trop répétés, enduire la tête d'un peu de crème fraîche. Le suintement devient- il par trop abondant, au point de fatiguer l'enfant , de diminuer les besoins de l'allaitement, on tarit la sécrétion à l'aide d'un peu de poudre d'amidon appliquée sur des portions limitées du mal ; mais on ne l'applique pas soir et matin : on supprimerait l'éruption trop brusquement. On arrive peu à peu et après plusieurs mois d'écoulement, à des lotions résolutives ayant pour base l'eau de sureau, que l'on active un peu plus tard par l'addition de quelques gouttes d'extrait de Saturne ; en même temps on établit un exutoire au bras. Ce traitement simple suffit pour la guérison de Yacor mucifluus.
Comme on le voit, nous avons été sobre de moyens ; c'est que nous considérons comme dangereux la plupart d'entre eux ; c'est que, dans cet article, il convenait de porter dans l'esprit des médecins une grande réserve dans la thérapeutique des maladies des enfants à'ia mamelle. Ce n'est guère que vers la deuxième ou la troisième année qué l'on peut se permettre d'opérer la guérison des maladies qui n'ont pas cédé sous le bénéfice seul de la nature.
En recommandant l'inaction intelligente du médecin pour les trois principales affections du cuir chevelu qui peuvent survenir durant la période de l'allaitement de l'enfant, j'ai cédé à l'impression pénible que m'ont fait naître les nombreux exemples d'accidents que j'ai été à même d'observer par suite d'une pratique opposée. — Actuellement nous allons considérer l'enfant comme ayant déjà acquis plus de vitalité, plus d'énergie avec l'âge ; nous le supposons ayant dépassé deux à trois ans et portant cependant encore les traces de l'une des trois affections que nous avons citées.
De deux choses l'une, ou la maladie est restée à la tête, et
alors elle a successivement envahi tout le cuir chevelu; ou elle s'est montrée sur diverses parties du corps clans une étendue plus ou moins considérable. Les deux cas sont possibles et de longue durée ; je vais en citer des exemples. J'ai donné mes soins à une demoiselle de seize ans qui habite le département de l'Allier. Ses parents avaient jusqu'alors négligé la maladie dont il s'agit d'après l'avis de leur médecin , qui déclarait que la menstruation ferait disparaître cette affection. La menstruation s'est parfaitement établie, et lorsque vers le commencement de l'un des étés précédents on confia cette jeune personne à mes soins, en la faisant résider à Paris, afin que je pusse la suivre, à part les oreilles et les mamelons qui s'étaient affectés, le reste de la peau du corps était sain. Cette enfant fut guérie en trois mois. Je l'envoyai à Baréges pour y compléter sa guérison, mais la rigueur de la saison suivante a fait en partie reparaître la maladie, qui d'ailleurs s'exaspérait tous les hivers. Ainsi, pendant seize ans , Y eczéma impétigineux a été borné au cuir chevelu, quoiqu'il se soit manifesté très peu de temps après la naissance.
En regard de cette limitation du mal, malgré sa durée, je puis citer bon nombre d'exemples où, au contraire, toutes les parties du corps ont été plus ou moins affectées; je citerai, en particulier, deux jeunes personnes des colonies, auxquelles j'ai donné des soins, soit dans des couvents à Paris, soit chez leurs parents. L'une d'elles est arrivée à l'âge de dix-huit ans. Je l'ai soignée trois années de suite chaque hiver, mais à chacune d'elles l'affection avait une intensité moindre, et depuis quatre ans les hivers se sont passés sans que l'affection ait reparu et sans qu'aucun traitement ait été fait. Chez l'une de ces demoiselles la menstruation s'est établie pendant le traitement, elle n'a apporté aucun changement dans la maladie ; il y a plus, celle-ci subis sait alors une légère recrudescence à l'approche des règles
Dans tous ces cas, Veczemu impetiginodes se lie toujours â la constitution molle et au tempérament lymphatique , dont on retrouve la prédominance dans la bouffissure de la face, l'état
596 PATIIOLOGIE SPÉCIALE.
chassieux des yeux, l'abondance de la graisse , les formes arrondies des membres, la lenteur dans les actes des enfants, leur peu d'impressionnabilité et leur intelligence peu avancée.
