‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 8 sur 60 · TROISIÈME CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

TROISIÈME CONFÉRENCE

Caractères des lésions cutanées, tardives secondaires

de la sypliilis.

Les lésions que nous vous avons décrites jusqu'ici, sont celles qui vous dénotent la période secondaire de l'évolution de la syphilis. Mais, par leur diffusion sans ordre, par leur dissémination, par leur généralisation sur toute la surface du corps, sur lequel elles sont en quelque sorte semées, et qu'elles constellent en multitude innombrable, elles vous indiquent, par cette disposition même, que la syphilis est de date récente, et qu'elles en sont les premiers indices; aussi on les a dénommées ses lésions précoces.

Plus tard, après un temps variable, mais toujours long-, écoulé ; après 4, 10, 20, 30 années d'existence, ces mêmes lésions, jointes à quelques autres, dont nous devons vous parler aujourd'hui, apparaissent encore, mais avec une tout autre disposition. Elles forment, çà et là, sur la surface du corps et des membres, un petit nombre de groupes ; elles ne sont plus généralisées; elles sont au contraire localisées dans un ou plusieurs sièges. Moins la syphilis est ancienne, et plus les groupes de lésions sont nombreux, et, réciproquement, plus elle est vieille d'origine, et moins les groupes sont nom-

SYPIULIDILS SECONDAIRES TARDIVES

breux ; quelquefois, il n'y en a qu'un seul, comme chez le malade que je vous présente, dont la syphilis remonte à plus de trente ans.

Qu'ils soient nombreux ou non, ces groupes affectent des configurations très importantes cà considérer, parce que leur configuration même peut, à elle seule, éclairer le diagnostic. Ces groupes affectent habituellement une forme arrondie, circulaire, comme festonnée; ils constituent des cercles, des fragments de cercles, des surfaces orbiculaires ; ils représentent des fers à cheval, des pavillons d'oreilles. — Leur siège est encore utile à considérer. On les trouve partout, mais de préférence, et plus souvent, aux sièges d'élection de la syphilis, sur le front, dans les sillons naso-labiaux, sur le menton, aux commissures buccales, au pli dupoignet, aux avant-bras, aux régions palmaires et plantaires.

Ces groupes sont encore remarquables par leur couleur d'un rouge brun foncé, plus foncé que le rouge brun des accidents précoces. Ils sont diversement composés, relativement aux lésions cutanées. On y trouve d'abord les mêmes lésions que celles qui constituent les accidents précoces, c'est-à-dire des papules et des tubercules, avec ou sans squames; on y trouve ensuite des lésions plus profondes, altérant l'intégrité de la peau, et lui portant atteinte dans les couches les plus superficielles. du derme, des lésions ulcéreuses, érosives, recouvertes de croûtes aplaties, minces, de couleur brunâtre, le peu d'épaisseur de ces croûtes indiquant que les érosions, les entamures du derme n'ont pas de profondeur, qu'elles restent superficielles. N'oublions

pas en effet que nous ne sommes encore qu'à l'époque des accidents secondaires.

Dans l'évolution de quelques-uns de ces groupes, on constate un phénomène nouveau, et très important à considérer pour le diagnostic, car il appartient presque exclusivement à la syphilis; ce phénomène, c'est la serpicjinisation. Ces lésions érosives, ou non érosives, qui composent les groupes, ne sont pas toujours fixes, dans leur siège primitif; après avoir parcouru la durée des périodes de leur évolution, là où elles se sont développées d'abord, elles se produisent à côté, en dehors de ce siège primitif, laissant sur ce siège primitif, une simple empreinte pigmentaire si elles n'étaient que papuleuses, ou une véritable cicatrice si elles étaient tuberculeuses, ou érosives. Le développement progressif de ces lésions s'opère donc, du centre à la circonférence ; et comme, en vertu d'une force centrifuge, le centre conservant l'empreinte cicatricielle, ou simplement pigmentaire de lésions éteintes, et la périphérie étant formée par des lésions de la même espèce, et de la même nature, d'éclosion nouvelle, et en pleine évolution, ces groupes sont dits serpigiaeux. La serpiginisation est donc un phénomène qui consiste dans le développement successif et progressif de lésions, s'opérant, comme en rayonnant, du point central qu'elles avaient occupé d'abord, à des points circonférenciels, qu'elles envahissent d'une manière régulière, et de proche en proche. Si nous exceptons la forme particulière d'eczéma palmaire, décrite par M. Bazin, sous le nom à'eczéma centrifuge, nous ne constatons la serpiginisation que

OUIBOUT, PEAU.

