SQUAMES
spécial, et à évolution csscntiellomcnt chronique et torpide, toutes, par conséquent, à l'exception de la gale et de Pacné, indiquent une médication locale, et générale, émolliente, révulsive et antiphlogistique.
Voyons maintenant une autre classe de maladies cutanées; ce sont des maladies àsécrétion sèche, et dépourvues de tout caractère inflammatoire, à l'exception, toutefois, de la forme aiguë du pityriasis.
Maladies squameuses ayant la squame pour lésion anatomique primitive, ou constitutive.
(On ilcsigue, sous le nom de squames ou à'écailles, des productions épidormic[iics anormales, qui sont le résultat d'une maladie du derme, lequel n'étant plus dans son état physiologique, sécrète un épidermc vicieux.)
Los squames varient, quant à leur forme et à leur abftndance. Tantôt comme dans le psoriasis, elles constituent des couches épaisses ijnbriquées les unes dans les autres, intimement unies les unes aux autres, et fortement adhérentes au dorme qu'elles recouvrent. Tantôt, comme dans le pityriasis, elles soni pulvérulentes furfumcées; elles se détachent d'elles-mêmes, et tombent comme une poussière blanchâtre, ou comme des grains de son. Tantôt, comme dans l'iierpétide ou dermatitc exfoliatrice, et les affections syphilitiques, squameuses, ('lies ressemblent à une feuille mince, transparente, à une pelure d'oignon; elles sont dites alors foliacées. D'autres fois, comme dansuncforme spéciale de l'ichtyose, elles sont dures et piquantes ; on dit alors qu'elles sont cornées. Los squames sont dites vraies, primitives, ou
3Gi PSORIASIS
essentielles, quand elles ne sont formées que d'épidémie seulement, comme dans les maladies que nous venons de nommer ; elles sont dites : fausses, consécutives, ou secondaires, quand elles sont formées, à la fois, par un élément humide, et par un élément épidermique, dans les mailles duquel, la sécrétion humide est comme emprisonnée, se concrète et se solidifie ; telles sont les squames de l'eczéma, dans sa période squameuse, et du pemphig'us, après l'ouverture dos bulles.
Psoriasis ,
Le psoriasis est, avec l'eczéma, la phis fréquente de toutes les maladies de la peau, et en même temps, la plus importante de toutes les manifestations de la diatlièse herpétique.
Cette importance résulte, non pas seulement de safréquence, mais encore de la gravité de ses lésions constitutives, de leur généralisation sur toute la peau, des altérations, des difformités qu'elles y déterminent, de leur ténacité, de leurs récidives constantes, et des dangers qu'elles font courir à la santé générale, et même à la vie, par la triple tendance qu'elles ont, quand elles sont devenues anciennes, soit à amener la cachexie herpétique, soit à dégénérer en herpétidc maligne cxfohatrice, soit à produire par leur rétrocession, les plus redoutables accidents viscéraux métastatiqucs.
Le psoriasis est caractérisé par des squames blanches, brillantes ou mates, toujours sèches, formant par leur im-
PSORIASIS 3Ca
brication, clos couches épaisses, adhérant intimement les unes aux autres, ainsi qu'au derme hypertrophié, épaissi et colorié en rouge-brun, qu'elles recouvrent.
Do cette définition même, il résulte que le psoriasis est constitué, anatomiqucment par trois lésions : une lésion épidermique, les squames ; et deux lésions appartenant au dorme, la coloration rouge brunâtre et l'hypertrophie.
Le psoriasis est une maladie apyrétique, à marche toujours chronique, non douloureuse, ne troublant souvent aucunement la santé générale, pouvant exister de longues années, sans déterminer aucun désordre physiologique, et sans abréger l'existence ; mais aussi, dans d'autres cas, pouvant occasionner les accidents cachectiques, ou métastatiques les plus sérieux.
