‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 178 sur 273 · HT. XXIV · texte numérisé non relu

HT. XXIV

fiques travaux qui devaient valoir à rophlhalmologie moderne la belle théorie de raugmentation de la pression inlra-oculaire, et l'application de l'iridectomie contre le glaucome et les effets désastreux des synéchies postérieures.

Plus récemment, M. Spérino (1) a tenté de donner une grande extension aux indications de la paracentèse et des évacuations répétées de l'humeur aqueuse dans les maladies de l'œil. Il les considère comme un puissant moyen anliphlogistique, propre à arrêter la formation de la cataracte spontanée, celle-ci étant toujours, selon lui, sous la dépendance d'une congestion interne, que la paracentèse modifie avantageusement : il la conseille dans les affections suivantes :

1° le glaucome chronique; 2° l'amaurose glaucomateuse ; 3° l'asthénopie; 4° l'héméralopie ; 5o les désordres dans la circulation de la rétine; 6° les décollements de la rétine; 7° les opacités daus le corps vitré; 8° l'irido-choroïdite ; 9° l'iritis; 10° Ihypopyon ; 11° les kératites ponctuées et interlamellaires; 12° les accidents inflammatoires consécutifs aux opérations et surtout à l'extraction de la cataracte; 13° les ulcères, ramollissements et pannus de la cornée; 14° la cataracte.

M. Sperino se sert d'un petit couteau à double tranchant, très légèrement recourbé sur le plat et offrant une saillie longitudinale sur chacune de ses faces, ce qui les rend un peu convexes dans le sens transversal et facilite la pénétration de l'instrument. La largeur en est de trois millimètres à peu près. Ce couteau est introduit dans la chambre antérieure, la face concave en avant, par un point choisi de la circonférence de la cornée, ou même en empiétant un peu sur la sclérotique, vers ses limites extrêmes, là où elle recouvre déjà la cornée. Le premier temps de l'opération n'est pas destiné à l'évacuation de l'humeur aqueuse; on en règle bien mieux la sortie avec un petit stylet boutonné, de métal ou de baleine : pour cela, on n'a qu'à presser légèrement en arrière, avec le stylet introduit à une profondeur plus ou moins grande dans la chambre antérieure à travers l'ouverture déjà faite. Le lieu d'élection pour la ponction est presque toujours la périphérie ou le bord sclérolical de la cornée, où elle ne laisse pas de traces; elle ne doit pas être trop petite, afin d'être facile à découvrir, et pour cela aussi être pratiquée, sauf indications contraires, à l'extrémité d'une ligne traversant horizontalement la cornée. Les évacuations répétées de l'humeur aqueuse par la même ouverture peuvent être pratiquées de deux manières : coup sur coup, dans une même séance, et suivies d'un repos de quelques jours; ou bien à des intervalles plus éloignés et pendant un temps très long.

(1) Connim. De la paracentèse de l'œil. (Ann. d'Ocul., 18G0, t. XLIV, p. 61.) — Sperino et Cil. Rkymom). Eludes cliniques sur l'évacuation répétée de l'humeur aqueuse dans les maladies de l'œil. Turin 1862.

On les fait par le moyen d'un slylel mousse introduit par la même ouverture, le malin et quelquefois aussi le soir, ou plusieurs fois dans la même journée ; une compresse d'eau glacée est ensuite appliquée sur l'œil et maintenue en place pendant plusieurs heures après chaque évacuation. Le système diététique ne doit pas être changé.

Les évacuations répétées de l'humeur aqueuse, et parlant le renouvellement de celle-ci, exercent, suivant M. Sperino, une action puissante sur la circulation, l'innervation et la nutrition de l'œil. En vidant la chambre antérieure, on diminue la pression interne; en répétant les évacuations, on provoque une sécrétion abondante de l'humeur aqueuse, et en les multipliant, on peut rendre, pour ainsi dire, presque continuelle cette augmentation de sécrétion. Comme premiers effets, dit l'auteur, on a la régularisation de la circulation, la diminution de la congestion ou de l'inflammation, quels qu'en soient la forme, le siège et l'intensité. La circulation, tout en devenant physiologique, acquiert l'activité qu'on observe dans la circulation de tous les organes à la suite de l'exercice prolongé de leurs fonctions.

