EN PARTICULIER
La scrofule est un état diathésique particulier prédisposant le sujet atteint à des maladies multiples qui affectent indiffé* remment tous les tissus.
Elles sont caractérisées par une coloration d'un rouge violacé ou vineux, sombre, différant de la couleur cuivrée des syphilides et de la coloration des exanthèmes ordinaires.
Les tissus affectés sont gonflés et fortement hypérémiés. On remarque souvent à la surface du corps des cicatrices déprimées, gaufrées, que vous connaissez tous, et l'on 'peut constater des caries et la présence de séquestres osseux, de tumeurs ganglionnaires variables. La figure du malade est bouffie, généralement pâle; le nez est souvent large, aplati, déformé. Il existe une rhinite, une ozène, une blépharite, et si l'on examine la cavité buccale, on voit souvent une muqueuse rouge, gonflée, une hypertrophie des amygdales et un système dentaire fort défectueux.
Les scrofulides se montrent sur plusieurs points à la fois, et affectent diverses espèces de tissus. Leur marche est excessivement lente, quelquefois elles durent pendant toute la vie.
Elles déterminent rarement de la fièvre et d'autres symptômes généraux, c'est ce qui explique pourquoi elles font de grands ravages avant qu'on songe à arrêter leurs progrès incessants. Mais la nature a pris soin de les guérir sans l'intervention de l'art. Ainsi on les voit diminuer de gravité et même disparaître à la suite d'exanthèmes fébriles, comme l'érysipèle, par exemple.
Lorsque les scrofulides existent au pavillon, celui-ci est tuméfié, d'un rouge vineuxsombre, déformé, couvert de croûtes et d'une humeur jaunâtre caractéristique; mais il n'y a pas de surdité. C'est seulement lorsque la scrofule envahit le méat auditif et le conduit qu'on peut constater une surdité, eu rapport avec le gonflement des parties et la quantité des matières sécrétées qui agissent comme un corps étranger dans le conduit.
A mesure que la scrofule gagne les parties profondes du conduit auditif, la vascularisation augmente, et bientôt tout Je conduit est en pleine suppuration. Tant que la membrane du tympan n'est pas atteinte, elle ne participe pas à l'inflammation. Si elle est baignée par lé pus, sa couche cutanée se ternit en s'épaississant, et le triangle lumineux disparaît. Mais elle revient a l'état normal quand la suppuration est tarie.
L'inflammation strumeuse peut envahir la membrane du
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tympan, à la surface de laquelle on voit apparaître des vaisseaux. Ceux-ci occupent souvent la périphérie, quelquefois les parties centrales de la membrane. Bientôt il se forme des phlyctènes dans les mêmes points ; celles-ci sont isolées, peu nombreuses ou réunies en groupes de deux ou trois assez rapprochées les unes des autres. A la place des phlyctènes, on voit souvent des ulcérations se former et intéresser les couches du tympan à des profondeurs variables. L'ulcération a des bords irréguliers, saillants, d'une coloration jaunâtre, rougeâtre ; le fond présente les mêmes teintes. Les phlyctènes qui ne s'ulcèrent pas, se résorbent au bout d'un certain temps, sans laisser aucune trace. Dans la majorité des cas, celles qui sont isolées, et qui perforent toutes les couches du tympan, produisent une petite perforation qui se cicatrise vite ou s'élargit, et a une durée indéterminée. Celles qui sont groupées et qui perforent le tympan produisent une large perforation, quelquefois même une destruction de la membrane, cette dernière lésion persistant pendant toute la vie.
Quelquefois, par suite d'une inflammation vive de la caisse, il y a une chute d'un ou de plusieurs osselets, résorption du manche du marteau, ou d'une partie d'un autre osselet.
Lorsque la perforation est petite, on ne peut pas distinguer la muqueuse; on voit seulement en dedans de la perforation l'espace vide et sombre de la caisse. Mais si la solution de continuité est plus considérable, on distingue l'intérieur de la caisse, dont la muqueuse est d'un rouge carmin vif, granuleux, fournissant une suppuration abondante; le pus est fétide et verdâtre. Telle est la physionomie que présentent les parties visibles des oreilles externe et moyenne. C'est seulement lorsque l'inflammation a atteint le tissu osseux qu'on remarque des déformations profondes, comme, par exemple, une atrésie presque complète de la portion osseuse du conduit.