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dans la syphilis ; par conséquent, au point de vue du diagnostic, ce phénomène est de la plus haute importance.

La disposition et la limitation en groupes partiels, plus ou moins nombreux et plus ou moins étendus, de lésions syphilitiques, serpigineuses, ou non serpigineuses, n'est pas la seule manifestation d'une syphilis vieille de date. L'ancienneté de la syphilis est encore indiquée par des lésions particulières et d'espèces diverses que l'on n'observe pas dans la première période d'une syphilis récente. Ces lésions sont nombreuses ; elles ne sont pas toujours disposées en groupes. Tantôt elles sont groupées, et tantôt diffuses, éparpillées, sans ordre; quelle que soit leur disposition, elles sont toujours, par elles-mêmes, par le seul fait de leur existence, le symptôme d'une syphilis ancienne. Ces lésions appartiennent à des espèces différentes, c'est-à-dire qu'elles ont des lésions anatomiques élémentaires, ou primitives, de diverses espèces ; il y a d'abord les :

Syphilides vésiculeuses.

Ces syphilides constituaient ce que l'on appelait autrefois, à tort, Veczéma sijphilitique ; elles ne sont aucunement un eczéma, car leurs vésicules qui sont 'persistantes diffèrent essentiellement des vésicules fugaces, éphémères de l'eczéma.

La SYPfflLiDE vÉsicuLEUSE SB présente sous deux formes différentes ; tantôt les vésicules sont discrètes, isolées, leur nature syphilitique se manifestant par une auréole

SYPHILIDES VÉSICULEUSES 33

lie couleur cuivrée, qui entoure chacune d'elles ; c'est la caricelle syphilitique. Tantôt, au contraire, les vésicules sont agglomérées, groupées sur une surface cuivrée, où elles sont en plus ' ou moins grand nombre, c'est la syphilide he)pétiforme^ ou à forme d'herpès. L'évolution, ou la durée de la syphilide vésiculeuse est longue ; car le développement des vésicules, isolées ou groupées, s'opère par des poussées successives, qui sont habituellement nombreuses, et l'évolution de chaque vésicule, ou de chaque groupe de vésicules se fait habituellement dans un espace de quinze à vingt jours.

La syphilide acnéique, acniforme, ou acné SYPmLiTiQUE est encore une syphilide secondaire tardive, ici c'est l'appareil sébacé qui est atteint; la lésion anatomique primitive est double; c'est d'abord un tubercule, puis une pustule. Le tubercule est constitué par l'hypertrophie du follicule sébacé, hypertrophie spécifique, do nature syphilitique, non exempte d'une phlogose sourde, latente mais réelle qui produit la suppuration de ce follicule, sous la forme d'une pustule, laquelle couronne le sommet du tubercule. L'acné syphilitique se caractérise en tant que syphilitique, par une teinte cuivrée, qui n'appartient pas cà l'acné idiopathique , teinte cuivrée qui entoure les tuborculo-pustules. Un autre caractère <le cette acné, consiste dans sa large diffusion; elle recouvre en général les épaules et le dos, jusqu'à la région lombaire, et toute la partie antérieure du thorax Ces deux régions sont comme criblées de gros tubercules pustuleux, ayant tous à leur base comme une auréole brunâtre. La durée de cette syphilide est très Ion-

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gue, car l'évoluLion de chaque lésion, prise isolément, est déjà, longue par elle-même, elle est environ de quinze à vingt-cinq jours, et cette durée se perpétue, el devient en quelque sorte indéfinie, par de noriibreuses poussées successives.

