‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 31 sur 60 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

Vous devez comprendre maiiiLeuaiiL quelle place importante et capitale les maladies de la peau occupent dans la pathologie. Sans elles nous ne connaîtrions ni la syphilis, ni la scrofule, ni l'herpétis, puisque la peau est le terrain de prédilection de ces trois grandes diathèses ; puisque c'est sur la peau, et par les lésions spéciales qu'elles y inscrivent, qu'elles manifestent leujexistence. J^t ces lésions que sont-elles, sinon les caractères pathognomoniques, les symptômes de ces diatlièses? Le cancer, lui-même, choisit la peau, pour y développer plusieurs de ses formes, que la dermatologie nous apprend à diagnostiquer. Sans la connaissance des lésions cutanées qui les distinguent, et qui leur donncul à chacune leur nom, nous ne comprendrions rien aux fièvres cxanthématiquos , et pseudo-exanthématiques.

Les maladies parasitaires que nous rencontrons si souvent, n'est-ce pas encore la dermatologie qui nous les enseigne?

Les maladies, dites maladies de la peau, ne soni donc, en réalité, que les maladies de l'organisme près-

que Loul cnLier, devenues maladies extérieures, et s'élalant sur noire tégument externe, en traits visibles et palpables, pour nous en rendre lo diagnostic facile. Considérée à ce point de vue, la dermatologie est donc une des branches les plus importantes de la pathologie, puisqu'elle en est le flambeau, puisqu'elle est le guide et la lumière du diagnostic, dans un grand nombre d'états morbides qui, sans elle, resteraient obscurs, vagues, et indéterminés.

Mais la dermatologie n'est pas seulement ce que nous venons de dire ; elle est encore l'indice, la manifestation extérieure des troubles physiologiques et pathologiques, superficiels et profonds, inhérents à telles et telles phases de notre existence; elle est, de plus, l'expression visible et la traduction au dehors, de certains états psychiques, et d'émotions morales, qui se reflètent sur la peau, en caractères que nous avons à vous faire connaître.

Il existe. Messieurs, entre la peau, la peau du visage surtout, et de l'estomac, les sympathies les plus étroites, et comme une intime solidarité. La muqueuse gastrique est-elle congestionnée, par une digestion laborieuse? — La face est rouge, vultucuse. Et si cette coloration anormale et de sympathie, se renouvelle fréquemment à la suite d'excès de table habituels, elle reste permanente; et sa persistance devient le commencement d'une affection congestivc, appelée couperose, acné rosacée, ou taches couperosiques. Vous savez que les excès alimentaires, et en particulier l'abus des boissons alcoohques, sont une des causes de l'acné boutonneuse, et de l'acné couperosique; affection, qui ne laisse

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pas (l'avoii- un certain dcg-ré de gravilé par sa durée longue, opiniâtre, et surtout par la difformité qui la caractérise. Rieii,en effet, n'est plus disgracieux que ces lubcrcdcs acnéiques, et que ces taches d'un rouge vineux et frambroisé, qui s'étalent sur le front, sur le nez, sur les joues et sur les épaules. C'est le plus souvent dans l'estomac, et par l'estomac, qu'il faut attaquer celte affection érytliémateuso congestive oxantliématique, qui siège, à la fois, dans les glandes sébacées, et dans la zone dermique qui les entoure. Sans doute, vous instituerez un traitement local, vous prescrirez ces lotions répétées, avec la solution sulfureuse que vous nous voyez employer, avec tant de succès, et dont voici la formule :

Sulfure sec de potassium. . . b gr.

Teinture de benjoin S gr.

Eau 500 gr.

En mettre, pour chaque lotion, une grande cuillerée dans un verre d'eau chaude.

Mais en même temps, vous vous occuperez spécialement de l'estomac, vous soumettrez le malade à un régime diététique convenable; vous interdirez tous les irritants, et vous opérerez de salutaires révolutions par des boissons dépuratives et purgatives.

L'usage de certains aliments, d'une digestion difficile, fatigue l'estomac, et cette fatigue a son retentissement sur sa peau ; ainsi, après l'ingestion de certains crustacés, tels que les moules, le homard; de certains poissons, tels que le brochet, et spécialement des œufs de ce poisson, il n'est pas rare de voir le corps se couvrir

un UEllMAiOSES DE TROUBLES PATHOLOGIQUES

(rélovui-es (rurlicaii c, ou de papules d'érylhîimu ; cos éruptions sont le sympLùmc do l'irritation de la muqueuse gastrique, et c'est de ce coté, et non pas sur la peau, qu'il faut diriger votre thérapeutique. Ces affeclions cutanées, symptomatiques d'une légère, et passagère irritation intestinale ne sont pas durables; elles ne persistent guère plus de un à trois ou quatre jours.

