‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 29 sur 60 · QUATORZIÈME CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME CONFÉRENCE

Caractères des exanthèmes et des pseudo-exantlièines ; des fièvres exanthématiques, et des fièvres pseudoexanthématique s .

Messieurs,

Nous avons vu, dans notre dernière conférence que, s'il existe une diatlièse arthritique, mieux dénommée diatlièse congestive, cette diatlièse ne possède pas de lésions cutanées qui lui soient propres, qui n'appartiennent qu'à elle, et qui, par conséquent puissent être ses symptômes, ses signes extérieurs. Il n'y a pas, en dermatologie, une classe spéciale d'affections cutanées que l'on puisse dénommer artJwkides ; les arthritides, telles que M. Bazin les a décrites, n'étant que des lierpétides modifiées, par les régions qu'elles occupent, et par la constitution des malades qui en sont atteints. Donc reconnaissons et admettons l'arthritis , mais sans les arthritides ; effaçons même cette qualification d'arthritides afin de ne pas surcharger votre mémoire par une classification faite sans raison, afin surtout de ne pas consacrer une erreur dermatologique.

Mais les affections cutanées diathésiques (scrofulidcs, lierpétides, syphilides et dermatoses cancéreuses), ne sont pas les seules affections diathésiques que nous ayons à connaître, et dont le diagnostic nous importe ;

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il y en a d'autres, el de nombreuses, que nous ne devons pas négliger, dont nous devons étudier le diagnostic , afin de bien établir leur individualité morbide. Ces affections vont se détacher et se distinguer de celles que nous avons déjà étudiées, par des caractères tellement tranchés, que vous reconnaîtrez tout de suite combien elles en diffèrent, quelles différences profondes les en séparent, et avec quelle raison, elles doivent être placées à part, et dans des catégories spéciales que nous avons maintenant à vous faire connaître.

A côté, et en dehors des troubles infectieux, profonds, permanents et chroniques qui constituent les quatre diathèses, qui ont fait l'objet de notre étude, il y en a d'autres passagers, moins durables quoique généraux, et profonds, qui impriment à l'économie des perturbations moins longues, mais qui cependant la secouent et l'ébranlent violemment. Ces troubles sont comme des tempêtes qui bouleversent, à des degrés différents, Torganisme et jettent le désordi'e dans les fonctions physiologiques : ce sont des états pathologiques transitoires et de courte durée, que l'on désigne sous le nom de pyrexies, ou de fièvres essentielles ; on les appelle aussi fièvres éruptives, parce que chacun de ces états pyrexiques reçoit son nom, sa désignation spéciale, par le fait d'une éruption particulière qui lui correspond^ qui le constitue en entité morbide, et qui lui donne son caractère pathognomonique.

Ces états généraux fébriles ces fièvres, sont caractérisés par des éruptions qui ont reçu le nom d'exanthèmes; et lorsque l'éruption, dite exanthème, s'est

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produite au milieu d'accidonts généraux, qui en sont inséparables, la fièvre exan thématique est constituée. On peut définir l'exantlièmc un état congestif, inflammatoire, produit par la congestion active des capillaires du derme, disparaissant à la pression du doigt, pour se reproduire immédiatement, et formant à la surface de la peau, tantôt de simples taches ou macules, et tantôt des surfaces d'étendue, de configuration, et de coloris variables. Quelquefois l'exanthème, envisagé au point de vue anatomique seulement, constitue, à lui seul, toute la lésion et toute l'affection cutanée ; ainsi en est-il de l'érythème, de l'érysipèle, de la rougeole, de la scarlatine; d'autres fois l'exanthème n'est que le prélude d'une autre lésion qui se développe sur sa surface, comme sur un terrain préparé pour la faire éclore ; ainsi en est-il de la variole, de la varioloïde, de la varicelle, dont les pustules et les vésicules se développent secondairement, sur de petites surfaces primitivement cxanthématiques.

Les exanthèmes se divisent en deux classes bien différentes : les uns sont appelés exanthèmes vrais, ou simplement exanthèmes ; les autres, exanthèmes faux, ou pseudo-exanthèmes. Les exanthèmes étant toujours précédés et accompagnés d'accidents généraux fébriles, sont aus^si appelés fièvres exanthématiques, ou fièvres éruptives.

