INFLAMMATION AIGUË DE L OREILLE MOYENNE, ETC
Il faut donc, par un traitement approprié, s'opposera l'épaississenient des tissus ; terminaison funeste qui produit l'ankylose et la surdité.
Aussi vous pouvez dire que tout malade qui abandonne le traitement avant l'époque voulue deviendra sourd.
Traitement. — Il consiste à diminuer le processus inflammatoire, à s'opposer à la perforation spontanée du tympan, et surtout à la formation d'adhérences. Pour faire disparaître le plus vite possible le processus inQammatoire, on doit employer les émissions sanguines qui produisent un soulagement rapide.
Celles-ci consisteront dans la saignée générale lorsque les symptômes seront très-intenses et augmenteront rapidement, et dans les saignées locales ; elles seront proportionnées à l'âge et à la force du sujet. On mettra des sangsues à l'apophyse mastoïde, en ayant soin d'en renouveler plusieurs fois l'application plutôt que de les mettre immédiatement en grand nombre. On devra tâcher d'obtenir un écoulement continu. Celui-ci diminuera momentanément ou fera disparaître les douleurs et les bourdonnements. En même temps, comme le professeur de Troeltsch l'a conseillé le premier , on donnera une douche d'air, généralement proscrite par les médecins auristes, mais dont j'ai reconnu l'efficacité dès l'année 1865 ; je ne cite pas cette époque pour m'attribuer en aucune manière la priorité de ce moyen thérapeutique.
On se sert pour cela d'un des trois procédés connus. Mais la sonde est préférable, caries contractions des muscles delà trompe, en employant les procédés de Valsava et de Polilzer, causent une douleur assez vive pendant la période suraiguë. Apres la douche le malade éprouve ordinairement un mieux réel; la surdité diminue momentanément, et les bourdonnements diminuent ou sont arrêtés pendant un temps variable.
La douche d'air agit de deux manières; elle écarte les surfaces de la trompe et de la caisse, déplace les mucosités, facilite leur écoulement dans le pharynx et s'oppose à la formation des adhérences. Au lieu de la douche d'air, j'insuffle deux fois par jour, au moyen de mon appareil à douches (p. 108), des vapeurs de décoction forte de têtes de pavots très-faiblement alcoolisée, dont l'action est bien plus efficace. La pé-
riode aiguë étant passée, je les donne tous les jours ou tous les deux jours en ayant soin de les faire prendre matin et soir au malade avec l'appareil représenté dans la figure 10, parle procédé du docteur Politzer ou simplement en employant la méthode de Valsa va.
Pour ne pas augmenter le processus inflammatoire , il faut recommander au malade de ne pas développer des efforts trop énergiques pendant lesquels l'air arriverait trop violemment dans la caisse.
On prescrit des instillations émollientes dans le conduit auditif, on recommande de garder le repos à la chambre, de couvrir légèrement la tête et les oreilles , et d'observer une diète proportionnelle à l'intensité de l'inflammation.
On combat la constipation ou l'état saburral des voies digestives par le calomel ou l'eau de Pullna pour les enfants, par l'aloès ou l'eau de Pullna pour les adultes. On calme les douleurs par les calmants, comme, par exemple : l'extrait gommeux d'opium ou les pilules de cynoglosse, suivant l'intensité des douleurs. Si l'on reconnaît dans la caisse une accumulation de muco-pus coïncidant avec un redoublement des symptômes aigus, on doit perforer la membrane du tympan afin de créer un libre passage au liquide, tout en diminuant la pression qui existe sur les parois de la caisse. (Voir l'art. Perfor. du tympan.)
La perforation faite, on voit sourdre un peu de sang et quelques gouttes d'un liquide blanchâtre. Alors on introduit une sonde dans la trompe d'Eustache, on faitpencher la tète du côté correspondant à l'oreille malade, et l'on pousse dans la caisse du tympan une douche de liquide émollient ou de vapeurs émollientes.
