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DOUZIÈME CONFÉRENCE

Caractères spéciaux et distinctifs des diverses formes du cancer de la peau.

Messieurs,

Nous avons vu, dans notre dernière conférence, quels . sont, d'une manière générale, les caractères que présentent les lésions cutanées du cancer. Les transformations de la peau, sa dégénérescence en masses, en tumeurs néoplasiques dures et saillantes ; les végétations en forme de champignons, dont se couvrent les parties malades, les tubercules, les granulations miliaires, qui se développent dans son épaisseur, toutes ces différentes lésions, formées de néoplasmes cancéreux, ne sont que le prélude, la préparation, et la première période do la lésion finale, qui est leur aboutissant à toutes, et leur terminaison nécessaire, l'ulcération. Quelles que soient les manifestations initiales de la diatbèse cancéreuse, sur la peau, que ces manifestations primitives soient une simple squame, une simple verrue, comme dans le cancroïdc ; des tubercules, des granulations blanches, (les tumeurs volumineuses, et d'une dureté cartilagineuse comme dans le squirrhe, qu'elles soient des gra- .nulations noires , semblables à des grains de cassis, comme dans la mélanose ; ou des développements, des proUférations fongoïdes, comme dans l'encéphaloïde,

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n'importe, l'ulcération est leur terminaison à toutes ; elles y arrivent, toutes, tantôt rapidement, et presque de prime abord, comme dans la mélanose, et l'encéplia'loïdc, tantôt plus lentement, comme dans le squirrhe; quelquefois au bout d'un temps très long-, et après un statu quo qui semblait devoir être indéfini, comme dans le cancroïde. Cette ulcération, elle a sa physionomie spéciale et patliog-nomonique ; nous vous l'avons décrite, les anciens l'appelaient l'ulcère rongeant, parce que les progrès de cet ulcère sont incessants ; parce qu'on no peut arrêter ses accroissements, parce que, pour s'étendre, en largeur, comme en profondeur, il ronge toutes les parties qui semblaient devoir le limiter ; il dévore, il désorganise ses bords saillants durs et renversés qu'il recule, qu'il refoule, qu'il use, par un travail de destruction incessante et progressive. Il ne se cicatrise jamais, et de toutes ses parties, s'écoule un liquide ichoreux, sanieux, et d'une fétidité toute spéciale, qui suffit, à elle seule, pour 'dénoncer, même à distance, la nature cancéreuse. Tels sont, en quelques mots , les caractères pathognomoniques de l'ulcère cancéreux, et tel est aussi le résumé de notre dernière conférence. Nous y avons vu que le cancer se comporte de trois manières différentes sur la peau. Tantôt il y est d'emblée et primitivement; c'est sur la peau qu'il a débulr : il s'y est développé, et il y reste, sans atteindre aucun autre organe plus profond. Tantôt au contraire, il est transmis à la peau par un organe avec lequel la peau est en contact, il n'arrive donc à la peau, que secondairement. Dans un troisième cas le cancer a été primilnv-

mcnl cutané ; c'est sur la peau qu'il a fait son apparition clans l'économie ; il reste sur la peau, comme il reste sur tous les organes qu'il affecte ; mais tout en y restant fixé, entraîné par la puissance d'expansion, et (le généralisation infectieuse qu'il possède, il se propage à d'autres organes voisins, ou éloignés, qu'il envahit secondairement.

Aujourd'hui, examinons, de plus près, les diverses lésions qui le représentent sur la peau, et voyons, dans chacune de ces lésions, quels sont les caractères qui les rattachent toutes à la diathèse cancéreuse.

Mycosis fongoïde, ou lymphadénie cutanée.

Devons-nous ranger, et compter parmi les différentes formes du cancer de la peau, cette affection bizarre dans ses allures, dans son évolution, et remarquable par l'excessive gravité de ses manifestations ? Etudié pour la première fois par Alibert, puis par MM. Bazin, Baudot, Guérard, Démange, Gillot et plus récemment par notre savant et regrettable collègue M. Hillairet, le mycosis fongoïde est-il un cancer? — Non, répond M. Ranvier, car le microscope n'y découvre aucun des éléments du cancer ; il n'y voit que du tissu adénoïde, ne différant pas des tissus de la Icucocythéraie, et de l'adénie. L'observation clinique, de son côté constate, dans l'évolution du mycosis fongoïde, des phénomènes absolument opposés à ceux qui caractérisent l'évolution du cancer. Le cancer, quelle que soit sa forme (cancroïdc, squirrhe, encéplialoïde, mélanose), est toujours continu dans sa durée, et fixe dans son siège. Une fois