Les exanthèmes, ou fièvres cxanthématiques sont des maladies générales, infectieuses, totius substantiœ, im- I)régnant la constitution toute entière. On pourrait donc aussi les considérer comme des diathèses, mais des

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cliallièsos aigutis, fébriles, ayant iiu caractère passager, fugace, infectant l'économie tout entière, mais no faisant, en quelque sorte, que la traverser, et n'en prenant possession que pour un temps toujours très court, et toujours le même, quelques jours seulement, et toujours le même nombre de jours. C'est, en effet, un de leurs caractères les plus remarquables, que celui de leur durée. Les diathèses syphilitique, scrofuleuse, herpétique, cancéreuse, ont une durée toujours très longue, illimitée, indéfinie, égale quelquefois à la durée de la vie, à laquelle elles restent indissolublement attachées. Elles entrent dans l'économie sourdement; elles s'y insinuent lentement, peu à peu, comme subrepticement, et sans y occasionner, tout d'abord, de troubles apparents; elles commencent par y être, en quelque sorte, à l'état latent, et sans y déterminer d'accidents. Leurs développements sont progressifs; et ce n'est qu'arrivées à une certaine période de leur évolution qu'elles manifestent leur gravité. A leur début, elles semblent n'être que locales ; elles n'apparaissent que dans un coin de l'économie; elles n'y occupent qu'une seule région; elles n'y sont en quelque sorte qu'un point, et c'est de ce point qu'elles irradient, les unes plus tôt, les unes plus tard, les unes plus vite, les unes plus lentement, pour se généraliser, et envahir enfin l'économie tout entière. Si l'herpétis el la syphilis se généralisent plus rapidement que la scrofule et le cancer, si elles sont moins longues à imprégner l'économie tout entière de leurs principes infectieux, ce n'est que très tard et après plusieurs années, que se déclare l'état cachectique propre à chacune

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d'elles. Le geraïc infectieux de ces quatre diathèses est un poison lent, qui s'infiltre, qui se propage lentement; ot quand il tue, ce n'est qu'après un temps très long-.

Les exanthèmes , ou fièvres exantliématiques au contraire, envahissent tout de suite et d'emblée, l'économie tout entière; ils en prennent une possession brusque, instantanée et violente. La secousse qu'ils y impriment, la perturbation qu'ils y produisent éclatent subitement, sous le nom de prodromes ; elle précède leur apparition, et quand, au bout de 24 ou de 48 heures, l'éruption apparaît, elle se développe au milieu d'un trouble général. Ce trouble qui avait précédé l'éruption, sous le nom d'accidents prodromiques, persiste pendant son évolution, sous le nom d'accidents concomitants. Ces accidents sont essentiellement généraux ; ils affectent la constitution tout entière, ils retentissent sur toutes les fonctions ; ils atteignent tous les appareils. C'est une perturbation générale, mais une perturbation qui a ses formes, ses modalités spéciales à tel ou tel exanthème, et des caractères spéciaux si tranchés, qu'ils suffisent à établir le diagnostic, avant même l'éruption.

Les exanthèmes ne se produisent jamais, sans prodromes et sans accidents concomitants; le trouble qui les précède et les accompagne est général, parce que la maladie qu'ils représentent est générale ; la température s'élève, le désordre se fait sentir partout, dans tous les organes, dans toutes les fonctions, et le bouleversement est quelquefois si intense et si profond, qu'il peut tuer en quelques jours.

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Tandis que les diallièscs sypliiliLiquo, scrofuleuso, liorpéLiquG et cancéreuse ont une marche essentiellement chronique, une évolution lento et une durée toujours longue; et tandis qu'elles ne tuent les malades que dans leurs périodes ultimes, et après un temps toujours long, les exanthèmes, au contrairee, évoluent toujours rapidement. Leur caractère est l'acuité, leur type est laphlegmasie, l'inflammation, et ils peuvent tuer en quelques jours, soit par eux-mêmes, par Pintensité de leurs développements, par la gravité de leurs accidents prodromiques ou concomitants, par la malignité des formes qu'ils revêtent, soit par leurs complications.

Il y a donc bien réellement, deux espèces, deux catégories de diathèses bien différentes : du côté de la syphilis, de la scrofule, de l'herpétis et du cancer, diathèses chroniques et torpides; du côté des exanthèmes, diathèses ù forme aiguë, à évolution rapide et foudroyante quelquefois. Des deux côtés, la constitution toute entière est malade. Il y a . une imprégnation profonde et générale. Des deux côtés, la peau est le siège commun des manifestations morbides, et des deux côtés aussi, ces manifestations cutanées ont une tendance à envahir les tissus, et les org'anes viscéraux, soit par extension de voisinage, soil par propagation infectieuse. La syphilis envahit la bouche, l'isthme du gosier, les fosses nasales, et elle développe ses tumeurs et ses ulcérations g-ommeuses dans le cerveau, dans les poumons, dans le foie, dans la rate. L'herpétis, par ses productions eczémateuses, et psoriasiques, pénètre aussi dans la bouche et jusque dans les voies respiratoires et digestives; et à la période ultime de

