‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 147 sur 273 · EXOPIITHALMOS OU HERNIE DE L'OEIL · texte numérisé non relu

EXOPIITHALMOS OU HERNIE DE L'OEIL

humaine. On comprend, d'après cela, la nécessité de faire précéder d'une ponction exploratrice toute opération ayant pour objet l'ablation des tumeurs molies de la cavité orbilaire.

M. Hulke a publié l'observation suivante, qui offre symptomatiquement beaucoup d'analogie avec l'espèce d'afleclion que nous venons de décrire.

Obs. 72. — Tumeur hy étatique déterminant une proptose extrême (1). — Me trouvant à la campagne, en avril 1862, on nie pria de voir un jeune garçon qui, depuis quelques mois, avait une saillie croissante de l'œil gauche. La cornée de cet œil [ut trouvée par moi d'un pouce plus en avant que celle de l'œil droit; celte saillie était si considérable que l'œil semblait situé tout à fait au-devant de l'orbite. Lorsqu'on essayait de le repousser à sa place, on sentait une forte résistance. Le déplacement n'avait pas seulement lieu en avant, mais aussi en haut; la paupière supérieure était tellement refoulée par l'œil qu'on apercevait, à travers elle, la forme de la cornée. La paupière inférieure était abaissée, mais non renversée en dehors, et séparée du globe oculaire par une lumetir solide, légèrement élastique, à fluctuation obscure, arrondie, lisse, faisant saillie entre l'œil et le bord inférieur de l'orbite, et s'élendant aussi en haut le long du bord externe. En pressant fortement, on arrivait à sentir distinctement le.bord orbitaire, au-dessus duquel passait le gonflement. La peau avait sa coloration naturelle, et Ton pouvait la faire glisser sur la tumeur : il n'y avait pas d'œdème. Les mouvements de l'œil en bas et en dehors sont abolis ; il y a une légère perception quantitative de la lumière. L'enfant, qui jouissait auparavant d'une bonne santé, est devenu pâle et faible. La saillie du globe oculaire a commencé, il y a sept mois; elle s'est accompagnée de violente douleur dans l'orbite et de diplopie. Après quatre mois, la douleur avait cessé, mais la saillie oculaire avait augmenté.

Les contours arrondis, unis, de la tumeur, et la fluctuation, indiquaient qu'il s'agissait d'une collection de liquide. Quelle en était la nature? un abcès ou un kyste hydalique ? La soudaineté avec laquelle le mal avait débuté, et l'intensité de la douleur, indiquaient un abcès; mais s'il en eût été ainsi, tant de mois n'auraient pu se passer sans qu'il vint pointer au dehors, et à l'époque où je l'ai vu, on aurait dû trouver quelque œdème des parties environnantes, quelque adhérence de la peau. L'absence de symptômes inflammatoires qui écartait l'idée d'un abcès rendait, au contraire, probable l'existence d'un kyste hydatique. Je m'arrêtai à celte supposition sans cependant pouvoir affirmer qu'elle fût juste. — Avril 21. En explorant la tumeur avec une aiguille cannelée, il s'échappa de la tumeur un liquide incolore tel qu'il n'en sort que d'une hydalide. On pratiqua alors, à travers la paupière inférieure, parallèlement à son bord adhérent, une incision par laquelle sortirent plusieurs drachmes du même fluide, et l'on put faire glisser le doigt dans l'orbite, derrière l'œil, où il pénétra dans une large cavité à surface unie. On sentit en haut le nerf optique entouré par les muscles et refoulé contre la voûte orbitaire. On ne découvrit aucun kyste distinct. Un morceau de charpie fut placé dans la cavité el l'on maintint la plaie ouverte. Le globe oculaire avait un peu reculé.

