‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 9 sur 60 · FIÈVRE SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

FIÈVRE SYPHILITIQUE

Fièvre syphilitique.

La fièvre syphilitique, quand elle existe, est habituellement contemporaine du développement des accidents de la syphilis ; ainsi on la trouve au moment où le chancre s'indure ; il y a souvent, au moment où se produit l'induration du chancre, un trouble, un désordre dans la santé ; ce trouble, ce désordre durent de quatre à six jours, avec un paroxysme accentué, vers le soir. La fièvre syphilitique se produit surtout, et d'une manière plus tranchée, au moment où se développe la roséole. C'est à l'apparition de cette première manifestation généralisée de la syphilis sur la peau, qu'on l'observe le plus souvent, ot avec le plus d'intensité; elle disparaît habituellement, après quelques jours de durée. On la constate encore au moment où se développent les syphilides papuleuse ot tuberculeuse, elle n'est plus guère appréciable dans la période des accidents tardifs, mais à cette période, s'il n'y a plus, à proprement parler, de fièvre, il y a souvent une sorte d'allanguissement général, de malaise,, un l rouble vague, mal défini, une diminution des forces, un désordre dans les fonctions physiologiques, accidents généraux, sans grande intensité, qui persistent quelquefois, pendant un temps considérable.

Nous avons dit que la fièvre syphilitique n'est pas constante ; en elîet les plus larges efflorcscences cutanées de la syphilis se produisent souvent sans trouble général appréciable.

Le deuxième fait patliologique, qui se produit quelquo-

OUIBOUT, PEAU. ,

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fois, dans révolution des lésions syphilitiques, est un fait local, inhérent à la lésion môme, qui, de lésion simple et bénigne qu'elle était primitivement et par ellemême,, se trouve transformée en lésion de la plus dangereuse malignité, ce fait c'est le :

Phagédénisme.

Le phagédénisme, du verbe grec cpayo^jje dévore, est une dégénérescence, une transformation ulcérative d'une lésion anatomiquc primitivement sans caractère malin, et qui devient un ulcère de la pire espèce, un ulcère, dans lequel le caractère rongeant, et le génie destructif se manifestent par un travail de désorganisation, qui s'opère avec une effrayante rapidité, aussi bien et en même temps, en superficie qu'en profondeur. Les tissus se trouvent littéralement dévorés, et disparaissent, pour ainsi dire, à vue d'œil, par une action désorg-anisatrice qui les envahit, les gagne, et les détruit progressivement, et de proche en proche. Des régions entières peuvent être ainsi transformées en une effrayante et hideuse ulcération, dont les progrès incessants se font sentir par des anfractuosités, des cavernes, des pertes de substance qui se produisent de tous côtés.

Le phagédénisme se caractérise par un ulcère à fond grisâtre, inégal, et à bords arrondis et comme festonnés, qui reculent, dont le périmètre s'élargit, et dont l'élévation se prononce de plus en plus, à mesure que, par la destruction progressive des tissus, l'ulcère, augmente en superficie et en profondeur.

PHAGÉDÉNISME SI

Ce fond grisâtre n'est rien autre chose que du sphacèle, et l'ensemble du pliagédénisme n'est en réalité qu'une sorte de gangrène spéciale, sui generis, à marche rapidement progressive, et irrésistiblement envanissante.

Nous avons vu un officier, dont la verge avait été ainsi dévorée, dans la moitié de sa longueur; le prépuce, le gland, les corps caverneux, le canal de l'urèthre n'existaient plus. Dans l'espoir d'arrêter les progrès du phagédénisme, l'amputation de ce qui restait de la verge fut conseillée par M. Ricord, et pratiquée au niveau même de la surface de la peau, au point de son émergence, au milieu des poils de la région pubienne. Le phagédénisme ne fut point arrêté ; il gagna la plaie chirurgicale, qui se phagédénisa, et fut bientôt transformée en un vaste ulcère qui s'étendit en forme de triangle, sur toute la surface de la région hypogas trique ; détruisit la peau, les aponévroses et les muscles, jusqu'au tissu cellulaire qui double le péritoine. C'est alors que je fus appelé à soigner ce malade. Toutes les cautérisations, tous les pansements, excitants, modificateurs n'avaient fait qu'exciter davantage le phagédénisme; j'en arrêtai les progrès, et je parvins à exciter un travail réparateur des parties détruites, uniquement par des applications émollientes, et spécialement par de la râpure de pomme de terre que j'appliquai en couche épaisse, et en renouvelant l'application plusieurs fois par jour. Ce malheureux jeune homme guérit de son phagédénisme, mais çesta maigre, cacochyme, et mourut deux ou trois ans plus, tard d'une phthisie pulmonaire.

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Il y a quelques années, un cas de phagédénisme se déclara chez un malade de celte salle, couché au n" 49. Le phagédénisme prit naissance sur un chancre mou du pourtour de l'anus ; rien ne put l'arrêter. Il dévora l'anus, toute la marge de l'anus, le périnée, perfora le canal de l'urèthre et creusa, au milieu, et dans l'épaisseur des deux fesses, ainsi que dans toute la région périnéale une vaste, profonde et anfractueuse caverne, dont le fond grisâtre était sans cesse irrité par l'écoulement de l'urine et des matières fécales. Nous n'avons jamais, peut-être, rien vu de plus épouvantable ; le malade succomba à l'épuisement de ses forces et. de sa vitalité.

Le phagédénisme se déclare le plus souvent, en dehors ce qui est syphilitique, dans le chancre mou; mais il peut affecter aussi le chancre induré, et les accidents syphilitiques ulcéreux tertiaires : ainsi l'ulcère syphilitique succédant à l'ouverture d'une gomme, l'ulcère syphilitique succédant, dans le cours de la syphilis, à un traumatisme accidentel, ou chirurgical, les syphilides serpigineuses ulcéreuses, dont il exagère les progrès ulcératifs en supprimant, en même temps, tout travail réparateur et cicatriciel.

Le phagédénisme est assurément la plus grave, la plus redoutable de toutes les lésions vénériennes, et syphilitiques sur la peau. Diverses causes peuvent le développer : 1° un traitement intempestif des accidents locaux, qui augmente leur degré de malignité, ainsi des cautérisations sans raison, des pansements irritants; 2° une mauvaise hygiène, des fatigues, des excès, un

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défaut de soins ; 3" une constitution mauvaise du malade, une santé délabrée, détériorée; 4° une prédisposition particulière, impossible à prévoir.

Le repos, une excellente hygiène, des soins aptes à rétablir, dans leur état normal, l'exercice des fonctions physiologiques (vomitifs purgatifs, toniques, amers, reconstituants, usage du mercure et de l'iodure de potassium, si le phagédénisme s'est déclaré dans la période secondaire ou tertiaire delà syphilis); comme traitement local, des émollients, cataplasmes de fécule de pommes de terre, rapure de pommes de terre, ou de carottes); en cas d'insuccès, on essayera les stimulants, les modificateurs, les caustiques, le nitrate d'argent, le fer rouge, l'iodoforme, la teinture d'iode, le vin aromatique, l'emplâtre de Yigo... Mais ce qui nous a semblé le mieux réussir, ce sont les sim^iles émollients, joints à des soins hygiéniques les plus minutieux et les mieux entendus.

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