QUATRIÈME CONFÉRENCE
Caractères des lésions cutanées tertiaires de la sypMlis.
Messieurs, considérées au point de vue des lésions anatomiqucs qui les constituent, les affections, ou maladies de la peau peuvent être divisées en trois catégo • ries : 1° affections, ou maladies bénignes; 2° affections ou maladies malignes; 3° affections ou maladies mixtes, c'est-à-dire tantôt malignes, tantôt bénignes.
On désigne sous le nom de bénignes, des affections, ou maladies caractérisées, anatomiquement, par des lésions cutanées, légères, superficielles, qui n'entament pas profondément la peau, qui ne la désorganisent pas, et qui, d'un autre côté, n'exercent pas, par elles-mêmes, une influence fâcheuse sur la santé générale. On désigne sous le nom de malignes, des maladies, ou affections caractérisées, anatomiquement, par des lésions profondes, qui portent une atteinte sérieuse à la constitution de la peau, qui la désorganisent, qui la détruisent, et qui, en même temps, exercent un retentissement général fâcheux sur la santé, qui en est gravement troublée. Les maladies, ou affections mixtes, considérées toujours, au même point de vue anatomo-pathologique, sont celles qui empruntent un caractère, tantôt malin, tantôt bénin : 1" de leur siège; 2° de leur degré d'éten-
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duo ; 3" de la forme qu'elles révèlent. Ainsi l'eczéma sera bénin, lorsqu'il sera limité à une région peu étendue; il sera malin lorsqu'il sera généralisé, lorsqu'il occupera tout le corps, lorsqu'il sera aigu et fluent en abondance. Il pourra encore être considéré comme ma- /m lorsqu'il siégera sur les jambes, où sa longue et interminable durée désorganise la peau, engendre des varices, et ces ulcères atoniques, presque incurables, qui font le désespoir des malades et des médecins.
Or, envisagées à ce point de vue, les sypbilides primitives, secondaires précoces et secondaires tardives, sont des lésions bénignes. he chancre, même induré, nous l'avons vu, est une lésion, par elle-même, de peu d'importance, quelquefois même il passe inaperçu; ce n'est que tout à fait exceptionnellement, quand il prend des proportions énormes, comme ceux que je vous ai montrés, sur la lèvre inférieure, ou bien lorsque, par un siège insolite, il peut amener des désordres organiques et des troubles fonctionnels graves, ce n'est, je le répète, que dans ces cas, rares heureusement, qu'il devient une lésion maligne. Toutes les syphilides secondaires ^jrécoces (roséole, syphihdes papuleuses et tuberculeuses) sont des lésions bénignes. Toutes les syphilides secondaires tardives sont encore des lésions bénignes; ainsi en est-il des syphilides papuleuses et tuberculeuses en groupes , serpigineuses ou non serpigineuses : celles qui sont érosives ne peuvent pas être considérées comme des lésions malignes, car l'érosion qu'elles produisent est trop superficielle, et trop peu étendue, pour porter une atteinte grave et désorganisatrice à la peau, et pour ayon-
un relentissemont sérieux sur la santé générale. Il on est de même des sypliilides vésiculeuses,' varicelleuses, ou herjiétif ormes, même encore des syphilides améiques, ou acniformes, dont la double lésion anatomique (le tubercule et la pustule) n'apporte aucun trouble sérieux à la constitution de la peau. Il en est de même encore des sypliilides verruqueuses, granuleuses et picjmentcdres, et même des condylomes qui entourent l'anus ; ce n'est que très rarement que, abandonnés à eux-mêmes, ou soumis à un traitement intempestif, ils peuvent, soit par leur développement, soit par les fissures qui les séparent, déterminer les accidents d'une lésion maligne.
Le pliagédénisme n'appartient, en propre, ni aux accidents primitifs, ni aux accidents secondaires, précoces ou tardifs ; c'est une complication, c'est une perturbation qui survient dans le cours de ces accidents, aussi bien et moins souvent encore que dans l'évolution du cliancre mou, non syphilitique : le pliagédénisme ne fait doncpas partie des sypliilides primitives et secondaires, pas plus que l'orage, que la tempête, qui bouleversent et ravagent une forêt, ne font partie de cette forêt.
Il est donc vrai de dire que les lésions de la peau, qui caractérisent la syphilis, dans sa période primitive et dans sa période secondaire, sont toutes des lésions hénirjnes.
