DE L'ANATOMIE DE L'OREILLE
Dans cette leçon et celles qui suivront, je me propose d'étudier avec vous, d'une manière générale, l'anatomie et la physiologie de l'oreille, sans lesquelles il est impossible de se rendre compte des maladies de cet organe.
Les connaissances que vous possédez déjà m'engagent à m'arrêter peu de temps sur un sujet longuement décrit dans les traités d'anatomie. J'entrerai ensuite dans quelques considérations générales sur la symptomatologie, l'étiologie, le diagnostic, le pronostic et le traitement des affections auriculaires. Ces premières notions acquises, nous étudierons les maladies de l'oreille apportant ou non un trouble à l'audition, les moyens de les reconnaître, de les améliorer ou de les guérir. Mais comme il vous serait peu profitable d'entendre des descriptions sans avoir d'exemples sous les yeux, je soumettrai à votre examen autant de malades que je le pourrai.
Je vous exercerai en même temps à toutes les manœuvres qui peuvent vous servir soit dans le diagnostic, soit dans le traitement. Heureux si mes efforts peuvent vous être utiles.
Un des sens les plus précieux qui ait été donné à l'homme, 1 ouïe, nous met en relation avec les sons extérieurs au moyen d'un organe, l'oreille.
Cet organe est formé de trois parties, essentiellement distinctes :
L'oreille externe, l'oreille moyenne et l'oreille interne.
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La première comprend le papillon et le conduit auditif externe ; la seconde, la caisse du tympan et deux divertieulums, l'un en arrière, l'apophyse mastoïde, l'autre en avant, la trompe d'Euslache ; la troisième se compose enfin du vestibule, du limaçon et des canaux demi-circulaires.
Ces parties sont d'autant plus délicates, plus profondément cachées et mieux protégées, qu'elles sont plus utiles et plus indispensables. On les voit successivement disparaître duns la série des êtres, en passant par des transformations insensibles. L'oreille interne cependant persiste encore, même à l'état 'd'ébauche, lorsqu'à la place de l'organe du sens de l'ouïe on ne trouve plus qu'une ampoule informe dans laquelle nage le nerf auditif.
Le pavillon, qui est la partie la plus extérieure, la plus visible de l'oreille, est très- variable de forme, d'étendue, de couleur et d'obliquité. Il présente la forme générale que vous connaissez tous, et ressemble à une conque dont la surface est sillonnée de dépressions et de saillies auxquelles on a donné différents noms.
On remarque d'abord le tragus, saillie située au devant du méat auditif. Celui-ci est placé au fond d'une dépression profonde, appelée conque, divisée en deux parties inégales par une saillie assez prononcée. Celle-ci se porte en avant, en haut et en arrière pour former en se recourbant une partie de la circonférence du pavillon et va se terminer près de son extrémité inférieure ou lobule.
En arrière du tragus et sur le même plan que lui, on voit une éminence appelée antitragus, et dépendant de cette portion la plus large et la plus inégale du pavillon, qu'on nomme anthélix.
Le pavillon est constitué par des pièces cartilagineuses reliées entre elles par des fibres lamineuses, mues par des muscles, nourries par des vaisseaux, animées par des nerfs.
La peau qui recouvre ces parties renferme des follicules pileux, des glandes sébacées, des glandes sudorifères.
Le pavillon de même que le conduit auditif externe et la trompe d'Eustache se développe lentement et n'acquiert ses dimensions définitives qu'à un âge déjà éloigné de la naissance.
DE l'aNATOMIE DE L OREILLE.
Conduit auditif externe. — Le conduit auditif externe B (fig. 1), généralement sinueux, est fermé à son extrémité interne par une cloison mince tendue obliquement: la membrane du tympan. 11 est formé de deux parties ayant une longueur de 3
à 4 centimètres ; l'une externe, fîbro-cartilagineuse, l'autre interne, osseuse. Soudées l'une à l'autre, ces parties forment un conduit sinueux dont les courbures ont été comparées à celles d'une S italique. On doit se rappeler que la partie fibro-cartilagineuse, la seule mobile, pouvant se redresser lorsqu'on tire le pavillon en dehors et un peu en arrière, le conduit sinueux est transformé en un canal presque rectiligne dans lequel il est facile d'introduire des instruments.
Les diamètres et la forme du conduit sont très-variables; cependant le diamètre vertical est presque toujours le plus considérable.
Cette disposition anatomique a été mise à profit par Malgaigne pour l'extraction des corps étrangers. Elle indique aussi de quelle façon il faut introduire les spéculums bivalves ou les monovalves de forme ovalaire.
Structure du conduit. — Le conduit est formé par une partie fibro-cartilagineusc, qui présente des incisures comblées par du tissu élastique. La peau qui recouvre le pavillon s'amincit d'autant plus qu'elle se rapproche davantage de la membrane du tympan, et adhère fortement au périoste qui tapisse le tissu
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osseux. C'est ce qui explique pourquoi l'inflammation de la peau gagne facilement le périoste, produit dans ces tissus un étranglement qui détermine des douleurs très-violentes, et pourquoi il faut inciser ces tissus dès qu'ils sont douloureux et épaissis. On trouve dans l'épaisseur de ceux qui doublent le conduit des follicules pileux, des glandes sébacées, des glandes cérumineuses, des vaisseaux et des nerfs. L'existence de ces glandes et de ces follicules indique comment on peut rencontrer dans le conduit des tumeurs sébacées et des poils pouvant rendre difficile l'examen du conduit et du tympan.
M. le professeur Troeltsch a pu constater l'existence de glandes cérumineuses dans la peau qui tapisse la paroi supérieure du conduit jusqu'au tympan. Ce fait explique comment le cérumen peut s'amasser vers la membrane, la déformer de dehors en dedans, et même prendre son empreinte. Ce contact prolongé peut, au bout d'un temps variable, produire une inflammation et une perforation de la membrane (Ribes).
La peau du conduit est alimentée par des vaisseaux que fournit l'artère auriculaire postérieure.
Les parois latérales et inférieures reçoivent des vaisseaux de l'artère parotidienne. Tous ces vaisseaux, avant d'arriver à la membrane du tympan, forment une couronne parallèle à la circonférence du tympan. De là, on voit partir des rameaux qui se dirigent vers le centre de la membrane, en s'anastomosant pendant leur trajet, ou à leur extrémité terminale, à l'ombilic.
Ces vaisseaux, bien visibles, dans les myringites scrofuleuses par exemple, ne le sont pas à l'état ordinaire. Cependant il en est quelques-uns qui suivent le bord postérieur du manche du marteau et apparaissent sous la forme de lignes d'un beau rouge carmin, lorsqu'on fait exécuter quelques mouvements à la membrane du tympan, ou lorsqu'on excite un peu la circulation locale de quelque manière que ce soit.
La peau du conduit est très-sensible, car elle est animée par des filets nombreux qui viennent du plexus cervical, du nerf auriculo-temporal et du pneumogastrique; celui-ci envoyant des rameaux aux parois supérieure et postérieure.
Rapports du conduit. — Les rapports du conduit sont trèsvariables chez les jeunes sujets et les adultes; car, chez le nouveau-né, la portion osseuse de ce canal existant à l'état rudimen-