DE LA PARALYSIE FACIALE
Je n'ai pas l'intention de vous parler longuement de la paralysie faciale qui est décrite dans tous les traités de pathologie. Je veux seulement vous en dire quelques mots, au point de vue de la spécialité qui nous occupe.
Étiologie. — La paralysie faciale peut dépendre d'une congestion (Schvartze), d'une compression, d'une atrophie, ou d'une destruction du nerf facial. Ces différents états, difficiles à reconnaître, seraient les meilleurs guides pour instituer un traitement rationnel. Elle vient à la suite d'une cautérisation de la caisse, d'une carie dentaire, d'une carie du rocher, d'une ostéite des parois du canal de Fallope.
Diagnostic. — Les symptômes étant très-nets, il est facile de savoir si le nerf facial est paralysé, mais il est quelquefois plus difficile de connaître la cause de la paralysie. Lorsque celle-ci est symptomatique d'une affection du cerveau, on rencontre, dans des parties plus ou moins éloignées de l'oreille, des paralysies commençantes, comme une hémiplégie au début. C'est donc en interrogeant le malade, en l'examinant avec soin, qu'on peut savoir si le nerf est affecté d'une paralysie symptomatique d'un état pathologique du cerveau.
En explorant le conduit auditif externe et en adressant quelques questions au malade, il est très-facile de savoir si la paralysie est essentielle, ou dépend d'une otite aiguë ou chronique.
Mais nos moyens d'investigation ne nous permettent pas de reconnaître quelles sont les modifications survenues dans le nerf facial.
Pronostic. — Le pronostic doit souvent embarrasser, même dans les cas paraissant très-simples.
Lorsque la paralysie du nerf facial a été déterminée par une cause qui n'a pas été trop énergique et que le malade a ressenti des douleurs vives, mais peu prolongées, comme à la suite d'une cautérisation de l'intérieur de la caisse du tympan, on doit espérer une amélioration ou une guérison. Si la paralysie dépend d'une carie dentaire, la guérison est certaine. Mais si elle a été déterminée par une otite scrofuleuse chronique, si
elle est ancienne, si l'on constate la présence de parcelles osseuses dans le pus, on doit porter un pronostic des plus défavorables. Il en sera de même lorsque le malade, faible, amaigri, sera cachectique.
Toutes choses égales d'ailleurs, le pronostic sera plus favorable chez les enfants et les jeunes gens que chez les adultes et les vieillards, parce que la paralysie est moins ancienne, que la cause qui l'a produite est souvent moins énergique, et que le travail de résorption est plus rapide.
Traitement. — On doit porter autant que possible un bon diagnostic pour faire un traitement efficace. Pour guérir la paralysie produite par une carie dentaire, il faut faire enlever la dent malade et attendre ou soumettre le nerf à une électrisation méthodique (courants continus).
La paralysie qui tient à une atrophie ou à une modification pathologique profonde du nerf auditif est incurable ; on aura seulement àsepréoccuper delà suppurationde l'oreille.
La paralysie récente ou ancienne qui paraît curable doit être'traitée par l'électricité. Si l'on croit qu'il y a un gonflement des parois du canal de Fallope, ou une hypérhémie des tissus environnants, qui entretiennent la paralysie, il est important d'employer des révulsifs énergiques appliqués sur l'apophyse mastoïde, comme la cautérisation avec l'acide azotique ou la cautérisation transcurrente, et d'instituer un traitement local et général convenable.
DE LA PHLÉBITE DES SINUS CONSÉCUTIVE A L'OTITE. — DE LA MÉNINGO-ENCÉPH ALITE.
L'inflammation de l'oreille gagne quelquefois les sinus, les méninges ou le cerveau et cause la mort. On s'explique parfaitement la possibilité de ces complications, lorsqu'on se rappelle les rapports étendus de l'oreille avec un grand nombre de vaisseaux et avec le cerveau. Et l'on est étonné de voir les accidents consécutifs aux inflammations de l'oreille ne pas arriver plus souvent. On dirait que la nature s'est plu a donner de la résistance à ces cloisons si minces qui séparent les cavités de l'oreille des régions voisines.
Les otites, quelles qu'elles soient, peuvent produire des mo-
difications pathologiques pendant ou après Ja période suraiguë, dans un espace de temps assez court. Le plus souvent on les voit survenir peu à peu, alors que l'otite a atteint un sujet scrofuleux, syphilitique ou très-affaibli.
La phlébite des sinus soupçonnée par Abercrombie a été assez hien étudiée par liibes en 1825. Plus tard Tonnellé publia, dans le Journal hebdomadaire de 1829, un mémoire curieux par les détails anatomopathologiques qu'il renferme.