Le lendemain, les paupières étaient œdématiées; il y avait de la céphalalgie et de la fièvre. Au bout de deux jours, on enleva la charpie, el la plaie suppura abondamment jusqu'à la fin de la semaine. Vers celte époque, en changeant un cataplasme, on trouva un kyste hydatique qui, après quelques jours de macéralion dans l'alcool, offrait à peu près le volume d'un œuf de poulette. La cavité se ferma alors promplement. Lorsque je revis ce garçon, en décembre 4862, l'œil avait repris sa position normale et la liberté de ses mouvements. Il ne pouvait que reconnaître incomplètement de gros objets, tels que le doigt. L'incision ayant porté sur le bord adhérent de la paupière, celle-ci n'était nullement tiraillée par la cicatrice, qui était à peine visible.

(1) Hclke. Ophlh. Hosp. Rep. 1863, Vol. IV, p. 01.

\kk MALADIES DE LA CAPSL'LE DE L'OEIL.

§ II. Exophthalmos anémique.

Syn. — Goitre exoplitlialniique. — Broncliocèle vasculaire el exophthalmos. Warburton licgbie.— Exophthalmos cardio-thyroïdien. De Gracfe. — Cachexie exoplilhalmique. W'illtusen. — Maladie de Basedow, — Maladie de Graves.

L'exophtlialmos anémique doit aux cas nombreux qui en ont été récemment observés, d'avoir été très scrupuleusement étudié dans ces dernières années. Il y a donc opportunité à ajouter de nouveaux détails à l'histoire qui en a été donnée précédemment (t. I, p. 458).

La maladie présente trois symplômes principaux, dont la réunion constitue une espèce morbide digne de recevoir une dénomination spécifique. Ces symplômes sont : l'exophtlialmos ou la propulsion des globes oculaires en avant, le goitre et les battements du cœur.

1. L'exophtlialmos existe le plus souvent des deux côtés, tantôt très prononcé, d'autres, fois peu manifeste; il s'accompagne d'un certain embarras des mouvements du globe, qui éprouve de la difficulté à se fixer dans la direction que le regard voudrait lui imprimer, embarras qui donne lieu à du larmoiement. D'autre part, il est un premier indice caractéristique et pathognomonique de cette affection, indiqué par M. de Graefe (1) et digne de toute l'attention : c'est la suspension des relations sympathiques qui existent entre les mouvements de rotation verticale du globe de l'œil et les mouvements d'élévation et d'abaissement de la paupière supérieure. Dans la rotation en bas du globe oculaire spécialement, la paupière reste immobile, symptôme qui n'existe pas dans l'exophtlialmos ordinaire et qui dépendrait, dit-il, de l'action nerveuse du grand sympathique, dont des filaments, suivant Millier, se distribuent à la paupière. La diminution de la mobilité est symétrique dans toutes les directions, particularité qui sert à différencier la maladie de l'exophtlialmos simple, tel que celui développé par une tumeur, une exostose.

Toutefois, on a observé la diplopie et un strabisme divergent de l'un ou de l'autre œil. Le centre de rotation de l'œil est déplacé en avant. La mobilité latérale est un peu affaiblie, ce qui donne lieu à un regard fixe et à une expression singulière de la physionomie. Quelquefois l'exorbilisme est tel qu'il empêche les paupières de se fermer pendant le sommeil. M. de Graefe croit qu'il est déterminé tout d'abord par la congestion du système veineux, dont l'hypertrophie du tissu adipeux est aussi le résultat (2).

2. Le fjoîlre qui accompagne l'exoplithalmos, en suit toutes les phases d'augmentation ou de diminution : il est ordinairement plus

(1) Deutsche Klinik, 1864, no 16; Klinische Monatshl. 1864, S. 185, et Brit. Med. Journ. 1864, Sept. 17, p. 54.

(2) Archiy lùr Ophth. 1857, B. III, Abth. 2, S. 278.

