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CINQUIÈME CONFÉRENCE

Caractères pathognomoniques généraux des lésions cutanées de la scrofule.

Messieurs,

Nous avons consacré nos dernières conférences à l'élude des lésions cutanées, symptomatiqucs de la syphilis, aux différentes périodes de son évolution. Dans la première conférence, sans nous préoccuper des diverses phases que présente la syphilis dans son développement, des caractères qui nous révèlent son âge, son ancienneté, ou l'époque récente de sa naissance, je vous l'ai montrée tout entière ; je vous ai fait voir tout ce qui la distingue, tout ce qui la caractérise, tout ce qui lui appartient, tout ce qui peut vous la faire reconnaître et discerner, au milieu de tant d'autres lésions de nature si différente ; je vous en ai tracé, à grands traits, et sans entrer dans les détails, un tahleau général et synoptique, une vue d'ensemble, où je me suis efforcé de faire saillir, à vos yeux, sa physionomie spéciale et patliognomonique.

Mais ce n'était pas assez; il fallait la voir et l'étudier de plus près, vous montrer d'où elle sort, vous faire voir le chancre infectant, induré, son accident primitif; il

fallait ensuite vous dire comment, dans son époque secondaire, elle se répand sur la peau : c'a été l'objet de la deuxième conférence.

Les accidents secondaires, nous vous l'avons dit, se divisent en deux catégories ; les uns sont précoces, nous les avons étudiés avec le chancre, dans la deuxième conférence; les autres sont tardifs, nous leur avons consacré notre troisième conférence. Dans la quatrième, nous vous avons décrit les accidents tertiaires; nous vous les avons montrés, avec leurs caractères de malignité, c'est-à-dire avec tout ce qu'ils ont de grave, do dangereux pour la peau qu'ils désorganisent, et pour la santé générale à laquelle ils portent de sérieuses atteintes, sur laquelle ils exercent, souvent, le plus fâcheux retentissement.

Nous avons suivi, pas à, pas, en quelque sorte, le caractère de plus en plus grave des lésions, à mesure qu'elles traduisent un degré plus grand d'ancienneté de la diathèse. Ces lésions, quand elles ne sont encore que des accidents secondaires précoces ou tardifs, restent superficielles, elles n'entament que très peu, ou pas du tout la peau, mais quand elles deviennent tertiçiires, nous les avons vues alors être profondes, pénétrant profondément dans l'épaisseur de la peau, qu'elles ulcèrent et qu'elles détruisent, et envahir le tissu cellulaire, et toutes les parties molles, jusqu'aux os.

A une quatrième époque, c'est-à-dire à une époque plus avancée encore de l'évolution et de l'ancienneté de la syphilis, ces mômes lésions deviennent viscérales, elles atteignent le cerveau, le poumon, le foie; nous

n'avons fait que vous l'indiquer sommairement, puisque nous n'avions à vous montrer la sypliilis que sur la peau seulement, c'est-à-dire que dans ses lésions cutanées seulement.

Aujourd'hui, nous abordons la diatlièse scrofuleuse, au même point de vue, c'est-à-dire, relativement aux lésions qu'elle détermine, elle aussi, sur la peau. La diathèse scrofuleuse, comme la diatlièse syphilitique, choisit notre tégument externe pour un de ses principaux sièges d'élection; c'est sur la peau que la syphilis et la scrofule se rencontrent le plus habituellement; c'est leur premier caractère commun d'avoir le même siège; il faut donc, puisque nous les y trouvons côte à côte, que nous sachions les distinguer l'une de l'autre. Or, voyons aujourd'hui quels sont les caractères pathognomoniques de la scrofule, étudions bien ces caractères, afin de ne pas la confondre avec la syphilis.