Les effets physiologiques de la paracentèse de l'œil, qu'elle ait porté sur la cornée ou la sclérotique, ont été étudiés expérimentalement par Wedl (1). Il a montré que ces opérations, la ponction de la cornée spécialement, donnent naissance à la stase du sang dans les vaisseaux de l'iris et de la choroïde. Ce résultat semblerait à première vue déposer contre la valeur thérapeutique de la paracentèse de l'œil, mais, en réalité, il ne contre-indique pas plus l'emploi de ce moyen que la congestion de la conjonctive, occasionnée par son contact avec une goutte de solution de nitrate d'argent, ne dépose contre l'utilité de cet agent thérapeutique dans l'ophthalmie catarrhale.

5. Iriiectomie. — L'application de l'opération qui consiste à exciser une portion de Tiris, au traitement des maladies inflammatoires de l'œil est due au génie inventif du docteur de Graefe. Il y a été conduit par les bons effets qu'il en avait vu résulter dans tous les cas où il avait dû pratiquer une pupille artificielle pour des altérations dues à une inflammation interne, etspécialement à l'iritis à répétitions, à l'iritis chronique et à l'irido-choroïdite.

Pour faire cesser les symptômes du glaucome aigu, M. de Graefe avait ressuscité l'opération de la paracentèse de la cornée et, dans un cas dont il a publié l'observation (2), la guérison paraît avoir été complète et durable ; mais dans d'autres, ce moyen ne lui avait pas procuré les mêmes avantages. C'est alors que, tenant compte des bous effets qu'il avait retirés de l'excision d'une portion de l'iris dans les cas d'occlusion de la pupille, il résolut de recourir à l'irideclomie dans le glaucome aigu, et le succès vint couronner ses

i Rudiments of Palhological Ilislology, translalcd by Busk. London 18èia, p. 19. (2) Obs. 339, t. II, p. 619.

280 MALADIES 1KFLAMMAT01UES DU GLOBE DE l'oEIL.

efforts. Il constata, dès ses premières tentatives, que la douleur violente du glaucome aigu, lequel n'est vraisemblablement qu'une choroïdite aiguë avec épanchement dans l'humeur vitrée, douleur qui peut en une seule nuit amener la perte totale de la vision, et qu'aucun des moyens connus jusque-là ne pouvait apaiser, que celte douleur, disons-nous, cessait immédiatement après une iridectomie bien pratiquée. De plus, dans l'espace de quelques semaines, la vue se rétablissait parfaitement dans la plupart des cas où l'on avait eu recours à l'opération, dans la première quinzaine à dater de l'invasion du mal. Dans le glaucome chronique, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, les résultats ne furent pas aussi satisfaisants.

M. de Graefe a, dès lors, étendu les applications de l'iridectomie à une foule d'autres états morbides de l'œil, caractérisés par les signes d'une compression interne anormale des tuniques oculaires, et y a recours, non pas contre telle ou telle affection en particulier, mais dans tous les cas où il juge utile de diminuer la pression intra-oculaire, que celle-ci soil augmentée ou que, sans l'être, elle soit cependant un obstacle à la guérison de certaines affections qui exigent qu'elle descende momentanément au-dessous de son type normal. Voici les différentes maladies contre lesquelles M. de Graefe l'a conseillée (1) :

1° L'iritis chronique avec synéchies postérieures; 2° l'irido-choroïdite; 3° l'irido-choroïdite, occasionnée par un décollement de la rétine; 4° l'irido-choroïdite, dans la forme qui a reçu le nom d'iritis séreuse; 5° la scléro-choroïdite postérieure; 6° le glaucome; 7° les affections suppuratives de la cornée ; 8° le boursouflementducristallin, à la suite d'une opération à l'aiguille ou de blessures; 9° le staphylôme partiel de la cornée; 10° les fistules de la cornée; 11° le staphylôme de l'iris; 12° le kératocône ou cornée conique.

L'opération consiste à introduire dans la chambre antérieure un couteau lancéolaire coudé, à travers une incision, d'un sixième à un quart de pouce, pratiquée dans la sclérotique ou dans la cornée; puis à retirer lentement l'intrument, pour que l'humeur aqueuse ne Réchappe pas trop rapidement. L'iris vient alors faire hernie, ou bien est amené au dehors au moyen soit de pinces à iris, soit d'un petit epochet, dans toute l'étendue de l'incision, et excisé avec des ■ciseaux, le plus près possible de ses attaches ciliaires. On conseille, en général, de faire pénétrer l'instrument dans l'œil à travers une incision de la sclérotique, faite à une demi-ligne du bord de la cornée; de cette façon, l'excision de l'iris peut être le plus excentrique possible. M. Arît (2) est d'un avis opposé, parce qu'il a remarqué

(1) RiiEnvnonF. De l'irideclomie , considérée comme moyen thérapeutique de certaines affections oculaires. (Bull. méd. du Nord de la France. Lille 18G3.)

