BÉNIGNITÉ, MALIGNITÉ DES HEIIPÉTIDES W
désordres locaux, ou généraux qu'elles produisent par l'abondance de leurs sécrétions, ou par l'intensité des douleurs qu'elles déterminent. Ainsi, le prurigo herpétique sera bénin, s'il n'entraîne pas de troubles fonctionnels considérables, mais s'il se présente sous les formes que l'on a appelées prurigo ferox, prurigo formicans; si, par l'excessive intensité des douleurs dont il est le siège, il enlève le sommeil, l'appétit, s'il produit une incessante et irrésistible agitation nerveuse, s'il amène la fièvre hectique, le marasme, l'épuisement des foi'ces et la consomption, alors il devient une afïec tion maligne.
L'eczéma est une affection bénigne, s'il est limité, circonscrit ; mais quand il occupe le corps tout entier, quand il a dénudé, transformé en ulcérations toute la surface du derme, quand de ces ulcérations s'écoule incessament une sécrétion tellement abondante, qu'elle anéantit les forces, qu'elle abat et ruine toute la vitalité du malade épuisé et mené au marasme, alors l'eczéma devient aussi une affection maligne.
Les mêmes considérations s'appliquent au psoriasis, affection bénigne, dans l'immense majorité des cas. Mais si le psoriasis est généralisé, universalisé, s'il étreint le corps tout entier, dans une véritable carapace écailleuse, aride, desséchée, inextensible, n'ayant plus rien des qualités normales de la peau ; si toutes les fonctions physiologiques de ;la peau, sont abolies, si le travail incessant de sécrétion, d'absorption, d'élimination qui s'opère en elle, et par son intermédiaire, est rendu impossible, alors, l'équilibre étant rompu.
Ii2 INFLUENCE DES IIERPÉTIDES SUR L\ S4NTÉ
ciiLre la peau et les muqueuses, de graves désordres, des troubles fonctionnels sérieux surviennent, des catarrhes bronchiques, des diarrliées coUiquatives, et une cachexie souvent irrémédiable ; le psoriasis peut donc aussi, dans certains cas, être considéré comme une herpétique maligne.
Influence des herj)étides sur la santé générale; crises salutaires ; rétrocession. — H y a donc des cas, dans lesquels les herpétides désorganisent la peau, et rendent absolument impossible le libre exercice de ses fonctions physiolog-iques ; il est bien évident que, dans tous ces cas, leur existence est incompatible avec la santé, sur laquelle elles exercent le plus désastreux retentissement ; mais il y a un autre cas dans lequel elles n'exercent pas une influence moins fâcheuse sur la santé générale. C'est le cas, où, sous l'action d'une cause accidentelle venant du dehors, ou bien sous l'influence d'une disposition idiosyncrasiquo, elles quittent brusquement la peau, pour se porter sur les organes viscéraux, ou, tout au moins, sur les muqueuses qui tapissent l'intérieur des organes.
Ces disparitions brusques, ces transports rapides et imprévus, d'une affection extérieure sur nos organes intérieurs, constitue ce que l'on appelle une métastase ou rétrocession. Or, les accidents généraux les plus sérieux quelquefois, en sont la conséquence. En général, plus l'affection cutanée est grave par son étendue, ou par la lésion anatomiquo qui la constitue, et plus graves aussi sont les accidents métastatiques produits. Ces accidents métastatiques sont habituellement du
INFLUENCE DES IIERPÉTIDES SUR LA SANTÉ li;3
même type, ou du même caractère que l'affection, dont la rétrocession leur a donné naissance. Si celte affection avait la forme aiguë, inflammatoire, les lésions viscérales mélastatiques, auront le même caractère. Si, au contraire, l'affection cutanée avait la forme chronique, sa rétrocession entraînera le développement de lésions internes chroniques aussi.
Ainsi, la rétrocession d'un eczéma aigu, fluent amènera une méningo-encéphalito, un ramollissement cérébral aigu, un catharre pulmonaire suffocant, une ontéro-colite, etc.. La rétrocession d'une acné boutonucnse, d'un psoriasis amènera une affection chronique de l'estomac ou des intestins, un cancer, ou bien la tuberculose pulmonaire.
Mais, il y a aussi des cas, dans lesquels l'existence des herpétidcs ne trouble en rien la santé générale qui n'en reçoit aucune atteinte fâcheuse. Il en est des herpétides,ce qu'il en est des scrofulidcsqui, en général, n'occasionnent aucun désordre physiologique. Ainsi, il y a des psoriasis, des eczémas, des lichens, des prui'igos, dont la durée permanente et indéfinie est compatible avec la santé, qu'ils ne troublent aucunement. Il y a môme des cas dans lesquels l'existence de l'une ou de l'autre de ces affections cutanées, est nécessaire à la santé; elles sont comme une sorte d'émonctoire naturel, de soupape de sûreté, de révulsif par lesquels s'échappe un principe vicieux, dont la présence au sein de l'économie occcasionnerait des troubles sérieux. Ce principe vicieux, malfaisant, en se portant au dehors, sur notre tégument externe, assure par cola même,
144 INFLUENCE DES HEliPÉÏlDES SUR LA SANTÉ •
rintégrité de tout ce qui est interne, ou viscéral ; si la peau n'en était pas affectée, ce serait les muqueuses principalement, les muqueuses étant la peau du dedans, qui en seraient le siège. Ces deux membranes, l'une extérieure, l'autre intérieure sont solidaires. Souvent l'état pathologique de l'une, assure l'état physiologique de l'autre. Or, si les herpétides qui sont essentiellement mobiles, nomades et intermittentes, par un mouvement de va-et-vient qui leur est naturel, abandonnent brusquement la peau, on voit, par cela même, se produire des désordres fonctionnels d'autant plus graves, que les herpétides étaient .graves elles-mêmes ; et ces désordres qui constituent de véritables maladies internes, résisteront à toute médication, et ne disparaîtront que le jour, où l'herpétide dont la rétrocession leur avait donné naissance, reparaîtra sur la peau ; ce jour-là , ils cesseront, comme par enchantement, et Téquilibre sera rétabli.
C'est ainsi que vous verrez des bronchites, des toux incoercibles, des dyspepsies, des inappétences, des diarrhées colliquatives, que rien n'avait pu arrêter, cesser brusquement, lorsque des plaques d'eczéma, ou de psoriasis qui avaient abandonné la peau, y reparaissent spontanément.
Telles sont, messieurs, les considérations que nous avions à vous présenter sur les affections cutanées que MM. Bazin et Hardy ont appelées herpétides. Si j'ajoute que ces affections soni héréditaires, qu'elles se locaHsent en quelque sorte dans une famille, qu'elles s'y transmettent de génération en génération, et qu'elles se communiquent de l'homme à la femme, par imprégna-