La syphilis est une maladie constitutionnelle, générale, • diathésique. Elle est virulente, contagieuse, transmissible par l'inoculation directe de son virus. Le virus syphilitique réside dans le chancre infectant, seule porte d'entrée, source unique de la syphilis, dont il est la lésion initiale, primitive et génératrice nécessaire; il réside aussi, mais à un moindre degré de puissance, dans ses accidents secondaires, dont l'inoculation, sur un autre individu, reproduit le chancre qui, sur ce second individu, devient, comme il l'avait été .sur le premier, le principe de toutes les autres lésions de la diathèse. Non seulement la syphilis est inoculable, mais elle est encore héréditaire; l'enfant

s'en imprèg-ne d'emblée, dans la vie inLra-ulérinc ; il s'en pénètre, il s'en empoisonne par la circulation utéro-placentaire, et le plus souvent il en meurt avant d'être arrivé au terme de la vie fœtale. Cependant, bien que sypliili tique, il peut naître vivant, mais il succombe à une époque plus ou moins éloignée de sa naissance ; il peut aussi guérir par un traitement convenable, et rester indéfiniment guéri des accidents qu'il avait apportés en naissant.

Dans d'autres cas, la syphilis, dont il s'est imprégné dans le sein de sa mère, peut ne donner lieu, chez lui, à aucun phénomène morbide appréciable; elle peut rester, dans sa constitution, tout à fait ig-norée, à l'état latent, et ne se révéler que plus tard, à une époque variable et indéterminée, soit de la vie infantile, soit même de sa vie d'adulte, par des affections dont le siège varie, ainsi que la manière dont elles se produisent, .mais qui indiquent un état syphilitique diathésique, héréditaire; ce sont des affections tertiaires et quaternaires du même ordre que celles qui sont habituellement contractées dans la vie intra-utérine, telles que des gommes du tissu cellulaire, du cerveau, du poumon, du foie. Ainsi, la syphilis a deux sources : le chancre inoculé, et l'hérédité par imprégnation dans la vie intrautérine.

La scrofule est, comme la syphilis, une maladie générale, constitutionnelle, diathésique, héréditaire; mais elle n'est pas virulente, elle ne possède pas de virus inoculable, elle n'est pas contagieuse ; elle se transmet par hérédité, mais nullement par contagion, ni par inocula-

lion. Si elle est, ^omme la syphilis, héréditaire, elle n'est pas congénitale comme elle; elle ne se développe pas dans la vie intra-utérine; l'enfant ne naît pas scrofu- Icux; iln'y apasla scrofule des néo-natorum, comme il y a la syphilis des néo-natorum. La scrofule héréditaire n'apparaît, ainsi que le professe, avec raison, M. Hardy, qu'à l'âge de deux à cinq ans, mais le plus souvent de dix à quinze ans seulement, et ses premières manifestations se font par les muqueuses nasales, palpébrales et auriculaires.

En dehors de toute hérédité, la scrofule se développe d'elle-même, ce que ne fait jamais la syphilis, sous l'influence de certaines causes. Ainsi une mauvaise hygiène, une mauvaise nourriture, le défaut d'air, le manque d'exercice, la séquestration, le défaut de soins peuvent engendrer la scrofule. Elle peut même se développer spontanément, sans cause appréciable d'aucune sorte, en vertu d'une prédisposition idiosyncrasique toute spéciale, et indépendante de tout principe héréditaire, comme de toute cause hygiénique.

Les premières manifestations extérieures de la scrofule, nous l'avons dit, se produisent sur les muqueuses du nez, des paupières, des oreilles ; il y a un coryza chronique, une sorte de j étage nasal, des ulcérations de la muqueuse de Schneider, des croûtes à l'ouverture, et dans l'intérieur des fosses nasales, un ozène ou punaisîe de nature scrofuleuse. Il y a aussi une ophthalmie scrofuleuse ; un épaississement du rebord libre des paupières, une congestion de la muqueuse palpébrale, qui semble granuleuse, parle fait de l'hypertrophie des fol-

liculcs de Mcïbomius ; ces follicules Uypcrlrophiés sonl le siège d'une hypersécrétion, aussi les paupières sonl cliassieusos, collées, croûlcuscs; les follicules ciliaires sont alteinls; il y a une blépliaritc ciliaire, un Iricliiasis: la congestion inflammatoire gagne la conjonctive oculaire , et souvent la cornée, qui devient ulcéreuse, est le siège d'un liypopyon; il y a alors de la pliotopliobic, du larmoiement; et l'œil, très douloureux, reste fermé avec un entropion, ou trop largement ouvert, avec la difformité répugnante de l'ectropion. Du côté des oreilles, c'est une otorrhée; il s'écoule un muco-pus, souvent abondant et fétide. C'est ainsi que la scrofule manifeste ses premiers accidents, et cela vers l'âge de deux à cinq ans. Yous voyez que ses commencements n'ont rien de commun avec ceux de la syphilis.