D'autres auteurs publièrent d'autres mémoires parmi lesquels on doit remarquer l'article Rilliet et Barthez (1), la tbèse du docteur Weil (2), celle du docteur Sentex(3).
La phlébite des sinus, présentant des symptômes variables selon la forme qu'elle affecte, peut être divisée en deux variétés distinctes :
La première est la forme méningée ou convulsive : méningite. La deuxième est la forme pyohémique ou typhoïde: encéphalite.
Forme méningée. — Lorsque les méninges commencent à être envahis par le processus inflammatoire, on observe ordinairement tous les phénomènes qui indiquent une congestion faible. Il existe un sentiment de malaise général, un peu d'hypéresthésie du sens de la vue, quelques vertiges et une lourdeur de tête qui rendent le malade impatient et incapable de s'occuper sérieusement. Souvent cette céphalalgie apparaît le matin lorsque le malade s'éveille ; elle est très-forte, occupe la région frontale ou toute la tête, devient plus intense sous l'influence d'un exercice violent ou même d'un mouvement peu énergique. Alors il y a des élancements qui arrachent des pleurs, des plaintes, quelquefois même des cris au malade. Pendant ces exaccrbations, il y a quelquefois des vomissements généralement peu prolongés. La fièvre est forte ; certains sens, comme celui de la vue, sont très-impressionnables (photophobie).
Le malade est facilement irritable, il a du délire, rarement du coma. Peu à peu, les symptômes se dessinent davantage; avec la céphalagie, il y a quelquefois un peu d'assoupissement bientôt remplacé par une agitation fort grande pendant la-
(1) Traité des maladies des enfants.
(2) Th. île Strasbourg. 1858.
(:i) Tlièsc de Paris, 1*53.
quelle le malade pousse des cris et peut être en proie à un délire furieux. Il existe des contractions spasmodiques des muscles delà face, des soubresauts des tendons. Ces contractions quelquefois générales, d'autres fois locales, dégénèrent parfois en véritables convulsions : par exemple, chez les enfants de préférence. Voilà pourquoi beaucoup d'enfants deviennent sourdsmuets à la suite des convulsions. On voit rarement survenir des paralysies locales qui apparaissent plutôt vers la fin de la ma* ladie. L'intelligence conservée dans les premiers temps devient de plus en plus obtuse, et les réponses se font plus longtemps attendre ou sont beaucoup moins nettes. La face pâle est fortement colorée au niveau des pommettes, les yeux sont excavés, à demi fermés. Le pouls est fréquent et assez régulier. La langue est blanchâtre et n'offre pas un aspect caractéristique. Peu à peu l'agitation et le délire sont remplacés par le coma et le silence. Par intervalles variables, le malade sort de la mort apparente pour pousser quelques mots entrecoupés ou quelques soupirs plaintifs. A cette époque, les contractions sont remplacées par le relâchement et le repos complet des muscles. Cependant une excitation forte tire momentanément le malade de son accablement, de son assoupissement; et lorsque la maladie ne touche pas encore à sa fin, il est possible d'obtenir quelques réponses du moribond. Bientôt le coma se prononce, des paralysies surviennent, certaines fonctions s'accomplissent d'ellesmêmes ; il en résulte une mixtion par regorgement et des garde-robes involontaires, etc. Le pouls encore assez fort devient petit, filiforme, la peau encore chaude se couvre de sueur, se refroidit à la périphérie du corps. Des hoquets apparaissent quelquefois, et le malade meurt sans avoir eu conscience de son état, ou au milieu d'un dernier effort convulsif.
Forme pyohémique. — Pendant le cours d'une suppuration, ou dès que celle-ci a cessé rapidement, une céphalalgie intense affecte surtout le côté de la tête correspondant à l'oreille malade. Les douleurs s'étendent vers le pariétal, le vertex ou le cou et rendent les mouvements de la tête très-pénibles. Elles cessent pour reparaître. Le malade semble être dans un état satisfaisant, malgré la chaleur de la peau et son abattement. Au bout de quelques jours, son appétit diminue; il a de l'anorexie, des nausées, quelquefois des vomissements, des selles ré-
gulières ou rares. Il arrive que tous ces symptômes diminuent, quelquefois à tel point, qu'ils semblent disparaître. Mais bientôt les alternatives de mieux et de moins bien deviennent plus rares, et une céphalalgie intense affecte le malade. Des frissons apparaissent, et le malade ne tarde pas à présenter un aspect typhoïde bien accusé. La langue est alors un peu sèche, fuligineuse, la soif assez vive, l'appétit nul, les selles rares ou diarrhéiques, la tête chaude, brûlante.
