‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 146 sur 273 · EXOPHTHALMOS OU HERNIE DE L'OEIL · texte numérisé non relu

EXOPHTHALMOS OU HERNIE DE L'OEIL

Carron du Villards a rapporté l'histoire d'une jeune fille (1) atteinte d'un exophthalmos très prononcé, accompagné de douleurs très violentes. Plusieurs personnes et lui-même avaient proposé l'extirpaliou de l'œil, lorsqu'il crut prudent de recourir à une ponction exploratrice, qui produisit l'évacuation de deux onces environ d'un liquide légèrement citriné, ressemblant à celui des hydrocèles simples. Sur la canule, il fit une légère dilatation pour introduire une tente, afin de produire une inflammation adhésive, ce qui devenait facile, l'œil ayant repris sa place naturelle. La nature et la quantité du liquide excluaient l'idée de la présence d'une collection d'hydalides: c'était simplement une hydropisie de la capsule de Tenon, comme dans le cas suivant (2).

Obs. 7t. — En 1842, on me présenta une orpheline âgée de il ans, résidant à l'hôpital de Luxembourg : elle portait un exophthalmos assez volumineux, accompagné de douleurs excessivement vives lorsqu'elle penchait la tête en bas ou lorsqu'on cherchait à refouler l'œil, enchâssé dans une tumeur dure uniforme, sans altération de la conjonctive et de la cornée, mais avec perle absolue de la vision. On avait épuisé tous les moyens de résolution. Je l'avoue avec autant de regret que de franchise, je diagnostiquai une tumeur fibreuse enveloppant l'œil dans toute sa périphérie, et proposai l'extirpation de l'organe en même temps que de la tumeur. Celte opération fui acceptée par les médecins el les directeurs de l'établissement. Je me croyais tellement sûr de mon diagnostic, que je négligeai de pratiquer une ponction exploratrice. L'extirpalion fut pratiquée en présence des docteurs Classen et Wurth, membres de la commission médicale du Luxembourg. J'y procédai par la méthode de Lisfranc, après avoir préalablement débridé la commissure externe des paupières. L'œil, détaché de tout l'orbite, ne tenait plus que par l'anneau fibreux formé par ses muscles et le nerf oplique : quand je donnai le dernier coup de ciseaux destiné à opérer celle séparation, il s'écoula une grande quantité de liquide cilrin, l'œil s'affaissa et la tumeur disparut. J'avais donc ouvert une poche; mais l'œil était complètement séparé. La pièce extraite fui placée dans une cuvette d'eau fraîche, pour être examinée plus lard; l'artère ophthalmique donna très peu de sang, grâce à l'introduction d'une petite boule de charpie imbibée d'eau hémostatique deBroschieri. On plaça sur les paupières un bandage ordinaire, destiné à maintenir (les gâteaux de charpie continuellement arrosés d'eau froide. La guérison suivit la marche ordinaire sans accident.

L'esprit préoccupé de ce qui s'élail passé pendant l'opération, je me rendis chez moi pour examiner avec le plus grand soin l'œil extirpé. Son séjour dans l'eau lui avait rendu la forme qu'il avait avant son ablation, c'est-à-dire qu'une tumeur uniforme l'enveloppait de toutes parts ; en le sortant, le liquide s'échappa par une ouverture située à la partie inférieure correspondant à l'anneau fibreux, d'où naît la bourse de Tenon. Je le replongeai de nouveau dans le liquide, el il se remplit derechef: j'avais donc affaire à une cavité, que je me proposai d'examiner avec le plus grand soin.

Sortant l'œil de nouveau, mais en sens inverse de la première fois, c'est-à-dire en le saisissant par le poinl d'où l'eau s'échappait en tenant la cornée en bas, il ne s'écoula aucun liquide, et la tumeur conserva sa forme. Il s'agissail donc d'une poche environnant l'œil de toutes parts et à laquelle j'avais, dans le dernier temps de l'opération, pratiqué une ouverture accidentelle. L'examen anatomique de la pièce justifia complètement mon opinion. Ayant introduit par l'ouverture accidentelle un stylet mousse, je pus le promener dans toute la circonférence du bulbe. Le décollement de la bourse fibreuse de Tenon élait complet jusqu'à la cornée. Ayant introduit une sonde cannelée pour dilater un peu l'ouverture accidentelle, et après avoir dégagé le nerf oplique de ses ad-

(I) Annales d'Oculistique, 1838, t. XL, p. 104. 02) Carros do Villards. Id. ld. p. 106.

hérences avec l'anneau fibro-aponévroiiqucqui l'entourait, je pus retourner la poche, comme on retourne un gant : de telle sorte que l'œil était libre de toute enveloppe, et que la face interne de la poche aponévrolique était devenue externe, exactement comme on retourne la chemise de la canule de Dupuylren pour le tamponnement, dans l'opération de la taille bilatérale. L'œil étant complètement à nu, il me fut loisible de l'examiner avec soin et de constater, avec un indicible regret, qu'il était parfaitement sain. Seulement, le nerf optique, en raison de la saillie de la tumeur, avait acquis une longueur triple de son étal normal. C'est probablement à cet étirement qu'il fallait attribuer les douleurs très vives qu'éprouvait cette jeune fille, quand elle penchait la tête en avant. Les muscles, un peu plus longs que de coutume, occupaient leur place ordinaire, ce qui explique l'intégrité des mouvements du bulbe, malgré sa propulsion.

De l'examen de cette pièce je fus autorisé à conclure que la jeune fille dont j'ai parlé plus haut, et qui fut guérie par une ponction exploratrice pratiquée avant l'extirpation de l'œil déjà résolue, portail une hydropisie de la bourse de Tenon. Sans aucun doute, la même opération, pratiquée sur la jeune fille de l'hôpital de Luxembourg, eût produit le même résultat.

Carron du Villards ajoute que, depuis cette époque, il a rencontré plusieurs fois la même hydropisie de la bourse fibreuse de Tenon,

et qu'il la toujours fait disparaître par la ponction ; que, d'autre part, en autopsiant avec soin des moutons morts de la clavelée, maladie pendant laquelle l'exophllialmos est très fréquent, il a constaté que celui-ci était dû à cette même hydropisie de la capsule fibreuse.

Chez un jeune homme d'Acisclo (État de Puebla)dont il a fait prendre la photographie (fig. 54.), le même praticien observait, dit-il, distinctement la saillie du liquide, quand le malade penchait la tète en avant. S'il restait dans cette ' /'u\U \ position, l'œil devenait si dur et si

douloureux, qu'il était obligé de se coucher sur le dos, pour refouler le li- (Fis- 54-) quide à la partie postérieure, en exer-

çant sur les paupières une pression légère, comme dans certains taxis d'entérocèle réductible. Ce garçon, âgé de 57 ans, n'avait jaà l'opération ; il voyait assez pour se conduire et se contentait de mais voulu consentir son état.

Chez toutes les personnes qu'il a vues atteintes de celle maladie, les premiers symptômes d'exophthalmos s'élant montrés à la suite de la scarlatine ou de la rougeole, on est en droit de conclure que les affections éruplives aiguës de la peau peuvent produire facilement cette espèce d'hydropisie, de la même manière qu'elles produisent l'ascile et l'hydrocéphale. La clavelée étant une éruption aiguë cutanée des races ovines, il n'est pas étrange que l'hydropisie de la bourse fibreuse de l'œil se développe chez elles comme dans l'espèce

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