Les lésions cutanées de la scrofule, qui ont reçu le nom de scrofulides, n'apparaissent que plus tard, vers l'âge de six à dix ans, après ces premières lésions des muqueuses, et après l'engorgement ganglionnaire sousmaxillaire.

L'adénite scrofuleuse est tout à fait différente de l'adénite syphilitique; ne parlons ici que de l'adénite cervicale, puisque ce n'est qu'au cou seulement que se rencontrent les deux adénites. L'adénite syphilitique, dénommée aussi chapelet ganglionnaire, occupe les ganglions longitudinaux et latéraux du cou, tandis que l'adénite scrofuleuse affecte les ganglions sous-maxillaires, c'est-à-dire transversaux ; par conséquent, ces deux adénites se coupent, dans leur direction, à angle droit. Si CCS deux adénites diffèrent l'une de l'autre par leur

siège, elles ne diffèrent pas moins par leurs caractères et par leur mode d'évolution. L'adénite sypliilitique est granuleuse, elle est formée comme par des granulations, situées au-dessus les unes des autres, granulations dont le volume n'est jamais plus gros que celui d'une petite noisette, qui ne présentent jamais aucune trace de congestion inflammatoire, ni de tendance à la suppuration.

Dans l'adénite scrofuleuse, au contraire, les ganglions prennent souvent un volume considérable, on en voit d'aussi gros qu'une noix, qu'une pomme d'api ; ils peuvent n'exister que d'un seul côté; il peut n'y avoir qu'un seul ganglion engorgé, tandis que dans la syphilis, l'adénite est toujours double, bilatérale, et formée par un grand nombre de ganglions. De plus, l'adénite scrofuleuse se termine très souvent par suppuration; les ganglions engorgés se ramollissent, deviennent fluctuants, contractent des adhérences avec la peau qui s'amincit, rougit, s'ulcère, et donne issue à un pus séreux, mal lié, mélangé de fragments ganglionnaires encore solides, et quand cet abcès ganglionnaire, appelé aussi abcès froid, s'est vidé, il laisse après lui une cicatrice indélébile, des brides cicatricielles, sur le caractère desquelles nous reviendrons plus loin; tout ce qui appartient à la scrofule a toujours une remarquable tendance à la suppuration.

La syphilis se reconnaît à une couleur d'un rouge sombre, cuivré; la scrofule se distingue à une teinte d'un rouge foncé, violacé, vineux. Ces teintes, d'un ton chaud, son disposées en larges surfaces, en placards; à elles seules, et sur une plaque hypertrophiée, d'un ni-

veau plus élevé que les parties environnantes, desquelles elles se détachent, par une sorte de rebord tranché, et nettement accusé; à elles seules, ces teintes vineuses constituent quelquefois toute la lésion ; plaques vineuses développées sur une surface cutanée, surélevée par l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-cutané ; d'autres fois, ces mêmes teintes entourent, comme d'une auréole, d'autres lésions, dont la nature scrofuleuse est accusée par la couleur rouge vineux au milieu de laquelle elles se sont développées.