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établi dans un organe, ou dans une région, il y reste ; ilpcu s'étendre, se généraliser,apparaitre dans des régions éloignées, superficielles, ou profondes, mais il ne quitte pas son premier siège. Cette double fixité de siège, et de durée, le rapproche de la scrofule, mais elle différencie ses lésions, des lésions de la syphilis et de l'herpétis, qui sont essentiellement nomades et intermittentes.

Or, dans le cours de sa longue évolution, le mycosis fongoïde présente les plus singulières intermittences. Sans cause appréciable, sans accidents extérieurs, et sans troubles intérieurs, les lésions qui le caractérisent disparaissent; et cette disparition s'opère plusieurs fois, à plusieurs reprises, à intervalles plus ou moins éloignés. Cette disparition comprend les lésions les plus graves, des tumeurs du volume d'une pomme d'api, des ulcérations larges et profondes : cette disparition brusque et spontanée est quelquefois partielle, elle ne s'opère que dans une région, mais quelquefois aussi elle est générale, elle comprend les lésions qui recouvraient le corps entier, en sorte que la peau redevient, en très il peu de temps, saine; et, autre phénomène, bien digne | de remarque, aucun accident de répercussion, de métastase no se produit nulle part, à la suite de cette rétrocession si rapide et si importante. Il y a là, dans ce [ mode d'évolution du mycosis fongoïde, un caraclèro ; tout opposé à celui du carcinome. L'histologie et l'observation clinique semblent donc, chacune\ de leur côté, exclure le mycosis fongoïde de la famille des j cancers, ^

MYCOSIS FONGOIDE 193

Et cependant, comment voir une simple cadénie, dans mic afîeclion dont la malignité est si bien accusée, dans une affection essentiellement diathésiquc, qui a une tendance invincible à la généralisation, qui couvre la peau de tumeurs, dont la désorganisation spontanée et constante, amène des ulcères sanieux, fétides, à bords indurés, dans une affection, enfin, dont la mort est la terminaison fatale et inévitable? N'y a-t-il pas là un ensemble de caractères qui rappellent ceux du cancer ? Et quand même le microscope n^ découvrirait qu'un tissu adénoïde, et quand même aussi l'observation clinique y trouverait des intermittences de durée, des rétrocessions de ganglions engorgés et de tumeurs cutanées, au point que le malade peut se considérer comme guéri, sa peau étant redevenue saine jusqu'à ce qu'une nouvelle poussée y reproduise les mêmes lésions, une appréciation logique de cette affection, de ses caractères de généralisation, de malignité, d'ulcération, d'incurabilité, ne doit-elle pas nous la faire considérer comme étant de nature cancéreuse, comme étant une forme à pari, anomale, singulière et bizarre du cancer de la peau ? C'est à ce titre que nous vous en parlons ici.

L'évolution, toujours longue, du mycosis fongoïde, compte trois périodes. La première est une période maculeuse; ce sont de simples tacbes érytbémateuses, congestives. prurigineuses, généralisées, et compliquées de l'engorgement des ganglions; ces tacbes sont intermittentes, elles disparaissent d'elles-mêmes, pour reparaître, après un intervalle plus ou moins long.

La deuxième période est caractérisée par une alléra-

(lUinoUTjfpEAU. , .q

MYCOSIS FOKGOIDE

tion plus grave do la peau ; elle s'épaissit en surfaces hyper Irophiées, en plaques analogues aux plaques du psoriasis : ces plaques se recouvrent de papules de lichen ; l'engorgement ganglionnaire se prononce davantage.

La troisième période, qui ne commence guère que deux ou trois ans après le début des premiers accidents, est signalée par le développement de tumeurs de grosseur variable, sur la surface des plaques hypertrophiques. Ces tumeurs, que l'on a pu comparera destomates, augmentent encore l'engorgement des ganglions ; elles sont molles, fongueuses, et disparaissent aussi, toutes, ou quelques-unes d'entre elles seulement, ainsi que l'engorgement ganglionnaire, pour reparaître avec cet engorgement, après un intervalle, dont la durée est variable. Elles Unissent par s'ouvrir, et se transformer en autant d'ulcères sanieux, fétides, repoussants, fongoïdes, ayant tous les caractères des ulcères cancéreux. Alors la santé du malade s'altère ; il tombe dans le marasme, maigrit, perd ses forces, et meurt dans la cachexie.