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son évolution, elle y dépose des germes de tubercule cl de cancer. Le cancer, s'il est primitivement cutané, irradie vers les cavités splanclmiques. Et de même, la rougeole a son retentissement le plus g-rave dans les organes respiratoires, où elle peut, elle aussi, laisser des germes tuberculeux : la scarlatine se répand dans la bouche, sur l'isthme du gosier, et arrive jusqu'aux reins, dont elle altère profondément le parenchyme, et la sécrétion urinaire. L'érysipèle envahit aussi la cavité buccale, et descend jusque dans l'estomac, où il détermine des vomissements, incoercibles. La variole développe aussi ses pustules dans les voies respiratoires et digestives . Ainsi la syphilis, l'herpétis, le cancer, comme les exanthèmes, après s'être développés sur la peau, se propagent dans les organes splanclmiques, dont ils altèrent la constitution anatomique, et dont ils troublent les fonctions.

La syphilis, la scrofule, l'herpétis et le cancer, ont des formes relativement bénignes, et d'autres franchement mahgnes. Si nous voyons, le plus souvent, l'herpétis représentée par une affection bénigne, telle que l'eczéma circonscrit, par exemple, nous pouvons aussi lui trouver, comme symptôme, la dermatite exfoliatrice, l'eczéma aigu, fluent, généralisé, le psoriasis inveterata étreignanl le corps tout entier, le tronc et les membres, dans une carapace écailleuse inextensible. Si nous voyons la syphilis, le plus souvent, manifestée par de simples macules et des papules sans importance, nous lui trouvons aussi les ulcérations et les croûtes du rupia, les gommes et leurs ulcérations, avec le phagédénismo et la serpig-ini-

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salion toujours possibles. Si le cancer de la peau affecte, le plus ordinairement, la forme cancroïdienne, nous le rencontrons aussi, sous les formes plus malignes du squirrhe, ou de la granulic carcinomateuse. Ainsi donc les diathèses ont leurs formes bénignes et leurs formes malignes.

Il en est de même des exanthèmes ; la rougeole, habituellement bénigne, peut devenir une maladie maligne, par ses complications méningo-encéphaliques et pulmonaires ; la scarlatine peut se présenter sous sa forme maligne, angineuse, et avec ses complications de néphrite scarlatineuse. La variole peut se présenter avec ses pustules plates et sanguinolentes, entourées d'un cercle purpurique, qui, survenant au milieu d'un état mauvais,' constitue la forme appelée noire onhémor }-]iagique \ l'érysipèle toujours sérieux à la face, à cause de ses complications méningitiques possibles, peut en outre revêtir ses formes graves et malignes, et devenir phlegmoneux, gangréneux, ambulant.

Nous avons vu que les herpétides sont sujettes à des rétrocessions brusques, suivies d'accidents métastatiques du caractère, souvent le plus redoutable, il en est de même des exanthèmes : la rougeole, la scarlatine, la variole, l'érysipèle répercutés, mal sortis, ou rentrés sous diverses influences, sous l'influence du froid, par exemple, ou d'une médication intempestive, sont habituellement le point de départ des troubles fonctionnels les plus profonds, des altérations organiques les plus graves, des complications les plus dangereuses. Les diathèses herpétiques, scrofaleuscs, syphilitiques,

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cancéreuses, sont liévédilaires ; les cxanllièmes ne le sont pas, parce que, s'ils représentent des troubles, des altérations, généraux et constitutionnels, ces altérations et ces troubles ne sont que passagers et sans durée; ce sont des tempêtes qui traversent l'économie, qui la débarrassent de ses impuretés, mais qui n'y séjournent pas.

Tous les exanthèmes sont contagieux ; l'un d'eux, la variole, est virulent et inoculable, comme la syphilis, et, comme la syphilis aussi on ne peut le contracter qu'une seule fois.

