ANATOMIE DE LA PEAU COMPARÉE A LA PATHOLOGIE
Leeuwenhoek avait porté le nombre des vaisseaux sudoripares jusqu'à 14,400 pour une ligne carrée. Verheyen et Sténon décrivirent des glandes sudoripares; Bidloo les fit dessiner (Anatomie du corps fumain, etc., Utrecht, 1750, in-folio, tab. 4, fig. 6). Il les considérait comme concourant à former des papilles. Monro, Fontana Prochaska, Cruikshank, Albinus, Meckel, Mojon, décrivirent des tractus flexueux et spiroïdes qui se détachent de la face interne de l'épiderme, mais ils nièrent qu'ils fussent canaliculés. Henri Eichorn, de Gœttingue, chercha à démontrer pourquoi tant d'auteurs en avaient nié l'existence.
' Enfiu Breschet et Roussel de Vauzème, reprenant l'étude complète et microscopique de la peau tant chez l'homme que chez les cétacés, donnèrent une description qui satisfaisait plus complètement aux fonctions de ce tissu, mais qui nous parut encore bien incomplète en regard des formes variées que présentent les maladies cutanées. A leurs yeux, la peau est composée d'une trame solide c'estle derme, recouvert d epiderme engendré lui-même par un appareil dit blennogène, qui se compose de glandes sous-dermiques et d'un canal qui va verser à la surface du derme une matière solidifiable. La sueur serait sécrétée par des glandes d'une autre espèce placées dans l'épaisseur du derme, ayant aussi leurs canaux exhalants et constituant l'appareil diapnogène. Les liquides seraient absorbes par des vaisseaux d'inhalation qui se perdraient dans l'épaisseur du derme. La matière huileuse de la peau serait fournie par es follicules sébacés, ainsi qu'on l'admet depuis longtemps ; et enfin la matière colorante serait produite par un appareil dit chromatogene forme d'un tissu parenchymateux et glanduleux avec des vaisseaux exhalants très courts.
Certes, rien de plus satisfaisant au point de vue physiologique que cette description. Elle répond à tout, elle rend compte de l'accomplissement de toutes les fonctions. Malheureusement elle ne satisfait pas a la pathologie cutanée, puisqu'elle place très profondément des |ganes qui donnent lieu à des maladies très superficielles; et, pour " '" Clter (lu'un exemple, elle met les organes sécréteurs de'l epifnne au-dessous du derme, alors que les variétés de pityriasis dan:, lesquelles l'épidërme est le principal produit de sécrétion, sont
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les maladies les plus superficielles de la peau. Au surplus, les anatomistes plus modernes eu ont fait justice. Malheureusement s'ils ont détruit un échafaudage qu'ils regardent comme imaginaire, ils ont mis à la place quelque chose de moins satisfaisant encore, ainsi qu'on va le voir.
Il n'y a réellement, suivant eux, dans la peau, que deux couches, le derme et l'épiderme. Le derme contient dans son épaisseur les follicules, les glandes, les vaisseaux et les nerfs, et à sa surface les papilles. L'épiderme est composé par une substance homogène. Le derme est un tissu aréolaire à mailles plus ou moins larges, suivant les diverses parties du corps ; les aréoles sont remplies par un tissu cellulaire adipeux, et traversées par les vaisseaux et les nerfs de la peau. Les papilles, que l'on a mal à propos décrites comme des appendices distincts du derme, appartiennent à sa face superficielle. Ce sont de très petites saillies ou éminences conoïdes parfaitement visibles à la langue ; disposées en doubles lignes très distinctes à la peau des mains, à la plante des pieds et surtout à la pulpe des doigts ; elles sont si ténues sur la généralité de la surface de la peau, qu'elles y ont plutôt été admises par analogie que de visu.
Là où elles sont très distinctes, elles constituent des saillies du derme, pénétrées par beaucoup de filets nerveux et de rarauscules vasculaires à tissu presque érectile. L'œil, armé du microscope, reconnaît d'ailleurs dans le derme une fibre cellulaire proprement dite, une fibre de noyau, et une troisième espèce de fibre qui appartient au tissu fibreux élastique. Ces diverses fibres entrent aussi dans la composition des papilles, car au point où celles-ci se détachent du derme, on voit les fibres de ce dernier tissu se diriger en masse dans le plan horizontal et se relever dans le plan perpendiculaire pour constituer les cônes papillaires.