Une autre espèce de sypliilide tardive est la : syphilide

VERRUQDEUSE, OU PAPILLOMATEUSE, OU VERRUE SYPHILITIQUE.

La lésion anatomique est ici une verrue, et cette verrue est constituée par l'hypertrophie de l'une ou de plusieurs des papilles qui se trouvent à la superficie du derme, et des muqueuses. Cette syphilide est encore désignée sous le nom de granuleuse parce que les verrues représentent comme des petits grains arrondis, et agglomérés en plus ou moins grand nombre. Les développement papillomateux qui constituent les verrues ne sont pas toujours syphilitiques ; mais toutes les fois que vous les constatez dans les sillons naso-labiaux, sur la face externe des ailes du nez, et aux commissures buccales, par le seul fait de ce siège, n'hésitez pas à diagnostiquer la syphilis. Ces lésions sont parfaitement inoculables. On les trouve aussi, mais plus rarement, sur la face, sur le front, sur la partie antérieure et supérieure du thorax, et sur le dos.

Quelquefois la surface de ces verrues devient le siège d'une prolifération, d'une hypergénèse végétative, et cette végétation, en forme d'aigrette, se recouvre quelquefois d'une sorte de carapace épidermique cornée; dans ce cas la syphilide est dite : syphilide verruqueuse végétante cornée.

CONDYLOMES

Psoriasis syphilitique, ou syphilide psoriasif orme .

Contrairement cà l'avis de nos maîtres, MM. Bazin et Hardy, nous admettons un psoriasis de nature syphilitique. Nous avons, à l'appui de notre opinion, cité dans le premier volume de nos leçons cliniques, des faits probants à cet ég-ard. Il résulte de ces faits qu'il existe un psoriasis vraiment et incontestablement de nature syphilitique ; il diffère du psoriasis herpétique par une teinte rouge brunâtre qui entoure les surfaces squameuses , et que l'on ne trouve pas aussi prononcée dans le psoriasis herpétique. Le psoriasis est tantôt la. manifestation d'une syphilis récente, on le trouve, dans ce cas, parmi les accidents précoces, et tantôt l'expression d'une syphilis ancienne, il fait alors partie des lésions syphilitiques tardives ; nous en avons rapporté des observations qui ne laissent aucun doute à cet égard, et du reste, le traitement en a été la pierre de touche. •

Condylomes .

On désigne sous le nom de condylomes des tumeurs oblongues formées par l'hypertrophie des plis de la peau, et de la muqueuse, qui entourent l'anus. Ces plis, qui, dans l'état normal, ne forment que des saillies peu appréciables, et comme de simples et superficielles cannelures, quand ils deviennent des condylomes, constituent de véritables tumeurs, dures, rayonnant dans tous les sens, autour d'un centre commun, qui est l'o-

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rificc anal. Ces lumcurs sont séparées les unes des autres par des sillons, dont la profondeur est mesurée par la saillie môme des condylomes. Quelquefois, le bord interne, ou anal des condylomes est ulcéré et transformé en fissures, ulcérations syphilitiques, qui sont une des complications du condylome ; en sorte que tout autour de l'anus, rayonnent des saillies condylomateuses, des ulcérations creusées dans l'épaisseur des condylomes, des sillons, ou anfractuosités de séparation. Abandonnées à elles-mêmes et sans traitement, ces lésions anales s'aggraveraient, les ulcérations gagner raient en étendue, et en profondeur; elles détruiraient les hypertrophies condylomateuses, et tout le pourtour de l'anus finirait par ne plus être qu'une vaste ulcération.

Ces désordres locaux sont assez sérieux pour indiquer, en outre du traitement général, un traitement local, qui consiste surtout en cautérisations avec le nitrate d'arg-ent, en lotions fréquemment répétées, et en applications de pommades, dont le calomel et le laudanum résument le mode d'action.