Le malade, plongé dans le coma ou la stupeur, se plaint souvent de douleurs qui se manifestent le long du cou , vers l'apophyse mastoïde ou dans la gorge ; ces douleurs indiquent une phlébite, une inflammation de l'os ou un abcès. Peu à peu, l'intoxication devenant plus forte, la peau du malade devient jaunâtre, terne; elle se couvre de sueur et est moins chaude.
La respiration devient pénible, embarrassée, le pouls filiforme, et le malade succombe bientôt au milieu de l'agitation ou de l'abattement le plus complet.
Êtiolugie. — L'âge moyen de la vie prédispose à la phlébite des sinus, qui survient rarement chez le vieillard.
D'après un assez grand nombre de faits, d'après l'opinion du docteur Sentex, il résulte que la phlébite des sinus ne s'observe jamais chez des enfants qui n'ont pas atteint l'âge de neuf ans. Cependant il y a des enfants qui succombent à une méningite déterminée par une suppuration de l'oreille moyenne que l'on ne remarque pas le plus souvent et à laquelle on ne rapporte jamais la mort. J'en ai eu plusieurs exemples.
L'eau, s'introduisant avec violence dans l'oreille, comme Je docteur Weill en cite un exemple (1), peut produire une rupture du tympan avec inflammation vive de la caisse et amener rapidement la mort ; mais on doit dire que le jeune homme dont parle cet auteur avait eu pendant plusieurs années une suppuration de la caisse.
La forme méningée est plutôt produite par une inflammation suraiguë affectant un individu sanguin. Elle parcourt quelquefois rapidement ses périodes et peut causer promptemont la mort sans la moindre manifestation extérieure la plus évidente, qui est l'écoulement puni lent. Cette extension rapide
(l; J'iube de Strasbourg, 18o8.
de l'inflammation aux méninges peut donc survenir, comme des praticiens l'ont, observé, sans perforation de la membrane du tympan.
La forme p.yohémique se remarque surtout à la suite des inflammations chroniques affectant des personnes cachectiques, scrofnleuses, syphilitiques, ou après la suppression brusque d'un écoulement. Il y a généralement chez les malades qui succombent à cette dernière forme, des désordres beaucoup plus grands ; c'est ainsi que l'on remarque des destructions du tissu osseux, comme celui du rocher, par exemple, une atrophie ou une destruction du nerf facial, des perforations d'artères ou de veines.
Diagnostic. — D'après tous les symptômes exposés plus haut, il sera possible de reconnaître les deux formes de cette complication qui détermine la mort clans la plupart des cas. On explore le conduit auditif pour savoir s'il y a des fistules, des séquestres osseux, si la membrane du tympan est perforée ou détruite, s'il' existe un polype.
S'il existe de la suppuration, il faudra examiner le pus, afin de reconnaître sa couleur, sa consistance, et de savoir s'il existe des parcelles osseuses qui seront rendues évidentes par l'examen microscopique toujours indispensable, même lorsqu'on ne semble pas soupçonner une lésion osseuse.
On demandera s'il n'y a pas eu une suppression rapide d'un écoulement purulent de l'oreille. On se rendra compte de l'état de la perception crânienne avec la montre et le diapason, pour savoir si la sensibilité acoustique est complètement détruite. Cette connaissance utile rendra le pronostic plus réservé et engagera peut-être le médecin à étudier son malade avec soin. Malgré toutes les investigations, si le doute existe, on examinera attentivement l'état général du malade, et l'on tâchera de savoir dans quelles circonstances sont survenues les dernières complications. On aura soin de ne pas confondre la méningite symptomatique d'un état pathologique de la caisse avec une autre méningite.
On pourrait confondra la forme pyohémique ou l'encéphalite symptomatique avec une fièvre typhoïde; l'erreur ne doit pas être possible. Quand un malade est atteint d'une fièvre typhoïde, celle-ci vient lentement, et ce n'est qu'après plusieurs jours de
malaise qu'on peut constater qu'il y a de l'inappétence, de la tristesse, de l'abattement, des épistaxis, des coliques et de la constipation, des râles sibilants dans la poitrine, du gargouillement dans la l'osse iliaque droite. Dans l'inflammation symptomatique des méninges, il y a toujours dans l'oreille un écoulement qui a été supprimé brusquement ou qui dure depuis un certain temps. Il est toujours possible de demander des renseignements, d'examiner l'oreille avec soin et d'analyser les symptômes.
Les frissons irréguliers ont pu en imposer pour une fièvre intermittente; mais, avec un peu d'attention, il est facile de ne pas se tromper. On doit se rappeler que l'inflammation des sinus cérébraux peut exister à l'état latent et ne causer aucun symptôme général; de là une grande incertitude, qui peut disparaître par suite de l'examen de l'oreille et quelques questions adressées au malade ou aux parents.
Pronostic. — Il est très-grave, puisque les malades succombent le plus souvent. Cependant la mort n'est pas la terminaison obligée de cette maladie.