A première vue, le psoriasis se manifeste, et se distingue par des surfaces blanches, saillantes, formées par des squames ; ces surfaces affectent les formes et les dimensions les plus différentes; tantôt ce sont de petits points sans étendue, et tantôt de larges surfaces de configuration variable. Chacun de ces points, ou chacune de ces surfaces, forme, au-dessus des parties saines ambiantes, un relief appréciable; ce relief entouré d'un cercle rouge-brun, résulte à la fois, de l'épaississement hypertrophique du derme, et des squames épidermiques qui recouvrent les surfaces dermiques hypertrophiées. Los squames du psoriasis sont uniquement composées d'épiderme; elles sont toujours blanches; si elles sont brillantes et miroitantes, on dit que le psoriasis est nirjcntc ou nacré : si elles sont mates, le psoriasis est dil plâtreux.
PSORIASIS
Comme loulcs les maladies herpétiques, le ])soriasis s'ag'prave on vieillissant; à ses diverses récidives, ses manifestalio.ns sont de plus en plus importantes par leurs dimensions. D'abord c'étaient de simples points {psoriasis pu iictata); puis, ces points élargis ressemblent à des gouttes de cire fondue, qu'on aurait fait tomber sur la peau {psoriasis c/utiata); ces gouttes de cire s'élargissent el prennent la dimension de pièces de monnaie {psoriasis nummiilaria) ; ces simulacres de pièces de monnaie s'élargissent encore et prennent des contours irréguliers {psoriasis diffusa); ce sont alors de vastes îlots, qui Jinissenl par se réunir, devenir confluents, et former une véritable carapace épaisse, qui étreint quelquefois toute la circonférence du corps et des membres {jjsoriasis inrplcrala).
Abandonné à lui-même, le psoriasis suit habituellement ces accroissements progressifs; d'abord il est quelquefois intermittent; après plusieurs mois de durée, il |ieut disparaître spontanément, pour reparaître après un temps plus ou moins long; sa réapparition est souvent signalée, comme celle de l'eczéma, par une amélioration de la sanlé générale; ce sont, en effet, deux affections (]ue l'on peut considérer comme étant critiques, comme déterminant une révulsion extérieure salutaire dans plusieurs cas.
Le psoriasis se développe habituellement vers l'âge de vingt à vingl-cinq ans. Sa première lésion apparente est la coloration rouge brunâtre; simple tache, ou macule; cette tache devient saillante; la partie du derme qu'elle recouvre s'est épaissie ethyperlrophiée, en forme de large
PSORIASIS :!()7
papuk'. Enfin, celle surface papulcusc, plus ou moins largo, se recouvre de squames; le psoriasis est alors conslilué, il esl dans sa période d'élal, constitue par ses Irois lésions.
Quand il entre, sous l'influence du traitement, dans sa période de déclin; les squames qui ont apparu en dernier lieu, sont les premières à disparaître : Fliypertropliic papuleuse du derme s'efl^ace ensuite, et la coloralion morbide qui s'est manifestée la première, persistela dernière ; il disparaît donc dans l'ordre inverse de son apparition.
Les sièges d'élection du psoriasis sont les genoux, les coudes, et les régions du corps, oii la peau a le plus de sécheresse, et le plus d'épaisseur dans sa couche épidermique.
Presque toujours de nature herpétique, le psoriasis est quelquefois aussi l'une des manifestations de la syphilis, accident secondaire, tantôt précoce, plus souvent tardif.
Traitement .
Trailement génénil. Arsenic ; faire prendre à chacun des trois repas, deux des pilules suivantes :
Arséniate de soude 1 milligramme.
Extrait de gentiane 10 centigrammes.
ou bien à chaque repas une grande cuillerée de la solution suivante :
Arséniate de sonde Eau distillée
10 centigrammes.
oOO grammes.
PSORIASIS
Si le psoriasis est sypliililique, mercure, sous la foi'ine que nous avons indiquée plus haut (une pilule par jour).
Traitement externe. Deux frictions énergiques, par jour, sur tout le corps, avec de l'huile de cade de genévrier, pure ou mitigée, si elle est mal supportée, par de l'huile d'amandes douces. A défaut d'huile de cade^ deux frictions par jour, avec la pommade suivante :
Acide pyrogallique 10, 13 grammes.
Vaseline 100 grammes.
OU bien, ce que nous conseillons moins, avec la pommade suivante, qui ne sera employée que sur les surfaces malades, à cause de ses propriétés très irritantes pour la peau :
Acide clirysophanique 3, 8, 10 grammes.