Syphilide pigmentaire.

C'est encore aux accidents secondaires tardifs, qu'appartiennent ces vastes sufFusions de matière pigmentaire, répandues principalement, en surfaces vastes, irrégulières et transversales, sur les côtés du cou, et sur les régions latérales du thorax. Il y a là quelque chose qui ressemble au chloasma iiterinum; c'est la même

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teinte brunâtre, résultant de la même cause, l'iiypersécrélion pigmentaire ; seulement au lieu d'occuper les régions frontales, nasales et malaires, ces teintes occupent, comme nous l'avons dit, les régions latérales du cou et du tronc. C'est M. Hardy qui, le premier, a signalé, sous le nom de syphilide pigmentaire, cette anomalie de la sécrétion pigmentaire, et ces agglomérations des matières colorantes de la peau, qui s'opèrent dans les régions indiquées, pendant la période tardive de l'évolution des lésions secondaires de la syphilis, et qui, par conséquent, doivent aussi être considérées comme une manifestation tardive et secondaire de cette diatlièse.

Roséole syphilitique circinée tardive.

A cette même phase de l'évolution delà syphilis, appartient la forme particuHère de roséole décrite par M. Hardy, sous le nom de roséole circinée ou annulaire. Les macules rubéohques] ne sont plus, comme dans la roséole précoce, de simples taches, sans forme déterminée, et irrégulières ; ce sont des anneaux, des ronds, des cercles, complets ou incomplets, mais la forme orbiculaire est toujours manifestement accusée.

Onyxis syphilitique.

C'est encore dans la période la plus reculée des accidents secondaires de la syphilis que l'on trouve V onyxis. On désigne sous ce nom l'altération ulcéreuse de la matrice d'un ou de plusieurs ongles; tout le pourtour de

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l'ongle est soulevé; les parties vivantes auxquelles il adhère apparaissent avec une teinte d'un rouge cuivré; elles sont bourgeonnantes, ulcérées, comme fongueuses, et le siège d'une sécrétion purulente. Petit à petit, l'ongle se détache, il est renversé, énucléé, altéré dans sa substance; il est comme desséché, noirâtre, ratatiné; sesbords sont tranchants ; il tomberait de lui-même, si on ne l'enlevait pas, car il devient comme un corps étranger, dont la présence augmente Pétat pathologique des tissus sur lesquels il repose encore. Il faut donc pratiquer son ablation, afin de pouvoir agir directement sur sa matrice ulcérée, par des cataplasmes émoUients de fécule de pommes de terre. C'est le meilleur topique ; à leur défaut, on pourrait employer l'une des pommades suivantes :

Vaseline SO grammes.

Calomel • S —

Laudanum de Sydenham . . 4 —

ou bien celle-ci :

Axonge fraîche lavée SO grammes.

lodure de potassium 6 —

Chlorhydrate de morphine. 0,2S

Si l'onyxis siège aux orteils, l'immobilisation du malade, la position horizontale des membres inférieurs est nécessaire. En même temps que ce traitement local, il faut, bien entendu, dès lors qu'il s'agit d'une affection diathésique, soumettre le malade à un traitement général, qui doit être mixte, c'est-à-dire composé à la fois de mercure et d'iodure de potassium. Ainsi nous prescrivons, en pareil cas, une pilule composée de :

ONTXIS SYPHILITIQUE 41

Protoïodure d'hydrargyre . 0,03

Extrait d'opium 0,01

Extrait de gentiane ' 0,10

et deux, ou trois, ou quatre grammes d'iodure de potassium; ou bien, tout simplement, deux grandes cuillerées de sirop de Gibert; chaque cuillerée étant composée de :

lodure de potassium 0,50

Biiodure de mercure. .... 0,01

Sous l'influence de ce traitement, la matrice de F on gle reprend, petit à petit, son état naturel, et un ongle nouveau se reforme dans des conditions physiologiques, et sans qu'il reste de trace apparente de l'onyxis. Un traitement tel que celui que nous venons d'indiquer, étant administré, dès les premières atteintes, dès le commencement des premières manifestations du mal, peut en arrêter les progrès; et alors l'ongle peut être conservé, sa chute peut être prévenue, et la durée de la maladie par conséquent', considérablement diminuée.

