‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 30 sur 60 · QUINZIÈME CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

QUINZIÈME CONFÉRENCE

Caractères pathognomoniques des affections cutanées

cachectiques.

Messieurs,

Dans notre dernière conférence, nous avons vu des états pathologiques aigus, à évolution rapide, à forme inflammatoire, représentés sur la peau, par des lésions spéciales, toujours les mêmes, et dont le caractère, nettement tranché, est le cachet pathognomonique de chacun de ces états pathologiques, qui en reçoit son nom particulier, et son individualité morbide. Ces différents états pathologiques, nous les avons appelés des diathèses exanthématiques , parce qu'ils ont, pour signes extérieurs, des affections cutanées dites exanthèmes^ et parce qu'ils sont des maladies générales, dont la constitution tout entière est imprégnée.

A côté de ces diathèses, ou fièvres cxan thématiques, nous avons vu d'autres états pathologiques, moins graves, moins nettement déterminés, plus vagues, plus irréguliers, dans leur manière d'être, et n'ayant plus, ni caractère contagieux, ni caractère épidémique ; ceux-là, nous les avons appelés, avec M. Bazin, des {^&^1XQ^ pseudoexanlhématiques, ou ào^ pseudo-exanthèmes. Mais, exanthèmes et pseudo-exanthèmes, nous ont

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présenté un même caraclëre, quoiqu'il dos degrés différents, le caractère aigu, inflammatoire. Chez les uns, comme chez les autres, nous avons constaté la lièvre, c'est-à-dire une sur activité vitale morbide, un effort (^xpulsif, et d'élimination, pour des principes vicieux et malfaisants, dont la nature se débarrasse, par un molimen, qui les porte à la peau, sous la forme d'éruptions diverses.

Aujourd'hui, nous allons étudier un autre état général pathologique, mais bien différent, représenté aussi, suila peau, par des lésions, ou affections cutanées spéciales, qui nous le feront reconnaître. Nous ne trouverons plus rien d'aigu, rien d'inflammatoire, rien qui dans le désordregénéral produit, exprime une vitalité morbide, déviée, mais excessive et surabondante, nous trouverons au contraire la chaleur vitale qui s'éteint, la vie qui se retire, les forces qui se dégradent et s'épuisent, en un mot la cachexie.

On désigne, sous le nom de cachexie, un état général (l'affaissement, de débilitation, d'atonie, de désorganisation constitutionnelles, d'altération profonde de tout l'organisme. Il y a cachexie, quand les fonctions physiologiques ont cessé d'être régulières, quand il n'y a plus, ni sommeil ni appétit, quand la digestion est difficile, laborieuse, l'affaiblissement extrême, les forces prostrées: quand le sang est appauvri, la nutrition nulle, ou à peu près nulle, l'amaigrissement progressif, l'habitude extérieure exprimant la souffrance, et quand la peau desséchée, ridée, parcheminée, est décolorée, ou d'une teinte qui n'est plus sa teinte normale.

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Plusieurs causes différentes produisent la cachexie; la première àë toutes, c'est la vieillesse. Quand? à quelle époque de la vie, la cachexie, la décrépitude de l'âge que nous appellerons aussi la sénilité, se fait-elle sentir? — Il est impossible de le dire. La sénilité résulte, souvent, moins du nombre des années, que de la perte do tout ce qui constitue la santé. Tel individu, à quatre-ving ts ans, s'il a su conserver, par une sage hygiène, l'intégrité de ses organes et de ses fonctions physiologiques, s'il a su, par de prudents ménagements éloigner les infirmités de l'âge, est plus jeune que tel autre à cinquante, ou soixante ans, qui, s'abandonnant à la mollesse, a laissé se perdre les habitudes de travail, et d'activité de la jeunesse et de l'âge mùr, habitudes nécessaires au fonctionnement régulier de la vie .

La cachexie sénile n'affecte pas seulement la vieillesse ; elle est encore trop souvent le triste apanage de la première enfance. Rien n'est plus hideux à voir, rien n'est plus ridé, et plus décrépit, rien n'est plus vieux que ces malheureux petits êtres, mal nourris, mal soignés, dont les yeux éteints, dont le visage ridé, et le corps émacié portent l'empreinte de toutes les flétrissures, et de toutes les dégradations de la sénilité la plus avancée. Nulle part vous ne trouverez la cachexie de la vieillesse plus caractérisée que chez ces petits vieillards de quatre et de six mois, dont l'aspect navrant inspire une si profonde pitié. C'est la cachexie de la misère portée à son plus haut degré.