Vaseline 100 grammes.
En même temps, on prescrira, tous les jours, ou tous les deux jours, un grand bain, tenant en dissolution :
Sous-carbonale de soude.... 300, 800, 1000 grammes.
Ce double traitement interne et externe devi'a être continué plusieurs mois, jusqu'à effacement complet des macules psoriasiques. En même temps, on défendra l'usage des liqueurs, des aliments irritants pour le tube gastro-intestinal, tels que les salaisons, les crustacés, la charcuterie, les aliments épicés, le poisson de mer, etc..
PITYRIASIS
Pityriasis, dartre furfuracée, dartre farineuse.
On appelle ainsi une maladie de la peau caractérisée par la production de petites squames pulvérulentes, sèches, blanches, composées seulement d'épiderme, qui se détachent, comme des grains de son, ou de poussière, d'un derme, tantôt sans altération apparente, tantôt le siège d'une légère congestion inflammatoire, mais jamais épaissi, hypertrophié, en forme d'élevures, ou de surfaces papuleuses, comme dans le psoriasis.
D'après cette définition même, il y a deux formes bien distinctes de pityriasis ; le pityriasis aigu, et le pityriasis chronique.
Le pityriasis aigu, appelé aussi pityriasis riibra ou pityriasis rosé, à cause de la teinte congestive rosée du derme, à la surface duquel il se produit, est une inflammation très légère et très superficielle de la peau ; cette inflammation résulte assez souvent d'une irritation externe, locale ; on la voit se produire, à la figure et au cou, au printemps, chez les enfants, sous l'influence des vents âpres et piquants, appelés haies de mars. D'autres fois le pityriasis aigu est le symptôme d'un état général fébrile, d'une fièvre légère et passagère ; c'est un pseudo-exanthème, constituant la fièvre pseudo-exant/iématique pityriasique.
Dans ce cas, la lésion cutanée se présente sous diverses formes; tantôt ce sont des plaques rosées et desquamantes, irrégulières dans leurs contours, sans
CUIBOUT, PEAU . 9 ,
370 PITYRIASIS
saillie et sans relief, qui siègeiiL sur la lace, sur le cou, sur la poitrine, sur le ventre, de préférence sur les régions où la peau a le plus de finesse, mais qui n'occupent jamais toute la surperfîcie du corps [pityriasis diffusa). Tantôt ce sont de petits points, de petites taches rosées, desquels l'épiderme se détache en ^on?,ûhve{pitijriasis imnctata, ptyriasis macidata). Tantôt ce sont des ronds, des cercles rosés et desquamants, [pityriasis circinata), ou bien de simples Ugncs courbes [pityriasis gyrata).
Dans la forme aiguë, le pityriasis n'est jamais grave, il donne lieu à quelques démangeaisons ; il est accompagné quelquefois, d'un léger état fébrile, qui n'existe pas toujours ; sa durée est de huit à dix, ou quinze jours ; on l'observe surtout au printemps [fièvre printanière, saisonnière, ou pityriasique) et surtout chez les enfants. Quelques bains émollients, quelques boissons délayantes et laxatives en font promptement justice.
Le pityriasis chronique, le plus fréquent, est de deux natures bien différentes, herpétique et parasitaire.
Le pityriasis herpétique [pityriasis alba) est extrêmement commun, il existe surtout au cuir chevelu ; il y cause des démangeaisons vives ; les squames, ou pellicules y sont souvent très abondantes ; elles y forment donc une couche très épaisse, qui se renouvelle sans cesse, étouffe en quelque sorte le cheveu, à sa sortie du canal excréteur, et peut déterminer sa chute, (^est une des causes fréquentes de calvitie.
Traitement. Couper les cheveux, auras du cuir chevelu, et modifier l'état vicieux, l'innervation déviée de celui-
PITYRIASIS -.ni
ci, par des topiques altérants, et cloués de propriétés modiiicatrices, tels que l'huile de cade, tels que les lotions avec une solution de sublimé (1 gramme pour 500 grammes d'eau alcoolisée), ou bien avec la solutioji sulfureuse composée suivante, dont on mettra une grande cuillerée dans un verre d'eau chaude, après
l'avoir agitée.