Le siège le plus habituel de l'onyxis est au gros orteil, et aux doigts indicateur et médius.

Si la maladie était abandonnée à elle-même sans traitement, après la chute de l'ongle, on trouverait une vaste ulcération, qui, par des progrès incessants en surface et en profondeur, arriverait jusqu'à l'os de la phalange, en déterminerait la carie et entraînerait la perte irrémédiable, non pas seulement de l'ongle, mais d'une partie de l'orteil et des doigts; plusieurs doigts, et plusieurs orteils pouvant être atteints en même temps,

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l'onyxis peut ôtrc par conséquent un accident de la nature la plus grave.

Iritis syphilitique.

A la période de l'évolution de la syphilis, qui produit l'onyxis, c'est-à-dire à une époque avancée, ancienne de sa période secondaire, et quand elle est sur le point d'être remplacée par les accidents tertiaires, nous trouvons Viritis. Bien qu'il ne s'ag-isse ici, ni d'une lésion de la peau, ni d'une membrane muqueuse, cependant je vais vous on dire quelques mots. Je vous décris les lésions de surface de la syphilis, celles qui frappent nos regards, qui sont apparentes en raison de leur siège superficiel; par conséquent, je puis bien vous parler de l'iritis, puisque cette lésion est une de celles que nos yeux constatent tout d'abord, et le plus facilement, à l'approche du malade.

L'iritis s'annonce par une douleur oculaire intense, par une sensation très vive de chaleur, de tension, dans le globe de l'œil, et par une photophobie très prononcée. La conjonctive oculaire est rouge, il y a du larmoiement; l'œil se ferme irrésistiblement à la lumière, la rougeur n'existe pas que sur la conjonctive ; on en voit une teinte plus profonde sur l'iris. Cette membrane est manifestement d'un rouge sombre cuivré; elle paraît épaissie, congestionnée et comme infiltrée; ses contractions qui forment l'ouverture pupillaire ne sont plus régulières; elles s'opèrent en divers sens, et avec une intensité variable, en sorte [que l'iris se trouve tiraillé,

miTIS SYPHILITIQUE 4J

contracturé d'une manière inégale; il en résulte que l'ouverture pupillaire est irrégulière ; elle cesse d'être ronde ; elle affecte plusieurs formes différentes : on la voit tantôt losangique, tantôt triangulaire, tantôt carrée, et comme un parallélogramme parfaiL. Cette déformation de la pupille est un signe constant et patliognomoniquç de l'iritis syphilitique.

Abandonnée h elle-même, sans traitement, cette déformation se prononcerait de plus en plus, l'ouverture pupillaire se rétrécirait, au point d'être presque oblitérée ; il y aurait une véritable atrésie, une oblitération presque complète et même complète, le passage des rayons lumineux serait intercepté, et par conséquent, cécité.

Ce n'est pas tout, l'iris congestionné, épaissi, enflammé contracte des adhérences vicieuses, avec les milieux de l'œil, avec la capsule du cristallin, et la vision est compromise sérieusement; l'opération de l'iridectomie est l'indispensable et suprême ressource, et si les synéchies, ou adhérences irieniies avec les milieux de l'œil sont intimes, considérables, et multiples, le succès de cette opération peut être nul, et l'œil est définitivement perdu.

Un autre cas peut se présenter, et nous avons été à mêmederobserver,rannée dernière, salle Henri IV, n''50, avec M. Galezowski, chez une jeune femme : l'iris épaissi, infiltré, congestionné était devenu le siège d'un hypopion, d'un abcès, véritable gomme syphilitique, formant une tumeur considérable, de la grosseur d'une lentille, et d'une couleur d'un gris jaunâtre. Vous comprenez

SYPHILIDES SECONDAIRES TARDIVES

toutes les conséquences possibles d'une suppuration s'établissant ainsi dans les milieux de l'œil; la perte de cet org-anc peut en être la conséquence irrémédiable.