Il y a donc de grandes analogies, d'importants rapports, et des points nombreux de ressemblance, et de dissemblance, entre les diathèses syphilitiques, herpétiques, scrofuleuses, cancéreuses, et les exanthèmes. Ces derniers, eux aussi, peuvent être considérés comme des diathèses, puisqu'ils sont des maladies de l'économie tout entière, qu'ils imprègnent profondément de leurs principes morbides ; leurs manifestations cutanées, les lésions de la peau qui distinguent chacun d'eux, ne sont que le symptôme de cette imprégnation morbide ; que la révélation extérieure des principes vicieux, dont l'économie toute entière est pénétrée infectieusement, de même que les lésions cutanées de la syphilis, de l'herpétis, de la scrofule et du cancer ne sont que l'expression, traduite au dehors, d\me contamination générale.

Nous pouvons donc considérer les exanthèmes, comme des maladies diathésiques, à type aigu et inflammatoire ; contagieuses, épidémiqucs quelquefois,

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vimlcnLcs cL inoculables, quand il s'agit de la variole ; cycliques, c'est-à-dire parcourant leur évolution pendant une durée fixe, régulière, toujours la même; pouvant, par leur rétrocession, produire des accidents métastatiques, et offrant toujours, bien qu'à des degrés différents, un caractère d'une incontestable gravité, quelles que soient les formes, sous lesquelles ils se présentent. Telle est l'idée que vous devC'Z vous faire des exantbèmes.

Un mot maintenant sur chacun d'eux ; il y en a six : ces six exanthèmes sont : la rougeole^ la scarlatine ^ la variole, la varioloïde, Yérijsipèle et les taches lenticulaires de la fièvre typhoïde.

Tous ces exanthèmes, en outre de leur lésion anatomique constitutive, ont des caractères généraux et communs à tous, et d'autres distinctifs, spéciaux, et patliognomoniques, par conséquent, pour chacun d'eux. Ces caractères généraux, c'est la fièvre plus ou moins intense, ce sont des troubles, ou accidents généraux, dont les uns précèdent constamment, et dont les autres accompagnent constamment aussi la présence de l'exanthème sur la peau.

Les accidents prodromiqucs ont une grande importance, car, à eux seuls, et d'après les caractères, avec lesquels ils se présentent, ils peuvent, avant toute éruption, faire diagnostiquer ce que sera cette éruption, el de quel nom il faudra l'appeler. Ainsi, en outre de la fièvre, qui existe toujours dans les prodromes de tous les exanthèmes, nous trouvons, comme accidents pathognomoniques, dans les prodromes de la rougeole,

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la congcslion, la roug-cur des conjonctives oculaires ol palpébralos, le larmoiement, et le coryza.

Et quand l'éruption s'est produite, nous constatons, comme accidents spéciaux concomitants, do la bronchite généralisée, une toux fréquente, intense, avec une expectoration abondante de crachats, dont la forme arrondie nummulaire rappelle l'expectoration de la tuberculose pulmonaire, à son deuxième degré.

L'angine est le signe constant et pathonogmonique des prodromes, et de l'évolution de la scarlatine.

La racliialgie annonce et accompagne la variole ; l'embarras gastrique et le frisson annoncent l'érysipèlc. Quant aux taches lenticulaires typhiques, elles sont précédées par un septénaire pendant lequel, on a pu constater, en outre de la fièvre, une céphalalgie intense et continue, une ou plusieurs épistaxis, de l'insomnie, de la diarrhée.

Rougeole. — Après deux ou trois jours de malaise, de courbature, de céphalalgie, de perte d'appétit, de coryza et de larmoiement, des taches se manifestent sur la poitrine, sur la face, sur le tronc et sur les membres ; ces taches sont d'un rouge rosé ; ce sont de simples macules, quelquefois cependant, comme dans la forme boutonneuse, ce sont des papules. Papules ou macules sont irrégulières, déchiquetées sur leurs bords, disparaissent à la pression du doigt, pour se reproduire immédiatement. En trente-six heures, l'éruption s'effectue, et arrive à sapériodc d'état, alors l'intensité .des accidents généraux diminue ; à partir de ce moment, l'éruption se maintient, persiste pendant deux ou troisjours,

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au bout desquels, la coloraliou rosée pâlil, s'ciïacc progTcssivement, et disparaît tout à fait du troisième au quatrième jour de son apparition, et du septième au huitième, depuis le commencement des accidents eénéraux, c'est-à-dire depuis le début de la première période, ou période d'incubation {stadium contagii), l'éruption se termine par une desquamation furfuracée. Le coryza disparaît avec les taches, mais la toux persiste pendant un temps plus ou moins long. Notez bien que la rougeole se caractérise dans ses prodromes par le coryza et le larmoiement, et que sa complication la plus constante et la plus dangereuse est la bronchite.