Sulfure sec de poLassium. . . S grammes.
Teinture de benjoin.. '6 —
Eau : 300 —
OU bien, avec une solution alcaline ainsi composée :
Sons-carbonate de soude., . '60 grammes. Eau distillée, 300 —
OU bien avec une solution astringente telle que celle-ci :
Eau distillée de roses 300 grammes.
Borate de soude 30 —
En même temps, on ne négiigcra pas le traitement interne, dépuratif, antiherpétique, l'arsenic, puisqu'il s'agit d'une maladie do nature herpétique.
La piti/riasis parasitaire est de deux espèces : tantôt il est l'expression de la présence du microsporon furfur, dans les lames épidermiqucs, qu'il ramollit, auxquelles il donne une coloration jaune brunâtre, couleur café au lait [pityriasis versicolor; crasse parasitaire de M. Bazin); son siège le plus habituel est le cou, la poitrine, le ventre, le dos. Quelques bains sulfureux, contenant en dissolution : sulfure sec do potassium, 200 grammes ; quelques lotions, avec la solution de subhmé prôcédenlo,' suffiront pour le guérir.
^■72 IIERPÉTIDE MALIGNE EXFOLUTUICE
Dans d'autres cas, le pityriasis est une des trois manifestations de la teigne Iricopliytique, à sa première période. Ces trois manifestations sont: YErythème circiné parasitaire, Y herpès circiné parasitaire, \q pityriasis alba parasitaire. Le tricophyton, avant de pénétrer par le conduit excréteur du poil, dans le follicule pileux, détermine par sa présence une irritation sur la peau, et cette irritation se manifeste par l'une des trois lésions superficielles que nous venons d'indiquer, ou par ces trois lésions simultanées, ou successives. Le pityriasis alba, quand il est parasitaire, se présente avec une configuration orbiculaire, ou circinée ; on le reconnaît à cette disposition, sur une région velue; la tête ou les parties latérales de la face et du cou.
Traitement. Lotion avec la solution de sublimé , ou la solution sulfureuse, ci-dessus indiquées, ou bien badigeonnâmes avec la teinture dïode pure; cela suffit pour détruire le parasite.
Herpétide maligne exfoliatrice,ou dermatite exfoliatrice .
Cette maladie est l'expression la plus sérieuse de la diathèse herpétique, à son plus haut degré de g-ravité. Elle est caractérisée par une sécrétion des plus abondantes, et incessamment renouvelée, d'innombrables lamelles épidermiques, qui sont produites sur toute la surface du corps. Ces lamelles foliacées, semblables à des pelures d'oignon, ou à des écorces de bouleau, sont blanches, transparentes, sèches, exclusivement corapo-
HERPÉTIDE MALIGNE EXFOLIATRICE 373
sées d'épidorme ; à peine formées, elles se détachent du derme, auquel elles n'étaient restées adhérentes que par un de leurs côtés ; elles jonchent, en quelque sorte, en couches épaisses, le lit du malade ; quand il marche, on les ramasse, à pleines mains, derrière lui; toutes ces feuilles épidermiques lui font comme un vêtement blanc, analogue à l'habit d'un pierrot. Elles émergent pour ainsi dire, à vue d'oeil d'une, couche épidermique pelliculaire, d'une minceur excessive, transparente, et que le derme sous-jacent fait paraître rosée. A peine cette couche épidermique est-elle formée, qu'elle se morcelle, et se soulève en une multitude de folioles, qui tombent bientôt, pour être remplacées par d'autres folioles semblables.
Cette sécrétion immense de folioles épidermiques s'opérant sur toute la surface du corps du malade, et se renouvelant sans cesse, en quantité prodigieuse, no . larde pas à l'épuiser, à anéantir ses forces, et à l'amener au marasme, à la cachexie, à la fièvre hectique.
D'autre part, le derme est incomplètement garanti des influences extérieures, du froid en particulier, par un feuillet épidermique, d'une excessive minceur ; il en résulte que les malades sont exposés à tous les accidents internes des refroidissements ; on les voit continuellement se plaindre du froid et grelotter.