Los mêmes phénomènes symptomatiques se produisent sur la peau, après l'usage de quelques médicaments, difricilemcnt acceptés par l'estomac, ou dont l'emploi a été très prolongé. Ainsi quelques doses de copahu suffisent quelquefois, pour que tout le corps se <;ouvre d'une éruption généralisée, d'un érylhème papuleux, ou tuberculeux, qui a reçu le nom ([' érythème ro'pahiqiie. L'iodure de potassium, mal supporté, ou donné à trop fortes doses, produit quelquefois une éruption pustuleuse, qui n'est sur la peau que le reflet de l'irritation stomacale.

Vous verrez, dans des cas de dyspepsie, de gastrite chroniques, de mauvais état des voies digestives, vous verrez, sur la peau, une urticaire, à évolution également chronique, se produisant quelquefois sous la forme intermittente, avec des paroxysmes, tantôt du jour, et tantôt de la nuit [iirticaria evanida, nocturna, et diurna). Yous verrez dé malheureux malades, tourmentés par les démangeaisons intolérables de ces éruptions intermittentes ou continues, qui les privent de sommeil, les énervent et les épuisent, et dont le point de départ, <a la cause se trouveront dans les organes de la digestion, dans l'eslomac surtout. Les désordres de la peau ne

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SLMoiit que la iiianifeslaLiou extérieure des désordres gaslro-inlestinaux. La véritable maladie est intérieure, viscérale et profonde; et c'est là qu'il faut l'attaquer par une médication convenable. Tout ce qui se passe d'anormal sur la peau, n'est que l'effet et le symptôme do troubles, ou de lésions internes.

Mais ce ne sont pas seulement des troubles, ou des lésions morbides internes dont les symptômes se produisent sur la peau; il y a aussi des troubles, en quelque sorte normaux et nécessaires, compagnons habituels do certaines fonctions physiologiques, qui ne s'accomplissent pas, d'ordinaire, sans une secousse générale, ébranlant plus ou moins l'économie. Il en est ainsi de la dentition. La congestion et la douleur de l'évolution dentaire ont leur retentissement sur la peau, par des éruptions de strophulus prurigineux, c'est-à-dire par l'éruption de ces grosses papules blanchâtres qui se produisent sur un fond érythémateux, et qui sont toujours le siège d'un prurit intense. Ces éruptions symptomatiques se l)roduisent, tantôt sur les joues de l'enfant, dans les régions correspondantes aux dents qui poussent, et tantôt sur le tronc, et sur les membres supérieurs, ou inférieurs.

Il en est ainsi encore de la menstruation : il y a des femmes, chez lesquelles chaque époque menstruelle est précédée et accompagnée de l'éruption, soit d'une pla- (jue d'herpès, soit d'une plaque d'érythème papuleux ou tuberculeux, soit de quelques élevures d'urticaire, se |)roduisant dans des sièges variés, tantôt sur la face, tantôt sur le cou, ou sur la poitrine. En sorte que l'ap-

parition de ces éruptions est l'annonce, et l'avant-coureur (le l'appaiition des régies.

Et de plus, n'est-il pas d'observation, que dans le cours, dans l'évolution de toutes les affections cutanées à type congestif ou inflammatoire, telles que la couperose, Feczéma, l'herpès, l'impétigo, le lichen ruber, le pityriasis ruhra, l'érythème, n'est-il pas d'observation que chaque époque cataménialc est sig-nalée, par une congestion plus intense^ par un degré d'inflammation plus prononcé de toutes les affections cutanées préexistantes. Or, ce redoublement dans l'intensité de ces affections cutanées, cette poussée qui s'opère en elles, n'est que le prodrome et le symptôme de l'époque menstruelle. Lors donc que vous voyez ces exacerbations se produire, sans autre cause appréciable, n'hésitez pas à y voir le signe de l'approche, ou de l'existence actuelle des règles. Pour votre pronoslic, et pour le traitement, tenez compte de cette exacorbation, sachez qu'elle n'est que passagère ; elle ne durera qu'autant que dureront les règles, et quand celles-ci seront passées, les affections cutanées redeviendront ce qu'elles étaient auparavant, relativement à leur intensité.

