DEUXIÈME CONFÉRENCE
Caractères des lésions cutanées primitives et secondaires précoces de la syphilis.
Messieurs,
Dans notre dernière conférence, nous avons vu quels sont les caractères généraux et communs des syphilides, c'est-à-dire des lésions par lesquelles la syphilis manifeste son existence sur la peau ; nous avons vu quelles sont les lésions cutanées auxquelles vous pouvez donner le nom de syphilides; quel est leur aspect, quels sont leurs sièges d'élection, comment elles se répartissent sur la peau, suivant leur degré d'ancienneté, comment elles évoluent, et quelles transformations elles subissent dans leurs apparitions successives. Avec ces données, vous pouvez diagnostiquer la syphilis, vous êtes à même de la reconnaître. Mais cela ne suffit pas; je ne vous en ai présenté qu'une sorte de tableau synoptique, de panorama superficiel. Il faut pénétrer plus avant dans notre sujet, étudier de plus près, et plus en détail chacune des lésions. Commençons par la première de toutes, le chancre.
SYPHILIDES SECONDAIRES PRÉCOCES
Lésion primitive. — Le Chancre.
N'oublions pas que nous no faisons point l'histoire, la nosograpliie de la syphilis; nous ne faisons que la symptomatolog-ie des lésions cutanées qui la caractérisent. Par conséquent nous n'avons point à nous occuper de la dualité du chancre, à discuter la nature du chancre mou, appelé aussi chancrelle. Admettons qu'il n'est point infectant, qu'il est indépendant de la syphilis, qu'il ne peut pas en être la porte d'entrée. Et cependant, cela n'est pas toujours et rigoureusement vrai ; nous possédons plusieurs cas qui prouvent que la syphilis, comme diathèse, peut sortir d'un chancre dit mou \ nous en avons eu notamment un exemple très remarquable ici, dans cette salle. Un homme sortit de Fhôpital du Midi, où il avait séjourné quinze jours pour y être soigné d'un chancre diagnostiqué mou, non infectant; il fut déclaré guéri, et indemne de tout accident ultérieur. Mais un mois plus tard, il entrait dans notre service pour une roséole syphilitique, compliquée d'adénite spécifique inguinale et cervicale. Nous admettons que des cas semblables ne sont que des exceptions, mais encore faut-il connaître CCS exceptions et en tenir compte, comme pronostic et comme traitement.
C'est pourquoi notre ancien maître, M. Huguier, aussitôt qu'il avait reconnu l'existence d'un chancre, avant que ce chancre ait eu le temps de s'indurer, et quels qu'aient été les caractères de ce chancre non induré ou mixte, donnait indistinctement du mercure dès l'a