Ajoutons que toutes les fonctions de la peau sont anéanties, que les diverses sécrétions sont abolies, et que des accidents viscéraux métastatiques, de la nature la plus grave, sont toujours à redouter, et se déclarent trop souvent.
^■^'t IIERPÉTIDE MALIGNE EXFOLIATRICE
Aussi 1 elal général tics malades cst-il liaLiluollcmont dos plus mauvais ; fatigue excessive, sidéralion des forces, sensation continucllo d'un froid difficile à supporter ; perte de l'appétit, perte du sommeil, diarrhée colliquativc, marasme, tels sont les accidents, engendrés par l'herpétide oxfoliatrice, et qui précèdent la terminaison fatale, conséquence la plus habituelle de cette maladie.
L'herpétide maligne oxfoliatrice peut exister, d'emblée, et primitivement, sans avoir été précédée par aucune maladie préexistante. Dans ce cas, elle est pour la diatlièse herpétique, ce que sont, pour la diathèse syphilitique, les lésions ulcéreuses, telles que le rupia et la pustulo-crustacée qui, se déclarant, d'emjjlée, et sans l'intermédiaire habituel des lésions précoces constituent la syphilidc maligne galopante. — Mais le plus souvent, et nous ne l'avons jamais vue autrement, l'herpétide exfoliatrice est secondaire, elle a été précédée d'une autre, herpétide, du pityriasis, du pemphigus, de l'eczéma, du psoriasis, dont elle est la dégénérescence et la transformation maligne. Ainsi ces quatre maladies peuvent se terminer en herpétide oxfoliatrice; celles des quatre qui sont le plus exposées à cotte dégénérescence sont le pomphig'us et le psoriasis. Nous avons expliqué dans le premier volume nos leçons cliniques, comment s'opère cette dégénérescence.
Quand l'herpétide guérit, ce qui n'est pas le plus habituel, la guérison peut se faire de deux manières : ou bien clic est complète, c'est-à-dire que la peau est rétablie dans son état normal, ou bien la maladie cutanée
IIERPÉTIDE MALIGNE EXFOLIATRICE 373
remontant son cours, redevient ce qu'elle était primitivement, do maligne qu'elle était, elle redevient bénigne ; d'herpétide maligne exfoliatrice, elle redevient le simple pempliig-us, ou le simple psoriasis initial.
Traitement interne. Prescrire à l'intérieur tous les toniques, tous les stimulants des fonctions digestives, le quinquina, le fer, le phosphate de - chaux, l'hémo-pulvine, afin de donner à la constitution les éléments de vitalité dont elle a besoin pour résister aux pertes de substances énormes qu'elle subit, de la part de la desquamation épidermique. Si l'arsenic peut être supporté, on devra le donner comme anliherpétique. Alimentation réparatrice, vins généreux, potion de Tood, cognac à haute dose, vin de Champagne, de Bordeaux, etc.
Traitement externe. Éviter avec le plus grand soin tous les contacts irritants, qui ne feraient qu'augmenter la sécrétion des folioles épidermiques, protéger la peau mal garantie par une feuille épidermique insuffisante et trop mince, et à peine formée, contre toutes les influences fâcheuses, contre le froid en particulier, la badigeonner, comme d'un enduit protecteur, avec les différentes pommades ou liminents suivants :
Glycérolé d'amidon ... . SOO grammes.
Sous-nitrate de bismutli 50 —
Vaseline . . . . goO —
Tannin 2o
Eau de cliaux 500 —
Huile d'amandes douces 500 —
Renouveler fréquemment ces embrocations ; et envelopper le corps entier d'un vêtement de flanelle ou de
ICHTYOSE OU SAURIDERMIE
moleLon de laine, ou bien d'une couche épaisse de ouate. C'est par l'ensemble de ces moyens que nous ayons guéri l'un des malades dont nous rapportons l'observation dans le premier volume de nos leçons cliniques.
Ichtyose, ou sauridermie.