La congestion utérine qui précède et accompagne chaque époque menstruelle a donc ses annonces et ses symptômes sur la peau. Il en est de même de la congestion et de la suractivité occasionnées dans cet organe par la grossesse. La cong-estion menstruelle de l'utérus n'est que passagère ; elle ne dure que quelques jours seulement, que le temps des règles , de môme, les dilTérentes congestions cutanées qui en sont le signe et le

symptôme extérieur, ont le même caractère transitoire, éphémère, aigu et d'évolution rapide. Mais s'il s'agit du molimen utérin plus durable de la grossesse, le retentissement symptomatique qui se produira sur la peau aura aussi un caractère plus durable. Ce sera une lésion sans acuité, stable, et qui persistera, non seulement pendant toute la grossesse, mais encore pendant toute la période puerpérale ; cette lésion consistera en une hypersécrétion de la matière colorante de la peau ; hypersécrétion qui se produira en vaste surface, sur le front, sur le nez, sur les joues, et qui sera signalée par une teinte bistrée, d'un jaune brunâtre, à laquelle on a donné le nom vulgaire de : masque de la grossesse, et que la dermatologie a désignée sous le nom de chloasma cjramdanon, ou uterinum, afin de consacrer par cette dénomination même, sa valeur séméiotique au point de vue utérin.

Vous constaterez encore l'existence du même chloasma, justifiant ainsi son nom symptomatique d'uterinimi, dans les affections chroniques de l'utérus ; ainsi dans les cas de fibromes, de dégénérescence carcinomateuse, et dans ces métrorrhagies si abondantes et si persistantes, mais sans lésion oi'ganique, qui signalent quelquefois l'époque de la ménopause.

Mais ce ne sont pas seulement les troubles pathologiques et physiologiques, survenant dans quelquesuns de nos organes, qui ont leur retentissement sympalique et séméiotique sur la peau; ce sont encore, dans quelques cas, des troubles moraux, des émotions morales vives, violentes, continues ou soudaines et passagères.

OUIIIOUT, l'EAU.

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Ainsi M. Hardy admet cL professe que la dialhèsc herpétique est une maladie générale ou constitutionnelle, qui s'acquiert, et peut se développer dans certains cas, sous des influences purement morales. Des chagrins prolongés, l'isolement, la séquestration peuvent en être l'origine. Nous admettons complètement cette opinion de notre savant maître. Nous avons observé des faits qui la justifient. Nous rapportons dans le deuxième volume de nos leçons cliniques trois cas d'eczéma obs^ervés par nous, et qui se sont produits incontestablement sous l'influence de causes purement morales. Dans les deux premiers cas, un eczéma s'est déclaré trois semaines environ après une très g-rande frayeur, chez deux honmies qui n'y étaient nullement prédisposés, ni par l'hérédité, ni par leurs antécédents personnels. L'émotion morale a donc été la cause efficiente de cet eczéma. Dans le troisième cas, la cause morale n'a été que cause occasionnelle^ ou déterminante d'une poussée eczémateuse nouvelle, qui se produisit, deux ou trois heures après un accident de voiture, chez un individu qui était guéri depuis dix ans d'un eczéma aigu généralisé, pour lequel il avait été traité pendant deux ans par M. Bazin.

J'ai en ce moment-ci même, dans mon service, salle Henri IV, n" 50, une femme de quatre-vingts ans, chez laquelle un eczéma g-énéralisé, éteint et guéri, depuis huit ans, s'est réveillé, il y a quelques jours, à la suite d'un chagrin violent éprouvé par cette femme. PendanI plusieurs jours elle était restée sous le coup d'une douleur poignante ; elle croyait son fils mort. Après quelques jours de ce chagrin profond, l'eczéma dont elle

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pouvait se croire à jamais débarrassée, reparut et la malade que nous soignons maintenant ne manque pas de nous dire qu'elle attribue cette réapparition à la révolution morale qu'elle a éprouvée, et en cela elle a parfaitement raison.

Nous avons vuplus haut, que l'urticaire précédée et accompag-née de quelques troubles généraux, doit être considérée comme un pseudo-exantlième, et constitue la fièvre pseudo-exanthématique ortiée [urticana febrilis); que d'autres fois l'urticaire à forme aiguë ou chronique, n'est qu'un signe révélateur d'un état gastrique mauvais, aigu ou chronique ; mais ce n'est pas la seule valeur séméiotique que nous présente l'urticaire. Il y a une autre forme d'urticaire vraiment spasmodique ou nerveuse qui se manifeste en dehors de tout état fébrile, et n'est pas la forme ortiée qui n'est pas davantage liée à un trouble gastrique quelconque, aigu ou chronique, et dont l'apparition brusque, soudaine, et la disparition instantanée, après une durée de quelques instants seulement, ne peut être considérée que comme une affection spasmodique de la peau. Cette affection spasmodique existe sans la moindre lésion cutanée. Elle constitue à elle seule, l'état pathologique de la peau ; et quand le spsasme, toujours fugace, est passé, tout rentre dans l'ordre, et la peau redevient absolument dans son état normal et physiologique.