En voilà assez, messieurs, pour vous faire comprendre combien est grave l'iritis syphilitique. C'est un accident diatliésique ; il faut donc le combattre par une médication spécifique. Le mercure seul ne suffît plus, car c'est une lésion qui tient déjà aux accidents tertiaires ; elle a, en quelque sorte, un pied sur la période secondaire ultime, et un pied sur la période tertiaire. Il faut donc associer l'iodure de potassium au mercure. Nous prescrivons dans ce cas, le matin, une pilule hydrargyrique ainsi composée :

Protoïodure d'hydrargyre 0, 03

Extrait d'opium 0, 01

Extrait de gentiane.. 0, JO

Et, l'après-midi : iodure de potassium deux, trois ou quatre grammes. Ou bien nous donnons deux cuillerées de sirop de Gibert par jour, une le matin, et une l'aprèsmidi, dans un verre d'eau, chaque fois : chaque cuillerée de sirop de Gibert contenant :

Biiodure de mercure 0, 01

Ét iodure de potassium 0, 50

Mais ce traitement interne s'adressant à la nature de la maladie ne suffit pas ; il faut instituer, en même temps, une médication externe antiphlogistique et révulsive des plus énergique. Ainsi une ou plusieurs applications de six à dix sangsues aux régions temporales et mastoïdiennes; cipplication de plusieurs vésicatoires, aux

IRITIS SYPHILITIQUE 45

mûmes régions, ou à la nuque. Tenir l'œil fermé et recouvert, d'une manière permanente, d'un cataplasme de fécule de pommes de terre bien humide et froid. Interdire au malade la lecture, et toute fatigue de l'œil sain, les deux yeux étant congénères, unis par une étroite et inévitable synergie, l'un ne pouvant pas entrer en action, sans que, par cela même, l'autre ne participe à cette même action. Le repos absolu des yeux est indispensable. — Ce n'est pas tout encore ; il ne faut pas perdre de vue le danger de l'atrésie de l'ouverture pupillaire, et des adhérences de l'iris avec les milieux de l'œil. Pour prévenir cette atrésie, et ces adhérences, il faut instiller, deux ou trois fois par jour, entre les paupières, et à la surface de l'œil malade, quelques gouttes d'un collyre belladoné, de manière à tenir la pupille dans un état de dilatation permanente et aussi complète que possible. Le collyre que nous employons à cet effet, est ainsi composé :

Eau distillée 20 grammes.

Sulfate neutre d'atropine 0, SO

Ce traitement complexe, général et local doit être continué jusqu'à guérison complète de l'iritis; car une simple amélioration est souvent suivie de recrudescence, et d'une exacerbation ; il s'opère dans l'œil, comme dans la peau, de véritables poussées morbides, et des réveils, des récidives d'un mal que l'on pouvait croire éteint.

L'iritis, généralement, n'existe que d'un seul côté à la fois; nous- ne l'avons jamais vue affecter simultanément les deux yeux; mais nous l'avons vue passer d'un œil à

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l'autre, et envahir l'œil sain, après la guérison de l'œil malade. Elle est aussi commune chez l'homme que chez la femme. Nous n'avons pas remarqué que le sexe exerçât sur elle une influence étiologiquc.

Alopécie syphilitique.

Si la syphilis, arrivée à la phase ultime de sa période secondaire peut nous faire perdre nos ongles et nos yeux, elle peut encore nous dépouiller de notre chevelure, et produire cette chute particulière et spéciale, quant à sa manière d'être, de nos cheveux, qui a reçu le nom d'Alopécie , du substantif grec AXotiv)^ (renard). On a cru remarquer, en effet, que les poils du renard sont quelquefois clair-semés, comme les cheveux dans l'alopécie syphilitique.