Mais il n'y a pas que la cachexie de l'âge, des privations et de la misère, il y a encore la cachexie de la

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débauche et de tous les excès ; il y a la cacliexie de la maladie. La cachexie est, trop souvent, l'aboutissant et la terminaison de la syphilis, de l'herpétis, de la scrofule, du cancer, et de la tuberculose. Le malade psoriasique couché au n° 39 de la salle Bichal, ne vous offre-til pas le lug-ubre tableau de la cachexie herpétique? La femme du n° 71 de la salle Henri IV, ne vous montre-telle pas la double cachexie de la scrofule et de la tuberculose, dans leur degré le plus prononcé ? etlamalade de la même salle, au n" 45, n'est-elle pas un exemple de la cachexie cancéreuse ?

La cachexie, quelle que soit sa cause n'est pas d^un diagnostic difficile. Vous n'avez qu'à regarder, vous la reconnaîtrez bien vite à toutes les ruines si apparentes qui la caractérisent.

Mais, elle est représentée sur la peau, par certaines affections, qui en sont habituellement le triste cortège et le symptôme. Ces affections, issues de la cachexie, engendrées et entretenues par elle, sont en même temps une des causes qui la font durer, et qui l'aggravent ; en sorte qu'elles sont, à la fois cause et effet. Elles sont l'effet, le résultat de la cacliexie, et elles en deviennent le symptôme, le signe extérieur, parce que, nées de la cachexie, elles en ont tous les caractères ; mais elles deviennent, à leur tour, une nouvelle cause de cachexie, par les souffrances qu'elles occasionnent, par les troubles fonctionnels qu'elles produisent, par les déperditions do substance qu'elles amènent.

Il y a donc des affections cutanées que nous pouvons appeler des affections cachectiques parce qu'elles sont

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liées à la cacliexic, parce qu'elles en sont les compagnes ordinaires, et que, par conséquent, elles peuvent en être considérées comme le symptôme.

Les affections cachectiques ont trois caractères principaux : 1" la chronicité ; développées sur un terrain qui a perdu toute sa chaleur, sur une peau desséchée, sur une constitution usée, elles ne trouvent aucun aliment inflammatoire, rien qui puisse leur donner une forme aiguë, chaude, une évolution rapide. Si l'on constate une fièvre concomitante, ce n'est pas la fièvre de l'inflammation, c'est la fièvre hectique, c'est-à-dire la fièvre delà fatigue, de la souffrance, de l'épuisement, de la consomption ; la durée de ces affections est donc toujours chronique, c'est-à-dire longue, sans chang-ements appréciables. Liées à la cachexie, elles en sont inséparables : elles ne guérissent, que si le cachectique revient à la santé, sinon, elles l'accompagnent jusqu'à la mort.

Le deuxième caractère des affections cachectiques est la tendance à l'ulcération, et à la destruction; elles ont un type essentiellement ulcératif; elles naissent de la désorganisation de tissus, qui, manquant de leur vitalité normale, et n'ayant plus qu'une vitalité déviée, ctde mauvais aloi, se couvrent de proliférations morbides, et malsaines, dont le développement devient pour la peau, comme pour l'ensemble de l'organisme, une nouvelle cause de dégradation et d'affaiblissement. Ces productions cachectiques ressemblent à ces végétaux parasitaires qui poussent sur l'écorcc d'arbres rabougris, et tombant de vétusté; l'existence de ces parasites, de ces

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moisissures, indique la maladie de l'arbre, (il son manque de sève.

Le troisième caractère des affections cachectiques esl l'atonie. Ce caractère ressort des deux premiers ; il en est la conséquence, la complication et le complément ; la réunion de ces trois caractères indique parfaitement ce que sont ces affections, elle en montre la nature et la gravité. ;D'une part, la chronicité, c'est-à-dire la durée longue et indéfinie, sans aucun phénomène aigu, du plilegmasique; d'autre part la tendance à l'ulcération, soit par gangrène, soit par ulcération, amincissement . désorganisation de la peau, ut enfin l'atonie c'est-à-dire le défaut, l'absence d'une vitalité réactionnellc, réparatrice et cicatricielle, pour s'opposer aux progrès du mal. arrêter la marche ulcérative, et réparer les pertes de substance qu'elle a produites.

