‹ Traité pratique des maladies de l’oreille, ou, Leçons cliniques sur les affections de cet organeChapitre 23 sur 69 · NÉVRALGIE · texte numérisé non relu

NÉVRALGIE

les tissus. Lorsqu'on exerce une pression sur la joue ou le cou du malade, on sent une crépitation pathognomonique semblable au bruit que produit la neige lorsqu'on la foule.

L'emphysème, malgré l'opinion de Triquet, ne peut pas causer la mort à moins d'être considérable. Pour qu'il en soit ainsi, on devrait continuer à pousser la douche, lorsque le, malade, surpris et étonné, porte vivement la main à l'endroit douloureux et indique l'accident qui lui arrive. Cependant l'emphysème pourrait se produire et déterminer, au moment de sa formation, des symptômes assez peu marqués pour ne pas éveiller l'attention du malade. Dans ce cas on pourrait introduire dans les tissus une assez grande quantité d'air.

Le traitement de l'emphysème consiste, comme le dit Triquet, à déchirer avec le doigt ou avec un instrument pointu la muqueuse dans un des points correspondant à une bosselure. Cette précaution empêche l'emphysème de devenir aussi considérable et le fait disparaître plus rapidement.

Traumatisme de la trompe. — L'introduction de la sonde, trop souvent répétée, produit une contusion et un gonflement de la muqueuse de la trompe d'Eustache et des douleurs lancinantes. Il en résulte un rétrécissement de ce canal et une surdité plus prononcée. Cette complication arrive aussi a la suite d'introduction de la bougie dilatatrice. 11 sera donc nécessaire d'espacer les séances ou de mettre entre elles un intervalle de 5 à 8 jours au plus. Lorsqu'on les aura répétées tous les jours pendant une semaine ou deux, il sera nécessaire de les interrompre, de faire usage de la douche nasopharvngienne si la saison est douce, ou de fumigations nasales si la saison est rigoureuse. De cette manière la phlegmasie disparaîtra complètement et avec rapidité.

Névralgie. — Le cathétérisme détermine généralement une névralgie douloureuse occupant l'œil, le front, la tempe, lorsqu'il est répété pendant très-longtemps, mais il arrive' aussi que le premier fasse naître ce symptôme morbide, dont la gravite est nulle, et qui disparaît avec la cause qui l'a produit. Si la névralgie est trop douloureuse, il suffit de prescrire des antispasmodiques.

Tels sont les divers inconvénients ou accidents que détermine la sonde, lorsqu'elle passe dans les fosses nasales pour être in-

troduite dans la trompe. Le cathéter, aidé du passage de la bougie, est le meilleur qui existe lorsqu'on veut avoir une idée nette de la largeur du tube d'Eustache.

Mais lorsqu'on n'a pas l'habitude suffisante du cathétérisme, il n'est pas facile de se rendre compte de l'état de la trompe et d'introduire des vapeurs médicamenteuses dans la caisse du tympan. On peut y parvenir lorsque les trompes ne sont pas trop rétrécies en employant la méthode de Valsava ou le procédé du docteur Politzer.

Méthode de Valsava. — Après avoir engagé le malade à fermer la bouche et les narines avec la main, on lui conseille de faire une expiration forcée.

Lorsque les trompes sont perméables, l'air y pénètre et passe dans la caisse en déterminant des bruits physiologiques ou pathologiques. Lorsque la muqueuse doublant les tubes d'Eustache est un peu tuméfiée, le malade éprouve une difficulté assez grande pour faire passer l'air dans l'oreille moyenne, et, c'est seulement après un grand effort ou des essais répétés plusieurs fois, qu'il parvient à rendre la trompe perméable. Si le gonflement de la muqueuse est considérable, la méthode de Valsava est insuffisante.

Toutes les fois que les trompes sont perméables et qu'il y a perforation du tympan avec suppuration de la caisse, ce procédé est très-utile pour faire pénétrer dans l'oreille moyenne les liquides instillés dans le conduit.

Pour y parvenir, on fait pencher la tête du côté opposé à l'oreille affectée, on instille le liquide médicamenteux dans le conduit et l'on engage le malade à employer la méthode de Valsava ; on ne tarde pas à entendre un gargouillement dans le conduit.

Ainsi toutes les fois qu'il existe une affection nécessitant l'introduction de liquides médicamenteux dans la caisse, il faut rendre la trompe perméable, afin de permettre au malade d'employer la méthode de Valsava.

Méthode de Politzer. — C'est la méthode de Valsa\a forcée, comme l'a spirituellement dit le docteur Simon Duplay (1).

Elle consiste à condenser l'air dans la cavité naso-pha-

(1) Arch. ge'n. de méd. Paris, 1868. Résumé d'otologie.

MÉTHODE DE POLITZER. 69

ryngiennc en l'insufflant au moyen d'un tube introduit dans le nez du malade, soit avec la bouche, soit avec une poire ou un appareil quelconque à compression pendant que le malade l'ait dés mouvements de déglutition. Lorsque le malade a pris une gorgée d'eau, il ferme la bouche, introduit l'extrémité d'un tube dans une des narines, ferme l'autre narine ainsi que celle qui ne l'a pas été complètement par le tube. On fait entrer l'air ou les vapeurs dans les fosses nasales en même temps qu'on recommande au malade d'avaler l'eau qu'il retient dans la bouche.

A ce moment les muscles de l'isthme du gosier et du pharynx se contractent, la trompe d'Eustache s'entr'ouvre et l'air s'y précipite pour passer dans la caisse. Le professeur Troeltsch conseille seulement au malade de faire des mouvements de déglutition.

