TUMEURS SOLIDES DF. L'INTÉRIEUR DE L'ORBITE
l'on mit à nu une tumeur bleu noirâtre, séparée de la capsule de Tenon par du tissu adipeux sain ; il fui facile de la détacher et de l'extraire en entier sans liémorrhagie. La guérison se fil très bien, et les muscles de l'œil ayant été conservés, le moignon garda une mobilité suffisante : on put y appliquer dans la suite un œil artificiel. L'œil el la tumeur furent examinés immédiatement après l'opération par le docteur Junge: la rétine était atrophiée, plutôt, paraît-il, par suite de la pression de la tumeur sur le nerf optique que sur le globe lui-même. La tumeur avait une forme irrégulièrement ovoïde, mamelonnée à sa face antérieure; à sa face inférieure existait un sillon qui correspondait au nerf optique. Ses dimensions, après qu'elle eut perdu environ un tiers de son volume, par la sortie du sang qu'elle renfermait, étaient de 35 millimètres de long sur 22 à 26 de large.
Obs. 85. — Cysticerque fibro'ide développé dans l'orbite (1). — Une jeune fille de dix ans présente une lumeur qui s'est développée sans douleur, entre le plancher de l'orbite el le globe oculaire, lequel, bien que n'élant pas notablement refoulé en haut, se meut assez difficilement vers le bas. Observée pendant six semaines, cette tumeur a semblé prendre un accroissement assez rapide pour que l'extirpation en soit jugée nécessaire. Une incision fut donc pratiquée le long du bord inférieur de l'orbite, à travers la peau de la paupière, l'orbiculaire et le fascia, et la partie antérieure de la lumeur mise ainsi immédiatement à découvert. Le bulbe et le sac conjonclival ayant alors élé repoussés en haut, la tumeur fut facilement énucléée du tissu cellulaire, dans lequel elle s'était librement développée. Une guérison rapide, sans aucune altération du globe oculaire, et le rétablissement complet des mouvements de l'œil suivirent l'opération.
La tumeur, dont la présence ne s'était révélée que depuis trois mois, avait une longueur de 10 ligues et se terminait antérieurement par une surface hémisphérique de 6 lignes de diamètre, qui déplaçait en avant la paupière inférieure. En arrière, la forme en était conique, un peu aplatie cependant dans le sens vertical. En l'incisant, on constata qu'elle consistait en un tissu compacte, homogène, d'un éclat tendineux. A sa partie antérieure seulement, correspondante à la surface hémisphérique dont nous avons parlé, se trouvait un kyste dont le diamètre mesurait 3'" et qui contenait un liquide trouble, assez semblable à du pus et un cysticercus cellulosœ. Tout le reste de la tumeur élait constitué exclusivement par du tissu fibreux. Ainsi que l'établit l'examen qu'en fit M. Reckhinghausen, il s'agissait d'une capsule de cysticerque arrivé à un degré extraordinaire de développement.