Tels sont, messieurs, d'une manière sommaire, les caractères des affections cachectiques : vous voyez combien ces affections diffèrent des affections exanthématiques. Du côté des exanthèmes, nous avons la fièvre, l'acuité, l'inflammation, la vie qui surabonde d'énergie, pour se débarrasser, par un violent effort expulsif, des principes malfaisants dont l'économie esl infectée. Du côté de la cachexie, nous avons aussi des éruptions, mais, des éruptions atoniques, ulcératives, gangréneuses, produites par la désorganisation, et désorganisalrices elles-mêmes.

Et maintenant, après vous avoir donné les caractères généraux des affections cachectiques, après vous les avoir montrées, dans leur -ensemble, réunies dans un

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même groupe, [mr une similitude de manière d'èlre, d'origine, de durée, de physionomie, qui vous permettra de les diagnostiquer, voyons chacune de ces affections isolement.

Il y a six affections cachectiques, qui sont, le 7^^^;^^p/nfjîcs,lQ rupia, le purpura, le jmirigo, Vecthyma, les ulcères atoniques des jambes.

Pemphigus cachecticus ou pemphigus senilis.

Le pemphigus est une affection de la peau et des muqueuses, mais de la peau principalement, dont la lésion mère est une bulle. La bulle du pemphigus ressemble à la phlyctène du vésicatoire, ou de la brûlure ; c'est un soulèvement épidermique, de grosseur qui varie entre le volume d'une noisette, et le volume d'un œuf de dinde. Elle est claire, transparente, comme le liquide citrin qui la remplit, et persiste pendant deux ou trois jours. Trois périodes mesurent l'évolution du pemphigus, la première période est une période érythématcuse ; la deuxième période est la période vésiculeusc ; la vésicule s'élève sur la surface érythématcuse ; la troisième période est la période croùteuse ; après deux on trois jours de durée, la vésicule se crèA^e ; dans des cas plus rares, le liquide qu'elle contenait, au lieu de se répandre au dehors, est résorbé. Dans l'un et l'autre cas, le feuillet épidermique, dont le soulèvement avait formé la vésicule, s'affaisse, retombe sur la surface dermique sous-jacento et la recouvre, sous la forme d'une croûte mince, lamelleuse, foliacée, formée à la fois, et par l'épiderme, et par la concrétion du liquide

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séreux, devenu purulent, à la fin de l'évolution de la la bulle. A la faveur de la croûte, le derme ulcéré peut se cicatriser ; mais aussi il peut rester à l'état d'ulcération, et sécréter indéfiniment un liquide sanieux et infect. Tel est en quelques mots, le pcmplngus.

Or, si l'on excepte le pempliigus plantaire et palmaire des nouveau-nés, qui est toujours syphilitique ; si l'on excepte le pempliigus aigu et saisonnier, pseudo-exanthématique, qui constitue la fièvre pempliigode ou pempliig'oïde, le pempliigus, en dehors de ces deux cas est toujours cachectique, le signe et le symptôme de la cachexie.

Le pempliigus cachectique, appelé pemphigus cachecticiis ou senilis se distingue par les caractères suivants : 1° la première période, ou période érythémateuse, ou congestive, manque ; rappelons-nous, en effet, que les affections cachectiques, n'ont jamais rien d'inflammatoire, donc pas d'érythème initial ; 2" les huiles sont la lésion primitive, elles s'élèvent sur la peau, sans rougeur préalable ; 3" leur siège habituel se trouve sur les membres inférieurs; 4° si elles sont ordinairement peu nombreuses à la fois, le plus souvent il n'y en a qu'une seule {pemphigus solitarius) ; l'éruption des bulles est successive, quand l'une est alTaissée, flétrie ou cicatrisée, il s'en forme une autre [pemphigus successivus) ; et cette durée, cette formation de bulles successives peut être indéfiniment longue; elle peut se produire jusqu'à la mort du malade {-pemphujus diiitinus), ainsi épuisé progressivement, et à la longue, par celle sécrétion indéfinie de sérosité. Plus la cachexie est grave, et plus le

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volume dos bulles est considérable ; la dimiuulion dans le volume des bulles est d'un pronostic favorable.

Rupia senilis, ou cachectica.