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développé du côté droit, et est le siège de mouvements d'expansion, de battements, analogues à ceux qu'offre une poche anévrysmale. On y perçoit clos bruits de souffle continu, avec renforcements sysloliques. L'analomie pathologique a démontré que )a tumeur est bien une simple hypertrophie générale du corps thyroïde. Quand la maladie doit se terminer par la guérison, le goitre peut disparaître, sans que Texorbitisine cesse entièrement, et réciproquement; presque toujours cependant la tumeur thyroïdienne laisse des traces persistantes.

5. En général, le premier symptôme dont les malades se plaignent part du cœur; ils accusent, tout au début, des battements violents, bruyants, allunt parfois jusqu'à soulever la poitrine et à se faire entendre à dislance, sans voussure de la région précordiale. Ces battements peuvent retentir dans les artères du cou et des globes oculaires, et s'accompagnent d'ordinaire de céphalalgie et d'une altération marquée du caractère, qui devient chagrin et souvent violent : tous ces signes augmentent, en même temps que les yeux se remplissent de larmes, sous l'influence des émotions morales. On constate un bruit de souffle syslolique à la base du cœur, se prolongeant dans les vaisseaux du cou ; les artères thyroïdiennes bondissent à chaque pulsation du cœur, mais, en même temps, le pouls radial reste petit et faible. Il n'y a point de bruit de souffle dans les artères numérales et crurales. Selon M. Trousseau (1), dans le goitre exophthalmique, il n'y a pas ordinairement d'hypertrophie cardiaque, bien que celle-ci puisse exister quelquefois d'une façon passagère. Dans les huit cas observés par M. de Graefe, il n'existait ni hypertrophie du cœur, ni altération des valvules.

4. Les troubles de la menstruation, la suppression ou l'irrégularité des règles existent chez toutes les femmes affectées de la maladie : quelquefois il y a, en même temps, accroissement du volume, induration et abaissement de l'utérus. La grossesse apporte toujours un amendement considérable des symptômes, qui d'ordinaire reparaissent avec leur intensité première, après l'accouchement.

o. Chez beaucoup de malades, il existe des troubles de la digestion, des vomissements aqueux fréquents et des altérations graves de la cornée, évidemment déterminées par le peu de protection que l'œil reçoit des paupières et par la diminution de l'humectation des membranes externes. La faculté visuelle ne change pas, aussi longtemps que la cornée n'est pas altérée ; mais, chez certains malades, le contact continuel de l'air avec celle membrane, que les paupières ne recouvrent plus, y donne lieu à des inflammations et à des opacités qui compromettent gravement l'acte de la vision. L'ophlhalmoscope

(I) Rapport présenté à TAcad. de méd. de Paris. — ld. Séance du 13 juillet 1862. m. xm

n'indique qu'une hypérémie des veines de la rétine, plus ondulées el plus volumineuses qu'à l'état normal. La maladie est plus grave chez l'homme et s'y développe à un âge plus avancé que chez la femme. Le symptôme le plus opiniâtre est ordinairement l'altération qu'a suhie l'action du cœur. Dans les neuf cas, signalés par M. Praël (1), il n'y a eu de trouble de la vision, au début de la maladie, que chez un seul sujet; l'affection a atteint tantôt les deux yeux, tantôt l'œil droit seul, mais pas l'œil gauche isolément. Dans deux cas, il n'y avait ni affection du cœur, ni goitre, mais une anémie bien prononcée. L'hypertrophie du corps thyroïde existait dans tous les autres cas; elle était compliquée d'affection organique du cœur dans quatre d'entre eux. Un seul malade appartenait au sexe masculin. Au fond de toutes les affections réunies, se trouvait une hydrohémie provenant de causes diverses. Chez une jeune fille, cette affection succéda à la guérison de la chorée. On a cité des cas, rares à la vérité, où la maladie avait débuté après une blessure de la tête : le plus souvent, elle succède à des émotions vives, des chagrins ou de longues privations.

