TUMEURS ANÉVRYSMOÏDES DE L'INTÉRIEUR DE L'ORBITE
suite, et la puhatilité qu'elles accusent à une certaine pression ; enfin par ce fait qu'elles se guérissent ou s'amendent au moins nolablement, par les moyens propres à y diminuer l'afflux du sang, moyens en tète desquels se trouve la ligature des carotides.
Ces tumeurs peuvent être : 1° des anévrysmes vrais de l'artère ophihalmique; 2° des anévrysmes faux ou arlérioso-veineux; 5° des anévrysmes par anastomose; i° des anévrysmes iraumaliques, suite de coups, de blessures de l'orbite ayant amené la lésion de l'artère ophihalmique seule ou de la veine en même temps (1) ; 5° des thromboses; 6° des phlébites des sinus caverneux, ayant donné lieu à la coagulation du sang dans un point fixe particulier et ainsi à i'obslacle au retour du sang, et dont l'observation de M. Hulke, citée ci-dessus, est l'exemple le plus convaincant (2).
Le traitement des tumeurs pulsatiles de l'orbite doit avoir pour objet, soit de coaguler les liquides épanchés dans ces tumeurs et y arrivant incessamment, soit de réduire la quantité de sang qui y afflue et la force avec laquelle il y circule, par la ligature de l'artère
(1) Nbiatok. Varice anévrysmale, entre la carotide et le sinus caverneux, suite de blessure. Mon par hémorrhagie (Amer. Journ. of Med. Science, 1864, July, p. 46).
(2) Voir : Tumeurs pulsatiles spontanées. Nonneley. Cas guéri par la ligature (ire Obs.), causé vraisemblablement par l'altération des veines (Med. Chir. Trans. Vol. XLIF, p. 165, ou Lancet, IS59, Avril 23, p. 415). — 1d. Cas spontané et soudain. Mort après l'opération. — A l'autopsie : parois de l'artère ophihalmique alhéromaleusrs et épaissies, ses branches dilatées et remplies de coagulum. Carotide interne, près de la selle turcique, également remplie et entourée par un coagulum. Les sinus n'ont pas été examinés (5e Obs.). — Id. Cas soudain, guéri par l'opération (4e Obs.), sous la dépendance d'une compression des nerfs de l'orbite par le sinus caverneux dilaté. — Id. Cas spontané, apparu brusquement sur une femme âgée de 47 ans, qui devra probablement subir l'opération (2e Obs.) (Med. chir. Soc. of London, 22 Nov. iS64). — Cas iraumaliques : Nuhheley. Cas guéri par la ligature de la carotide (ire Obs.). (Med. Ch. Tr.. etc.). — Poland. Ophth. Hosp. Rep. 1859-1860, Vol. II, p. 219. — Greig. Cas guéri par la ligature de la carotide (Edinb. Med. Journ. 1862, Nov., p. 446). — Mackeivzie. Le seul cas qu'il ait rencontré avait débuté à la suite d'un coup sur le sommet de la tête. La vue de l'œil du côté affecté était perdue ; pupille dilatée et immobile. La guérison fut obtenue par la ligature de la carotide primitive, pratiquée par le docteur W. Brown, au Glasgow Eve Infirmary. La maladie se montra alors de l'autre côié de la tête. La malade mourut plus tard à la suite d'un excès de boissons, et l'on n'eut pas l'occasion de faire l'autopsie. — Hart. Cas dans lequel la veine et l'artère avaient été blessés et communiquaient (anév. artérioso-veineux). Guérison par la ligature de la carotide primitive, après que la compression digitale avait échoué. Remarques sur l'électro-puncture, les injections, etc. Parallèle entre la compression permanente et la digitale, maintenue seulement pendant quelques minutes à la fois (Lancet, 1862, Mars 15, p. -.71).— Ndhheley. Fracture de la base du crâne; au bout de quelques jours, propulsion île l'œil et tous les autres signes caractéristiques; crainte devoir l'œil tomber en gangrène. Ligature de la carotide cinq semaines après l'accident. Guérison. (ire Obs.) (Med. chir. Soc. of Lond. Id.).
Actres faits ; Nokseley. Seconde série d'observations (Med. Times and Gaz. 1864, Dec. 5, p. 602;. — Ficke. Guérison spontanée d'un anévrysme par anastomose de l'orbite (?) (Dubl. Med. Press, 1859, Aug. 24, p. 118j. Il n'exi.-te certainement, dans celte maladie, aucun tissu éreclile comme dans le nœvus. La dénomination « par anastomose » n'y est donc pas applicable.— Desiarqiay. Gaz. hebd. 1859, n"s 59 et 40. et Canstalt's Jahrb. Vol. III, p. 241.— Analyse de dix-sept cas, dans : Schmid's Jahrbûcher, 1859, n° 4. — Ccrlikg. Med. Chir. Trans., Vol. XXXVII. — NVood. New-York Journ. of Medic. 1857, July. — Paget. Lectures, Vol. Il, p. 267. — Bowma*. Tumeur pulsative de l'orbite, ligature de la carotide primitive. Guérison (Med. Times and Gaz. 1860, Aug. 4, p. 107). — Sime. Tumeur pulsatile de l'orbite, ligature de la carotide primitive. Guérison. (Edinb. Med. Journ. 1861, p. 1065). — Masoh. Succès par la ligature (Opbt. Hosp. Rep. 1860-1861, Vol. III, p. 234).