(2) Annales d'Oculistique, 1861, t. XLVI, p. 257.

que les plaies de la sclérotique se guérissent mal : il l'ait son incision au bord visuel de la cornée, en donnant à son couteau une direction perpendiculaire au plan de celle-ci, et ne change cette direction qu'après être entré dans la chambre antérieure. Un autre point trèsimportant, pour l'iridectomie qui doit diminuer la pression inlraoculaire, c'est de couper l'iris jusqu'à sa périphérie; en n'observant pas cette règle, l'opération n'a pas de succès. Si on laisse une portion de la périphérie de l'iris, de telle façon que la pupille pratiquée ait la forme a (fig. 38), il est à peu près certain que le but de l'opération n'est pas obtenu ; il en est de même dans les cas où la pupille a la forme représentée en b, c'est-àdire quand l'iris a été coupé jus- (Fls- 58) qu'à la périphérie, mais que, la perte de substance ayant la forme d'un angle très aigu, les bords de cet angle sont en même temps entraînés dans la plaie cornéenne. Les succès complets ne sont obtenus qu'après une excision indienne, semblable à celle représentée en c. Il s'ensuit que le succès de l'opération, c'est-à-dire une diminution durable de la pression intra-oculaire, dépend autant de la manière dont on coupe l'iris que de la quantité qu'on en excise; il faut que la section comprenne au moins 2mm de la périphérie de cette membrane. Pour en arriver là, il est nécessaire que la partie externe de la plaie cornéenne ail de 6 à 8mm, tandis que la partie interne en a de 3 à 4.

M. Bowman fait l'incision suivant deux méthodes, selon la dimension de la chambre antérieure. Quand il y a place, il emploie le couteau lancéolaire coudé; quand il y en a peu, il se sert d'un couteau à extraction étroit, dont il fait pénétrer la pointe au point choisi, pour la faire sortir par contre-ponction, comme dans l'extraction ordinaire, afin d'éviter l'ouverture pupillaire et le cristallin : l'instrument dans les deux cas traverse le point de jonction de la cornée avec la sclérotique, coupant un peu du tissu de la cornée, juste au-devant des piliers de l'iris.

Lorsque l'on retire l'instrument, l'humeur aqueuse s'échappe, et pour que cet écoulement ait lieu graduellement, il est bon de maintenir la pointe de l'instrument dirigée plutôt vers la cornée que vers le cristallin; l'iris reste dans la chambre antérieure ou vient faire hernie au dehors. Si le premier cas se présente, on introduit doucement, et fermée, la petite pince courbe, et l'on saisit l'iris vers la partie moyenne de l'incision, dans un point intermédiaire à son bord pupillaire et à son point d'attache. L'iris amené au dehors est divisé, avec de petits ciseaux, de son bord pupillaire vers sa circonférence, d'un côté de la pince ; celle-ci le tend légèrement pour faciliter sa section complète. On sépare alors de ses attaches ciliaires la por-

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tion tenue par la pince jusque vers l'un des angles de l'incision; on le tiraille même pour le détacher un peu plus loin que cet angle, et alors les ciseaux le coupent à ras. L'extrémité coupée rentre à l'intérieur de l'œil. On saisit alors la seconde moitié de la portion d'iris herniée et l'on se comporte avec elle comme avec la première. Il ne faut laisser aucune portion d'iris dans la plaie, parce qu'elle empêcherait la réunion et provoquerait de l'irritation. Si l'iris sort spontanément (il vient souvent faire saillie, poussé par l'humeur aqueuse de la chambre postérieure), la pince n'a qu'à le saisir (1).

On comprend que, pour assurer l'exécution scrupuleuse de cette manœuvre délicate, rien ne doit être négligé des moyens propres à assurer l'immobilité du malade et de l'organe sur lequel on opère. L'emploi du chloroforme, du blépharostat et de la pince fixatrice est ici particulièrement indiqué.

L'excision, au point de vue de la détente qu'on en attend, peut se faire indifféremment à n'importe quelle partie du limbe de l'iris; c'est au côté externe que l'opération est le plus facile, mais il vaut mieux la faire à la partie supérieure; d'une part, pour que la difformité soit dissimulée par la paupière qui retombe au-devant d'elle; de l'autre, pour éviter, par le même moyen, l'abord d'une trop grande quantité de lumière, à travers une ouverture démesurément agrandie. Pour que cette petite opération puisse être accomplie en pleine conformité des préceptes que nous venons de tracer, il est essentiel d'obtenir, par la chloroformisation, une immobilité parfaite du sujet.