On trouve d'ailleurs dans le derme les follicules sébacés ; ils y existent dans toute l'étendue de la peau, excepté à la paume des mains et à la plante des pieds. Ils abondent surtout là où il y a des poils, aux environs des orifices, dans les plis de l'aine et de l'aisselle.' Leurs orifices viennent se montrer très distinctement à la surface de la peau. De la grosseur d'un grain de millet et souvent beaucoup plus petits (de 1/2 millimètre à 1 millimètre), ils ont la
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l'orme d'une petite ampoule ; ils sont en général simples et discrets, excepté au nez, où ils sont très rapprochés; quelques-uns sont très agglomérés.
Partout où il y a des poils, les conduits des follicules sébacés s'ouvrent dans la gaine du poil lui-même, et chaque poil reçoit souvent dans sa gaîne le produit de plusieurs follicules sébacés qui l'entourent avec symétrie.
Les anatomistes modernes admettent encore l'appareil sudoripare découvert par Breschet et Roussel de Vauzème, appareil glanduleux formé par un enroulement vasculaire dont le canal excréteur vient s'ouvrir en traversant les papilles du derme et l'épiderme jusqu'à la surface de la peau. Ces appareils glanduleux existent partout, aussi bien à la paume dés mains qu'à la plante des pieds, et tel est leur nombre, qu'Eichorn compte cinquante ouvertures de canaux sur une surface d'une ligne carrée, ou douze ouvertures sur 1 millimètre carré.
On nie l'existence de l'appareil blennogène ou sécréteur de l'épiderme, ainsi que celle de l'appareil chromatogène.
Suivant les anatomistes modernes, l'épiderme est un produit exhalé à l'état liquide par les capillaires sanguins à la surface du derme. Cette exhalation n'est pas amorphe, elle est formée par une multitude de vésicules ou cellules accolées les unes aux autres, et d'autant plus déformées qu'on les observe plus près de la surface extérieure de la peau, où elles donnent lieu à l'épiderme solide, consistant, espacé d'épithélhim pavimenûeux stratifié. Chaque cellule contient un noyau qui s'efface de plus en plus au fur et à mesure que les vésicules se rapprochent de la surface libre de l'épiderme, en même temps que les parois des cellules s'accolent, se déforment pour devenir lamelleuses et presque rhomboïdales, de rondes ou de polygonales qu'elles étaient. L'analyse démontre qu'elles sont composées par une substance cornée analogue à la composition des poils, de la laine et des plumes.
C'est à la portion encore molle de la partie profonde de l'épiderme que Malpighi a aoflïié le nom de corps muqueux. Celui-ci n'existerait donc pas réellement comme tissu, puisqu'il ne serait formé que du produit d'exhalation des vaisseaux capillaires san-
guins chargés d'exhaler la matière albumineuse qui doit former plus tard l'épiderrae solide.
Quant à la matière colorante, ou pigment, ce serait, comme l'épiderme, un produit du plasma du sang exhalé des vaisseaux sanguins. Le pigment ne serait pas seulement infiltré dans les couches profondes de l'épiderme, mais il serait renfermé dans des cellules auxquelles on donnerait le nom de cellules pigmentaires. Henle pense que la matière colorante des cellules pigmentaires est groupée en molécules très fines sur le noyau de ces cellules. Gunther affirme, au contraire, que cette disposition, vraie pour la choroïde, est fausse pour la peau. Suivant lui, les cellules pigmentaires ne sont que des cellules de la couche profonde de l'épiderme qui manquent de noyau et qui contiennent un liquide uniformément coloré en brun foncé chez le nègre. A mesure que ces cellules se développent, en même temps qu'elles se déforment pour constituer l'épiderme, et se porter à la surface, elles deviennent de moins en moins colorées par la disparition progressive de leur liquide intérieur: parvenues à la surface, elles ne forment plus que des lamelles ou écailles semblables aux autres.
Lorsque le pigment est persistant, comme dans le nègre, c'est qu'à mesure que les cellules pigmentaires se décolorent et se détachent à la surface de l'épiderme, il s'en forme sans cesse de nouvelles. Lorsque le pigment est temporaire, c'est que le développement des cellules pigmentaires disparaît avec la cause occasionnelle qui leur a donné naissance.
C'est à la production des cellules pigmentaires dans les couches profondes de l'épiderme que seraient dues les taches de rousseur et les éphélides. (Mais voilà qu'aujourd'hui les éphélides sont constituées par un cryptogame spécial ! )
Telles sont donc les données actuelles del'anatomie sur la peau ; et chacun conviendra avec nous qu'elle laisse beaucoup à désirer. 11 y a plus : pour tout médecin qui aura fait une certaine étude des affections cutanées, cette anatomie est sinon à refaire, au moins à modifier. Et d'abord n'est-il pas extraordinaire de voir les vaisseaux sanguins de la peau produire des corps organisés par exhalation, c'est-à-dire des cellules épidérmiqùes avec ou sans pigment; puis