Le rupia est une affection cutanée, dont la lésion mère est également la bulle ; mais cette bulle, profondément enfoncée dans l'épaisseur du derme, remplie d'un liquide noirâtre, et s'ouvrant, dès le premier jour de son existence, non persistante, par conséquent, diffère essentiellement de la bulle du pempliigus. Quand la bulle du rupia est ouverte, elle est remplacée par un ulcère profond, sanieux, d'un mauvais aSpccL, noirâtre, mélange de sang et de pus, appelé sanie purulente. Ce liquide se concrète sous forme de croûtes humides, stratifiées, c'est-à-dire formées de plusieurs couches lamelleuses superposées ; les couches les plus récentes sont les plus profondes, c'est-à-dire celles qui recouvrent le plus immédiatement, l'ulcération. La réunion, l'ensemble de ces différentes couches croûteuses forme une saillie conique, pyramidale, et la pression exercée sur un des points de cette surface croûteuse fait sourdre entre ses interstices, le liquide sanieux, sur lequel elle repose. Les croûtes du rupia, si elles ne sont pas arrachées, peuvent persister pendant un temps considérable. Dans les castes plus heureux, si elles ont pu être respectées, la cicatrisation de l'ulcère s'opère lentement, grâce à la protection que lui donne la croûte, contre toutes les causes d'irritation venant du dehors. Mais, le plus habituellement, et surtout si les croûtes sont situées ù la

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partie postérieure du tronc et des membres, servant alors de point d'appui, et n'ayant pas la solidité ni le degré de résistance suffisantes pour supporter le poids du corps, elles se brisent, se détachent et laissent à nu l'ulcération. Celle-ci est alors irritée par le contact de l'air, par le poids du corps, par les adhérences qu'elle contracte avec la chemise, avec les draps de lit, adhérences qui se forment, en dépit des pansements, et qui sont violemment et douloureusement rompues, à chaque mouvement du malade. Sous ces influences malfaisantes, l'ulcération se creuse, s'agrandit, devient très douloureuse, secrète, en plus grande quantité, un pus sanieux et fétide, qui, pafson odeur, empoisonne le malade, achève de l'épuiser par son abondance, en même temps qu'il est privé de repos et de sommeil, par les souffrances dont l'ulcération est la cause.

Telle est la marche, et tels sont les effets du rupia cachectique. Il se distingue du rupia syphilitique : 1° en ce qu'il ne siège ordinairement qu'aux membres inférieurs, tandis que le rupia syphilitique se produit partout, aussi bien à la face et sur le tronc, qu'aux membres abdominaux ; 2° en ce qu'il n'affecte pas habituellement la forme dite riqna jJroeminens, c'est-à-dire à croûtes très saillantes. Le rupia cachectique, indépendant de la syphilis et de l'herpétis, se présente sous deux formes : rupia simplex, à croûtes plates et relativement minces, et le rupia escharrotica, ou rupia gaiigréneux. Quand la bulle, dans cette dernière forme, s'est rompue, elle laisseàim une escharre, véritable gangrène de tissus, dont la vie se retire et qui se mortifient;

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c'est la mort partielle, la mort par lambeaux, aniiou- (;ant el devançant la mort complète du malade.

Prurigo senilis, ou cachecticus.

Le prurigo est une allectiou dont la lésion mère est la papule. Un de ses caractères est la chronicité, c'est-àdire, l'absence de toute inflammation locale et réactionnelle. Il consiste en papules larges, isolées les unes des autres, et coiffées à leur sommet, d'un petit caillot sanguin noirâtre. Le prurigo a différentes natures, en d'autres termes, diverses valeurs séméiologiques. Tantôt il est herpétique ; alors il est généralisé, il occupe les (|uatre membres et le tronc. Quelquefois il a commencé dès bs premières années de la vie; c'est le vrai prurigo, le prurigo qu'Hébra déclare être incurable, et qui, en effet, récidive avec une désespérante opiniâtreté. C'est le prurigo qui, dans certains cas, est désigné sous les noms àejmingo ferox et jjningo formicans, en raison des douleurs atroces qu'il occasionne. Tantôt le prurigo est parasitaire, symplomatique de l'existence du pedicuUis corporis, à la surface de la peau. Dans ce cas, il est limité à le région supérieure du dos, entre les deux épaules, et à la base du cou ; alors il se guérit très facilement. Aprî'S la destruction des parasites, par un ou deux bains, tenant en dissolution 20, 30 ou iO grammes de sublimé, quatre ou cinq bains sulfureux suffisent pour le faire disparaître.