Plusieurs causes, sans parler de l'âge, déterminent la chute de nos cheveux. Il y a d'abord les différentes espèces de teignes ; le favtis, la tricopliytie^ la pelade ; chacune de ces espèces de teignes dépouille notre cuir chevelu d'une façon différente et pathognomonique, qui la fait reconnaître. Le favus dénude incomplètement de vastes surfaces, au milieu desquelles on trouve épars, des bouquets de cheveux rabougris, décolorés, tordus sur eux mêmes et lanugineux ; le cuir chevelu est parsemé de cicatrices superficielles, blanchâtres, que les pustules et les godets faviques ont laissées après eux ; et sa couleur, en dehors des taches cicatricielles, est d'une teinte d'un rouge vineux. La tricophytie produit de véritables lonsures, des surfaces dénudées absolument, et d'une

ALOPÉCIE SYPHILITIQUE «

régularité parfaite ; de là, son nom d herpès tonsumnt. La pelade fait tomber les cheveux beaucoup plus rapidement, en surfaces beaucoup plus larges et irrégulières dans leurs contours, sans que le cuir chevelu paraisse altéré dans sa couleur et dans sa manière d'être. Quelques autres affections cutanées, telles que l'acné sébacée fluente, ou séborrhée, l'eczéma, le psoriasis, peuvent aussi amener la chute des cheveux; mais la constatation préalable de l'existence de l'une, ou de l'autre de ces affections, ne laisse aucune incertitude sur la cause qui produit la chute des cheveux.

Quant à la syphilis, elle dénude le cuir chevelu, à sa façon, et c'est une façon à elle, et qui doit toujours, la faire reconnaître. Les cheveux, sous son influence deviennent moins denses, plus clair-semés, laissant entre eux de petits espaces vides, qui rappellent ces interstices dénudés que l'on trouve sur la lisière, ou dans le centre de certains bois qui poussent mal, et dont le terrain est mauvais ; ce sont, moins des bois que des clairières ; aussi l'alopécie syphilitique est dite alopécie en clairière, le cuir chevelu reste sain, les cheveux tombent sans cause apparente extérieure appréciable ; en réalité , ils tombent , parce que le virus syphilitique dont la constitution est imprégnée, a altéré le follicule pileux, comme il a altéré la matrice des ongies ; et alors le cheveux ne trouvant plus l'aliment qui lui est nécessaire, au contre d'un follicule malade, s'en détache et tombe, comme tombent les feuilles et les fruits d'un arbre, dont la sève est défectueuse.

L'alopécie syphilitique ne réclame aucun traitement

SYPIIILIDES SECONDAIRES TARDIVES

local ; clic guérit, sous la seule influence du traitemenl antidialliésique, auquel il est toujours bon d'associer les amers et les toniques, le quinquina et le fer. On voit aors les cheveux repousser, et les vides qu'ils avaient laissés entre eux se combler ; la guérison est le fait habituel, pour ne pas dire constant, lorsque le traitemenl est bien dirigé. L'alopécie est par conséquent, un des accidents les moins redoutables de tous ceux que la syphilis peut produire.

Tels sont, messieurs, les lésions syphilitiques qui font encore partie des accidents secondaires, qui constituent encore la période secondaire de l'évolution de cette diathèse, mais qui en marquent la période tardive, la plus avancée, la plus ancienne.

Dans l'évolution de l'accident primitif, c'est-à-dire du chancre, et des accidents secondaires précoces et tardifs nous avons à noter deux faits pathologiques importants, l'un est un fait général ; l'autre, pour être un fait local, n'en est pas moins de la plus haute gravité.

Le fait général est un trouble survenant dans la sauté : courbature, anorexie, céphalalgie, fièvre; cette fièvre n'a pas habituellement une grande intensité, c'est un simple malaise général ; le pouls monte à 80-90 pulsations par minute, au maximum ; la température ne va guère audelà de 37 1/2 à 38 degrés. Cette fièvre est plus prononcée le soir, et la nuit ; elle n'est pas constante, elle manque souvent, le plus souvent peut-être, on l'appelle : fièwe syphilitique.

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