6. En général, la maladie affecte une marche aiguë, avec paroxysmes fréquents, et dure de quelques mois à deux années : la forme chronique est plus rare et succède quelquefois à la forme franchement aiguë; elle offre aussi des paroxysmes, mais ils sont moins violents et moins pénibles.

7. M. Trousseau considère le goitre exophlhalmique comme une maladie spéciale, due peut-être à une excitation du grand sympathique, une névrose en un mot. Pour M. Beau, il est dû à un état cachectique, pour ainsi dire radical, dans la constitution de la malade (2); à une chloro-anémie, dans le développement de laquelle les causes morales joueraient un grand rôle. Enfin, M. Bouillaud (o) prétend que la maladie dite « goitre exophlhalmique » ne saurait être considérée comme une entité spéciale, puisqu'elle n'est, pour lui, qu'une réunion de deux éléments morbides, le goitre et l'exophlhalmos, qui ne reconnaissent aucune cause spécifique.

8. Tous les auteurs s'accordent à reconnaître que les moyens hygiéniques, les voyages, les distractions, les bains de mer et surtout l'hydrothérapie doivent faire le fond du traitement. M. Trousseau a constaté que les préparations ferrugineuses et les toniques amers, non-seulement ne donnent pas de résultats satisfaisants, mais ont eu plusieurs fois pour effet d'accélérer les battements du cœur. L'iode a semblé, ajoute-t-il, exaspérer chacun des symptômes et déterminer des paroxysmes. Les préparations de digitale ont, au

(1) Archiv fur Qphth. I8u7, B. III, Ablh. 2, S. 199.

(2) Loc. cil.

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contraire, produit des effets très satisfaisants, mais c'est à la condition que l'on ait rétabli la fonction menstruelle. Les applications de glace sur le goitre contribuent puissamment à diminuer la tuméfaction du corps thyroïde.

M. de Graefe recommande l'emploi du fer, mais seulement au début de l'affection, quand la fréquence du pouls n'est pas trop grande; mais, comme M. Trousseau, il le trouve contre-indiqué quand la maladie est arrivée à un haut degré. Dans ce dernier cas, dit-il, tous les médicaments semblent être plus nuisibles qu'utiles : l'air pur, l'emploi du laitage, surtout du petit-lait, procurent seuls alors quelque soulagement aux malades.

La compression du bulbe est utile, pourvu que les paupières puissent encore se fermer et que la compression ne soit pas trop forte. L'électricité rend parfois l'occlusion palpébrale plus facile, ce qui est un avantage. La tarsoraphie constitue pour M. de Graefe le meilleur moyen contre l'exophthalmos, ou plutôt contre la désorganisation de la cornée, qui est toujours à redouter : elle doit être faite sur une certaine étendue pour être efficace; ainsi, l'on ne craindra pas de réunir les paupières à leur angle externe, dans une étendue de trois, quatre à cinq lignes, d'après le degré de l'exorbitisme (1).

L'application du courant électrique au sympathique cervical a été recommandée (2). M. Willebrand (o) dit avoir retiré des avantages du seigle ergoté, à la dose de dix grains, quatre fois par jour. Il pense que ce médicament a la propriété de faire rétracter le cœur et les vaisseaux jusqu'à leur rendre leur capacité normale (4).

Obs. 73 (5^. — Une jeune dame, âgée de 25 ans, me consulta, le 5 octobre 1857, pour une proéminence des yeux avec augmentation de la thyroïde. L'exophthalmos existait depuis deux ans. Six semaines avant qu'elle vînt me consulter, la vue s'était affaiblie au point qu'elle ne pouvait plus lire. Les pupilles se dilataient complètement à l'obscurité. Image renversée distincte. Règles absentes depuis deux mois. Elle avait employé le fer, J'huile de morue, etc. Je prescrivis le sirop d'iodure de fer à l'intérieur etdes frictions sur la région thyroïdienne avec la pommade iodurée. Je n'entendis plus parler de celte malade jusqu'au "25 août 1861, époque à laquelle son frère vint me consulter pour une amaurose avec atrophie du nerf optique. Il m'apprit que sa sœur avait récupéré sa santé et ses forces à un établissement d'hydrothérapie, et qu'elle avait regagné la faculté de lire.

