‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 101 sur 273 · PÉRI0ST1TE, OSTÉITE, CARIE ET NÉCROSE DE L'ORBITE · texte numérisé non relu

PÉRI0ST1TE, OSTÉITE, CARIE ET NÉCROSE DE L'ORBITE

des cris. — Le 6,elle avait cent vingt pulsations le matin et cent quarante le soir. La mort arriva dans la nuit du 7 au 8.— Vingt-quatre heures après, l'autopsie nous montre le cerveau intact, la pie- mère et l'arachnoïde infiltrées d'une quantité notable de sérosité trouble, et toute la base du sphénoïde cariée. Le périoste y est épaissi et d'un rouge foncé; les deux ailes (la droite plus en dehors que l'autre), le plancher de la selle turcique jusqu'aux apophyses clinoïdes postérieures sont dans le même état. C'est autour du trou optique droit que la destruction est le plus avancée ; cette partie de la base du crâne paraît être le siège d'une suppuration récente. Les parois de l'orbite sont saines, et le tissu graisseux rétro-bulbaire n'est pas infiltré. L'infiltration qui avait déterminé l'exoplithalmie, et qui était évidemment le résultat de la compression des vaisseaux, a disparu. Le nerf optique droit est plus épais que le gauche, avantson passage dans le trou optique correspondant, où il semble comprimé, à partir de son entrée dans cet orifice. Au delà, il paraît aminci jusqu'à six millimètres du trou sclérotical. En ce point, on y remarque un renflement noueux, développé surtout en dehors, et qui se perd insensiblement dans la sclérotique. Une section horizontale nous montre que la substance nerveuse est intacte, excepté au niveau de son entrée dans l'orbite, où elle est comprimée. Le renflement signalé en arrière de la sclérotique est produit par une masse blanchâtre, grumeuse, située entre la gaîne interne et la gaine externe du nerf, et adhérente à cette dernière. En dehors, à 2 millimètres 1/2 du trou sclérotical, là où il offre son maximum de développement, il mesure un millimètre d'épaisseur.

L'examen microscopique nous fait voir que celte masse néoplastique interposée aux deux gaines du nerf, dans un espace rempli d'un tissu cellulaire lâche, contenant beaucoup de fibres élastiques, se compose d'agglomérations de cellules nouvelles plus ou moins développées, arrondies, avec deux ou trois noyaux. Le point de départ de cette hypergénèse paraît être le tissu cellulaire attenant à la gaîne externe du nerf. La gaîne interne et les prolongements qu'elle envoie entre les faisceaux nerveux ne nous montrent aucune altération. Quant à l'œil lui-même, il ne nous a pas été permis de l'enlever et de nous rendre compte de son état.

§ III. Carie et nécrose de l'orbite. (P. 42.)

Obs. 5. — Affection de l'orbite à marche particulière, perforation de la voûte orbitaire donnant issue au produit d'un abcès intrà-crânien (1). — Une jeune fille de treize ans se présenta à la clinique, le 24 novembre, atteinte de douleurs et d'un léger gonflement de la paupière supérieure droite; un examen attentif fit soupçonner l'existence d'une maladie des parties profondes, dont l'affection palpébrale n'aurait été que le symptôme. Le lendemain, en effet, on diagnostiqua une périostite de la région orbitairè supérieure, s'étendant assez profondément vers le fond de la cavité de l'orbite. (Sangsues, onguent napol., eau blanche.) Le gonflement finit par se limitera la région supérieure et interne de l'orbite, entre celle-ci et le bulbe ; le 28 novembre, on perçut une fluctuation obscure; la tumeur fut ouverte aussitôt ; elle fournit environ deux grammes de pus. La sonde pénètre dans une cavité étroite, mais profonde; les parties molles sont décollées de la voûte orbitairè; l'os semble être recouvert d'un périoste infiltré de pus. Le 29, l'état plus satisfaisant de la malade permet une exploration plus complète; on reconnaît que, dans la partie la plus reculée de la cavité, le périoste a disparu.