Tel est le mycosis fongoïde : s'il n'a pas tous les caractères du carcinome, il en a, du moins, un assez grand nombre, pour que nous puissions, je vous le répète, le considérer comme appartenant au cancer, et comme en étant une forme, rare, insolite, mais cependant réelle.

Mélanose.

Voici une autre forme, rare aussi du cancer de la

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peau ; ici ce sont de petits g-rainsdu volume, et de la couleur des grains du cassis qui s'infiltrent dans l'épaisseur du derme, et amènent promptement l'engorgement des g'anglious voisins. Bientôt ces petits grains grossissent, deviennent confluents, forment une tumeur volumineuse, qui s'ulcère et fournit, en manière de suppuration, une substance à demi liquide, gélatineuse, fétide, analogue à la pulpe du cassis. La propagation de tumeurs semblables se fait rapidement, dans toute la région affectée ; celte propagation, qui, dans le mycosis fongoïde, restait superficielle, et s'opérait en surface, se produit ici surtout en profondeur, et gagne les muscles, les os, et les organes viscéraux, qui ne tardent pas à être criblés, et comme infiltrés de tumeurs noirâtres semblables à celle de la peau. La mort du malade est la règle invariable. Celte forme de cancer a une telle tendance à se généraliser, que son ablation cliirurgicale, même càson début, et à la première apparition d'une tumeur mélanique, est constamment suivie de récidives, soit superficielles soit profondes. Les sièges d'élection de la mélanose, plus fréquente chez la femme que chez l'homme, sont les plis inguinaux, la vulve et la face ; la mort en est la terminaison rapide et constante. Les éléments du cancer, niés histologiquement par M. Cornil, y ont été constatés par d'autres micrographes, de sorte que, si l'on peut conserver quelques doutes sur la nature cancéreuse du mycosis fongoïde, on n'en peut avoir aucun relativement à la mélanose, qu'Alibert désignait sous les noms de carcinepicjmentaire, et de carcine mélanée.

SQUIRRHE

Squirrhe .

Après vous avoir fail connaître le mycosis fongoïde, et la mélanosc, deux affections cutanées, qui, par leur malignité, par leur puissance désorganisatrice et destructive, appartiennent au cancer, sans en avoir cependant toutes les allures et tous les caractères ; après vous avoir montré ces deux affections si redoutables, ces pseudocancers, dont la terminaison est toujours fatale, et qui détruisent la peau, en même temps que parleur propagation de voisinage, ou d'infection constitutionnelle, elles détruisent la vie, abordons maintenant le vrai cancer de la peau, celui qui nous présentera tous les caractères du cancer, caractères cliniques, durée continue, malignité, gravité progressive, g'énéralisation, soit par voisinag'e, soit par puissance infectieuse des lésions ; tendance de ces lésions à la récidivité, après leur ablation, cachexie et perte de la santé générale, précédant la mort, terme ultime et constant de la diatlièse. Le cancer de la peau, ou carcinome, existe sous doux formes différentes ; l'une plus fréquente c'est le squirrhe; l'autre plus rare, c'est l'encéphaloïde.

Le squirrhe de la peau est tantôt primitif, et tantôt secondaire. Primitif, il se développe en premier lieu, dans l'épaisseur do la peau; secondaire, il n'y apparaît que consécutivement à son existence préalable dans uu organe qui le transmet à la peau par voisinage. Le squirrhe de la peau est beaucoup plus commun chez la femme que chez l'homme ; les trois cas que nous avons observés, existaient, tous les trois, chez des femmes.