Quand il est symptômatique de cachexie, le prurigo, appelé alors prurigo senilia, ou cachée licus, si la cachexie

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dépend d'une aulre cause que de la vieillesse, siège aux membres inférieurs plutôt qu'ailleurs : sans avoir le degré de malignité qu'il présente dans les formes herpétiques, dites idruricjo ferox et jmingo formicans, il ne laisse pas que d'occasionner des démangeaisons très vives, dont le paroxysme est nocturne, et dont le résultat est d'enlever tout sommeil et tout repos. Voilà comment ce prurigo, engendré par l'état cachectique de la peau, et de toute la constitution du malade, devient, à son tour, une cause nouvelle de cachexie, et d'anéantissement des forces. Il ne se guérit que par la cessation de la cachexie, c'est-à-dire par la guérison même du malade; sinon il persiste jusqu'à la terminaison fatale.

Purpura cachectica, ou senilis.

Le purpura est une affection caractérisée, anatomiquoment, par une extravasation sanguine, en dehors des vaisseaux capillaires veineux et artériels. Le sang défibrinisé, dégiobulisé, ayant perdu sa consistance, sa densité normales, s'échappe, filtre à travers les parois vasculaires, s'extravase et se répand dans l'épaisseur de la trame dermique, et jusque dans le tissu cellulaire sous-cutané. Tantôt il y forme de petites taches, d'un rouge vineux foncé, appelées pétéchies ; tantôt des surfaces larges, de dimension et de con%uration variées; d'autres fois de vastes taches noirâtres, ecchymotiques, véritables ecchymoses sous-cutanées, coïncident avec des hémorrhagies nasales, bronchiques, gastriques, vésicales, compromettant sérieusement l'existence et

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pouvant moLlre la vie dans un grand danger. Ces indications sommaires montrent qu'il y a deux formes de purpura ; la forme légère et la forme grave. La forme lég ère, ou purpura simplex, sa ^résenie sous deux modalités bien différentes. Tantôt elle est accompagnée de fièvre; aussi Willan et Bateman la désignent-ils sous le nom de ^èvre purpurique. Cette fièvre, dont la durée est de sept à huit jours, peut être considérée comme une fièvre pseudo-exantliématique purpurique. Elle existe à tous les âges de la vie, au printemps principalement. Tantôt au contraire, le purpura simplex est apyrétique, c'est le pwpura sine fehre. Dans ces deux formes, les taches purpuriqucs, quelle que soit leur dimension, se produisent sur n'importe quelle région. On les trouve sur le tronc et sur les membres ; leur durée est de sept à dix jours. Écloses en une seule poussée elles disparaissent aussi toutes en même temps. Leur coloration vineuse s'affaiblit, se dégrade, devient jaunâtre, et s'efface sans laisser de trace. Quelquefois, la production des taches est accompagnée, dans toute l'étendue du membre affecté, de douleurs vagues profondes ; c'est \g purpura rhumatismal; d'autres fois la douleur siégeant dans les taches purpuriques mêmes, consiste en démangeaisons très vives, c'est \e purpura urticans. Le plus liabituellement le purpura n'est pas douloureux.

La forme grave ou hémorrhagique, à larges suffusions sous-cutanées ecchymotiques a été décrite par Yerlof sous le nom de morbus maculosus ; sa durée est indéterminée, elle se termine souvent parla mort, com-

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pliquéo qu'elle est pai- des hémoiTliagies internes.

Le purpura peut être accompagné de fièvre, niais ce n'est pas une maladie inflammatoire; les taches grandes ou petites, simples pétécliies, ou larges surfaces maculeuses ne sont pas formées comme dans les exanthèmes par la cong-estion active inflammatoire des vaisseaux capillaires, mais par une véritable extravasalion sanguine, par l'issue du sang-, hors des vaisseaux, et sa stagnation dans le tissu cellulaire. Aussi les taches purpurioues sont-elles fixes; elles ne disparaissent pas à la pression du doigt, comme les taches érythémateuses. ou exanthématiques.

Le purpura quelle que soit sa forme, légère ou grave, fébrile ou apyrétique, qu'il existe à l'état de fièvre jmrpurique printanière, ou bien qu'il soit sans fièvre, est toujours l'expression d'un certain degré de fatigue, d'affaiblissement constitutionnel.

Lorsque le purpura est cachectilis, ou seailis, c'est-àdire symptomatique d'une cachexie quelconque, de la cachexie de l'âge, de la misère, ou de la maladie, il a pour caractères : 1° d'être sans fièvre ; 2" de siéger aux membres inférieurs ; 3" de se produire par poussées successives, et, par conséquent, d'avoir une durée longue et indéterminée, comme toutes les autres affections cachectiques, d'être comme elles, atonique et chronique dans son évolution, et dans ses caractères; il ue guérit que par la guérison de la cachexie elle-même.