Obs. 74 (6). — Homme bruu, yeux bleus, âgé de 50 ans, marié, sans enfants, domes-

(1) De Graefe Arcbiv fur Opbth. 1837, B. III, Abih. 2, S. 503.

(2) British Med. Journ. 1864, Sept. 17, p. 34.

(3) Arcliiv fur Opbth. 1858, B. IV, Abth. I, S. 545.

(4) Voir aussi : Becbie. Contributions to praclical Medicine. Edinburadi 1862. p. 116. — Ciurcot. Bril. Med. Journ. 1862, Oct. 11, p. 597.— Autopsies par Basedow et autres (Edinb. Med. Journ. 1859, p. 1 127;. — Witbusen. Dublin Med. Press, 1839, July 6, p. 1.— Laycock. Edinb. Med. Journ. 1865, Feb. pp. 681-760 et Med. Times and Gaz. 186i. Sept. 24, p. 323.— Parry. Recueils inédits, t. Il, p. 125. — Warburton Begbie. Edinb. Med. Journ. 1865, Sept. p. 198. — Fietcher. Bril. Med. Journ. 18G5, May, 25, p. 329. — IIandfield Jones. Ophlh.Review, n»2, p. 171.

(5) Mackeszie. Inédile.

(6) Praél. Archiv fur Ophth. 1857. B. III, Abih. 2, S. 199.

tique, atteint, depuis sa vingtième année, de palpitations. Pendant la convalescence d'une fièvre muqueuse, survint une saillie remarquable de l'œil droit, accompagnée d'une augmentation d'intensité des battements du cœur et de développement du corps thyroïde. La saillie de l'œil ne restait pas constamment la même, elle semblait êlre en rapport avec l'état général de la santé. En décembre 1849, le malade maigrit; il se plaignit souvent de douleurs rhumatismales à l'œil et à la joue : il fut atteint, sur ces entrefaites, d'une bronchite catarrhale, pendant le cours de laquelle l'œil droit fut plus proéminent que jamais; l'œil gauche devint saillant à son tour, au point de ne plus pouvoir se fermer. Trois semaines avant la mort, la cornée de l'œil droit s'infiltra, à la suite d'une saignée que le malade avait demandée contre l'avis de son médecin. Au lieu de s'ulcérer et de se perforer, la cornée infiltrée se raccornitet devint sèche ; ce phénomène fut accompagné d'une sécrétion conjonctivale caséiforme, d'un gris jaunâtre. Les mêmes phénomènes survinrent à l'œil gauche; le malade avait perdu complètement la vue quelques jours avant sa mort. — Autopsie. Hypertrophie du corps thyroïde s'étendanl jusque dans la cavité thoracique : le lobe droit enveloppait la trachée et présentait irne dégénérescence cartilagineuse. Le thorax était aplati, surtout à sa région inférieure gauche. Hypertrophie du cœur gauche, transformation de la valvule bicuspide en un anneau résistant par dégénérescence alhéromateuse. L'aorte était considérablement rélrécie, depuis son origine jusqu'à sa portion descendante, par suite de la même dégénérescence. L'intérieur des yeux ne présentait pas d'altérations : leur volume avait diminué, et la cornée ainsi que la sclérotique étaient raccornies, sèches. L'encéphale était ramolli en plusieurs endroits; son développement était au-dessous du développement normal.

Obs. 75 (1). — La malade a soixante ans, et c'est depuis 1856 qu'elle est atteinte de l'affection qui l'a conduite à l'Hôlel-Dieu, et dont les débuts ont été remarquables par leur soudaineté. Son père, qui paraît avoir été sujet à des accès d'épilepsie, étant mort subitement au milieu de la nuit dans une attaque convulsive, c'est dans celte nuit même que les yeux de cette femme se gonflèrent, que son corps thyroïde augmenta trèsnotablement de volume et devint le siège de battements insolites. En même temps survinrent des palpitations extrêmement pénibles, et comme conséquence immédiate de ces troubles circulatoires, des épislaxis qui persistèrent toute la nuit.