SQUIRRHE 197

Le squirrhe de la peau affecte trois formes différentes, et il nous a été donné d'observer chacune de ces trois formes. Dans la première forme, c'est une tumeur, dure, du volume d'un œuf, ou même du poing, qui se développe dans l'épaisseur de la peau. Il en était ainsi chez la malade de la maison municipale de santé, dite maison Dubois, dont nous avons rapporté l'observation dans notre dernière conférence. Cette masse est constituée par un tissu néoplasique, très dense, très compact, blanc, napiforme, criant sous le scalpel, et dans lequel le microscope découvre et constate tous les éléments histologiques du cancer. Cette tumeur, au bout d'un temps variable, amincit la couche cutanée qui la recouvre, elle lui donne une teinte d'un rouge violacé, la teinte de l'érylhème paratrime, prélude de l'ulcération ; elle se transforme en effet, en une ulcération, ayant tous les caractères, toutes les complications, et toutes les conséquences de l'ulcère cancéreux.

La deuxième forme du carcinome squirrheux, ou squirrhe de la peau, c'est la forme tuberculeuse ; nous vous en présentons un remarquable spécimen, moulé sur une de nos malades de la salle Henri IV. Dans cette forme, que je place sous vos yeux, la peau devient le siège, ainsi que vous pouvez le constater, d'un nombre très considérable, de plusieurs centaines de petites tumeurs tuberculeuses, que vous voyez ici, à des degrés différents d'avancement et d'évolution. Les unes forment dans l'épaisseur de la peau des reliefs, des nodosités, de la grosseur d'une lentille, d'un petit pois, ou d'un haricot. Au niveau de chacun de ces reliefs, dont l'ensemble

SQUIRRIIE

donne iila peau un remarquable, el très apparent aspect mamelonné, la peau est amincie, rouge, érytliémateusc, annonce de son ulcération prochaine. Les autres tubercules, que je vous montre ici, plus avancés, ont détruit la peau, et ils forment au-dessus de sa surface ulcérée, des petites tumeurs pyramidales , et arrondies, qui s'élèveraient beaucoup plus haut, acquércraient un volume beaucoup plus considérable, si elles ne portaient pas en elles un principe de destruction, en vertu duquel, elles se désorganisent, elles se creusent d'ulcérations, à mesure qu'elles se développent. Ces tubercules sont formés des mêmes éléments néoplasiqu(îs que l'on retrouve dans tous les carcinomes.

La troisième forme du squirrhe de la peau est la forme granuleuse, oumiliairc. Nous en avons observé un cas, il y a deux ans, chez une femme couchée, au n" 41, de la salle Henri IV; cette femme avait, sur toute l'étendue du dos, et de la poitrine, sur les seins, et en dehors des seins, et sur toute la peau de la région abdominale, une véritable infiltration de granulations squirrlieuses. Il y avait, ainsi incorporés dans la trame dermique, des milliers, un véritable semis de petits grains squirrheux ; ils étaient du volume de grains de millet; la peau en était farcie ; il en résultait une tension, un épaississcment, et un état congestif, violacé, érythémateux de la peau, érythème paratrime, de mauvaise nature, précurseur et compagnon de la désorganisation et de l'ulcération. Et, en effet, on trouvait, correspondant à un très grand nombre de granulations, une multitude de petites ulcérations suintantes, et ichorcuses. Tous les

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ganglions de voisinage étaient engorgés. La santé générale était très mauvaise ; on pouvait constater, sur l'état général, le retentissement grave et perturbateur de lésions cutanées diathésiques et malignes. La malade tomba dans le marasme, la consomption, la fièvre hectique, et s'éteignit dans la cachexie la plus prononcée.

Telles sont les trois formes sous lesquelles se présente le squirrlie de la peau. Que le carcinome y soit primitif, ou secondaire, c'est-à-dire qu'il se soit développé consécutivement au carcinome d'un autre organe, sa marche, ses effets locaux et généraux, et sa terminaison sont les mêmes. Ce sont toujours des engorgements ganglionnaires, des accumulations, des indurations néoplasiques,. des dégénérescences de tissus, des ulcérations fétides, la dégradation des forces, et finalement, la mort.

Dans le cours de son évolution sur la peau, le cancer peut y rester, s'y étendre, s'y propager, en envahir une étendue plus considérable, se contenter d'atteindre les ganglions correspondants, mais ne pas aller plus loin, et consommer la perte du malade, sans s'être propagé, soit par voie de voisinage, soit par sa puissance infectieuse, au delcà de la peau et des ganglions. C'est ainsi que les choses se sont passées chez notre malade du n" 41 de la salle Henri IV. D'autres fois, le squirrlie développé primitivement dans la peau, se propage, se généralise, et, soit par contiguïté et continuité de tissu, soit par sa puissance infectieuse, il envahit des organes plus profonds, comme le péritoine et les plèvres ; ]e fait que nous avons observé, à la maison de santé, nous offre un

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exemple de cette généralisation profonde et viscérale.