Si les lésions de la scrofule se distinguent des lésions de la syphilis par leur couleur, très nettement différente, elles leur ressemblent en ce que, comme les lésions syphilitiques, elles ne sont pas douloureuses ; de part et d'autre, du côté de la syphilis, comme du côté de la scrofule, il y a une complète immunité de douleur. Toutes les lésions muqueuses et cutanées de la syphilis, nous l'avons vu, ont pour caractère de n'être pas douloureuses; quelles que soient ces lésions, chancres, tubercules, papules, gommes ulcérées, ou non ulcérées, vastes ulcérations serpigineuses ou phagédéniques, la douleur n'y existe pas. Il en est de même pour la scrofule; ses lésions les plus graves, les plus profondes, ses destructions de tissu les plus épouvantables, les ravages qu'elle exerce, non pas seulement sur la peau, mais dans les muscles, et jusque dans les os, ne donnent lieu à aucune douleur.

Le développement des lésions syphilitiques, nous l'avons vu, est souvent accompagné, et même précédé d'une fièvre que nous avons appelée fièvre syphilitique,

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et quand celte fièvre n'existe pas, pendant le cours de l'évolution des lésions syphilitiques, on observe, souvent du moins, un certain malaise g-énéral, de la courbature, de la faiblesse.

Il n'en est pas de même dans le développement o l'évolution des lésions de la scrofule; elles se produis sent et persistent pendant toute leur durée , et quelle que soit leur importance anatomo-pathologique, non pas seulement sans douleur, mais encore sans aucun trouble général, sans malaise aucun; vous verrez, et vous pouvez voir dans cet hôpital, les infirmiers, infirmières et autres employés, presque tous scrofuleux, quelques-uns défigurés par les destructions de tissus ou d'organes, les plus avancées, les plus larges, comme les plus profondes, vous pouvez les voir, jouissant malgré cela de la plénitude de la santé, actifs, laborieux, pleins d'entrain, et se mariant entre eux.

Cependant, lorsqu'il s'est produit des ravages qui amènent nécessairement des troubles fonctionnels, lorsque, par suite de ces ravages, certaines fonctions physiologiques sont gênées, entravées dans leur libre action, alors il en résulte des accidents qui, à la longue, se traduisent par une véritable cachexie. Cette même cachexie est encore la conséquence de l'existence indéfinie, et sans guérison, de lésions, dont la persistance mdiquc que l'économie est toujours au pouvoir de la diathèse. Or, à la longue et finalement, le principe vital en est atteint, amoindri, et qu'il y ait des troubles fonctionnels résultant de lésions, ou qu'il n'y en ait pas, le malade ne tombe pas moins dans la cachexie. La

LÉSIO>S CUTANÉES DE r,A SCROFULE

(liatlièsc scrofulcusG a sa caclioxic tout comme les diathèscs syphilitique, licrpéliquc, tuberculeuse, cancéreuse.

Les lésions syphilitiques, nous l'avons dit, ont pour caractère d'être généralisées; tantôt elles couvrent en même temps le corps entier; tantôt elles n'existent que limitées, restreintes à certaines régions ; mais quand elles ont parcouru, sur ces régions, les diverses phases de leur évolution, quand elles s'y sont éteintes, elles apparaissent dans d'autres rég-ions, souvent très éloignées de leur premier siège. Les lésions syphilitiques, comme toutes les lésions diathésiques , avons-nous dit encore, ont pour caractère la durée ; mais cette durée n'est pas continue, elle est signalée par des intermittences, des récidives, des réapparitions à termes plus ou moins éloignés. La syphilis est donc, relativement à ses lésions extérieures, généralisée, nomade, intermittente.

Il en est tout autrement de la scrofule : elle aussi est longue dans la durée de ses lésions; elle est même plus longue que les autres diathèses, puisqu'on l'a appelée avec raison la diathèse torpide\ mais quelle que soit la longueur de sa durée, elle ne se généralise pas, elle ne se supprime pas temporairement, elle n'est sujette à aucune disparition momentanée, elle n'est pas intermittente dans ses manifestations ; elle est essentiellement fixe et immuable dans sa durée.

Elle est également fixe et immuable dans le siège qu'elle s'est choisi; elle ne se promène pas, elle reste invariablement, là où elle s'est développée; elle a donc, pour double caractère, la fixité de durée et la fixité de

siège. Ce double caractère de fixité de siège et de durée est de la plus haute importance, car à lui seul, il suffit pour vous apprendre que vous n'avez affaire ni à la syphilis, ni àl'herpétis, qui sont essentiellement nomades et intermittentes, et pour vous faire diagnostiquer la scrofule.