On désigne ainsi une maladie de la peau consistant en une hypersécrétion, avec épaississcment hypcrtrophique, induration, rugosités, et souvent exfoliation de l'épiderme qui se détache alors en lamelles, tantôt minces et pulvérulentes et tantôt piquantes et cornées ; de sorte que la peau ressemble à la peau écailleuse d'un poisson, ou à la peau épaisse, sèche et raboteuse d'un saurien, de là le nom à'ichtijose, ou de sauridermie.
L'ichtyosc affecte donc deux formes différentes ; dans la première, la peau est dure, sèche, très épaisse, comme ligneuse, cassante, rugueuse, non extensible, très sèche, se fissurant au niveau des articulations, labourée de lignes saillantes et de sillons profonds, qui ne sont que l'exagération des plis cutanés habituels ; c'est Yichtyose simple, la xéroclermie. ou le xérodermaichtyoïdes.
Dans une autre forme, l'épiderme hypertrophié devient le siège d'une desquamation qui se manifeste par une exfoliation de pellicules épidermiques plus ou moins abondantes. Ces pellicules sont tantôt pulvérulentes, furfuracées [ichtyose pityriasiforme , ou furfuracée), tantôt brillantes [ichtyose nacrée), tantôt très
ICHTYOSE OU SAURIDERMIE :m
fortement pigmentées, et mêmes noires {icIWjosisiiigra). D'autres fois les pellicules sont dures, acérées, pointues, cornées, piquantes, donnant à la main promenée à leur surface, la sensation que ferait éprouver la porc-épic [ichti/osis cornea).
L'ichtyosc congénitale, héréditaire, se développe dès les premiers mois de la vie ; elle commence à être très prononcée vers la quatrième année ; elle est générale, occupant toute la surface du corps, mais principalement les régions, où la peau a le plus de sécheresse, et l'épiderme le plus d'épaisseur ; elle a les mêmes sièges d'élection que le psoriasis ; elle a sa plus grande intensité pendant l'hiver: l'été elle s'atténue spontanément, elle peut même disparaître, en raison, et par le fait delà suractivité des fonctions physiologiques de la peau, et de la plus grande abondance de ses sécrétions humides, sous l'influence de la chaleur.
Il y a une fausse ichtyose que l'on peut appeler l'iclityose acquise, qui n'est que partielle, et qui succède quelquefois à un eczéma.
L'ichtyose vraie, héréditaire, généralisée, mettant toujours obstacle aux fonctions de la peau, les gênant toujours, les abolissant quelquefois, porte toujours une atteinte plus ou moins profonde à la santé générale. Les ichtyosiques sont toujours délicats, malingres, maigres; leurs fonctions physiologiques s'accomplissent mal ; ils sont presque continuellement en proie à des troubles viscéraux, thoraciques ou abdominaux, qui le conduisent souvent au marasme, h la fièvre hectique, à la phthisie pulmonaire.
378 ICIITYOSE OU SAURIDEUMIE
Traitement. L'icliLyosc héréditaire, généralisée, dépendîint d'un vice général dans l'état du corps muqueux de Malpiglii, chargé de sécréter l'épi derme, cstincurahlc, mais cependant il ne faut pas négliger une médication générale, tonique, l'emploi des ferrugineux, du quinquina, du fer, de l'arsenic, qui exerce une action spéciale sur la circulation de la peau. On mettra ainsi la constitution à même de résister plus longtemps aux effets de l'ichtyose.
Gomme traitement local, friction généralisée, deux fois par jour avec la pommade suivante :
Glycérolé d'amidon. ......... 200 grammes.
Eau distillée de laurier-cerise. ...... 20 —
et bains savonneux, ou alcalins tous les jours.
On détrempe ainsi la peau, on l'imprègne de l'élément graisseux et humide qu'elle a perdu, et on la débarrasse des productions épidermiques squameuses, et pacliydermiques qui la recouvrent. En dix, ou quinze jours, ce résultat est obtenu; la peau est redevenue hsse et satinée, mais ce n'est que pour un temps, car les récidives sont inévitables.