Scarlatine. — Les prodromes, fébriles comme ceux de la rougeole, s'en distinguent par le mal de gorge ; au bout de vingt-quatre ou de quarante-huit heures, apparaît l'éruption ; elle consiste en une multitude de petits points d'un rouge vif foncé, qui se réunissent pour former de larges surfaces d'une couleur rouge vineuse, framboisée, plus prononcées sur les parties latérales du cou, aux poignets, dans les régions génitocrurales, disparaissant à la pression du doigt, pour reparaître immédiatement, se terminant par une desquamation, en larges lamelles épidermiques, qui se produit, du septième au neuvième jour, depuis le début des accidents prodromiques, après que les plaques rouges vineuses se sont progressivement décolorées. Les quatre faits pathologiques dominant et pathognomoniques de la scarlatine, sont : l'angine prodromique et et concomitante; la couleur rouge framboisée de la période d'état, la desquamation de la période de déclin,

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l'aiicasarquo, cL la népliriLc albumineuse, qui en sont uno (les suites les plus habilucllcs, et les plus graves.

Erysvpèle. — Après des accidents prodromiques, dont la durée est de deux à trois jours, et qui sont caractérisés par du frisson, des phénomènes d'embarras gastriques, de l'anorexie, des vomissements, l'engorgement douloureux des ganglions voisins de la région sur laquelle doit se faire l'éruption, l'érysipèle apparaît sous forme d'une plaque surélevée, comme œdémateuse, dure, circonscrite par des bords festonnés, établissant une ligne de démarcation tranchée entre les parties saines et les parties malades. Celles-ci sont d'un rouge foncé, qui disparaît à la pression du doigt, pour se reproduire immédiatement ; elles sont le siège d'une douleur tcnsive, brûlante, pulsalive, et forment un relief, une tuméfaction assez considérable, pour défigurer complètement les régions, ou les organes qui sont affectés. L'érysipèle restant localisé parcourt ses périodes, et se termine dans un délai de huit à dix jours. Sa période de déclin est signalée par l'affaissement progressif des parties malades, par leur décoloration et leur desquamation épidermiquc, coïncidant avec la diminution des accidents généraux.

Mais l'érysipèle n'est pas toujours aussi simple : tantôt l'intensité, ou la malignité de l'inflammation se manifeste à la surface des parties malades, par des bulles ou phlyclènes {Eri/sipèle bulleux ou phlyctéaoïde)\ tantôt par de véritables escharres {énjsipèle cjancjréneiix): D'autres fois l'inflammation gagne les parties profondes, le tissu cellulaire sous-cutané, les gaines musculaires, et

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amène des suppurations vastes et diffuses {érysipèle phletjmoneux) : d'autres fois, et ce phénomène est habituel, l'érysipèle s'étend, se propage, gagne, de proche en proche, les parties voisines, se déclare dans les régions contiguës à celles qu'il avait occupées en premier lieu, et dans lesquelles il est encore en pleine évolution, ou bien, il ne gagne les parties voisines qu'après s'être éteint dans ses premiers sièges [érysipèle serpigineux, ambulant) ; ou bien encore il abandonne le tégument externe, pour envahir les organes profonds, les méninges cérébrales, la bouche, l'isthme du gosier, l'estomac [érysipèle métastatiquc).

Variole. — La variole est un exanthème caractérisé par la présence de pustules qui se déclarent sur des macules érythémateuses. Dans une première période [période prodromique, ou à'invasion, on constate de la fièvre, de la courbature, de la céphalalgie, des vomissements, mais surtout du lombago, fait caractéristique de cette période, au point de vue du diagnostic. La deuxième période, ou période d'éruption commence du troisième au quatrième jour, après l'invasion des accidents prodromiques. Elle se déclare d'abord à la face, au cou, sur le dos, sur les épaules, et ensuite aux membres; la face est tuméfiée, boursouflée, comme œdémateuse, parsemée de macules; chacune de ces macules se soulève, de manière à former une papule; et ces papules, après deux jours environ d'existence, s'élargissent; l'épiderme qui les couronnait est soulevé par une gouttelette de pus ; les pustules sont alors formées. Troisième période; période do suppuration. Elle est marquée par la transformation des