Si la scrofule est toujours fixe dans sa durée et dans sou siège, si sa durée est toujours continue et sans intermittence, elle est encore essentiellement chronique. La chronicité est encore un des cai'actères de la scrofule; la chronicité, c'est-à-dire la longueur dans la durée et l'absence, en même temps, de tout caractère aig^u, inflammatoire et sujet à des changements d''aspect, de forme et de manière d'être.

La scrofule a encore une autre fixité, c'est la fixité de forme, c'est-à-dire la fixité de lésion, par laquelle elle se caractérise sur le même individu; tandis que la syphilis justifie sa qualification de diathèse protéiqiie par la diversité des aspects qu'elle revêt, par la diversité des lésions par lesquelles elle se manifeste, pendant sa durée chez le même individu, la scrofule reste représentée par la même lésion pendant tout le temps de sa longue existence. Cette lésion s'agrandit, s'étale en surface, devient plus profonde, fait, des progrès, poursuit ses ravages, opère ses destructions, mais c'est toujours la même lésion; elle a évolué, elle a parcouru ses diverses phases, elle a subi les transformations par lesquelles se caractérise son développement, mais c'est toujours la lésion primitive, la même lésion initiale. Ainsi, tandis que du côté de la syphilis tout est chan-

géant et variable, le siège, la forme, la durée; du côlé de la scrofule, au contraire, tout est fixe et immuable : le siège, la forme et la durée.

. La syphilis, nous vous l'avons dit, a pour sièges d'élection, le front, les sillons naso-labiaux, la paume des mains, la plante des pieds, elles zones génito-anales ; on la trouve partout, puisqu'elle se généralise, et que la généralisation est précisément un de ses caractères, mais la constatation de lésions dans un des sièges que nous venons d'indiquer est une raison de penser que ces lésions sont syphilitiques ; sans doute la considération du siège, à elle seule, ne suffit pas pour imprimer à ces lésions la nature syphilitique, car, dans toutes ces régions, et en particulier dans la zone génito-anale, on trouve fréquemment des affections sébacées, herpétiques, et de cause purement locale; mais dans des cas douteux, mal ou incomplètement tranchés, la considération que ces lésions, sans caractère parfaitement défini, occupent l'un de ces sièges, est une raison qui devient, pour le diagnostic, une lumière, et qui fait pencher la balance du côté de la syphilis.

La scrofule, elle aussi, a des sièges d'élection, et ces sièges d'élection sont la face et le cou ; elle ne siège pas indistinctement sur toutes les régions de la face et du cou; elle choisit les points les plus apparents pour s'y installer. C'est sur le nez, sur la pointe, sur le sommet du nez, et aux parties les plus saillantes des joues, sur les pommettes, c'est là qu'on la voit le plus souvent, et qu'elle s'établit de préférence; et c'est là précisément une des considérations qui la rendent si redoutable;

car, dès lors qu'elle dégrade, qu'elle défigure et qu'elle détruit les parties qu'elle atteint, ces parties étant les plus visibles, celles qu'il est le plus impossible de cacher, ses ravages deviennent des monstruosités hi-' deuses et repoussantes, qu'il est impossible de dissimuler, et de soustraire aux regards.

Sur la face, elle n'atteint pas seulement le nez et les régions malaires, on trouve encore ses lésions sur le front, aux lèvres supérieure et inférieure. Sur le cou, dans les régions sous-maxillaires, la peau ne devient pas seulement malade consécutivement à la suppuration des ganglions cervicaux ; elle est dans certains cas, que nous vous ferons connaître, atteinte primitivement par la diathèse.

Plus rarement, on trouve les lésions cutanées de la scrofule sur le tronc, sur les membres supérieurs, sur les membres inférieurs. Mais quel que soit son siège sur la peau, et quel que soit son degré d'ancienneté, jamais les lésions scrofuleuses ne sont généralisées, éparpillées sur tout le corps; elles sont toujours circonscrites, limitées à une seule région, et cette région, nous le répétons, c'est la face, dans l'immense majorité des cas.