On doit concevoir peu d'espérance quand le malade est jeune ou très-affaibli, et que les symptômes très-intenses se succèdent rapidement.
Il en est tout autrement lorsque le malade a un âge moyen, est sanguin et que les symptômes sont survenus rapidement, puisqu'on peut croire à l'efficacité du traitement antiphlogistique, par excellence, les émissions sanguines.
On doit penser que l'inflammation des sinus peut guérir, mais que l'inflammation de l'oreille moyenne, disparue un moment, peut apparaître de nouveau et reproduire les mêmes accidents avec plus d'intensité. Il est donc très-important de réserver toujours son pronostic, car une inflammation de l'oreille moyenne peut causer la mort.
Traitement. — S'il existe une inflammation vive de l'oreille tnoyenne) qui indique un état morbide des méninges ou du cerveau^ il est indispensable de la combattre par des moyens sur lesquels les auteurs sont peu d'accord. Après les avoir essayés, il m'est permis d'indiquer Ceux qui me paraissent le plus efficaces. Le traitement de l'inflammation des sinus, à sa première période, doit être antipblogistique et proportionné à l'âge
de l'otalgie. M)î>
et la force du sujet. On prescrira des applications de sangsues à l'apophyse mastoïde, on les renouvellera deux fois par jour s'il le faut, et chaque fois on aura soin d'obtenir un écoulement continu durant un certain temps. Aux enfants âgés de moins de cinq ans, on appliquera une ou deux sangsues à la fois, et l'on aura soin de multiplier très-peu les applications. Chez ces malades, on devra surtout insister sur les révulsifs cutanés qui agissent plus activement que chez les adultes; à un malade adulte, on mettra dix, douze, quinze sangsues, en deux ou trois applications consécutives. Quand la réaction inflammatoire sera très-vive et le malade très-sanguin, on pratiquera une saignée; mais on n'insistera pas autant sur ce dernier moyen antiphlogistique que sur le premier. On prescrira des instillations et des fumigations de décoction tiède de tète de pavot dans l'oreille, et des injections fréquentes et peu abondantes. On donnera le calomel à dose fractionnée, 5 à 10 centig. par jour. S'il survenait des symptômes d'infection purulente, on prescrirait des toniques, comme l'extrait de quinquina ou le vin, l'alcool à haute dose, 100 à 200 grammes par jour, et l'alcoolature d'aconit, 2 à 6 grammes par jour. Je passe sous silence une foule de moyens qui sont inutiles et font souffrir le malade sans le sauver. On doit seulement essayer d'endormir les douleurs sans martyriser le moribond, quand tout espoir est perdu.
DE L'OTALGIE.
Ce mot ne doit pas désigner toutes les douleurs d'oreilles, mais seulement les douleurs idiopathiques, c'est-à-dire les névralgies simples.
Hoffmann, le premier, a appelé spasme otalgique cet état morbide. Mais, dans sa description, il a confondu les douleurs symptomatiques d'une otite et celles qui sont idiopathiques. Itard a décrit beaucoup mieux celte affection, mais il a eu le tort de prendre, comme I loffmann, certaines douleurs inflammatoires pour des douleurs névralgiques.
Symptômes. — Cette névralgie présente les symptômes de toutes celles des autres parties du corps, si ce n'est certaines différences qui tiennent à la région du corps et à l'organe affecté.
i06 MALADIES DE L OREILLE.
L'otalgie vient brusquement et augmente rapidement, pour persister pendant un temps variable et disparaître.
Dans le courant des vingt-quatre heures, les douleurs deviennent très-fortes, diminuent, se calment et reviennent, ou bien la névralgie disparaît pendant un temps variable.
Cette douleur est lancinant^ ou sourde et diffère d'une douleur inflammatoire, parce qu'elle n'a pas une marche progressive et qu'elle est au contraire capricieuse, en ce sens qu'elle arrive rapidement à son maximum d'intensité, pour disparaître ou diminuer rapidement. Et, après avoir eu des alternatives d'augmentation et de diminution, elle disparaît ou persiste en continuant sa marche capricieuse. La douleur n'a pas de siège spécial; elle parcourt l'oreille et s'y fixe ou s'étend aux parties voisines.
Il y a quelquefois des tintements d'oreille et de la surdité.
L'otalgie peut être sympathique, c'est-à-dire être déterminée par d'autres névralgies de l'a face, par des gingivites, des caries dentaires, un corps étranger dans l'oreille.
Quelques auteurs, confondant une otalgie avec une otite aiguë, se sont étrangement trompés en disant que la névralgie pouvait causer le délire et des convulsions.