Obs. 86(2). — Tumeur fibreuse cloisonnée {cystosarcômedeVirchow) très volumineuse de l'orbite droite. — Antoine V.,manouvrier, âgé del9ans, habitant le département de la Haute- Loire, se présente à ma clinique au milieu de novembre 1861, pour une lumeur énorme de la partie supérieure interne de l'orbite droite, existant depuis 10 ans, et chassant le globe oculaire en bas et en dehors. Tout ce que le malade peut dire sur l'origine de celte tumeur, c'est qu'elle a commencé il y a dix ans et qu'elle a augmenté lentement. Elle esl ovoïde, plus large à sa base, en haut el en dedans, plus pointue en bas et en dehors. Son sommet, formé par la cornée devenue opaque, distend fortement les paupières, surtout la supérieure, qui a au delà de trois fois son étendue normale. Près des commissures, notamment près de celle du côté interne, les paupières adhèrent à la production morbide, doni le quarl inférieur, autour de la cornée, est entouré et recouvert par la conjonctive devenue sarcomateuse. La tumeur, immobile dans sa partie inlra-orhilaire, est mobile de bas en haul, et même un peu d'un côlé à l'autre, dans sa partie inférieure. Son ensemble, à, partir des rebords orbilaires, a dans sa plus grande largeur, 5 1/2 cenlim.,dans sa plus grande longueur, 7 4/2 centim., el ressemble assez, par sa forme el ses dimensions, à la tumeur représentée dans mon Iconographie ophthalmologique, pi. 75, fig. 1, si ce n'est que la partie supérieure de la lumeur esl lisse, blanchâtre, tout à fait semblable à la sclérotique ; de sorle qu'au premieraspecl, on pouvait la prendre pour la coque ocu'aire, distendue outre mesure par une collection de liquide, espèce d'hydrophthalniie énorme. Toutefois, n'ayant jamais vu un œil hydroph- Ihalmique de ce volume, de celle forme et de celle consistance, je me prononce pour un
(!) Vos Graefe. Archiv fur Ophtbalm. 1864. B. X, Abth. 1, S. 205. (2) Sicdel. Annales d'Oculislique, 1865, t. LUI, p. 60.
KM TUMEURS 1NTRA-0RBITAIRES.
cancer encéphaloïde, développé primitivement dans la partie supérieure interne de l'orbite, et ayant chassé le globe en bas et en dehors. Telle était aussi l'opinion de M. Velpeau, qui, consulté par moi, diagnostiqua un tangos hématode de l'orbite; or, on sait que c'est sous ce nom que Wardrop, dont 31. Velpeau a adoplé la nomenclature, désigne le cancer encéphaloïde.
L'opération fut pratiquée le 21 novembre 1861, à ma clinique, en présence dos docteurs Jaunie, fils (de Montpellier), Lejeune et Wecker (de Paris), Saemisch (de W'iosbade), et de beaucoup d'autres médecins. Après que la commissure exlerne eut élé largement fendue avec un bistouri droit et étroit, la paupière inférieure fui disséquée avec un bistouri convexe, et la tumeur, traversée de dehors en dedans avec l'alêne de Schmucher, fut attaquée directement à sa partie inférieure avec le même bistouri; puis la dissection fut continuée dans la profondeur de l'orbite, et à grands traits, avec un scalpel boulonné, étroit, allongé el courbé sur le plat. La moitié inférieure de la tumeur d'abord el la moitié supérieure ensuite, furent disséquées el détachées de cette manière, puis le pédicule fut coupé au ras du trou optique, avec de forts ciseaux courbes introduits le long .du plancher de l'orbite. Pendant loute l'opération, j'eus soin de refouler la tumeur avec les doigts de la main gauche el de la tenir éloignée des parois orbitaires, au ras de laquelle agissait l'instrument tranchant, de manière à ne laisser absolument aucune partie molle adhérente à celle paroi. Dans de précédentes opérations semblables, je m'élais servi, pour éloigner de l'orbite les parties de la tumeur, d'une spatule courbe ; une cuillère, que j'ai employée plus lard en pareille occurrence, est encore meilleure.
Toul le contenu de l'orbite fut nettement enlevé, et l'exploration de cette cavité, depuissabase jusqu'à son extrême sommet, pratiquée à l'aided'undoiglparplusieursdes assistants el par moi, ne put plus faire découvrir aucune partie molle adhérente à ses parois. Des injections d'eau froide et finalemenl l'application, à l'aide d'un pinceau de charpie, d'une solution de perchlorure de fer sur le sommet de l'orbite, arrêtèrent l'hémorrhagie. La constitution du malade, son teint pâle, terreux et un peu jaunâtre, son pouls petit, faible, sa sensibilité el sa pusillanimité extrêmes m'avaient fait appréhender celle opération, et surtout l'emploi du chloroforme. Toutefois, l'anesthésie el l'ensemble de l'opération marchèrent très-régulièrement et sans aucun accident. Je ne fis cesser l'usage du chloroforme que lorsque le sang fut arrêté, et après que j'eus appliqué, a l'aide d'épingles, trois sutures, pour réunir la longue incision de la commissure externe et des téguments de la tempe. Le malade n'eut un peu de fièvre que le premier jour el le matin du lendemain. Dès le second jour, il prit du bouillon, le quatrième du potage, et le cinquième, une nourriture plus substantielle. L'orbite se remplit peu à peu de bourgeons charnus de bonne nature qui, le 10 décembre, jour de la sortie du malade, étaient déjà en grande partie en voie de cicatrisation. La suppuration, à cette époque, était modérée el la constitution notablement améliorée.