Quelquefois même, il y a des caries d'une partie de l'apophyse mastoïde, du rocher, ou des cicatrices anciennes caractéristiques de ces états morbides. D'autres fois encore, la suppuration a disparu, et l'on constate seulement les traces indélébiles de lésions incurables, telles que des adhérences du tympan aux parties variées de la caisse, ou une destruction complète de cette membrane.
Symptômes subjectifs. — Les symptômes subjectifs ont peu d'importance. Généralement, les scrofulides de l'oreille ne déterminent pas des douleurs bien vives ; mais elles causent souvent des démangeaisons intolérables, et les malades, en se grattant pour les faire disparaître, excorient ordinairement les parties affectées.
Lorsque le tympan est envahi par l'inflammation strurneuse, il survient des douleurs lancinantes qui ont leur siège principal dans le conduit et dans les parties supérieures du pavillon. Ces douleurs ont des exacerbations le soir, et deviennent plus fortes lorsqu'il existe aussi une inflammation de la muqueuse de la caisse; complication fréquente de la myringite strurneuse.
Les douleurs s'exagèrent jusqu'à ce que le processus ait disparu en partie, soit que les phlyctènes se soient résorbées, soit que l'ulcération consécutive ait perforé le tympan et ait donné un passage suffisant au muco-pus renfermé dans la caisse. Les douleurs reviennent à des époques plus ou moins éloignées. Il existe aussi des bourdonnements et de l'hypéresthésie en rapport avec le degré d'hypérémie de l'organe.
L'inflammation peu vive détermine rarement des symptômes généraux; dans le cas contraire, ils sont variables en intensité; le sommeil est troublé, il y a de l'inappétence, de la soif et un état saburral des voies digestives.
Etiologie. — La première de toutes est la diathèse strurneuse dont les manifestations apparaissent souvent sous l'influence d'une cause en apparence légère.
Toutes les causes qui peuvent produire une otite, comme le froid, les fièvres éruptives, pourront réveiller la diathèse et déterminer des lésions graves, souvent au-dessus des ressources de l'art. Il faut cependant se rappeler que certaines affections, comme l'érysipèle, par exemple, modifient avantageusement la diathèse scrofuleuse.
Diagnostic. — D'après ce que j'ai dit précédemment, il sera facile de reconnaître l'otite strurneuse et l'étendue des lésions qui existent.
Pronostic. — Cette affection est toujours grave, parce que l'état local entretenu par l'état général est difficile à modifier. Mais lorsqu'elle existe depuis un certain temps, et qu'il y a une
large perforation du tympan, un pus abondant, fétide, au milieu duquel on remarque des parcelles osseuses, on doit être très-réservé. En même temps, on doit avertir le malade de la gravité des lésions, de la longue durée probable de la maladie. Le pronostic doit être encore très-réservé toutes les fois qu'il y a une destruction du tympan, une résorption du manche du marteau, une chute des osselets, moins l'étrier. Et l'on doit dire au malade qu'il sera toujours exposé aux suppurations de l'oreille, tout en conservant l'ouïe moins line qu'auparavant. S'il se trouve des tumeurs osseuses compactes, rétrécissant le conduit à des degrés variables {fig. 35 de l'Atlas), il faut concevoir peu d'espérance.
Quand elles sont creuses ou peu résistantes, on peut les opérer et créer ainsi une voie large aux injections. Dans tous les cas, il ne faut rien promettre au malade avant d'être assuré de l'étendue probable des lésions. On doit détruire la tumeur osseuse afin de voir si le tympan est détruit en totalité ou en partie, et s'il paraît exister des lésions plus grandes. Si l'on ne parvient pas à détruire cet obstacle, on doit annoncer au malade que le traitement sera plus long et qu'il est impossible de connaître le degré de l'affection. On pourra dire au malade que le tympan est perforé, car il est toujours facile de s'assurer de l'existence de cette lésion en insufflant de l'air dans la caisse, par un des trois moyens usuels (méthode de Valsava, de Politzer, cathétérisme) pour produire le sifflement caractéristique.
Traitement. — La première indication à remplir est de modilier l'état général du malade, puis de tâcher de faire disparaître les manifestations locales. Le meilleur moyen d'obtenir ce double résultat, est d'instituer un traitement général et local et de placer le malade dans de bonnes conditions hygiéniques.
Traitement général. — On prescrira l'antiscrofuleux par excellence, l'huile de foie de morue, à la dose de 1 à 6 cuillerées à soupe par jour. 11 sera prudent de ne pas la donner à une dose plus élevée de peur de troubler les fonctions digestives.