Les mucosités souvent très-épaisses sont délayées et rejetées plus facilement au dehors, soit par l'ouverture artificielle, soit par la trompe d'Eustache. Cette opération est répétée pendant plusieurs jours de suite. On engage le malade à pencher la tête du côté opposé à l'oreille affectée, à y instiller plusieurs gouttes de décoction tiède de tètes de pavots et à employer le procédé de Valsava ou celui de Politzer. Ce pansement sera fait deux fois par jour. Si la suppuration est abondante, on aura soin d'entraîner, cinq à six fois par jour ou
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moins souvent, le pus au dehors par des injections peu abondantes d'eau tiède, d'instiller ensuite dans l'oreille plusieurs gouttes de décoction tiède de têtes de pavots et de les y maintenir pendant dix minutes, un quart d'heure, une demi-heure si c'est possible. Ce bain local a l'avantage de diminuer rapidement les douleurs et le processus inflammatoire. Lorsqu'il n'existepas de perforation du tympan, on dirige dans la caisse, au moyen de la sonde, de la vapeur d'eau très-légèrement alcoolisée (six à sept gouttes d'esprit-de-vin versées dans le ballon renfermant un demi-verre d'eau). Ce pansement est répété une à deux fois par jour jusqu'à ce que l'inflammation ait diminué. A mesure que l'état inflammatoire disparaît, on rend les vapeurs plus excitantes en ajoutant à l'eau une plus grande quantité d'esprit-de-vin (dix à quinze gouttes). En même temps, on modifie la muqueuse naso-pharyngienne par un traitement convenable que je vous ai indiqué en parlant de l'inflammation aiguë de la trompe.
Si la perforation a eu lieu spontanément, on agit comme dans le cas où elle a été faite artificiellement.
Dans les deux cas, on favorisera sa cicatrisation seulement lorsque la muqueuse de la caisse ne sera plus enflammée; car si la perforation se fermait avant que l'inflammation soit mal éteinte, une nouvelle perforation tympanique pourrait avoir lieu par suite de l'accumulation du muco-pus dans la caisse. On courrait encore le risque de faciliter la formation d'adhérences entre le tympan et la caisse. L'inflammation de lacaisse disparue, si la perforation tarde à se fermer, on facilite le travail de cicatrisation par un traitement approprié. (Voir de la Suppuration de la caisse, des perforations du tympan).
Si le pus s'accumule dans l'apophyse mastoïde, il vaut mieux trépaner l'os que d'attendre l'ouverture spontanée de l'abcès, parce que l'on conjure plus facilement les accidents qui pourraient survenir du côté du cerveau. (Voir Trépanation de l'apophyse mastoïde.)
Pourcompléter la description de l'inflammation suraiguë de la caisse, permettez-moi, Messieurs, de vous résumer deux de mes observations.
Madame X...., âgée de 28 ans, vient me consulter le 27 juin 18G8, et me donne les renseignements suivants:
Il y a trois ans, elle a eu, dans l'oreille droite, un abcès qui a guéri au bout de quelques jours, après avoir déterminé des douleurs vives. Depuis huit jours elle ressent dans l'oreille gauche des douleurs vives qui ont augmenté beaucoup depuis deux jours. Les douleurs coïncident avec des battements très-forls dans l'oreille et troublent le sommeil. Elles occupenttout le côté gauche de la tète, la tempe et le côté droit du cou. La peau qui recouvre la région mastoïdienne est un peu rouge, les tissus sont un peu tuméfiés et douloureux. Il y a de la fièvre, de l'inappétence, de la soif; la langue est recouverte d'un enduit blanchâtre.
Examen de la malade; perceptions crânienne et auriculaire à la montre ; nulles.
A la partie postéro-inférieure du conduit, il existe un abcès qui siège dans la partie fibro-cartilagineuse et obture le conduit. L'abcès se présente sous la forme d'une tumeur rosée à surface lisse. L'examen de la gorge permet de constater une rougeur vive de la muqueuse. Le cathétérisme démontre l'existence de mucosités dans la caisse ; et l'insufflation d'air diminue les bourdonnements et donne un soulagement immédiat. Malgré l'impossibilité d'examiner la portion osseuse du conduit et le tympan, je pose le diagnostic suivant : otite externe avec abcès de la paroi postéro-inférieure du conduit ; inflammationde l'oreille moyenne ;
Je prescris le traitement suivant :
1° Ouvrir l'abcès ;
2° Appliquer huit sangsues à l'oreille droite, cinq derrière le lobule et trois en avant du tragus ;
3° Instillations et fumigations fréquentes avec une décoction de têtes de pavots (six ou sept instillations et trois fumigations pendant la journée);
4° Deux bains de pieds sinapisés chaque jour;
S0 Une pilule de 5 centigrammes d'extrait gommeux d'opium, le soir, au moment du coucher;
6° Gros comme un pois d'aloès, à prendre le lendemain matin ;
7° Garder le repos à la chambre et se couvrir légèrement l'oreille, ainsi que toutes les parties correspondantes; 28 juin. Amélioration sensible.