Il en est tout autrement des lésions cutanées symptomatiques de la syphilis, arrivée à la période tertiaire. Toutes ces syphilides sont des lésions, ou affections malignes; c'est-à-dire que, toutes, à des degrés divers, elles altèrent profondément, détruisent, désorganisent la
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peau, cl de plus, par la gravité même des désordres ana- Lomo-palliologiqucs qui les constituent, elles exercent sur la santé générale une influence des plus fâcheuses. Celte influence, ce relenlissemenl grave et perturbateur sur la santé générale, sont, nous le répétons, en dehors de l'action malfaisante exercée par la dialhèse elle-même, le résultat de lésions cutanées profondes, ulcératives, désorganisatrices de la peau, et par conséquent malignes. ■ Les syphilides tertiaires, c'est-à-dire les lésions, ou affections cutanées, symptomatiques de la syphilis arrivée à sa période tertiaire, sont :
Le pemphigus, Vecthyma, les gommes, la syphilide piistulo-crustacée, serjngineuse et non serjngineuse, le riqjia.
Pemphigus syphilitique.
• Le pemphigus est une affection cutanée caractérisée par l'existence, à la surface de la peau, ou des muqueuses, de bulles d'un volume qui varie entre la grosseur d'une forte lentille, et la grosseur d'une pomme d'api, ou d'un œuf de dinde; ces bulles sont primitivement transparentes, analogues à la phlyctène de la brûlure, ou du vésicatoire, et contiennent un liquide d'abord translucide et citrin, et ensuite louche, opalin et puriforme. La bulle n'est que la vésicule exagérée; telle est la lésion anatomique mère qui constitue le pemphigus.
Nous n'avons point à faire ici la nosographie du pemphigus, que nous avons faite dans le premier volume de nos leçons cliniques, et ensuite dans le deuxième volume
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(le ces mêmes leçons; nous n'avons à nous occuper du pempliigus qu'au point de vue syphilitique, et à vous dire quelle est sa valeur comme symptôme de la syphilis.
Or, ni Bazin, ni Hébra, ni Hardy n'admettent un pempliigus syphilitique chez l'adulte. Nous-même ne l'admettons pas non plus; et quand nous l'avons observé, dans le cours de l'évolution de la syphUis, il existait, non pas comme une lésion inhérente à la syphilis, et chargée de la" traduire, mais comme l'expression d'un état cachectique de la constitution du malade, cachexie naturelle, habituelle, préexistante à la syphilis, ou dépendant de la syphilis ; donc le pemphigus ne doit pas être considéré comme une affection syphilitique, par sa nature, chez l'adulte.
Les mêmes auteurs, auxquels nous pouvons joindre (iazeaux, Ricord, Cullericr, Diday, Tilbury-Fox, n'admettent pas non plus un pemphigus syphilitique chez le nouveau-né; pour ces auteurs, le pemphigus du nouveau-né cong-énital n'est rien autre chose qu'un symptôme de cachexie.
Quant à nous, malgré l'imposante autorité de ces hommes éminents, nous admettons qu'il existe, chez les enfants nouveau-nés, ou morts de la syphilis, dans la vie intra-utérine, un pempUgus réellement syphilitique, existant par le fait de la syphilis, et en étant le symptôme.
Le pemphigus syphilitique des nouveau-nés existe, le plus souvent, au moment de la naissance ; il s'est donc développé dans la vie intra-utérine, c'est \h un de ses premiers caractères. Que l'enfant soit vivant, ou mort, on trouve, sur son corps, des bulles, ou des restes de
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bulles de pemphigus, à différents degrés .d'évolution. Quelquefois, mais plus rarement, le pempliigus syphilitique ne se développe que dans les deux ou trois mois qui suivent la naissance. Un deuxième caractère du pempliig'us syphilitique, c'est d'avoir son siège à la paume des mains, et à la plante des pieds. Il peut exister sur toute la surface du corps, mais on le trouve toujours, en même temps, aux régions palmaires et plantaires; il peut n'exister qu'à ces seules régions exclusivement. Les autres espèces de pemphigus observées chez le nouveau-né, le pemphigus cachectique , le pemphigus épidéfnique, observés et décrits par MM. Hervieux, Parrot, Ranvier, et le pemphigus aigu, ou fièvre pseudoexanthématique pemphigode, n'existent jamais dans les régions palmaires et plantaires, et ces pemphigus ne se développent que postérieurement à la naissance, dès les premiers mois de la vie, ou seulement vers la deuxième ou troisième année.
Le pemphigus syphilitique est donc caractérisé : 1" par son développement dans la vie ultra-utérine ; 2° par son existence aux régions palmaires et plantaires. Un autre caractère lui appartient encore, c'est une excessive gravité ; il existe, en effet, le plus souvent, en même temps que les lésions syphilitiques du foie, du thymus du poumon, c'est-à-dire de la syphilis viscérale, dont il est la manifestation sur la peau.
Le pemphigus congénital, plantaire et palmaire, des nouveau-nés, est donc de nature syphilitique ; il est le symptôme de la syphilis d'emblée et par imprégnation constitutionnelle, contractée par le fœtus dans la vie