Symptômes objectifs. — En examinant les diverses parties de l'oreille, on ne trouve aucun signe appréciable. Cependant, comme les malades affectés d'une otite chronique peuvent trèsbien être affectés d'une otalgie, on ne doit pas attribuer aux modifications pathologiques de l'otite les symptômes qui tourmentent le malade.
Étiologie. — L'otalgie est causée par le froid, mais il ne faut pas la confondre, comme on l'a fait souvent, avec les douleurs qui surviennent pendant les premières périodes de l'otite externe superficielle.
Une carie dentaire produit parfois une otalgie avec hémierànie qui disparaît en enlevant la cause. 11 en est de même de certains corps étrangers maintenus à demeure dans la bouche (râteliers). J'en ai vu deux exemples; ces personnes assez âgées, n'ayant pas le soin d'enlever chaque soir leur pièce artificielle, avaient contracté une gingivite assez intense qui disparut assez rapidement sous l'influence d'un traitement convenable.
La gingivite produite par toute autre cause peut aussi occa-
DE L'OT ALGIE; 407
sionner une otalgio. Itard, dans certaines otalgïes, a signalé la présence d'un névrôme situé immédiatement au-dessous de l'apophyse mastoïde.
Cette tumeur n'était pas douloureuse, mais en la comprimant un peu fortement on faisait naître ou l'on augmentait l'otalgie.
Diagnostic. — Eu tenant compte des symptômes que j'ai indiqués, il sera difficile de confondre une otalgie avec une otite.
On pourrait cependant, au début d'une otite externe superficielle, croire à l'existence d'une otalgie; mais celle-ci étant caractérisée par une douleur intermittente, capricieuse, et les tissus n'étant pas plus colorés qu'à l'état ordinaire, on ne devra pas se tromper. Après avoir examiné l'oreille, il sera nécessaire d'explorer la région mastoïdienne pour tâcher d'y découvrir un névrôme, la région buccale, et de voir s'il n'y a pas une dent cariée ou une dent de sagesse dont la présence peut expliquer l'otalgie.
Traitement. — Hoffmann et Itard ont indiqué de bons et de mauvais modes de traitement.
Il y a à distinguer deux cas bien distincts. L'otalgie paraît idiopathique ou bien elle est symptomatique.
Si elle est idiopathique, il faut maintenir le conduit auditif constamment fermé avec un bourdonnet de coton enduit avec ce mélange qui m'a constamment réussi :
Laudanum de Sydenham 4 gr.
Chloroforme l —
Éther acétique ...... 2 —
Huile d'amande douce 20 —
[Maintenir le flacon bien bouché dans un endroit frais.)
Ou bien badigeonner la surface du conduit deux ou trois fois par jour avec ce mélange et maintenir à demeure du coton sec.
On peut encore employer le moyen indiqué par Hoffmann. 11 consiste à .prendre une fumigation dans l'oreille avec un liquide versé dans un flacon qui est ensuite placé en grande partie dans l'eau chaude. Ce mélange est composé de : 15 gr. d'eau et de I gr. de liqueur anodine d'Hoffmann.
Itard a conseillé de maintenir sur la tempe un peu de savon noir étendu sur un morceau de peau de 4 centimètres de diamètre environ. Une mouche à vésicatoire, dit Itard, produirait une action plus sûre. Le fait est certain.
La première médication que j'ai indiquée est la meilleure.
Itard a conseillé à tort les injections et les instillations. A quoi bon, puisqu'on a des médications qui sont meilleures et présentent moins d'inconvénients. J'en dirai autant du moyen qui consiste à éponger la tête avec de l'eau chaude pendant un quart d'heure, et a la frictionner ensuite jusqu'à ce que l'eau soit évaporée, ainsi que des cataplasmes de tiges de verveine appliqués sur la joue et la tempe. Pour le traitement des otalgies symptomatiques, les moyens indiqués plus haut sont plutôt palliatifs que curatifs. Comme il y a une cause qui agit d'une manière plus ou moins active, on doit tâcher de la faire disparaître. C'est ainsi qu'on fera extraire une dent cariée ou une dent de sagesse, qu'on modifiera une muqueuse buccale enflammée, ou qu'on enlèvera un névrôme.
Cette affection assez mal connue peut être considérée comme l'un des symptômes d'états pathologiques multiples, qui ont leur siège dans l'oreille interne, le cerveau ou l'appareil circulatoire.
Toynbee, Triquet, Voltolini, ont fait des recherches nombreuses d'anatomie pathologique. Toynbee et Voltolini, par exemple, ont constaté que l'oreille interne était le siège de dépôts plastiques, calcaires et d'autres lésions. Mais ils n'ont pas cherché suffisamment à reconnaître si ces lésions étaient primitives ou secondaires, c'est-à-dire, si elles étaient produites par une inflammation de l'oreille interne ou de l'oreille moyenne.