Encéphaloïde.

Le carcinome cutané revêt plus rarement la forme de l'encéphaloïde : les cas de cancer encéphaloïde de la peau sont très rares. Ils sont caractérisés par le développement, dans l'épaisseur, et à la surface de la peau, d'une tumeur do volume variable, ou de plusieurs tumeurs, composées d'une substance molJe, fongoïde analogue à la substance cérébrale, s'ulcérant avec une très grande rapidité, produisant des ulcères ayant un caractère plus malin, plus rongeur encore que les ulcères squirrlieux, se propageant plus largement à des organes voisins ou éloignés, et amenant, plus vite encore que le squirrlie, l'émaciation, la fièvre hectique et la mort.

Cancroïde, épithélioma, ou tumeur épithéliale.

La diatlièse cancéreuse, quand elle se manifeste sur la peau, est éminemment protéique. Nous l'avons vue, dans le mycosis fongoïde, prendre les allures de l'intermittence, n'avoir pas la constitution histologique du cancer, et cependant, ulcérer, désorganiser, détruire comme le cancer, résister à tous les traitements , et ne se terminer qu'à une mort toujours inévitable. Dans la mélanose, nous l'avons vue, avec un degré de malignité plus considérable, et un degré d'infection, et de généralisation plus rapide, arriver plus vite au dénouement fatal. Dans le carcinome, représenté par le squirrhe et l'encéphaloïde, nous avons vu le cancer complet, avec

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SCS éléments néoplasiqucscaracléristiques, et son évolution fatale, aboutissant à l'ulcération locale, à l'empoisonnement général, et à la mort, à courte échéance.

Avec le cancroïde, nous allons voir un cancer, d'une physionomie toute différente, si différente que Ledran, en 1757, Richter, en 1786, et Mayor, en 1846, soutiennent que le cancroïde n'est point un cancer. Mais, Michon, en 1848, dans une remarquable thèse de concours pour le professorat, et après lui, Velpeau, Cloquet, Nélaton protestent contre cette doctrine ; ils professent que le cancroïde est véritablement un cancer, mais un cancer mitigé, ayant une malignité moindre que le carcinome, mais étant de la même nature. Les histologistes, parmi et à la tète desquels nous devons citer Lebcrt, confirment cette opinion, en démontrant que le cancroïde renferme tous les éléments néoplasiques du cancer, mais avec des caractères moins tranchés , moins absolus que le carcinome , et avec une atténuation, qui correspond à l'atténuation des symptômes cliniques que présente le cancroïde.

Nous considérerons donc le cancroïde, ou tumeur épithéliale, ainsi que l'appelait Lcbert, comme étant vraiment un cancer. Seulement nous y verrons un cancer différent de lui-même, ayant tantôt tous les caractères de malignité qui distinguent le cancer, et tantôt, au contraire, se présentant avec une sorte de bénignité, qui n'appartient pas habituellement au cancer ; aussi nous dirons que le cancroïde a deux formes, une forme légère ou bénigne, et une forme grave ou maligne.

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Si le mycosis fongoïdc, lamclanosc cL l'encéplialoïde ne se rencontrent que rarement ; si leurs dégénérescences néoplasiques et ulcéreuses sont les plus rares de toutes celles que produit le cancer, le cancroïde est au contraire, la forme la plus fréquente, sous laquelle nous constatons sa présence. Le cancroïde, outre sa fréquence sur la peau, et sur les muqueuses qui entourent les ouvertures naturelles, est encore le cancer le plus habituel de l'utérus, de la langue, de l'isthme du gosier, de la vulve, du vagin; mais nous ne l'examinerons pas sur ces organes, nous ne l'étudierons que dans ses sièges le plus superficiels, et les plus communs, c'est-àdire sur la peau, et sur les lèvres ; rappelons-nous, en effet, que nous n'avons à nous occuper, que de lésions cutanées seulement.