En 1837, la malade était en Afrique, où le goitre disparut avec une rapidité qui surprit les médecins de l'hôpital où elle était entrée. Des fièvres paludéennes qu'elle contracta à celte époque lui donnèrent la teinte cachectique qu'elle a gardée depuis. Les palpitations et I'exophlhalmos ont persisté et persistent encore. Il survint, dès les premiers jours de son arrivée à Alger, de l'œdème des membres inférieurs et de l'ascile. Cette hydropisie disparut après quelques jours seulement de durée, et ne se reproduisit que quatre ans après. Cette année, la malade a eu encore, ù quatre reprises, de l'hydropisie, qui toujours n'a eu qu'une durée d'une remarquable brièveté. Peut-être n'est-il pas indifférent d'ajouter qu'au mois de janvier 1863- elle a eu tous les accidents de l'angine de poitrine, qui durèrent pendant quelques heures.

Au moment de l'entrée de la malade à l'hôpital, le cœur, mesuré par M. Peler, offrait treize centimètres dans son diamètre longitudinal , et douze centimètres dans son diamètre transversal. L'impulsion de la pointe était énergique, et se faisait sentir dans le sixième espace intercostal, à deux travers de doigt en dehors du mamelon. Les battements étaient tumultueux et présentaient une certaine irrégularité; mais on n'entendait aucun souffle dans aucun temps. Au cou, il n'y avait pas d'avantage de souffle vasculaire. Les battements artériels étaient plus énergiques au cou qu'à la radiale, et plus aussi au bras gauche qu'au bras droit. Cette espèce d'ataxie circulatoire nous paraît accuser manifestement l'atteinte portée à certains groupes des nerfs vaso-moteurs, et l'accès d'angine de poitrine n'a peut-être été que l'expression exagérée des troubles de l'innervation cardiaque. Du reste, le tempérament nerveux de celle femme, qui s'est si bien manifesté dans la façon dont sont arrivés les premiers accidents, plaide aussi en faveur de l'idée d'une névrose, et il ne faut pas oublier non plus que le père de la malade avait la pire des névroses, l'épilepsie. Pour beaucoup de médecins, l'élément nerveux ne se dessinerait pas seul dans les

(i) Troisseau. Gazette des Hôpitaux, 1863, p. 389.

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antécédents pathologiques, car cette femme n'a été réglée qu'a vingt ans, et de quinze à vingt ans elle a été' très-pâle et a éprouvé des palpitations; pâleur et palpitations ont cessé quand les règles ont paru. La chlorose intervient donc ici dans une certaine mesure; mais, dans la chlorose, quelle est la part de la névrose, quelle est celle de l'aglobnlie? Il ne nous paraît pas douteux que l'affection nerveuse, au moins primitivement, ne joue le rôle le plus important. Disons ici qu'aux accidents nerveux présentés par celte femme, il faut ajouter des névralgies des nerfs occipitaux et de la branche ophthalmique de la cinquième paire. La nuit où les premiers symptômes de la cachexie exophlhalmiquc se sont si rapidement développés, la malade avait ses règles, circonstance qui n'est pas indifférente, puisqu'elle devait amener une exagération momentanée de la susceptibilité nerveuse, et favoriser, dans une certaine limite, l'explosion des accidents. Depuis, ses règles se sont supprimées entièrement.