Bien plus, Voltolini, ne remarquant pas que l'inflammation chronique de la caisse du tympan est l'affection la plus fréquente de l'organe auditif, a confondu souvent les lésions secondaires avec les lésions primitives. Cependant il constate l'état pathologique des fenêtres rondes et ovales, qui dépend de l'état morbide de l'oreille moyenne. Il en conclut seulement
que beaucoup de malades atteints d'affections auriculaires souffrent de surdité nerveuse (1).
Je ne dis pas que ces symptômes ne sont pas des symptômes nerveux, mais ils apparaissent seulement à une période trèsavancée de la maladie. Et l'on ne peut pas donner à une affection le nom d'un de ses symptômes principaux. S'il en était autrement, il faudrait appeler surdités nerveuses, toutes les inflammations chroniques de la caisse qui ont parcouru une certaine période, et changer le nom d'une maladie dès que celle-ci serait caractérisée par un symptôme principal.
Symptômes. — Les symptômes de cette affection ne sont pas caractéristiques. On remarque des bourdonnements variables, des sensations d'ouïe subjectives et une surdité intermittente ou progressive. C'est seulement par un examen attentif et en procédant par élimination, qu'on peut croire à l'existence d'une surdité nerveuse.
Marche, durée, terminaisons. — La surdité nerveuse a une marche indéterminée, progressive, intermittente, lente ou rapide et une durée fort variable. Elle disparaît d'elle-même ou sous l'influence d'un traitement, ou bien elle augmente de plus en plus.
Etiologie. — Pour connaître les véritables causes de la surdité nerveuse, il s'agit de savoir si les lésions que l'on constate dans l'oreille interne sont primitives ou sont le résultat d'états pathologiques de la caisse. Triquet, Toynbee et d'autres anatomo-pathôlogistes ont fait de nombreuses recherches sur ce sujet. On doit en conclure que les modifications des parties molles de l'oreille interne sont produites plus souvent par une inflammation de l'oreille moyenne que par une autre cause. On doit donc bien se garder d'appeler surdité nerveuse une inflammation chronique de la caisse.
Les causes véritables de la surdité nerveuse sont : l'hérédité, la méningite, la compression et l'atrophie du nerf auditif, les commotions, les coups, les chutes, le froid, les modifications pathologiques des os du crâne, du cerveau ou de l'appareil circulatoire.
Les causes moins efficaces peuvent être celles-ci : les saignées
I) De Troellsch, ouv, cit.
fréquentés, la fièvre typhoïde, la diarrhée chronique, l'hystérie, l'odontalgie, l'âge, le sexe, la colère, le chagrin, etc.
Hérédité. — Cette cause joue un rôle très-important dans la production de la surdité nerveuse. En effet, il est facile de constater l'existence de la surdité qui a atteint plusieurs membres d'une même famille. On en voit qui deviennent sourds à peu près au même âge et éprouvent les mêmes symptômes, c'est-à-dire une surdité et un bourdonnement qui ont une marche progressive.
La méningite détermine des convulsions chez les enfants et fait dire aux parents que la surdité s'est déclarée à la suite des convulsions.
Les commotions, les coups, les chutes, peuvent causer l'apoplexie ou la congestion des parties molles de l'oreille interne, qui produit peu à peu des modifications du nerf auditif.
Le froid peut produire une congestion ou une apoplexie de l'oreille interne, et amener une paralysie incurable en quelques minutes, comme chez les trois malades qui sont venus réclamer mes soins. 11 peut aussi déterminer une inflammation vive des autres parties de l'organe, comme je vous l'ai dit en vous parlant des inflammations de l'oreille externe et de l'oreille moyenne.
Les saignées fréquentes, la diarrhée chronique, la fièvre typhoïde ou les autres affections qui causent une chloro-anémie profonde, anémient le cerveau, le nerf acoustique, et peuvent changer la vitalité de l'organe en produisant des modifications passagères ou permanentes qui déterminent la surdité.
L'hystérie, les vers intestinaux, l'odontalgie, agissent sur le système nerveux général ou local, et peuvent produire une perturbation dans la vitalité du nerf auditif en le congestionnant probablement et causer la surdité.
L'âge produit une surdité que je ne considère pas comme nerveuse, parce qu'il agit sur l'organe tout entier. En ne considérant que les lésions de l'oreille interne, on pourrrait croire que cette partie de l'organe est la seule atteinte ; mais si l'on Constate que l'oreille moyenne, par suite de l'inflammation de la région naso-pharyngienne, est souvent envahie par le processus inflammatoire, on se gardera bien de prendre l'effet pour la cause. Et si l'on ne veut pas admettre que les modifications
de l'oreille interne sont produites parle processus qui a envahi l'oreille moyenne, il faut reconnaître que puisque les parties molles de l'oreille sont plus sèches, plus rigides qu'à l'état normal, l'âge a produit dans l'organe tout entier des modifications qui ne sont pas symptoinatiques d'une affection nerveuse. On doit donc dire que les surdités nerveuses peuvent affecter le vieillard comme l'enfant et l'adulte, mais qu'elles sont excès-sivement rares.