On a proposé, pour remplacer l'irideclomie ou y suppléer au besoin, diverses opérations, sur le mérite desquelles l'expérience ne s'est pas encore prononcée. M. Hancock décrit ainsi celle qu'il a imaginée à cet effet (2) : un couteau à cataracte est introduit à la partie inférieure et externe de la cornée, à l'union de cette membrane avec la sclérotique; la pointe du couteau est poussée obliquement, d'avant en arrière et de haut en bas, jusqu'à ce que les fibres de la sclérotique soient divisées obliquement dans une étendue d'environ un huitième de pouce : on divise ainsi le muscle ciliaire et le sang s'écoule le long delà lame du couteau. M. Nunneley conseille une incision, longue d'environ un tiers de pouce, portant moitié sur la sclérotique, moitié sur la cornée, à l'aide de laquelle on évacue l'humeur aqueuse en même temps qu'on relâche les tuniques oculaires trop tendues (3). Nous doutons qu'on le suive dans cette voie.

4. Térébenthine. — Elle possède des propriétés très énergiques pour arrêter les inflammations de l'œil, surtout celle des tissus

(1) Brilish Med. Journ. 1862, Oct. 11, cl Ann. d'OcuI. 1863, t. XLIX, p. 36.

(2) The Lancet, 1860, feb. 25.— On Ihc Division of the Ciliary Muscle on Glaucoma. (Ophth. Hosp. Hep. 1860-1861, Vol. III, p. 13.)

(3) Lancet, 1861, Janv. 19 et 26, pp. 5j, 821. '

internes, et pour provoquer l'absorption des produits morbides. Elle est surtout utile dans l'iritis, l'aquo-capsulile'et la kératite. La meilleure manière de l'administrer, c'est de la mélanger avec l'huile de foie de morue, dans la proportion de 3 gros d'essence de térébenthine sur 5 onces d'huile de foie de morue, à prendre trois fois par jour une demi-once de cette mixture.

5. Anodins. — Indépendamment de la morphine pure, qui a donné de bons résultats à M. Laurence (1), on a conseillé, et nous avons, pour notre part, employé avec le plus grand succès deux autres modes d'administration de ce sel : dans l'un, la morphine est associée à la teinture d'iode, dans la proportion de 4- grains d'hydrochlorale ou de sulfate de morphine pour un gros de teinture, et appliquée en badigeonnage sur les parties douloureuses; dans l'autre, la solution de ces mêmes sels est introduite par les injections sous-cutanées, au moyen de la seringue de Pravaz ou de l'aiguille-seringue de Fergusson. M. de Graefe a beaucoup recommandé ces injections hypodermiques (2) que l'on proportionne de façon à introduire de l/10e à 1/2 grain chaque fois, et qui trouvent leurs indications, de même que les applications de teinture d'iode morphinée, dans les cas de blessures de l'œil et après les opérations sur les yeux qui sont suivies de symptômes douloureux; dans les névralgies ciliaires qui accompagnent l'iritis, la choroïdite glaucomateuse et certaines formes de kératite ; dans certaines affections névralgiques des paupières et diverses formes de blépharospasme, et enfin dans la mydriase spontanée. Ces injections sont faites à la tempe ou en regard des rameaux nerveux où siège la douleur. La teinture d'iode morphinée est appliquée deux fois par jour : elle réussit admirablement bien dans une foule de cas où il s'agit de combattre le symptôme douleur, surtout dans les iritis aiguës ou chroniques.

6. Mydriatiques. — L'atropine, dans l'inflammation de l'œil et surtout dans l'iritis, exerce une action sédative sur les nerfs sensilifs, en même temps qu'elle joue le rôle de mydriatique par rapport aux nerfs moteurs. La compression extrême exercée par les muscles internes de l'œil gêne le retour du sang et augmente la douleur qui accompagne l'ophthalmie interne. Pour que l'atropine fasse cesser cet état, il faut qu'il en soit fait un usage si fréquent qu'il paralyse la pupille et le muscle ciliaire; M. de Graefe conseille, dans ce but, une goutte de la solution de sulfate neutre d'atropine toutes les cinq minutes, jusqu'à effet (3). Il est bon de se prémunir, dans ce cas, contre l'éventualité des symptômes d'intoxication : il faut recommander aux malades de pencher la figure fortement en avant pendant

(1) Med. Times and Gaz. 1861, Jan. 26, p. 83, et Brit. Med. Journ. 186i, July9, p. SÔ8.

(2) Arch. fur Ophth. 1863, B. IX, Abth. 2, S. 62.