Ecthyma cachecticum ; ecthyma senile.

L'ecthyma est une affection cutanée dont la lésion

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mère est la pustule. Les pustules de l'ecthyma ont pour caractère d'être volumineuses, arrondies, grisâtres, entourées à leur base d'un cercle érythémateux, de persister à l'état de pustules, pendant quatre ou cinq jours de suite, et de donner lieu, par la concrétion du pus qu'elles contiennent, à des croûtes noirâtres, sèches, très adhérentes à la peau, et persistantes elles-mêmes, pendant un nombre de jours considérable.

Tels sont les caractères anatomiques de l'ecthyma. Considéré maintenant au poin^ de vue de sa nature, l'ecthyma est tantôt aigu, pseudo-exan thématique, constituant la fièvre pseudo-exanthématique printanière ecthymateuse ; tantôt il est parasitaire, symptomatique de l'existence de la gale, et alors affectant les mêmes sièges que la gale, entourant les vésicules et les sillons acariens, s'éteignant avec eux, et même avant eux, sous l'influence d'un simple traitement émollient. L'ecthyma ost encore syphilitique, symptomatique de la syphilis à sa période tertiaire, constituant une syphilide maligne, ou ulcéreuse. Il y a aussi un ecthyma herpétique, lié à une lierpétis ancienne grave.

Il y a enfin un ecthyma cachectique, ectJiyma cachecticum senile, symptôme de toutes les cachexies, et en particulier de la cachexie senile.

L'ecthyma, en dehors de sa forme aiguë pseudoexanthématique, et de sa forme parasitaire porte toujours avec lui un caractère cachectique ; quand il est syphilitique, il traduit, sur la peau, une syphilis ancienne, grave, arrivée à sa période tertiaire, et ayant déjà imprimé à toute l'économie un certain degré de cachexie. Quand

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il est lié à l'hcrpéLis, c'csL à une licrpélis déjà voisine de la cachexie herpétique.

L'eclhyma est surtout cachectique quand il représente la cachexie sénile, et ses caractères sont alors les suivants : 1° il est disséminé, mais siégeant surtout aux membres inférieurs ; 2° il est sans fièvre ; 3" les pustules ecthymateuses se produisent par plusieurs poussées successives, par conséquent sa durée est très longue, indéfinie, il est lié à la cachexie elle-même, dont il est le compagnon inséparable ; il ne se guérit que si elle se guérit; 4° il est essentiellement ulcéreux; quand les croûtes se détachent, les parties sous-jacentes ne sont pas cicatrisées, elles restent à l'état d'ulcérations suppurantes. Ces ulcérations sont très douloureuses ; elles contractent des adhérences avec tout ce qui est à leur contact, et ces adhérences rompues, déchirées, cà tous les mouvements des malades, sont la cause de très vives douleurs : ces douleurs, d'une part, et d'autre part, la suppuration sont une cause d'aggravation de l'état du malade, de sorte que l'ecthyma cachecticiim, engendré par la cachexie, devient à son tour une cause nouvelle de cachexie, un principe d'aggravation pour cette cachexie, qu'il entretient, et contribue à rendre de plus en plus sérieuse cL incurable.

Ulcères atoniques des jambes.

Ces ulcères que j'ai décrits, avec tous les détails qu'ils comportent, dans le deuxième volume de mes leçons cliniques sur les maladies de la feau, sont encore un symptôme de cachexie. Ils oITront à noter deux faits

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pathologiques, importants et pathog-nomoniques, qui les constituent, et en caractérisent la nature : T l'amincissement, la diminution de la vitalité des parties molles, qui se désorganisent, s'ulcèrent et se spliacèlent ; 2° l'atonie complète de toutes les parties ambiantes, et par conséquent l'absence, l'impossibilité d'une réaction, d^une inflammation de bonne nature, bourgeonnante et cicatricielle.

Ainsi, d'une part, tendance ulcérative et destructive, et d^autre part, rien qui s'oppose à cette disposition ulcérative, rien qui en arrête les progrès, aucune vitalité prolifératrice, pour combler les vides produits, et réparer les tissus détruits... Yoilà en deux mots ce que sont ces ulcères atoniques, séniles et cachectiques; voilà l'explication de leur formation, de leurs accroissements, et aussi de l'excessive lenteur, de l'extrême difficulté de leur guérison, de leurs récidives, et, nous pouvons même le dire, de leur incurabilité.

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