Le sexe masculin, d'après Kramer, Wilde, Triquet, prédispose aux surdités nerveuses ; mais les observations de ces praticiens sont incomplètes. Les auteurs que je viens de nommer ont négligé la question importante du diagnostic, parce qu'ils n'ont pas noté l'état physique du tympan à l'état de repos et de mouvement, l'état physique de la région naso-pharyngienne, l'état de la trompe d'Eustache, les caractères des bruits de la trompe, de la caisse et du tympan, etc. Par conséquent, la plu part de ces observations ne peuvent contribuer à l'étude de la surdité nerveuse.
La colère, le chagrin, les veilles prolongées, produisent, dit-on, des surdités que je n'ai jamais pu constater. Seulement j'ai reconnu que les malades atteints d'une inflammation chronique de la caisse étaient influencés par ces causes d'une manière fâcheuse. Bien que ces causes n'aient peut-être jamais été constatées avec certitude, il est facile d'expliquer la surdité, dans ces cas, en disant que la surdité qui survient à la suite d'un accès de colère, ou de veilles prolongées, est produite par la congestion ou l'anémie du cerveau.
Diagnostic. — Du temps d'Itard et de Kramer, on croyait qu'il existait beaucoup de surdités nerveuses. Mais à mesure qu'on a étudié l'anatomie pathologique de l'oreille, on a reconnu que les surdités nerveuses idiopathiques étaient le plus souvent symptomatiques d'états pathologiques très-prononcés. Aussi en a-t-on restreint peu à peu le nombre.
Pour reconnaître l'existence d'une surdité nerveuse, on doit tenir compte des perceptions crânienne et auriculaire, examiner avec soin l'oreille externe et le tympan, explorer l'arrière-cavité des fosses nasales et la caisse du tympan. Cet examen fait, les renseignements sur la cause probable de l'affection étant connus, on procédera par exclusion et l'on sera forcé d'appeler
surdité nerveuse cet état pathologique qui échappe aux investigations. On aura donc d'autant plus de chances de ne pas confondre une surdité nerveuse avec une autre surdité, qu'on aura plus étudié la question et qu'on aura plus d'expérience clinique.
Pronostic. — La surdité nerveuse étant produite par une cause grave ou légère, difficile à reconnaître le plus souvent, il est important de pouvoir la constater avant de porter un jugement. Comme je vous ai parlé suffisamment de cette affection, je n'insiste pas longuement sur ce sujet; mais je vous engage vivement à ne pas vous empresser de répondre au malade ou à la personne qui vous questionnera. Dans la plupart des cas, on doit même dire que cette affection ayant une origine souvent obscure, il est difficile de la diagnostiquer et desavoir si elle est susceptible d'être guérie, améliorée, ou si elle est incurable.
Traitement . — L'étiologie différente de la surdité nerveuse indique la marche que l'on doit suivre pour la guérir.
La surdité héréditaire a une marche sûre qu'on peut retarder par un traitement convenable. Celui-ci consiste à stimuler le nerf acoustique au moyen de vapeurs d'éther acétique. Pour obtenir ce résultat, on introduit la sonde dans la trompe d'Eustache et l'on dirige des vapeurs d'éther acétique au moyen d'un appareil convenable, comme le mien, par exemple. On donne ces douches gazeuses pendant huit à dix jours. Ensuite on en cesse l'emploi pendant une semaine ou deux, pour les reprendre en suivant les mêmes indications.
L'amélioration augmente peu à peu et permet de cesser le traitement au bout de deux mois environ, si la surdité n'est pas prononcée. Mais, si elle est plus accusée , le traitement est beaucoup plus long et échoue souvent.
. Pour être plus précis, je vais vous donner quelques indications bonnes à suivre. Toutes les fois qu'un malade vient vous consulter, il faut connaître l'état des perceptions crânienne et auriculaire et le degré de faculté que possède encore le malade pour suivre la conversation à voix moyenne. Si la montre appliquée sur les diverses parties du crâne, ou placée à 10 ou 15 centimètres de l'oreille, est bien entendue, la surdité sera modifiée avantageusement et assez rapidement par les vapeurs d'éther acétique.
DE LA si HUITii NERVEl SE.