Il ressort toutefois de ces faits une induction fort importante pour la pratique médicale, à savoir : que la nature ne fait absolument rien pour la guérison de cette maladie, et que le médcein qui entretient une famille dans la pensée que tôt ou tard les transitions naturelles d'âge par lesquelles devra passer l'enfant opéreront des changements salutaires, ce médecin, dis-je, est blâmable. J'insiste sur cette circonstance, à cause des exemples si nombreux de réserve médicale, dont j'ai été témoin, même de la part des hommes les plus distingués et que leur spécialité dans le traitement des maladies de l'enfance devait éloigner de ce que j'appellerai une erreur déplorable.
Mais on va même plus loin , et lorsque la menstruation est arrivée sans résultats, le médecin dit aux parents : Attendez encore, un mariage, une grossesse feront disparaître ces accidents. Conseils pernicieux, non seulement pour la jeune fille, mais encore pour toute la famille qu'elle est appelée à procréer ; car les enfants présenteront bientôt comme la mère une maladie dont ils auront hérité. C'est ainsi qu'on propage de descendants en descendants les affections cutanées. C'est ainsi que l'on crée les maladies héréditaires et qu'un médecin devient la cause de la perpétuation clans toute une famille d'un mal si difficile à détruire.
Ceci posé, cherchons à dépeindre l'état de l'affection, et établissons les phases de son traitement général et local. La maladie cutanée se montre, ou sous forme de croûtes d'un aspect blanchâtre, filamenteuses, plus ou moins brillantes, et se rapprochant assez de l'amiante ; de là le nom de teigne amiantacée, qui lui a été donné par Alibert; ou sous celle de croûtes d'un jaune plus foncé, cassantes , se réduisant facilement en poussière, et se détachant quelquefois par petites pelotes ou globules, qui adhèrent aux cbeveux, et qui ont beaucoup d'analogie avec la variété do teigne que je désigne sous le nom d<> teigne gra-
nulée. En cet état de granulations adhérentes aux cheveux, on nomme encore cette maladie impétigo granulé chronique.
Dans ces deux variétés, les cheveux sont plus ou moins accolés les uns aux autres et appliqués le long du cuir chevelu, de manière à ne pouvoir les en séparer qu'avec peine. Le plus souvent, ils tombent sous l'influence d'une légère traction. Us sont rares , parce que les parents les ont détachés en brossant la téte ; ils ne poussent pas sensiblement. Recouverts de la production amiantacée de la première espèce, ils ressemblent alors à des filaments d'amiante accolés les uns aux autres , avec la couleur blanche qui lui est propre. Dans la seconde variété, ils conservent plus ou moins leur couleur naturelle, à part des points où adhèrent les productions morbides.
Vient-on à faire tomber dans les deux espèces, les deux variétés de croûtes, on trouve le cuir chevelu épaissi , plus ou moins rugueux, dénudé, rouge, et suintant au moindre frottement ; saignant même quelquefois. Ajoutez à cet ensemble des démangeaisons dont l'intensité est variable, une sécrétion par les grattages, enfin un accroissement du mal en certaines saisons , toujours les mêmes , sous l'influence d'un état aigu accidentel.
Le diagnostic de l'une de ces affections, celle qui est avec granulations, présente parfois des difficultés pour la distinguer de la teigne granulée. Bon nombre de médecins croient avoir guéri des teignes, qui n'ont réellement traité que des eczémas impétiginodes chroniques, et cela est si vrai, qu'assistant il y a quelques années à une séance mensuelle de l'une des sociétés de médecine les plus distinguées de Paris, chacun sourit d'incrédulité , lorsque je parlai des difficultés que l'on éprouvait à guérir la teigne proprement dite. C'était à qui prendrait la parole pour diriger le sarcasme contre mon assertion. La discussion alla jusqu'à ce point qu'au moment de sa clôture, je suppliai la société de vouloir bien consentir à ce que cette discussion ne fût pas publiée dans les procès-verbaux de ses séances, pour l'honneur de la société. Je raconte cette circonstance,
598 l'AÏQOLOGlE SPÉCIALE.