J'ai l'habitude de remplacer la gorgée d'eau par un morceau de sucre qui excite les glandes salivaires et produit aussi en fondant une certaine quantité de liquide qui facilite le mouvement de déglutition.

Le procédé de Politzer est fort utile chez les enfants ou lorsque le malade ne peut pas suivre régulièrement le traitement, mais il ne peut pas remplacer le cathétérisme.

On peut avec l'appareil [fig. 10) faire pénétrer des vapeurs différentes dans la caisse du tympan en procédant de la manière suivante : Après avoir chauffé le réservoir A renfermante liquide choisi, on introduit l'extrémité K du tube dans la narine, en suivant les règles indiquées plus haut. On prend la poire M, on la comprime alternativement de manière chasser dans le tube F, et dans les fosses nasales les vapeurs dégagées dans le réservoir A. L'extrémité du tube introduite dans la narine doit être molle et résistante : molle afin d'avoir un contact plus doux et plus supportable; résistante afin que les parois du tube ne s'appliquent pas l'une contre l'autre, lorsqu'on exerce une pression sur elles. La poire qu'on emploie doit avoir un certain volume pour qu'on puisse faire pénétrer, ù un moment donné, une assez grande quantité d'air dans les fosses nasales.

La douche de Politzer est contre-indiquée lorsqu'il existe : 1° Une rhinite aiguë, une angine aiguë avec dysphagie, des

ulcérations étendues et nombreuses sur les parois des fosses nasales, parce que, dans les premiers ca>-, il survient une dou-

Fig. 10.

leur très-vive, et que dans les autres il peut se déclarer des épistaxis abondantes.

2° Une division congénitale ou acquise du voile du palais.

La douche de Politzer peut déterminer la rupture du tympan, lorsque cette membrane a subi des transformations pathologiques. Cet accident assez rare, signalé par Pagenstecher (1), prouve qu'il ne faut pas employer un appareil à compression trop énergique. La méthode de Politzer permet, mieux que celle de Valsava, de constater directement au moyen du spéculum les mouvements de la membrane du tympan.

On peut aussi constater les mouvements de la membrane au moyen du tube manométrique de Politzer.

(I) Sim. Duplay, Arch. gdnér. rie rnèd. Paris, I8GG. Résumé d'otologie.

du catmi;ti;:iusme du tympan.

Celui-ci se compose : d'un petit tube manomélrique dont l'extrémité auriculaire revêtue de caoutchouc est introduite élans le conduit et le ferme hermétiquement. Cet appareil indique seulement les mouvements de la membrane, mais ne permet pas d'apprécier les physionomies différentes qu'elle présente pendant leur durée. Je crois donc que cet appareil est complètement inutile au point de vue pratique, surtout lorsqu'on possède Je spéculum pneumatique; ce dernier appareil permettant de voir parfaitement la membrane et de suivre ses mouvements lorsqu'elle est soumise à des pressions variables.

Du cathétérisme du tympan. — Le cathétérisme du tympan est l'exploration de cette membrane au moyen d'un stylet coudé très-lin et très-léger dont l'extrémité libre est légèrement renflée.

Préconisé par Curtis, Ilard et Wright, condamné par Kra-

Fjg. H.

mer, i\ sert à obtenir des données sur la sensibilité et l'étal physique <le la cloison lympaniquc. De cette manière on peut aussi obtenir des données sur la nature des différentes tumeurs qu on rencontre dans le conduit auditif externe. Pour pratiquer le cathétérisme du tympan, j'ai I' habitude de me servir d'un stylet I [fig, 1 1) dont l'extrémité auriculaire très-légèrement

MALADIKS DE l> OREILLE

renflée est parfois garnie d'une très-mince couche de coton, couche excessivement tassée pour rendre le contact de la tige moins pénihle.

Le coton étant excessivement tassé permet d'avoir des sensations aussi nettes que si la tige était à nu.

Après avoir bien éclairé les parties qu'on veut examiner, on les touche avec le stylet en ayant soin d'exercer une pression convenable pour acquérir des données suffisantes. Si les parties à explorer sont profondément situées, comme la membrane du tympan par exemple, on doit prendre garde de toucher le moins possible les parois du conduit auditif. Car ces attouchements pourraient déterminer des mouvements du malade et par suite des blessures de la membrane.

On aura soin, autant que possible, de ne pas explorer trop longtemps avec le stylet les parois supérieure, antérieure ou postérieure du conduit auditif externe ou letympan, de peur de déterminer une syncope par action réflexe. Indépendamment de la douleur, certains auteurs ont dit que cette exploration était dangereuse, parce qu'ils n'ont pas voulu prendre les précautions les plus simples, c'est-à-dire bien éclairer les parties examinées et se servir du stylet avec beaucoup de douceur et de lenteur. Car, en agissant ainsi, on ne peut jamais causer le moindre désordre.

Le stylet explorateur sera employé toutes les fois que l'examen objectif ne suffira point. Il vous sera d'un grand secours pour avoir une idée nette de l'épaississement des parties périphériques du tympan pathologique. Dans ces cas, au lieu de pouvoir déprimer facilement le tympan, vous sentirez une résistance proportionnelle au degré d'épaississement qu'il présente.

S'il existe à la surface du tympan des granulations ayant l'aspect d'un polype, ou s'il y a un polype obturant le conduit et simulant un tympan granuleux, il est très-important de toucher ces parties morbides pour savoir ce qu'elles sont. S'il existe des corps étrangers, une tumeur osseuse dans l'oreille externe, il est encore nécessaire d'employer le stylet explorateur. Le cathélérisme du tympan ou des autres parties de l'oreille présente donc des avantages réels dont il faut savoir tenir compte.

De la rhinoscopie. — La rhinoscopie a pour but de voir

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