On donnera, concurremment ou alternativement, le vin de quinquina à la dose de 1 verre à bordeaux avant le repas, ou le sirop antiscorbutique le matin, à jeun. Tous les mois, on alternera l'huile de foie de morue avec l'iodure de potassium ou
l'hypophosphite de soude pur, qui est un tonique puissantet relève promptement les forces du malade; on le prescrira en solution, à la dose de 1 à 5 cuillerées à café par jour :
Hypopliosphite de soude pur . 2 gr.
Eau dislilléo 200 gr.
On donnera la dose faible aux enfants, la dose moyenne aux femmes, et la dose forte aux hommes. Dans tous les cas, on commencera par la dose la plus faible, qu'on augmentera progressivement, s'il y a lieu.
On prescrira surtout le sirop d'iodure de fer aux jeunes filles chlorotiques, en se rappelantque ce médicament noircit les dents et en altère l'émail. On recommandera l'emploi des tisanes amères (gentiane, chicorée, houblon, feuilles de noyer, cresson), des bains sulfureux 2 à 3 par semaine, et des purgatifs (calomel et huile de ricin, de préférence pour les enfants, huile de ricin ou sulfate de magnésie pour les adultes).
Traitement local. — Dans la période aiguë, on prescrira avec beaucoup de réserve les émissions sanguines générales, qui sont bien utiles, lorsqu'il y a des symptômes réactionnels très-prononcés (Triquet). J'ai toujours employé les émissions sanguines locales, consistant dans l'application de quelques sangsues au tragus et à l'apophyse mastoïde, s'il y a lieu. — Une ou deux suffiront, si le malade est un jeune enfant. On fera maintenir du coton dans l'oreille, et l'on prescrira des fumigations fréquentes, trois ou quatre dans la journée; et des instillations, toutes les heures, avec une décoction de têtes de pavots, car la décoction de têtes de pavots est le narcotique le plus convenable pour l'oreille. Si les symptômes ne diminuent pas d'intensité, on donne un purgatif, ou un vomitif, comme l'indique Triquet, en ayant soin de choisir plutôt comme vomitif, le sirop d'ipéca pour les enfants, et l'émétique pour les adultes.
J'emploie peu les vomitifs, lorsqu'il n'y a pas de perforation du tympan, parce qu'ils peuvent déterminer la rupture par suite de la contraction violente des muscles du pharynx qu'ils déterminent.
Les injections avec une décoction tiède de tètes de pavots sont utiles lorsque la suppuration est abondante. Elles servent à di-
minuer l'inflammation et à entraîner le pus. Elles doivent être faites doucement, soigneusement, afin que la force du jet ne cause pas de douleurs vives.
Pour calmer les douleurs, on donnera de la poudre de Dower, des pilules de cynoglosse ou de Méglin ; aux adultes, on donnera le calomel et l'opium à doses fractionnées :
Opium pulvérisé lb centigr.
Calomel 20 centigr.
Sucre pulvérisé i gramme
M. s. a. et div. en \li paquets
De 2 à 10 paquets par jour.
On exercera une révulsion efficace au moyen de la pommade stibiée, on aidera l'effet de cette médication par un bain tiède tous les jours. Lorsque les symptômes inflammatoires seront passés, on commencera le traitement résolutif qui consistera en instillations et injections tièdes légèrement astringentes :
Décoction de tûtes de pavots 100 gr.
Alun 1 gr.
Peu à peu, on augmentera la quantité d'alun qu'on portera à 3 grammes.
S'ily a une tendance aux éruptions furonculcuses, on choisira de préférence le sulfate de cuivre à la dose de 1 gr. pour 100 gr. de décoction. On touchera les bords des perforations avec une solution de nitrate d'argent, de la teinture de benjoin, ou une de ces solutions :
N° 1 . Iodure de potassium 3 gr.
Teinture d'iode G gr.
Eau distillée 30 gr.
N° 2. Iodure de potassium 2 gr.
Teinture d'iode 3 gr.
Eau distillée 30 gr.
Si, malgré ce traitement, la maladie se prolonge, on conseillera le séjour à la campagne ou à une station d'eaux sulfureuses (Baréges, Aix en Savoie, Enghien).
On soumettra le malade à un régime sévère, en lui recom-
par iE scrofuleuse de l'oreille. 185
mandant une nourriture fortement azotée et composée de viandes noires rôties, peu cuites et fortement épicées, un vin généreux, des exercices physiques au grand air, de l'hydrothérapie.
CWÙE SCROFULËÙSÉ DE L'OREILLE.
Carie scrofuleuse de Voreille. — L'observation suivante démontrera que la scrofule produit dans les oreilles des désordres graves.