Pendant les premiers temps, les yeux ont été plus gros qu'ils ne l'étaient au moment du passage de la malade à l'Hôtel-Dieu. Ds l'étaient encore assez, même alors, pour que l'occlusion complète des paupières fût impossible. Aussi celte femme dormait-elle les yeux demi-ouverts. Elle n'a jamais eu toutefois la sensation de la sortie du globe de l'œil hors de l'orbite. Les paupières inférieures, au lieu d'être tangentes par leur bord supérieur a la cornée transparente, en sont éloignées de 4 millimètres, et le bord libre delà paupière supérieure, au lieu de cacher un segment de la cornée, en est distant de 2 millimètres. La vue est bonne, quoiqu'il y ail de la presbytie et non de la myopie, à laquelle on aurait pu s'attendre à cause de la convexité apparente des globes oculaires. Une lumière un peu vive détermine des éblouissemenls et comme une sorte d'ivresse. Dans la nuit de l'accident, la photophobie était extrême; la lumière d'une bougie ne pouvait être supportée sans de très-violentes douleurs, et la vision même a été abolie un inslant. Pendant toute l'année qui a suivi l'accident, la malade n'a pu ni lire ni coudre le soir.

Du côté des fonctions gastriques, le seul trouble a été de la boulimie, qui est survenue peu après le début de la maladie. Aujourd'hui la faim est encore assez prononcée et se fait sentir à des époques très-rapprochées. Pendant la première année, il y a eu de la diarrhée et des selles décolorées. Le foie déborde un peu les côtas. Lorsque la malade a quitté l'hôpital, où elle n'a été traitée que par la digitaline, les toniques, les gouttes amères de Baume, elle était un peu soulagée de ses battements de cœur, mais conservait son exophlhalmie.

Obs. 76 (1). — Jeune fille de vingt ans, présentant, avec un exophthalmos très-prononcé et un goitre volumineux, des battements violents du cœur et des artères du cou, des palpitations et de l'oppression. Fille d'une mère très-nerveuse, affectée elle-même pendant sept ans d'une maladie hyslériforme, avec suppression des règles, douée d'un tempérament lymphatique, cette jeune personne avait été bien portante jusqu'à l'âge de 12 ans, époque du premier établissement de ses règles, qui furent toujours assez peu abondantes et assez peu colorées. État de malaise depuis ce moment, syncopes fréquentes, petite loux sèche, éclatante ; plus tard, respiration un peu courte, gêne dans la marche et pour monter les escaliers. Vers la lin de l'été de 4856, l'état de malaise augmente, la respiration devient plus fréquente et le pouls s'accélère. Au mois de novembre suivant, troubles nerveux, parole brève, tremblement dans les membres, faiblesse dans les membres inférieurs, Irrita bili Lé de caractère, et à très-peu de temps de là gonflement de la face el du cou, yeux saillants et hagards, palpitations plus fréquentes et plus répétées, malaise plus prononcé, oppression respiratoire. Considérés surtout comme chlorotiques. ces accidents sont traités sans succès par les préparations ferrugineuses et par un voyage dans les montagnes; l'iode ne réussit pas mieux.

Ce fut alors que M. Aran, appelé, reconnut chez cette jeune fille les signes de la maladie étrange décrite par Basedow, à savoir : un exophthalmos double, avec conservation de la vue, le gonflement du corps thyroïde, des battements frémissants et visibles à l'œil dans les artères du cou et à la région cordiale, avec fréquence considérable du pouls, une respiration également précipitée, el de plus des signes plessimétriques el stélhoscopiques ne pouvant laisser aucun doute sur l'existence d'une dilatation avec hypertrophie du cœur, enfin les signes d'une chlorose.

(I) Arax. Bulletin de l'Acad. de Méd. de Paris. Séance du i déc. 18G0.

xin.