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papules en pustules, par la formation du pus. Chaque pustule est entourée d'un cercle érytliémateux; après vingt-quatre ou quarantc-liuit heures, les pustules offrent, à leur sommet, un point central de dépression, appelé ombilication. Cette période, qui commence vers le septième ou huitième jour, après le début des prodromes, est signalée, non pas seulement par la turgescence, par la tension, et la couleur d'un rouge vineux de toutes les parties sur lesquelles se développent les pustules, mais encore par un redoublement de la fièvre (fièvre secondaire ou de suppuration), par une aggravation dans les accidents généraux , par du délire. C'est alors que le malade inspire les plus graves inquiétudes, et qu'il est d'un aspect monstrueux. Les pustules ont envahi la bouche, la langue, le gosier; la déglutition est difficile, la salive s'écoule incessamment; il y a un ptyalisme continuel. Si les pustules sont normales, elles ont une forme arrondie, elles sont convexes, ombiliquées à leur point central, très remplies, et par conséquent fermes, dures au toucher. Si au contraire la variole est malig^ne, l'éruption se fait mal, les pustules sont flasques, molles, aplaties. La quatrième période est la période de dessicc«/îon; elle commence vers le douzième jour, depuis le commencement des prodromes, et quatre à cinq jours environ, après la formation des pustules. Chaque pustule est remplacée par une croûte sèche, dure, noirâtre, très adhérente qui ne se détache qu'après un nombre de jours variables, en laissant quelquefois après elle une cicatrice indélébile.

La variole ne se présente pas toujours de la même

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manière : elle revêt plusieurs formes ; elle est bénirjne et discrète, quand les accidents généraux sont légers, et que les pustules restent isolées les unes des autres; elle est grave et confluenle, quand la fièvre est intense, quand il y a du délire, quand les pustules sont énormes et confluentes : elle est maligne , quand l'état général est celui de la septicémie, quand le pouls est mou, diffluent ; quand la dépression g énérale des forces est considérable ; quand les pustules sont aplaties, contenant du sang-, ou entourées, à leur base, d'un cercle noirâtre. C'est alors la forme essentiellement maligne, dite variole noire ou hémorrhagique .

Varioloïde. — C'est une variole mitigée; les accidents généraux sont toujours bénins; l'éruption le plus habituellement discrète ; la fièvre qui tombe ici, comme dans toutes les fièvres éruptives, au moment oii se termine l'éruption, ne se relève pas, comme dans la variole, au moment de la suppuration ; il n'y a pas de fièvre secondaire, dite fièvre de suppuration; après la chute des croûtes, il n'y a pas de cicatrices, ou du moins, il n'y a que des cicatrices imperceptibles. La varioloïde affecte les personnes vaccinées, ou non vaccinées, et celles qui ont été variolées, ou qui ne l'ont pas été.

Taches rosées lenticidaires de la fièvre typhoïde. Elles sont caractérisées par des macules très peu étendues, ponctuées, d'une teinte rose pâle, disparaissant à la pression du doigt, pour se reproduire immédiatemenl après : elles sont donc érythémateuses , congestives. Elles ne sont le siège d'aucune douleur, d'aucun pruril. elles existent à l'insu des malades; elles sont dissémi-

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nces en nombre plus ou moins considérable sur le tronc, sur le dos, mais principalement sur le ventre. Elles apparaissent vers la fin du premier septénaire de la pyrexie. Leur nombre est, en général, en rapport avec l'intensité des accidents généraux ; il on est de même de leur étendue, et de l'intensité de leur teinte; en général, plus elles sont nombreuses, larges et apparentes, et plus il y a de gravité dans l'état du malade. Les cxacerbations qui se produisent souvent dans le cours de la pyrexie, les redoublements dans l'intensité des accidents, les espèces de récidives qui remettent tout en question, et qui se manifestent inopinément, alors qu'on pourrait croire tout terminé, coïncident liabituellement avec une poussée nouvelle et abondante de tacbes rosées. Ces tacbes ne se produisent pas toutes en même temps, et en une seule efflorescence ; mais elles apparaissent en poussées successives; la durée de cbaque tache n'est que de quelques jours seulement; leur déclin est signalé par la dégradation progressive, et l'affaiblissement de la teinte rosée, jusqu'à effacement complet; elles ne laissent aucune trace après elles.

Considéré en lui-même, au point de vue de la lésion anatomique qui le constitue, l'exanthème typhoïde ou typbique, ou, autrement dit, les taches rosées lenticulaires, n'ont aucune gravité; elles n'ont d'importance que relativement à la maladie, toujours sérieuse, dont elles sont un des symptômes. Ce symptôme, si peu important, si léger en lui-même, si disproportionné avec la gravité de la fièvre typhoïde, mérite cependant la plus grande attention, et doit toujours êire recherché avec le

GUIBOUT, PEAU.

"•^ PSEUDO-EXaNïHÈMES

soin le plus minutieux; car, n'existant que dans les étals typliiqucs, dans la fièvre typhoïde et dans lo typhus, il en est, par conséquent une des manifestations pathognomoniqucs les plus précieuses.