La montre appliquée sur les diverses parties du cràue n'eslelle plus entendue qu'à 2 ou 3 centimètres de l'oreille, la surdité est beaucoup plus grave, mais peut être encôre modifiée d'une manière très-sensible par les vapeurs d'éther acétique. Quand la montre appliquée sur les parois de la tête et sur le pavillon de l'oreille n'est pas entendue, ou l'est faiblement, il est possible d'obtenir un peu d'amélioration. Il y a aussi des sourds qui ne perçoivent pas les battements de la montre appliquée sur le crâne, et qui entendent beaucoup mieux la conversation après avoir suivi un traitement pendant quelques jours. Il y en a même qui parviennent à entendre la montre lorsqu'elle est appliquée sur le crâne.
On peut encore citer comme exemples curieux certains sourds qui entendent la montre placée à une petite distance de l'oreille et qui sont moins susceptibles d'être améliorés que d'autres atteints d'une surdité plus prononcée , tant au point de vue de la perception crânienne qu'à celui de la perception auriculaire.
Indépendamment de ces cas particuliers, il y en a beaucoup d'autres qui sont intermédiaires. Ceux dont je viens de vous parler vous permettront de porter un jugement plus net sur tous ceux que vous pourriez observer.
Vous devez aussi vous rappeler que la surdité dépend le plus souvent de lésions incurables ou peu susceptibles de modifications, lorsqu'elle n'est pas améliorée, à un degré variable} au bout d'un certain nombre de jours de traitement.
Je vous ai recommandé l'éther acétique parce que c'est le médicament qui réussit le mieux dans le traitement des surdités nerveuses , mais il y en a d'autres que vous pouvez employer; tels sont : l'éther sult'urique, le camphre, le chloroforme, l'ammoniaque, la teinture d'iode, l'acétate d'ammo' niaque, la valériane en vapeurs, la strychnine en solution.
Dans d'autres cas symptomatiques d'un état nerveux moins local, on doit employer les courants électriques continus.
Indépendamment des vapeurs dirigées dans la caisse, il y a une autre médication à indiquer, c'est celle qui consiste à prescrire un traitement général et locah
Au point de vue de l'état général du sujet, il (âut prescrire les toniques, les antispasmodiques, le repos, la promenade, le
calme ou le bruit, dans le cas où celui-ci calme seul el peut guérir le malade. Rappelez-vous l'exemple d'Itard.
Au point de vue de l'état local, il faut conseiller l'usage des révulsifs énergiques sur la région sterno-mastoïdienne, et des émissions sanguines.
Ces indications posées, il me reste à vous indiquer un traitement pour les cas particuliers que j'ai énumérés.
Un enfant qui est devenu sourd ou sourd-muet à la suite d'une méningite est presque toujours incurable. Dans certains cas, on pourra exciter le nerf auditif, faire usage de révuJsifs cutanés et autres, et prescrire un traitement général. Je parle d'un enfant que l'on examine quelque temps après le début de la méningite.
Les surdités qui sont le résultat d'une compression du nerf auditif seront combattues par des moyens convenables. Ainsi-, une ostéite du canal de Fallope, à la suite d'une inflammation vive des parties environnantes, devra être combattue par des antiphlogistiques et des révulsifs énergiques. Les surdités causées par les chutes, les commotions, seront combattues par les antiphlogistiques, les révulsifs et les moyens locaux tels que les fumigations et les douches gazeuses. Il en est de même de celles qui sont produites par le froid.
Les surdités venant à la suite de modifications du cerveau ou de ses annexes disparaissent lorsqu'on peut modifier ou faire disparaître la cause. On prescrit donc l'iodure de potassium et le sirop de Gibert, etc., toutes les fois que l'on croit reconnaître une cause de nature syphilitique. Dans les autres cas, on échoue complètement.
A la suite des saignées fréquentes, pendant le cours des diarrhées chroniques ou des convalescences de maladies graves comme la fièvre typhoïde par exemple, il survient des surdités qui doivent être traitées par des reconstituants, des toniques, et un peu plus tard par quelques insufflations d'éther acétique, s'il le faut.
L'hystérie produit aussi des surdités que l'on peut guérir au moyen de douches gazeuses dirigées dans la caisse, de médicaments antispasmodiques et de courants électriques continus. On agira de même dans les cas de surdité symptomatique d'une affection dentaire, si la guérison n'a pas été obtenue par l'ex-
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traction de la dent. Les surdités vermineuses disparaîtront avec la cause qui les a causées. Dans d'autres cas, les surdités nerveuses seront combattues par les moyens locaux, et surtout par les douches de vapeurs excitantes telles que celles d'éther acétique, de teinture d'iode, d'ammoniaque.
Je n'ai pas insisté sur toutes ces particularités, parce que les notions que vous avez acquises vous permettent de donner toutes les indications nécessaires.