Le cancroïde se développe partout, sur toute la superficie du corps ; sur le tronc et sur les membres. Nous en avons vu, et opéré un, sur la face dorsale de la main ; mais son siège d'élection c'est la face ; et sur la face, il se place encore de préférence, sur la lèvre inférieure, sur la paupière inférieure, sur la région malairo, sur le nez ; très rarement il affecte la paupière supérieure et la lèvre supérieure. D'une nature cancéreuse, bien que mitigée, en vertu, et par le fait de cette nature, il esl toujours grave, même dans sa forme la plus torpidc, lorsque la malignité de sa nature semble en quelque sorte endormie fcar cette malignité peut se réveiller, cl se réveille, en effet, au moment où on s'y attend le moins. Mais s'il est toujours grave par lui-même, sa gravité est encore en rapport avec les sièges qu'd

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occupe, avec les troubles fonclionncls qu'il pcul produire, avec les difformités qui sont la conséquence de ses différents sièges, et avec les difficultés qui en résultent, pour en débarrasser le malade, par une opération cliirurgicale.

Ainsi, quand il se place sur la paupière inférieure, il compromet l'existence de l'œil; par la destruction de la paupière, par l'oblitération et la désorganisation des voies lacrymales ; quand il se développe sur la lèvi'e inférieure, il apporte une gêne considérable à la plioualion, à la préhension des aliments, à la mastication; il a pour conséquence l'écoulement incessant et invovolontaire de la salive, par suite de la gêne qu'il apporte au mouvement do la lèvre, et par suite de sa destruction plus ou moins complète. Il est moins grave, parconséquent,lorsqu'ilse trouve loin d'un organe important, et sur une surface plane, où ses ravages ne peuvent troubler aucune fonction, où il est facile de l'enlever.

Le cancroïde, nous le disions tout à l'heure, considéré, en dehors, et toute abstraction faite de son siège, a tantôt une forme légère ou bénigne, et tantôt une forme grave oum.aligne.

Dans sa forme légère, il a deux périodes ; la première est lapériode boutonneuse ou squameuse, ladeuxième est la période ulcéreuse.

Dans sa première période, rien, en apparence, n^est moins grave ; c'est une simple petite verrue, ou une simple squame, qui n'est le siège d'aucune douleur, et qui n'exerce aucune réaction générale. Les malades ne s'en effraient nullement; ils considèrent même, quelque-

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fois, ceLte produclion, en apparence de la plus complète innocence, comme une de ces taches, comme une de ces petites lésions sans importance, désignées sous le nom de nœvus, ou de grainde beauté.

Sous cette apparence si bénigne et si trompeuse, vous reconnaîtrez le cancroïde : 1° à ce qu'il n'est point congénital; 2° à sa durée, longue, et datant quelquefois de plusieurs années ; 3" à sa persistance à se reproduire, quand il a été enlevé par le grattage, ou par tout autre moyen. Ainsi la verrue, la squame détachées par un frottement quelconque, se reproduiront constamment ; les choses pourront durer ainsi pendant plusieurs années; 4° le siège habituel des verrues n'est pas sur la face, mais sur les mains, sur leur partie dorsale en particulier ; 5° les verrues, ou papillomes ne s'ulcèrent pas ; ils se détachent et disparaissent d'eux-mêmes ; or le bouton cancroïdien qui simule une verrue, ou la squame, qui depuis longtemps recouvrait la même surface indurée, finit par se transformer en ulcération, ou par démasquer une ulcération sous-jacente. Alors il n'y a plus de doute ; car le caractère essentiel et principal du cancer, c'est-à-dire l'ulcération, se manifeste.

Dans sa deuxième période, ou période ulcéreuse, vous reconnaîtrez plus facilement le cancroïde au caractère même de l'ulcération. Cette ulcération est arrondie, à bords surélevés, saillants, indurés, renversés eu dehors. Elle peut persister pendant un temps indéfini, sans s'agrandir beaucoup, sans occasionner de troubles locaux ou généraux bien appréciables. L'cngorgeracnl des ganglions correspondants, qui s'était manifesté.

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mais très légèrement, dès la première période, devient plus considérable à la seconde. L'ulcération, elle aussi, s'élargit, se creuse davantage, et finit par prendre un caractère do malignité qu'elle n'avait pas eu jusque-là.