Telle est , rapidement et sommairement exprimée , l'idée que vous devez vous faire des exanthèmes, et des fièvres exanthématiques. Vous les reconnaîtrez aux caractères que nous vous avons indiqués. Ainsi que nous vous l'avons dit, considérez-les comme de véritables diathèses aiguës, à évolution rapide, à caractère phleginasique ; envisagez-les comme une sorte d'intoxication générale, d'empoisonnement de toute la constitution, et regardez l'éruption, quelle que soit son espèce, comme un émonctoire dépuratif, comme un effort fait par la nature pour se débarrasser de principes vicieux et malfaisants, incompatibles avec la santé, et même avec la vie. Si vous les considérez à ce point de vue, vous vous expliquerez facilement que les exanthèmes soient contagieux et épidémiques. En effet le contagium, quel qu'il soit, quelle que soit l'idée que vous vous en fassiez, air putride, germe, miasme infectieux, septicémie, bacille, microbe, ce contagium est poussé en dehors d'un organisme qui en est infecté, et absorbé par un autre organisme qui en est infecté à son tour, et chez lequel, par conséquent, se produisent les mêmes phénomènes d'intoxication, les mêmes troubles fonctionnels que traduisent les accidents prodromiques, et concomitants des éruptions exanthématiques.

Messieurs, les éruptions des fièvres exanthématiques. c'est-à-dire, de ces perturbations si graves, si violentes,

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(jui passent à travers l'économie, en la secouant comme (le véritables tempêtes, ne sont pas les seules que la demialologie offre à notre étude. Il y a en effet une au- Irc classe d'éruptions, ou affections cutanées, qui procèdent aussi de causes internes, de désordres internes, moins sérieux et moins profonds. Ces éruptions ont aussi un caractère aigu, fugace ; elles n'ont qu'une durée courte, comme la durée dos exanthèmes, mais elles n'occasionnent pas ces états pathologiques sérieux, ces bouleversements si profonds, et quelquefois mortels, que produisent les exanthèmes. Ces éruptions sont des pseudo-exanthèmes , et les accidents généraux qui les accompagnent sont dénommés des fièvres pseudo-exanthcmatiques. Ce sont là encore des états généraux, constitutionnels, mais tellement superficiels, tellement légers , tellement fugaces , si complètement dénués de gravité, qu'ils ne peuvent pas être dénommés des diatbèscs.

Les pscudo-exanllièmes, ont comme les exanthèmes une marche aiguë, ou sub-aiguë ; comme les exanthèmes, ils affectent, de préférence, les enfants et lesjeunes gens. On les voit, moins souvent dans l'âge mur, et moins souvent encore dans la vieillesse. C'est surtout au printemps ([u'onles observe, aussi ont-ils été appelés fièvres saisonnières^ fièvres vernales ou printanières* Au printemps, cncffetdans les mois de mars, d'avril, de mai, il se produit dans le corps humain, un travail de réveil, de suractivité vitale, analogue à celui que nous voyons soproduire dans les végétaux. Dans la plante, la sève se forme, circule et monte à l'extrémité des rameaux, oii elle s'épanouit

2i'f PSEUDO-EXAMHÈMES

SOUS la forme de bourgeons, de feuilles et de fleurs. Chez l'homme, une circulation plus active, amène une sorte de fermentation intérieure, qui fait monter, qui étale à la surface du corps, pour s'en débarrasser, et les éliminer sous la forme d'irruptions diverses, différents principes vicieux renfermés dans l'organisme.

La cause, la raison d'être, l'esscntialité des pseudoexanthèmes, sont les mêmes que pour les exanthèmes; il n'y a entre les exanthèmes et les pseudo-exanthèmes, qu'une différence du plus au moins, cette différence est assez tranchée pour être formulée delà manière suivante:

Les pseudo-exanthèmes diffèrent des exanthèmes : 1° en ce qu'ils ne sont ni épidémiques, ni contagieux; 2° en ce qu'ils n'éveillent que très peu de retentissement général dans l'économie, ainsi leurs accidents prodromiques et concomitants sont à peine appréciables, et manquent même quelquefois complètement ; 3° en ce qu'ils n'ont jamais, par conséquent, la gravité des exanthèmes ; 4° en ce que, bien que présentant toujours une forme aiguë, ou sub-aiguë, leur durée n'est pas fixe, cyclique, comme celle des exanthèmes, mais au contraire variable, indéterminée, par la raison que les éruptions qui les caractérisent ne se font point habituellement, comme les exanthèmes, en une seule, mais en plusieurs polissées successives. La durée moyenne des exanthèmes, nous l'avons vu, est de huit à quinze jours; la durée des pseudo-exanthèmes ne saurait être évaluée d'une manière aussi précise ; elle varie entre un, <'t trois, ou quatre septénaires.