Examen de la tumeur. — La masse morbide enlevée, incisée dans son diamètre longitudinal, fut reconnue pour une tumeur fibreuse, partagée par des cloisons en plusieurs loges, dont la plus grande contenait un liquide séreux transparent, et les autres une matière gélatineuse d'un blanc jaunâtre et semi-transparente. Occupant la partie supérieure interne de l'orbite, celte tumeur, en chassant le globe en bas et en dehors, l'avait comprimé cl aplati d'arrière en avanl. La rétine élail décollée et poussée en avant par un liquide séreux, épanché entre elle et la choroïde. Le corps vitré était résorbé, le cristallin diminué de volume et en voie de résorption. Le globe lui-même n'offrait aucune dégénérescence. La coque oculaire, amincie, était d'ailleurs régulière el ne présentait pas la forme plus ou moins quadrangulaire ni les quatre sillons ou strictures qu'on voit d'ordinaire dans l'atrophie de l'œil, consécutive aux ophthalmies chroniques et à l'action des quatre muscles droits sur le globe de l'œil. Ici il ne s'agissait que de l'atrophie de cet organe, causée par sa compression el par la résorption d'une portion de ses parties constitutives. La tumeur, partagée en plusieurs segments, fut soumise à l'examen microscopique par MM. Ch. Robin, Saemisch et Wecker.
Noie micrographique de M. le professeur Charles Robin. — Le globe de l'œil n'a présenté que les altérations dues à la compression, mais aucun produit morbide. La tumeur, placée derrière le globe oculaire, est grisâtre, demi-transparente, rénilente, médiocrement vasculairc. Elle est formée par une trame de fibres lamineuses entre lesquelles se trouvent beaucoup de matière amorphe finement granuleuse cl de noyaux
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dits flbro- plastiques ou embryo-plastiques. Les parois du kyste sont fibreuses. Le liquide ne contient qu'un sérum, dans lequel se sont formés de petits caillots fibrineux.
Note micrographique de MM. Saemisch et Wecker, rédigée par ce dernier. — La tumeur présentait un tissu dense et offrait des plans qui, en partie, avaient évidemment formé les parois des cystes. L'examen microscopique nous montra que la tumeur était composée de tissu conjonctif dans ses différents étals de développement. En partie le tissu de la production morbide avait la dureté du cartilage, tellement il était dense, tandis que d'autres parties offraient la consistance d'une gélatine. On distinguait, dans une partie de la pièce, une masse de fibres-cellules de nouvelle date, assez serrées, cellules offrant des prolongements nombreux qui communiquaient les uns avec les autres. II nous fut impossible de bien reconnaître le no\au de ces cellules. D'autres parties montraient moins ces dernières; on y voyait une masse homogène striée (plis) : celte masse devenait de plus en plus flbrillaire, et on pouvait très bien y distinguer les faisceaux de larges fibrilles enroulées en boucle. Le tissu était entremêlé de fibres élastiques, et l'on y voyait des vaisseaux sanguins en quantité. Il ne nous fut pas possible d'apercevoir une couebe épilhéliale tapissant les parois des cystes. Le liquide qui nous fut remis contenait beaucoup de globules de sang; il était coagulable et d'une couleur rougeàlre.
L'examen de la partie de la tumeur qui nous a été remise nous permet de croire que nous avons eu affaire à un tissu conjonctif dans ses différents états de développement, comme M. VirchowTa si bien décrit dans ses Archives.