Les quatre maladies qui composent le groupe des maladies squameuses, ont pour caractère commun, la chronicité, l'absence de caractère aigu, l'absence de caractère inflammatoire, à l'exception toutefois du pityriasis dans sa forme rubra, l'immunité au point de vue de la douleur, elles ne sont pas douloureuses. Ce sont des maladies sécrétantes sèches, c'est-à-dire produisant une sécrétion, mais toujours sèche, puisqu'elle est épidermique, et sans aucun mélange humide. L'une d'entre
pnuuiGO S"?'»
elles, le pilijriasis, n'offre pas de gravité ; une autre, Vherpêtide exfoliatricc, est le plus souvent mortelle ; les deux autres, le psoriasis et Vichtyose sont graves par la difformité qu'elles occasionnent, par leur durée, par leurs récidives, par leur incurabilité, et par les altérations sérieuses, qu'elles finissent souvent par faire subir à la santé générale..
Maladies papuleuses, ayant la papule pour lésion anatomique primitive et constitutive.
(La papale est um; petite tuméfaction d'un volume variable, depuis le volume d'une petite tête d'épingle, jusqu'à celai d'une lentille, ayant pour siège le corps papillaire du derme, d'une durée variable, afTectant la forme toujours chronique, comme dans le 'prurigo, on la forme toajours aiguë, comme dans le slrophidus, ou la forme tantôt aiguë, et tantôt chronique, comme dans le lichen. Les jiapales sont tantôt con- Quentes, et tantôt isolées; elles sont toujours le siège d'une douleur spéciale, le prurit, ou démangeaison, qui porte irrésistiblement les malades à se gratter; elles se terminent par résolution, sans laisser d'autre trace qu'une empreinte pigmeutairc, qui finit par s'effacer.)
Prurigo.
C'est une maladie caractérisée anatomiquement, par de grosses papules, isolées, toujours discrètes, jamais confluentcs, d'un rouge foncé, couro^nnées à leur sommet, d'un petit caillot noirâtre, résultant, non point d'une sécrétion humide qui n'existe pas, mais d'une gouttelette sanguine, cxtravasée par l'effet du grattage. Le prurigo siège de préférence sur toutes les régions, où la peau est sèche et riche en épidermc ; sa durée est indéfinie, sa forme toujours chronique, sans réaction générale, ni locale; s'il y a de la fièvre, ce n'est point la fièvre de
:i80 PRURIGO
J'inflammaLion, c'est la fièvre hcclique, la fièvre du marasme et de la consomption, résultant des troubles physiologiques causés par le prurigo, dans ses formes les plus graves.
Il est toujours douloureux ; la douleur est son caractère pathognomonique, et qui ne manque jamais; elle se manifeste sous la forme d'un prurit, ou démangeaisons, qui portent les malades à se gratter irrésistiblement. Ce prurit, souvent intolérable, se produit d'une manière intermittente, et sous forme de paroxj^smes, qui ont lieu, surtout le soir et la nuit, à la chaleur du lit. Ce prurit est quelquefois assez violent, et assez douloureux, pour empêcher le sommeil, détruire l'appétit, la santé, et rendre tout repos impossible; c'est ce que l'on observe dans les formes graves du prurigo, appelées : prurigo ferox, prurigo formicam.
Le prurig'o est de différentes natures, suivant les diverses causes qui le produisent. Il est dit mitis, quand il résulte de causes externes, de la saleté, d'une mauvaise hygiène. On l'appelle herpétiqibe, quand il est généralisé, existant à la fois sur le tronc et sur les membres ; c'est alors qu'il occasionne ces démangeaisons atroces, insupportables, se produisant par accès, le soir, la nuit principalement, et dont la violence détermine souvent une surexcitation nerveuse, qui épuise les malades. Il est ^vi cachectique, quand il existe principalement aux membres inférieurs, effet et symptôme d'affaiblissement général, de la cachexie sénilc, ou de toute aiitre cachexie. Il est parasitaire, quand il existe au sommet du dos, entre les deux épaules, à la base du
PRURIGO 381
COU, l'ésulLaiiL de l'irritalion produite sur la peau, par les pediculi corporis.
Leprurig-o herpétique cstlc plus grave, le pluslenace; il récidive presque fatalement. Hébra le déclare môme incurable.