150 MALADIES DE LA CAPSULE DE l'ûEIL.

Application continuelle de glace sur la région précordialo, administration à doses croissantes de la véralrine et delà digitale jusqu'à intolérance, diminution dans la quantité des aliments et des boissons ; plus lard, douches froides, et tous les moyens propres à congestionner l'utérus et à régulariser la fonction menstruelle; plus lard enfin, administration du perchlorure de fer à l'intérieur. Ce traitement fut suivi de la manière la plus scrupuleuse : pendant neuf mois, les applications de glace furent continuées sans interruption ; pendant huit mois, la véralrine et la digitale furent administrées de temps en temps, et la malade prit un grand nombre de douches; pendant deux mois enfin, à partir du milieu de juin 1858, le perchlorure de fer fut administré sans interruption.

Sous l'influence de ce traitement, l'amélioration était déjà marquée en quelques jours ; la matilé précordiale avait diminué de 2 cent, dans tous les sens après huit jours : après deux mois surtout, l'amélioration générale était Irès-notable et la matité précordiale avait repris des proportions très-ordinaires : l'accélération des battements vasculaires ne disparut cependant qu'au mois de septembre, c'est-à-dire un ans après le commencement du traitement. Depuis ce moment, la guérison a pu être considérée comme définitive, toute trace de maladie ancienne a disparu, et il y a lieu de croire, après deux années écoulées sans accidents, que la maladie ne récidivera pas.

M. Aran termine son travail j>ar les conclusions suivantes :

1° L'affection connue sous les noms de goitre exophthalmique, cachexie exophlhalmique, maladie de Basedow, n'est essentiellement constituée ni par l'exophlhalmos, ni par le gonflement du corps thyroïde, mais bien par un état d'irritabilité du cœur et des artères du cou, auquel s'ajoute, dans un lemps extrêmement rapproché, car il est impossible de préciser l'intervalle qui sépare la production de ces deux ordres de faits, une dilatation avec hypertrophie du cœur et des gros vaisseaux du cou.

2° Celte dilatation avec hypertrophie, non plus que l'augmentation d'irritabilité du système circulatoire qui paraît la régir, ne peut être considérée comme étant la base, le point de dépari de la maladie.

3° Précédant ces symptômes ou coïncidant avec eux, il existe des troubles variés vers le système digestif, les appareils sécréteurs et le système nerveux, qui ne peuvent laisser aucun doute sur le lien commun qui les unit et qui les généralise ; ce lien paraît être un trouble du grand sympathique.

4° L'existence de ce trouble du grand sympathique est encore démontrée parle fait de la production de l'exophlhalmos qui, inexplicable par des dilatations vasculaires que l'analomie pathologique n'a pas retrouvées, inexplicable également par l'hypothèse d'une hypertrophie du tissu ccllulo-graisseux de l'orbite, hypothèse inconciliable elle-même avec la production rapide, dans certains cas, de ce phénomène, avec son absence dans d'autres, avec sa manifestation plus tranchée vers un œil que vers l'autre, s'explique au contraire très-bien par l'influence du grand sympathique, telle que l'ont montrée les belles recherches de M. Cl. Bernard, influence qui se traduit parla contraction du muscle orbitaire, que les recherches de Henri Millier ont montré exister chez l'homme comme chez les animaux, et dont l'action est bien certainement de porter le globe de l'œil en avant.

5° L'affection nerveuse appelée goitre exophthalmique , cachexie exophthalmique, etc., esl une affection curable par un traitement suffisamment long et convenablement dirigé, ayant pour but à la fois de réveiller la conlraclililé des parois cardiaques et artérielles, de faire tomber l'irritabilité exagérée du cœur el des vaisseaux du cou, et de combattre l'état névropalbique général qui lui sert de base, en même temps que l'altération du sang lorsqu'elle existe. Parmi les moyens thérapeutiques, ceux sur lesquels on peut le plus compter sont les applications de glace sur la région du cou, l'administration à doses réfractées el croissantes de la digitale et de la véralrine, l'hydrothérapie, le séjour à la campagne, et, à une certaine époque de la maladie, les préparations ferrugineuses, et plus particulièrement le perchlorure de fer.

TUMEURS SOLIDES DE l/lNTÊRlEUR DE L'ORBITE. 151

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