qui m'a vivement impressionné, pour arriver à établir que, flans certains cas , le secours du microscope devient indispensable au diagnostic, qui est d'une importance extrême. La teigne est contagieuse ; l'eczéma impétiginodes chronique l'est fort rarement. Les moyens propres à guérir la teigne ne réussissent presque jamais à détruire l'affection qui nous occupe. Enlin , en déclarant une jeune personne atteinte de la teigne, c'est dire qu'elle sera, dans la plupart des cas, privée de cheveux à toujours, c'est, porter sur sa personne un stigmate de réprobation, et mettre le désespoir dans une famille.
Le traitement à employer contre ces deux formes de maladies est presque le même pour toutes les deux , à de légères différences près. Il est général et local : général, en ce sens qu'il faut s'attacher d'abord à modifier la constitution scrofuleus e, en prescrivant une médication appropriée (voy. Médication ax-
TISCROFULEUSE) .
Quant au traitement local , en voici les bases : 1° Faire tomber, à l'aide de cataplasmes de farine de graine de lin, toutes les croûtes de la tête, ou bien imprégner ces croules de saindoux en abondance et plusieurs fois dans les vingt-quatre heures; 2° couper les cheveux tout à fait ras et ne pas les faire raser. Mettre ainsi le cuir chevelu parfaitement à nu ; répéter cette section des cheveux tous les douze ou quinze jours ; 3° si le cuir chevelu est épaissi, notablement enflammé, continuer toutes les nuits des cataplasmes très minces de fécule de pommes de terre ou de farine de riz , afin que ces cataplasmes ne tassent pas un poids trop considérable sur la tête ; k° plus tard, commencer l'usage le matin et l'après-midi d'une pommade légèrement astringente et composée de :
Axooge 30 grammes.
Tannin 1 gramme.
Augmenter peu à peu la dose de tannin de manière à arriver à 3 ou 4 grammes : y ajouter même un peu de camphre, 25 centigrammes; 5" tous les trois jours nettoyer la tète, d'abord avec
une eau contenant 10 grammes de carbonate de soude pour 500 grammes d'eau. Puis, avec de l'eau à laquelle on ajoute un quarantième de son poids de chlorure de soude.
6° Remplacer plus tard la pommade au tannin par de la pommade de goudron au 40e de son poids ; 7° à cette période, commencer à toucher les parties malades , soit avec de l'huile de cade, soit avec une solution de nitrate d'argent au 10e de son poids; 8° arriver enfin à une pommade qui contienne 25 centigrammes de carbonate de cuivre pour 30 grammes d'axonge.
9n Joindre , en hiver , à ce traitement local l'usage des bains de vapeur en étuve qui sont d'un secours très puissant dans ces sortes de cas ; ou, à défaut de ces bains, ceux de Baréges artificiels, à faible dose.
Telle est l'énumération des principaux agents dont je me sers pour obtenir la guérison de cette maladie de date ancienne. Inutile de faire observer que tout le talent du médecin consiste dans le choix et l'opportunité du remède en raison de l'état du mal. En thérapeutique, il ne suffit pas d'avoir des agents, il faut savoir les employer en temps utile.
J'ajouterai que la saison la plus favorable à la guérison de cette maladie c'est l'hiver; que l'on n'obtient que très rarement une guérison à l'abri de toute récidive lors du premier traitement ; que la maladie revient une première fois, une deuxième fois pendant la saison où elle s'est toujours montrée avec plus d'intensité. Mais que chaque fois elle est beaucoup moins étendue, beaucoup moins intense et surtout d'une guérison plus facile. J'affirme enfin que l'on peut, avec quelque persévérance, obtenir une guérison radicale, et que les cheveux repoussent avec une nouvelle vigueur, de manière à faire disparaître toute trace de maladie et à ne pas laisser supposer qu'elle ait jamais existé. Inutile d'ajouter qu'en présence d'une affection qui reflète d'une manière si évidente un tempérament lymphatique, il faut joindre à ce traitement externe une médication interne antilymphatique.