Or, cette urticaire spasmodique est le signe et le symptôme d'un trouble moral, d'une impression vive, d'une contrariété, d'une surprise. Le trouble pschycliique se produit, et à l'instant même, le retentissement s'en opère

DERMATOSES DE TUOUBLES PSYCHIQUES

sur la peau; le spasme urlicariea s'y manifeste, et ce trouble extérieur et superficiel devient le signe révélateur du trouble intérieur qui n'existe que dans le domaine de l'âme.

Nous rapportons dans le second volume de nos leçons cliniques, plusieurs observations intéressantes de cette forme d'urticaire. Gbez une dame, la vue d'unepcrsonne antipathique, détermine l'apparition immédiate d'une poussée d'urticaire ; chez une autre l'odeur des fraises suffit à faire pousser des élevures d'urticaire sur la poitrine, sur les épaules et sur les bras ; chez une troisième, d'une nature très timide, l'émotion causée par l'entrée dans un salon détermine à l'instant une poussée d'urticaire.

Voilà donc une affection cutanée, une forme d'urticaire qui n'existe que par le fait, et comme symptôme d'un trouble moral ou psychique.

Comment donc expliquer ces faits bizarres, ces sortes de tempêtes qui bouleversent la peau, qui soulèvent sa surface, qui de plate et unie qu'elle est normalement, la rendent tout à coup inégale et mouvementée, semblable à une mer agitée ? — Cette explication nous est fournie par Fanatomie et la physiologie. 11 y a dans la trame du derme, des petits faisceaux musculaires, des fibrilles lamiiieuses, qui rampent dans l'épaisseur de la trame dermique, qui font partie de sa coiitexturc, aussi bien c].ue de la structure des capillaires artériels et veineux. Ces petits muscles, véritables muscles de la peau, sont sous la dépendance du grand sympathique, ils ont été étudiés en Angleterre, par Erasme Wilson, et le doc-

Icul- Gull; en France, parMarey et par Claude Bernard. Doués de propriétés contractiles, leur contraction s'opère sous l'influence de causes morales: et c'est cette contraction brusque, instantanée, spasmodiquc, qui produit les élevures fugaces de l'urticaire nerveuse.

La même explication rend compte de cet autre pliénomène,nonmoins singulier, et désigné sous le nomdechair de poule (cutis anserina). Sous l'influence d'une émotion vive, de la frayeur, aussi bien que sous l'impression du froid, on voit, tout à coup,lasurfacede la peau se hérisser d'une multitude de petites saillies, qui, de lisse qu'elle était, larendent rugueuse, inégale et râpeuse. Ces petites saillies, dont quelques-unes sont traversées par un poil, sont formées, les unes par des follicules pileux, et les autres, par des papilles dermiques.Voici comment Ilébra explique ce phénomène remarquable : Parmi ces fibrilles musculaires lamineuses du grand sympathique, qui rampentdans l'épaisseurdu derme,ily en a qui s'insèrentpar une de leurs extrémités, profondément, les unes à la basides follicules pileux, les autres à la base des papilles du derme ; par leur autre extrémité, ces mêmes fibrilles s'insèrent plus superficiellement à la surface du derme ; or, en se contractant brusquement et spasmodiquemcnt, et en rapprochant ainsi leur extrémité profonde de leur extrémité superficielle, ces petits muscles soulèvent à la fois, les follicules pileux et les papilles du derme, et les font saillir à la surface de la peau, sous la forme d( petites tumeurs granuleuses, dont les unes (les pileuse»^ sont traversées par un poil qui émerge do leur centre et de leur sommet, dont les autres (les papillaires) ne

présentent aucune ouverture, et Vsont simplement revêtues cVépiderme.

Ainsi donc, il y a des affections graves et persistantes de la peau, telles que l'eczéma, et d'autres plus légères, plus superficielles, fugaces et sans durée, simples modifications pathologiques et transitoires, dans sa manière d'être, qui résultent de causes purement morales, et qui, par conséquent, deviennent le signe révélateur des impressions morales qui les ont produites. C'était un fait important à vous faire connaître, et que nous avons suffisamment établi, de manière qu'il ne laisse aucun doute dans vos esprits.