Dans sa forme g'rave, ou maligne, le cancroïde reprend toute la physionomie du cancer : rapidité d'évolution, désorganisation, ulcérations vastes et profondes des parties affectées, engorgement des ganglions limitrophes, suppuration sanieuse et fétide, état général mauvais, cachexie et mort. Nous retrouvons là tout ce qui caractérise la malignité, tant au point de vue de la lésion elle-même, de ses ravages locaux, que relativement à ses retentissements fâcheux sur l'ensemble do l'économie. Et cependant, histologiquement, les caractères anatomiques sont les mêmes que ceux de la forme bénigne : ce sont toujours les éléments de formation nouvelle néoplasiques du cancer ; seulement ces élé ments sont moins tranchés, moins exclusivement néoplasiques que dans le carcinome.

La forme maligne du cancroïde a deux variétés, la variété végétante, et la variété ulcéreuse.

Dans l'une et l'autre de ces formes, la première période ou période boutonneuse est de courte durée ; lavcrrue crancroïdienne s'accroît rapidement; elle est le siège de picotements, d'élancements très prononcés ; l'engorgement ganglionnaire ne tarde pas à se produire, (•t bientôt le bouton vcrruqueux, ou squameux ne tarde pas à devenir ulcéreux. La malignité de la lésion s'accuse par une marche de désorganisation rapide. L'ulcère, une fois formé, au lieu de rester, comme

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dans la forme bénigne, sans largeur, sans profondeur, sans extension, et dans une sorte de statu qiio permanent, avec lequel l'économie puisse assez facilement s'accommoder, l'ulcère prend tout de suite les caractères de la plus redoutable malignité, et c'est ici que se prononcent les deux modes différents, ou les deux variétés, par lesquels se révèle sa malignité.

Dans la variété végétante, toute la surface ulcéreuse se couvre de proliférations saillantes, fongoïdes, dont l'ensemble, circonscrit entre les bords protubérants et indurés de l'ulcère, ressemble au chapeau d'un champignon. Ces végétations en arrivent à former un relief cliampignonneux considérable; mais leur nature maligne fait qu'elles portent, en elles-mêmes, le principe de leur destruction ; elles s'ulcèrent à mesure qu'elles se développent, de sorte qu'elles ne forment bientôt plus qu'une masse putrilagineuse et suintante, et qu'un magma de productions fongueuses et d'ulcérations partielles, développé sur la surface d'une vaste ulcération primitive.

Dans sa variété ulcéreuse, le cancroïde, manifeste sa malignité, non plus en produisant ces tumeurs champignonneuscs de mauvaise nature, qui forment des reliefs, des saillies, quelquefois si considérables, et toujours d'un aspect si repoussant ; mais, en vertu de son génie essentiellement destructeur, il pénètre profondément dans les parties molles, il ulcère, désorganise' les muscles, les aponévroses, et arrive jusqu'aux os; ou bien il étend ses ravages en surface et en superficie. Il transforme toute une région, en un vaste ulcère

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sanicux, infect, et à bords inégaux, durs et mamelonnés. C'est ainsi que l'on voit toute la figure devenue monstrueuse et un objet hideux d'horreur ; le nez et ses cartilages détruits; les commissures buccales détruites aussi, ainsi que la lèvre inférieure, la branche horizontale du maxillaire inférieur et les dents, mises à nu, la salive s'écoulant continuellement ; la préhension, la mastication des aliments, la phonation devenues impossibles. Le malade ne tarde pas à tomber dans la cachexie, et à mourir, dans la fièvre hectique et la consomption.

Heureusement ces cas si graves sont les plus rares. Le plus souvent le cancroïde se présente avec sa forme bénigne, telle que nouâ l'avons décrite, et compatible, pendant de longues années, avec la santé et les habitudes de la vie sociale.

Tels sont, messieurs, rapidement esquissés, les principaux caractères des lésions cutanées de la diathèse cancéreuse. Vous y trouvez toujours la malignité, lento ou rajDide dans ses effets destructeurs. Et tout ce quia rapport à ces lésions, considérées en elles-mêmes, dans leurs effets locaux et dans leurs conséquences générales, peut se résumer dans ces quelques mots : dégénérescence, transformation des parties molles, en tissus néoplasiques, ou de formation nouvelle ; ulcéralion de ces néoplasmes, de ces tissus de mauvaise nature; tendance à leur extension limitrophe et progressive, à leur repullulation, quand ils ont été enlevés chirurgicalcment, et à leur généralisation infectieuse dans l'économie; altération infectieuse de la santé du malade, dégradation des forces, cachexie et mort.

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