La syphilis, arrivée à sa période tertiaire, nous vous Favons dit, attaque et détruit les parties profondes, le périoste, les cartilages, les os. La scrofule opère les mêmes destructions; mais, dans leur travail rongeur, et de désorganisation, les deux diathèses suivent une marche inverse, et cette considération, sur laquelle nous ne saurions trop insister, est de la plus haute

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importance pour le diagnoslic. En ciïet, de part et d'autre, les ravages sont les mêmes, mais ces ravages s'opèrent d'une manière différente, et en sens inverse, suivant la diathèse qui les produit.

Si c'est la syphilis, le travail de destruction s'opère de la profondeur à la superficie ; si, par exemple, il s'agit du nez, la destruction commencera par la muqueuse des fosses nasales, puis elle envahira les os propres du nez, ainsi que les cartilages, et elle s'arrêtera après les avoir anéantis; et alors la peau restant saine, le nez sera complètement aplati et sa saillie presque effacée, si les cartilages et les os ont été complètement détruits; si au contraire la destruction n'a atteint que les os seuls, laissant les cartilages intacts, le nez sera écrasé dans le milieu de sa longueur; au toucher, on le sentira mou, sans soutien intérieur, et sa pointe saillante basculera et sera comme renversée d'avant en arrière, en sorte que la vue pourra pénétrer dans l'intérieur des fosses nasales; double difformité, également hideuse, qui, d'après les caractères que nous venons de décrire, devra être attribuée à la syphilis.

La scrofule, nous l'avons dit, agit d'une manière toute différente ; elle procède, dans son travail de désorganisation, de la surperficic à la profondeur. Ainsi, lorsqu'elle s'est fixée sur le nez, elle attaque d'abord la peau, et ce n'est qu'après l'avoir détruite qu'elle atteint, pour les détruire à leur tour, les cartilages et les os, en sorte que le travail destructeur de la scrofule estplus complet que celui de la syphilis ; la syphilis avait au moins

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respoclc la peau (l'époque à laquelle elle s'allaquc à la peau étant passée pour elle depuis longtemps), tandis que la scrofule détruit tout, et la peau et les os, si bien qu'il ne reste plus du nez que le trou, que la cavité béante, et à ciel ouvert des fosses nasales, difformité plus hideuse encore, que celle que produit la syphilis.

Lorsque la syphilis étale ses lésions sur la peau, celleci ne présente, autour et au siège même de ces lésions, aucun gonflement, aucune surélévation ; son niveau ne dépasse pas le niveau des parties cutanées qui restent saines, et exemptes do lésions. Les lésions de la scrofule, au contraire, ont toujours pour siège des parties de peau épaissies, bouffies, hypertrophiées, et visiblement plus saillantes que les parties de peau saine ambiantes, Cette bouffissure, cette hypertrophie sontle résultat d'un épaississement du tissu cellulaire sous-jacent. Les lésions de la scrofule sont donc, dans une première phase de leur évolution, des lésions hypertrophiques ; elles sont toujours précédées et accompagnées de l'hypertrophie des parties sur lesquelles elles se sont établies. Quand elles guérissent, quand elles entrent dans une période de déclin, les parties hypertrophiées deviennent le siège d'une résolution, d'une intussusception intersticielle, et d'une véritable résorption, qui, dépassant dans ses effets d'amoindrissement le premier travail hypertrophiquo, amène une véritable déperdition de substance, et une atrophie réelle, et toujours très sensible à la vue. Cette atrophie se manifeste, sur les .ioues, par des dépressions irréguKères, et dont la surface

est comme réticulée, et traversée par des brides cicatricielles ; sur le nez, cette atrophie se traduit par l'amincissement, par la rétraction et la diminution de longueur et d^épaisseur des ailes du nez, et, en même temps, par la diminution de volume de la pointe de cet organe qui paraît plus aigu. Voilà ce qui explique la forme aiguë, lancéolée, et en lame de couteau des nez qui ont été le siège d'une lésion scrofuleuse. Ainsi, dans la première partie de leur évolution, et dans leur période de développement et d'état, les lésions de la scrofule sont des lésions Jujpertrophiques, et, dans leur période de déclin, ou de guérison, elles deviennent atrophiques, de telle sorte qu'elles laissent après elles une atrophie déformante et irrémédiable.