Si maintenant nous voulons pousser plus loin l'étude séméiotique delà peau, au point de vue des impressions morales, nous trouverons d'intéressantes remarques à faire relativement à ses différentes colorations. La décoloration subite, la pâleur instantanée de la peau du visage, ne sont-elles pas l'effet et l'indice d'une émotion violente, d'un saisissement imprévu, d'une frayeur vive et soudaine? Et par contre, la rougeur congestive qui envahit subitement le front et les joues, n'est-elle pas le signe, soit de la pudeur alarmée, soit de la honte d'un méfait qui se sent dévoilé. C'est un masque qui trahit, aussi bien la timide innocence, que les tortueuses allures d'une conduite inavouable.

Et si, du domaine psychique, nous revenons à la pathologie, l'étude de la peau, considérée dans ses différentes manières d'être, ne nous offre-t-elle pas les plus imporlantes et les plus utiles indications séméioliques?

La peau pâle, blanche et légèrement teintée de vert,

SÉMÉIOLOGIE DE LA PEAU 2TJ

décolorée, ii'cst-cllc pas le signe de l'anémio, de l'iiy- (Iroliéniie, de la chlorose et de la faiblesse? Et, au contraire, la peau brunâtre, fortement pigmentée, sur un fond roug-eàtrc, n'est-elle pas le signe de la pléthore, de la force, du tempérament sanguin?

La coloration jaune-citron de la peau nous montre que les voies biliaires sont obstruées, et que la matière colorante de la bile a passé dans les capillaires sanguins.

Sa teinte jaune feuille-morte, nous indique la cachexie cancéreuse ; sa teinte terreuse, la cachexie paludéenne ; sa teinte ardoisée, la maladie bronzée d'Addisson.

La coloration rosée des régions malaires nous dénonce la tuberculose pulmonaire ; et si cette coloration n'existe que d'un seul côté, dans le cours d'une affection pulmonaire aiguë, nous sommes autorisés à soupçonner une pneumonie correspondante.

Dans le cours d'une maladie, la sécheresse et la chaleur de la peau démontrent un état fâcheux, et font porter un pronostic grave ; le rétablissement de ses sécrétions normales, son humidité, sa souplesse, sa fraîcheur, au contraire, sont d'un augure favorable.

Une peau ridée, rugueuse, parcheminée, desséchée, ({ui a perdu son élasticité, et qui n'adhère plus aux parties sous-jacentes, annonce la sénilité, la cachexie sénile, ou une constitution amaigrie et détériorée par la maladie ou par la misère. Et, au contraire, une peau rosée satinée, halitueuse, lisse et intimement unie aux tissus qu'elle recouvre, est l'apanage et le signe de la jeunesse et delà santé.

SÉMÉIOLOGIE DE LA l'EAL'

La peau d'un rouge vif, intense, esl le signe d'un étal de plénitude cl de congestion locale.

La coloration violacée, cyanosée, jointe à sa bouffissure indique une gêne dans la circulation veineuse, un obstacle à la circulation en retour ; et sa pâleur, sa décoloration, jointes à sa bouffissure sont le signe de son infiltration œdémateuse, et, si c'est à la face et aux paupières, d'une maladie de Briglh.

Ainsi donc, messieurs, si, dans certains cas, l'état accidentel de la peau, peut traduire certaines impressions morales, dans un bien plus grand nombre de cas, même en debors de toute altération palbologique, lui constituant un état morbide qui lui soit propre, la peau nous dénote une foule de troubles, de désordres intérieurs ou viscéraux, qu'elle nous fait apercevoir d'emblée et de prime abord. Et si nous la considérons dans ses états morbides, nous trouvons, que dans l'immense majorité des cas, les maladies appelées proprement maladie de la peau, ne sont que des maladies de tout l'organisme, viscérales, générales, ou de tel ou tel organe. De telle sorte que, le plus souvent, les maladies do la peau ne sont que des symptômes de maladies plus profondes. La peau est comme un panorama, sur lequel viennent se traduire, en caractères parfaitement déterminés, les états pathologiques les plus divers. La dermatologie est donc indissolumenl liée à toute la pathologie ; elle en est le flambeau. Elle est la lumière qui éclaire le diagnostic, puisque, saiis elle, la plupart de nos états morbides resteraient obscurs, méconnus et sans interprétation possible.

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