‹ Traité pratique des maladies de l’oreille, ou, Leçons cliniques sur les affections de cet organeChapitre 67 sur 69 · DES VICES DE CONFORMATION DE L'OREILLE · texte numérisé non relu

DES VICES DE CONFORMATION DE L'OREILLE

inhérentes au sujet. L'examen du malade adulte affecté d'un arrêt de développement rangé dans là première classe est beaucoup plus facile. Vous suivrez le môme modus faciendi.

Pronostic. — D'après les faits classés par Thomson, d'après les autres faits connus, il est facile de reconnaître qu'on doit émettre une opinion, seulement après avoir fait un examen sérieux et répété plusieurs fois. L'exemple suivant vous prouvera qu'il faut hésiter dans certains cas, et remettre à une époque plus ou moins éloignée les autres explorations.

Pendant l'année 1869, on m'amena un enfant âgé de quatre mois que j'examinai le mieux possible. Le pavillon de l'oreille droite était remplacé par un appendice cutano-fibrocartilagineux sur lequel on remarquait l'hélix et une ouverture qui représentait la cavité de Fanthélix, car l'anthélix n'existait pas. L'antitragus et le lobule étaient remplacés par la partie terminale du tragus, qui était fortement incurvé et se confondait insensiblement avec les tissus voisins. La conque, informe et très-petite, présentait sur un point de sa surface le méat auditif. Le conduit auditif, long de 6 millimètres, était terminé par un cul-de-sac tapissé par une peau mince, line, imberbe, d'une coloration légèrement rosée, semblable à celle des parties voisines.

Le pavillon gauche était un peu moins difforme. On voyait l'hélix épaissi, dont le développement n'était pas proportionné à celui des autres parties du pavillon. L'anthélix et sa cavité étaient réduits à une dépression assez considérable, qui rappelait vaguement la forme normale. A la partie inférieure du pavillon, on remarquait le méat auditif et le conduit auditif qui avait une longueur de 4 millimètres.

Les cris du jeune enfant, pendant mon exploration de l'oreille moyenne avec la douche de Politzer, m'empêchèrent de prolonger un examen inutile. Quelques mois après, je revis l'enfant qui paraissait entendre, et je conseillai aux parents de me le ramener lorsqu'il aurait deux ans.

Dans des cas pareils, je vous engage à agir ainsi et à visiter I infant à des intervalles de plusieurs mois, en attendant le moment favorable d'opérer.

Traitement. — Avant de tenter l'opération, qui a pour but de

424 MALADIES DU l' OREILLE.

rétablir le conduit auditif, il est utile de considérer l'âge du malade. L'opération n'est pas urgente, puisque l'audition, dans les cas favorables, persiste à un degré suffisant pour que l'enfant ne devienne pas muet. C'est donc vers Fâge de trois à cinq ans que le malade devra être opéré.

On doit songer à créer un conduit auditif par l'instrument tranchant ou le caustique ; l'instrument est préférable. On fait une incision peu profonde à la peau, de manière à couper peu à peu les couches sous-jacentes. On saisit une des lèvres de la plaie avec une pince à griffes, puis on dissèque chaque partie correspondante. Après avoir pénétré dans la cavité du conduit, on enlève une moitié de disque correspondant chacune à une lèvre de la plaie, et l'on, a ainsi créé le méat et rétabli le conduit. Il n'y a plus qu'à cautériser la plaie avec une solution de nitrate d'argent au quinzième. Dans les cas où il existe un commencement de conduit, et où la peau forme un cul-de-sac, comme je vous l'ai dit tout à l'heure en vous décrivant les deux oreilles externes du jeune enfant, on opère de la même manière, en prenant garde de faire pénétrer le bistouri trop profondément, de peur de blesser le tympan. L'incision faite, les lambeaux de tissu enlevés, la cautérisation faite, on place dans le conduit auditif un bourdonnet de coton enduit avec du cold cream un peu camphré. Les jours suivants, on examine la surface de la plaie, on excise certaines parties inutiles s'il le faut, et l'on a soin de combattre l'inflammation consécutive, si par hasard elle devient vive. Il pourrait arriver que la portion osseuse du conduit n'existât pas et que le tissu cutané remplaçât la membrane du tympan. Alors on pénétrerait directement dans la caisse. Une perforation simple n'entraînerait pas un grand inconvénient; mais il n'en serait plus de même si l'on enlevait cette paroi cutanée, parce que l'ouverture pourrait ne pas se refermer, et alors la muqueuse de la caisse étant irritée par l'air extérieur suppurerait. C'est pourquoi, avant d'inciser largement la peau, il faut créer une perforation assez large, y maintenir un tube creux, et insuffler de l'air dans la caisse. Si le tympan existe, on entend le bruit de caisse. Si le tympan n'existe pas, ou s'il a été perforé pendant le cours de l'opération, l'air sort en sifflant, au dehors; par conséquent, on doit faire attention d'opérer avec habileté et de

Page 1