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carotide primitive ou la compression digitale de celte même artère. Quelquefois la ligature de la carotide d'un côté n'a pas suffi et il a fallu faire la même opération du côté opposé (1). Dans un cas d'anévrysme traumalique, survenu à la suite d'une chute sur la tête, d'un lieu élevé, et qui s'accompagnait d'exophlhalmos et de paralysie de la 6e paire, M. Legouesl (2), après avoir eu recours sans succès à la compression, a réussi en pratiquant la ligalurede la carotide primitive et secondairement de la carotide externe. Lors même qu'on a obtenu la guérison, par la ligature de la carotide, de la tumeur intra-orbitaire, les veines situées derrière la paupière supérieure peuvent rester variqueuses et nécessiter un nouveau traitement. C'est ce qui est arrivé dans le cas de M. Brown.
La compression digitale de la carotide a admirablement réussi à M. Gioppi, dans un cas dont voici l'observation, et qu'il donne comme un cas d'anévrysme, bien que rien ne soit moins prouvé :
Obs. 89. — Anévrysme de Varlère ophthalmique guéri par la compression digitale (3). — Orzalis Maria, femme de 42 ans, d'une constitution grêle, à système musculaire peu développé, a la peau rugueuse, les yeux et les cheveux gris. Dans son enfance, elle avait été atteinte de rachitisme, et portait à droite une forte déviation des dernières verlèhres dorsales, avec compensation gauche des vertèbres lombaires et du bassin. Elle a été réglée à 16 ans et toujours physiologiquement depuis, et a joui constamment d'une bonne santé jusqu'à celte époque. — Elle n'a jamais souffert des yeux. Elle est devenue mère quatre fois; ses deux premiers fils sont morts peu de temps après leur naissance; le troisième enfant, une fille encore vivante, est atteinte d'ankylosc du genou gauche.
Le 16 juin 1856, les douleurs de l'enfantement commençaient à se faire sentir, lorsque, pendant l'une d'elles, elledit avoir subitement ressenti un bruissement inusité à l'œil gauche; elle s'aperçut qu'il était chassé de l'orbite, et repoussait les paupières en avant. La conjonctive palpébrale forma assez rapidement un chémosis séreux et entourant le globe de l'œil, recouvert supérieurement par la paupière, repoussé intérieurement audevant d'elle et atteignant une étendue de près de 2 centimètres à sa partie inférieure moyenne. La malade accusait alors de la tension plutôt que de la douleur, et percevait en outre, dans la cavité crânienne, une pulsation profonde et un bourdonnement. Le médecin appelé près d'elle indiqua qu'il fallait hâter l'accouchement, et prescrivit un collyre mucilagineux. Les onctions aux parties génitales, le seigle ergoté et la déchirure de la poche des eaux amenèrent promplement un accouchement normal.
Les suites en furent régulières, si ce n'est que la saillie de l'œil augmenta et que la vision diminua petit à petit, au point que, le cinquième jour, 21 juin, la malade s'aperçut que l'œil était entièrement perdu. Alors des piqûres furent pratiquées sur le bourrelet chémosique ; celle manœuvre, pendant quelques instants, réduisit la tension en diminuant la tuméfaction de la conjonctive; mais il se produisit si peu d'amélioration, que la malade, ne trouvant aucun résultat satisfaisant dans le traitement, se décida, 12 jours après, à entrer à la clinique oculislique. L'aspect qu'elle présentait était fort étrange et singulièrement repoussant. L'œil gauche est immobile et si proéminent, que la paupière supérieure, distendue sur la tumeur, est rendue entièrement immobile, et recouvre à peine un segment supérieur de la cornée. Tout effort volontaire de la malade pour mouvoir les paupières et le globe de l'œil est inutile, et les lois de la synergie sont sans effet. La tension de la paupière est telle, qu'il faut employer le doigt pour la soulever
(1) M. Vetpeau doit avoir pratiqué celte opération (Comm. verb. de M. Bjorken).
(2) Bull, de l'Acad. de méd. de Paris. Rapport de M. Gosselin (Séance du 18 Ocl. 186i).
(3) Gioppi. Giornale d'oflalmologia italiano, 1858, t. I, p. 138.