Quelles sont donc les affections cutanées qui pourront

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être dénommées des pseudo-exanLhèmcs ou des fièvres pseiido-exanlliémaiiques? — Ce ne seront jamais celles dont le caractère est la chronicité, c'est-à-dire l'absence do tout caractère aigu, inflammatoire, et dont la durée est toujours d'une longueur indéterminée ; ainsi le psoriasis, le prurigo, ne peuvent jamais être considérés comme des pseudo-exanthèmes. Ce sont encore celles dont les lésions anatomiques présentent, soit par leur étendue, soit parleur profondeur, un caractère qui implique un degré de gravité considérable, et une durée nécessairement toujours longue : ainsi l'herpétide exfoliatrice, l'eczéma aigu, fluent généralisé, le rupia, même simplex, et sans caractère syphilitique ne seront jamais des pseudo-exanthèmes.

Vous considérerez au contraire, comme des pseudoexanthèmes, toutes les affections cutanées à caractère bénin, à type aigu, ou sub-aigu, à évolution rapide, qui se déclareront sans cause extei-ne, appréciable, sans cause interne inhérente, spécialement à tel ou tel organe, ou à telle ou telle fonction à l'estomac par exemple, mais qui seront la conséquence, ou l'expression d'un trouble généi-al passager, et sans gravité.

Ainsi l'eczéma ruhnim, le lichen ruber, le pityriasisrubra, l'urticaire (quand elle ne dépend pas de troubles digestifs spéciaux), l'impétigo, la miliaire, l'érythème, l'herpès, la roséole, la varicelle, l'ecthyma, le pemphigus aigu, dans sa forme bénigne, Vhydroa^bulleux ou vésiculeux : sont des pseudo-exanthèmes. Et il y a^des étals pathologiques fébriles que vous devrez appeler : fièvres pseudo-exanthématiques, eczémateuse, lichénoïde, jntij-

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nasiqiie, orliée, impétigineuse , 7niliaire,}ierpélique,nibcoliqiie, varicelleuse, ecthymateiise, pemjjJiigode, ou pemphkjoïde. Yous ne trouverez dans ces aiïccLions aucun (les caractères pouvant se rapporter à l'une ou à l'autre, (les quatre grandes diatlièses syphilitique, scrofuleuse herpétique, cancéreuse. Vous y trouverez au contraire, des caractères qui les rapprocheront des exanthèmes vrais, mais qui, cependant les en distingueront, d'une manière assez tranchée, pour que vous ne puissiez pas les confondre avec les exanthèmes. Les exanthèmes et les pseudo-exanthèmes ont un air de famille ; ils se ressemhlent, quant à leur origine, et quant à leurs manifestations cutanées, mais tout en se ressemblant il y a entre eux d'assez grandes différences pour qu'ils soient très nettement séparés et distingués. Yous verrez dans les exanthèmes, des maladies toujours graves, contagieuses, souvent épidémiques, de véritables diathèses ayant leurs formes bénignes et mahgnes, et susceptibles par leuirétrocession, de produire les plus redoutables accidents métastatiques. Yous verrez, dans les pseudo-exanthèmes des maladies toujours légères, ne consistant qu'en troubles superficiels, n'étant jamais graves, jamais contagieuses et jamais épidémiques. Ces deux classes de maladies si distinctes se ressemblent cependant en quelcjucs points ; elles ont, l'une et l'autre, des lésions anatomiques tantôt simples, c'est-à-dire n'ayant seul élément anatomique, comme la rougeole, la roséole, l'érythèiïie, l'érysipèle, dont la lésion anatomique reste unique et purement congestive et exan thématique, et tantôt composées, c'est-k-dire formées de plusieurs lé-

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sions analomiques, d'espèces difTércnLcs, comme la variole, la varicelle, l'impétigo, l'eczéma, l'herpès, chez lesquels la vésicule et la pustule se sont ajoutées secondairement à la lésion exanthématique primitive. Mais cette similitude au point de vue anatomique, ne saurait effacer les dilTérences profondes qui séparent les exanthèmes des pseudo-exanthèmes, les fièvres exantliématiquos des fièvres pseudo-cxanthématiques.

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