Une jeune fille de 19 ans vient nous consulter le 16 juillet' 1868; Un examen général nous révèle une constitution scrofuleuse des plus accusées. Elle porte une cicatrice indiquant une carie ancienne du pourtour orbitaire gauche.
L'apophyse mastoïde droite, à peu près disparue, a longtemps suppuré. Les dents sont gâtées en partie, la branche droite du maxillaire inférieur suppure; et, en introduisant un stylet, on reconnaît une carie qui ne paraît pas très-étendue. Il y a des ganglions cervicaux nombreux; la figure est bouffie, le nez large, épaté, le teint peu coloré.
Cette malade nous dit que ses oreilles ont coulé dès l'enfance et que l'oreille gauche suppure beaucoup ; elle ne suit la conversation que sur un ton très-élevé.
Perception crânienne.
Criîne droit, faible.
■Oreille droite, au contact fort.
Crâne gauche, moyen.
Oreille gauche, au contact faible.
Le conduit droit est un peu déformé, large, sec, le tympan ; invisible dans ses parties antérieures, est d'un blanc opaque dans certains points; dans d'autres, il présente des parties d'un gris bleuâtre. A la partie postérieure de la membrane, derrière le manche du marteau, il existe une partie fortement déprimée, irrégulièrement quadrangulaire, fortement amincie, à grand diamètre vertical d'environ trois millimètres sur deux millimètres de largeur. Cette dépression indique une adhérence à la paroi interne de la caisse.
Le triangle lumineux n'existe plus, le manche du marteau présente une apophyse très-saillante, très-grosse, un manche dirigé fortement de haut en bas et un peu d'arrière en avant (direction tout à fait anormale).
Le conduit auditif gauche suppure beaucoup; toute la portion fibro- cartilagineuse est gonflée, bourgeonnante, les parois se touchent et saignent au moindre contact. Avec un stylet, on sent, près de la portion osseuse du conduit, un obstacle à face rugueuse, poreuse, craquant sous l'instrument. Après avoir fait un grand lavage, j'extrais un morceau d'os carié dont la présence remonte probablement à quatorze ou quinze ans, d'après les renseignements de la malade. Cet os est gros comme une noisette, il est noirâtre, poreux comme de l'éponge de platine et vient très-probablement de la portion osseuse du conduit, qui est rétrécie considérablement au point de n'admettre qu'une corde à boyau de un millimètre de diamètre.
Oreille moyenne droite. — La trompe d'Eustache est large, et remplie de mucosités demi-liquides. Dans la caisse droite on entend un claquement peu distinct, sourd, de la membrane du tympan.
Oreille moyenne gauche. — La trompe d'Eustache gauche est large, et l'on entend à distance un gargouillement sonore et étourdissant, indiquant une perforation du tympan et une collection purulente dans la caisse.
Traitement. — 1° Chaque jour, prendre de une à trois cuillerées à soupe d'huile de foie de morue, alterner toutes les trois semaines cette préparation avec celle-ci. Chaque matin, boire une infusion de noyer dans laquelle on versera une cuillerée à café de cette solution :
De une à deux cuillerées par jour en deux ou trois fois ; prendre cette solution au moment du repas , si elle cause des maux d'estomac.
2° 10 centig. de fer réduit par l'hydrogène au moment du repas, viandes rôties surtout, vin généreux, régime épicé , crucifères, exercices au grand air.
3° Chaque jour, injecter quatre fois, dans l'oreille, la valeur de trois litres d'eau tiède chaque fois; ensuite instiller plusieurs gouttes de ce liquide dans l'oreille gauche :
Iodure de potassium Eau distillée
3gr.
100 gr.
Sous-acélale de plomb liquide Kau distillée
I«r,50 100 gr.
DES AFFECTIONS ECZÉMATEUSES. 187
Le maintenir dans l'oreille pendant cinq à six minutes. Sous l'influence de ce traitement, et de cautérisations des granulations du conduit avec le perchlorure de fer, une solution de nitrate d'argent, répétées une fois par semaine, sous l'influence des douches potassiques ou balsamiques par la trompe d'Eustache, la malade, au mois de mai 1869, n'avait plus de suppuration et entendait ma montre à 12 centimètres.
Vous voyez, Messieurs, que, malgré la gravité des lésions, il ne faut jamais désespérer, et que, quand il y a une perception crânienne très-faible, on doit, dans certains cas, tenir compte de l'hypérémie momentanée de l'organe. Je pourrais vous citer d'autres exemples.