Les ulcérations que produit la syphilis sur la peau sont caractérisées, nous vous l'avons dit, par une forme arrondie, régulière, par des bords tranchants, coupés à pic, et toujours adhérents ; elles sont profondes, et faites comme à l'emporte-pièce, et leur fond est d'une teinte grisâtre mêlée de rouge cuivre.

Les ulcérations de la scrofule sont irrégulières dans leurs contours ; leurs bords, remarquables par leur coloration vineuse, sont amincis, déchiquetés et décollés, en sorte que le doigt, ou un instrument quelconque, peut les soulever et se promener dans leur pourtour, sur toute la partie circonférenticllc de l'ulcère qu'ils recouvrent, et dont ils dissimulent ainsi une partie de la surface ; leur fond, inégal, et comme mamelonné, a la même couleur vineuse que les bords.

Les croûtes de la syphilis, nous l'avons vu, sont d'une

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couleur brunâtre, d'un vert- foncé ; elles sont sèches, dures et saillantes.

Les croûtes de la scrofule, au contraire, sont stratifiées de noir et de gris ; leur teinte générale est plutôt d'un blanc sale et grisâtre ; le gris domine, et leur donne un aspect blanchâtre.

Les cicatrices de la syphilis sont lisses, gaufrées, superficielles ; la peau en est amincie, décolorée, dépigmentée, déprimée en forme de cupule, et sans adhérence avec les parties profondes sur lesquelles elle glisse facilement.

Les cicatrices de la scrofule, indélébiles comme celles de la syphiHs, s'en distinguent par leur surperficie, qui est inégale, réticulée, traversée par des brides saillantes, et séparées les unes des autres par des enfoncements ; elles sont profondes, adhérentes aux parties qu'elles recouvrent, et dont elles ne peuvent pas être séparées ; elles sont couturées, et semblables à celles de la brûlure.

Tels sont, messieurs, les principaux traits qui distinguent la scrofule de la syphilis. Ces deux diatlièses impriment sur la peau des lésions de même espèce, mais avec des caractères spéciaux à chacune d'elles; nous vous les avons fait voir ; ainsi l'une et l'autre ont des ulcérations, mais ces ulcérations ont une physionomie assez tranchée, de part et d'autre, pour que vous ne puissiez pas les confondre. L'une et l'autre peuvent être serpigineuses ; mais si l'ulcère serpigineux est scrofuleux, vous le reconnaîtrez d'abord à la surface hypertrophiée qui l'entoure, et sur laquelle il repose, puis aux cicatrices bridées, saillantes et couturées qui se

produisent à ses parties centrales, à mesure que fie nouvelles ulcérations se creusent à la périphérie. La syphilis, comme la scrofule, a aussi ses ulcérations profondes qui désorganisent, qui détruisent les cartilages et les os, mais la syphilis opère ses ravages d'une façon dissimulée, sourde et latente; elle ménage les parties superficielles, de manière à masquer ses destructions profondes ; la scrofule, au contraire, quand elle se manifeste par cette même forme de lésions graves, ne respecte rien ; elle détruit d'abord la peau, les parties molles sous-jacentes, les muscles et les os, aussi ses ravages ont un degré de monstruosité que n'ont pas habituellement les lésions de la syphilis. A la face vous la voyez détruire le nez, puis perforer la voûte palatine, faire communiquer les'cavités nasale et buccale, et tenir la bouche constamment béante, par la rétraction atrophique des lèvres devenues insuffisantes à la fermer, et à empêcher Fécoulement de la salive au dehors. La syphilis ne produit presque jamais des difformités aussi hideuses et aussi repoussantes.

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