Traitement. Quand le prurigo est herpétique, traitement général arsénical, auquel on joint des altérants, en rapport avec la constitution du malade. Comme traitement local: tous les modificateurs de l'innervation de la peau, tout ce qui peut agir sur son état pathologique, comme médication résolutive, excitante, pouvant y produire une action irritante substitutive ; badigeonnages avec l'huile do cade, avec la teinture d'iode, avec la solution de sublimé suivante :
Eau alcoolisée 1 lilre.
Sub.inié 2 grammes.
Bains avec sous-carbonate de soucie... iOOO gi^ammes. ou bien, avec sulfure sec de potassium. 200 grammes.
ou bien, avec une infusion concentrée d'espèces aromatiques, douches froides et vigoureuses, sur toute la peau.
Nous avons obtenu, par l'ensemble de ces moyens les meilleurs résultats, dans des cas qui semblaient désespérés.
Le prurigo parasitaire est guéri, eu dix à douze jours, par la destruction des parasites, qui s'opère par un ou deux bains, dans chacun desquels on verse la solution suivante :
Eau alcoolisée lOoo grammes.
20, 30 ou 40 gramiues.
U82 PIlUniGO
cinq ou six bains sulfureux cU'acenL ensuite les papules du prurigo.
Toutes les maladies de la peau constituées anatomiqucmcnt, par des lésions profondément incrustées dans le derme, ou dont la durée a été longue, et qui ont causé un trouble considérable dans l'état pbysiologique de la peau, ont pour elTct d'augmenter localement, et dans l'étendue de la surface qu'elles occupaient, la sécrétion de la matière pigmentaire. Cette bypersécrétion pigmentairc survit à ces lésions, pendant un temps souvent très long; elle marque leur emplacement et leur configuration; elle conserve leur empreinte, sous la forme de taclies d'un brun jaunâtre. Il en est ainsi pour l'eczéma, pour le psoriasis, pour le rupia, pour les formes graves de l'ectliyma, dont l'existence passée est accusée longtemps encore après leur disparition, par une bypersécrétion pigmentaire, qui conserve la place, et qui marque la surface qu'elles occupaient. Cette hypersécrétion, par sa coloration jaune brunâtre, caféaulait, nettement accusée, tranche d'une manière très accentuée, sur la teinte normale de la peau ambiante : elle est due à une action irritative exercée, par la lésion, sur le corps muqucux de Malpiglii, dans lequel s'élabore le pigment.
Or, le prurigo est une des dermatoses qui troublent le plus l'état physiologique do la peau, moins par l'importance de la lésion anatomique qui le constitue, que par les vives douleurs que cause cette lésion, que par l'action irritante des ongles, et des grattages nécessités par le prurit, parles démangeaisons souvent irrésistibles que cette lésion occasionne. Il en résulte, pour le corps
rnuRiGO '•^^•^ muquoux do Malpiglii, un état de surexcitation, d'in-ilabilitc, qui se traduit par une hypersécrétion pigmen- Lairc considérable. Cette hypersécrétion s'opère en nappe, d'une manière diffuse et généralisée, de telle sorte que dans le cours d'un prurigo généralisé, ou après la guérison de ce prurigo, la peau reste bistrée, noirâtre, affectée d'une demi-nigritie, comme la peau d'un mulâtre. Toute l'activité de la peau s'est concentrée sur la couche la plus profonde de l'épiderme, c'est-cà-dire, sur le corps muqueux de Malpighi, tissu vivant, vasculaire, qui produit les corpuscules de la matière pigmentaire. Cette hypersécrétion s'est opérée aux dépens, et au détriment de toutes les autres sécrétions, sudorales, sébacées, qui sont plus ou moins supprimées et taries; car si l'on constate que la peau est noirâtre et bistrée, on constate, en même temps, qu'elle est âpre au toucher, sèche et comme parcheminée. Ce double effet d'hypersécrétion pigmentaire et de dessèchement de la peau, est le résultat constant d'un pfurigo généralisé et de longue date.
Lichen .
On désigne, sous ce nom, une maladie de la peau caractérisée, comme le prurigo, par des papules. Le prurigo et le lichen sont donc deux maladies constituées par. la même lésion anatomique primitive, la papule; mais ces deux maladies se distinguent l'une de l'autre par les ditférences les plus nombreuses et les plus tranchées : les papules du prurigo sont toujours isolées ;