Tout marche bien jusqu'au 6 décembre; alors surviennent de la prostration, diminution de l'appétit, disposition aux syncopes, pas de fièvre. — Au 10 décembre, le pouls devient irrégulier, il se ralentit notablement ; la face est pâle, il survient des vomissements; sentiment de pression dans la moitié droite du crâne. Les symptômes qui militaient en faveur d'une compression cérébrale ne firent que s'accroître; l'os dénudé était devenu rugueux, ramolli; il ne pouvait plus rester de doute quant à l'existence d'une affection intra-crânienne. — Le 19 décembre, la plaie de l'orbite laissa écouler 16 à 20 grammes de pus, et il survint une grande amélioration de l'état général. La sonde, introduite avec les plus grandes précautions, fit reconnaître une perforation de la voûte orbitairè; à une demi-ligne au delà, elle ramena encore quelques gouttes de pus. Il y avait donc eu un abcès intra-crânien qui s'était vidé dans l'orbite à travers une perfo-

(t) Vos Graefe. Archiv fur Ophtalmologie, 1860. B. Vil, Ab. 1, S. 135.

ration de la voûte osseuse. La malade se rétablit lentement; on fut obligé d'élargir la lisluleorbitaire, parce qu'il y avait tendance à l'accumulation de la sécrétion. Le 8 janvier, il survint un nouvel écoulement de pus, mais beaucoup moins abondant que le premier. Depuis lors, la convalescence mareba sans entraves, et la jeune fille est maintenant parfaitement rétablie.

SECTION IV

PÉRIOSTOSE, HYPEROSTOSE, EXOSTOSE ET OSTÉOSARCÔME DE L'ORBITE, KYSTES DE SES PAROIS. (P. 53-70.)

g I. Périostose. (P. 54.)

On a vu un nodus, situé à l'intérieur de l'orbite, déplacer le globe oculaire et lui faire perdre toute mobilité, en même temps que la pupille se dilatait et que la vision se trouvait abolie par la tension imprimée au nerf optique; on a parfois aussi observé des symptômes cérébraux graves, le coma, la mort subite (1).

Obs. 6.— Nodus syphilitique du frontal et de lavoûte orbitaire ; propulsion du globe de l'œil; effets avantageux de l'iodure de potassium; convalescence (2). — Jobn M..., âgé de 41 ans, homme gros, osseux et bien développé, se présente à la consultation externe de Moorfields, pour un gonflement considérable du frontal à la partie supérieure de l'orbite; l'œil est poussé en bas et en avant. Ses antécédents et des symptômes encore existants ne permettent pas de méconnaître la nature du mal. Il raconte avoir eu, il y a dix ans, un chancre induré et un bubon qui n'a pas suppuré, le tout suivi de symptômes secondaires de longue durée. Il a subi avec avantage un traitement mercuriel interne et des frictions; tous les symptômes ont alors disparu. Depuis lors, il a eu des attaques de rhumatisme, que soulageait l'iodure de potassium, et, dans plusieurs occasions, des nodus sur le tibia, guéris par des vésicatoires. La tumeur actuelle du frontal existe depuis six semaines : pendant ces derniers jours, son volume a augmenté très-rapidement; elle est très-ferme et dure, mais douloureuse et très-sensible au toucher ; elle paraît s'étendre dans l'orbite, déplaçant l'œil en avant et en bas. Il n'y a pas de symptômes cérébraux. Trois grains d'iodure de potassium, trois fois par jour; frictions sur la tumeur malin et soir avec la pommade à l'iodure de potassium. Au bout de trois mois de ce traitement, la tumeur disparut complètement.

Remarques. — Des nodus, on le sait, peuvent se développer sur tous les os du corps et dans toutes les régions de la tète ; bornons-nous à reproduire ce que l'auteur dit des nodus de l'orbite : « J'ai vu des cas de nodus développés sur la paroi externe aussi bien que sur la paroi interne de l'orbite : ces nodus sont plus généralement situés à la partie antérieure de l'orbite; toutefois, dans certains cas rares, ils paraissent se développer profondément à partir de l'intérieur. Le diagnostic dépend alors principalement de l'histoire de la maladie dans chaque cas particulier, de la rapidité de ses progrès et du développement de la suppuration. Le cas le plus formidable que j'aie jamais rencontré est celui d'une femme de près de six pieds de haut et ayant le système osseux énormément développé. Elle vint se confier à mes soins à Moorfields, il y a huit ou neuf ans, pour un gros nodus prenant naissance de la paroi interne de l'orbite ; il paraissait au toucher parfaitement solide et avait poussé l'œil en dehors et en avant. Il avait déterminé la tension du nerf optique, de sorte que la vue était perdue, la pupille dilatée et sans mobilité, et l'œil complètement immobile. Il survint peu après des symptômes cérébraux graves; la malade tomba soudainement dans le coma et mourut- Un ne put faire l'autopsie ».

(1) Poland. Ophlh. Hosp. Rep. 1857-59, Vol. I, pp. 21 el 168.

(2) Id. 1859-1800, Vol. II, p. 223.

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