(3) Arch. fur Ophthalm. 1856, B. Il, Abth. 2, S. 207.

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toute la durée de l'instillation, de se moucher et de se gargariser fréquemment, ainsi que de poser un doigt contre l'angle interne de l'œil, de manière que le point lacrymal soit tiré en bas. Cependant, ces précautions n'étant pas toujours applicables, soit que le malade soit couché sur le dos, soit qu'il s'agisse d'enfants maladroits, M. Liebreich (1) a fait faire de petites pinces en forme de serres-fines, pour empêcher le liquide contenu dans le lac lacrymal de passer dans la gorge : on s'en sert en soulevant de la main un pli de la paupière parallèle à son bord, de manière à produire un ectropion. L'éversion du point lacrymal est augmentée par une courbure des branches de l'instrument (fig. 59). Une application à la paupière inférieure suffit en général, parce que le point lacrymal supérieur n'est pas d'une grande importance pour l'absorption des larmes. Quand rien ne s'y oppose, ni impéritie du malade, ni gonflement ou endolorissement des parties, on peut se passer de tout instruis -o9.) ment else borner, comme le conseille M. Wecker (2), à faire appliquer fermement, pendant quelque temps et après chaque instillation, le doigt indicateur contre le ligament palpébral interne. Il y a diverses manières d'employer la belladone et l'atropine : on délaye, par exemple, l'extrait dans la glycérine ou on l'incorpore à la dose de dix grains par gros dans l'onguent mercuriel, dont on fait des frictions sur le sourcil et la tempe. M. Strealfeild a imaginé un moyen élégant, économique et avantageux de l'employer : il imprègne du papier léger d'une solution d'atropine, dosée de façon à ce qu'un morceau de ce papier, d'un cinquième de pouce carré environ, en contienne la valeur d'une goutte de la solution ordinaire : ce petit carré de papier, introduit entre les paupières, où on le laisse un quart d'heure pour l'en retirer ensuite, n'occasionne guère plus d'irritation qu'une goutte de la solution, et dilate plus fortement la pupille (5). M. Hart a fait mieux encore, en incorporant le médicament dans de petits disques de gélatine, dont chacun en contient une quantité bien déterminée et qui, introduits entre les paupières, s'y dissolvent, sans y donner lieu à aucune irritation (4).

M. Joberl(deLamballe) remplace, depuis quelque temps, dans sa pratique, l'atropine par la daturine.. qu'il dit avoir reconnue plus active, moins irritante, plus constante et plus persistante dans son action. 7. Myotiqncs. — (V. p. cxxvm). Le Calabar, qui en est le type

(!) Klin. MonateblftUer, 1864, S. 441.

(•2) Annales d'Ocuiistique, 186;>, t. Ll. V. p. 109 (noie).

(5) Ophlli. Hosp. Répons, 1862, Vol. III, p. 510.

i '.j MM. Savon et Moore, de Londres, oui admirablement mis à exécution l'idée de M. Hart. Rien de plu- pratique que leurs disques, contenant de 1/1000° à 1 /20000e de grnin d'atropine, et empilés dans de petits flacons, d'où on les extrait au moyen d'un pinceau légèrement mouillé. (Ilril. et Poreign Mcd. Cliir. ReView, lSlii-, Jan. 1, p. 281.)

le plus parfait, s'emploie en extrait dissous dans la glycérine ou incorporé dans les disques de gélatine à la façon de l'atropine (1).

8. Réfrigérants. ÊmoUients. — Les applications froides sont des plus utiles dans les inflammations de l'œil, mais c'est à la condition qu'elles soient faites suivant un mode convenable. M. Esmarch (2) recommande de couvrir l'œil d'un gâteau de charpie, qu'on recouvre à son tour d'un sac de caoutchouc, rempli de petits morceaux de glace, qu'on fixe autour de la tête au moyen d'un ruban de fil, passé à travers les anneaux de caoutchouc dont le sac est muni. Dans les inflammations des parties externes de l'œil, des paupières, delà conjonctive, de la cornée et même de l'iris, le froid est souvent beaucoup plus efficace que les saiguées répétées, qui, d'ailleurs, ne sont pas toujours applicables, mais il faut convenir qu'il est d'un emploi souvent fort difficile et parfois dangereux, et qu'on ne saurait être assez circonspect dans son application.

Les douches oculaires d'eau froide ou d'eau pulvérisée, au moyen de l'un ou de l'autre des innombrables appareils imaginés à cet effet, sont parfois fort utiles , mais leur usage exige aussi certaine mesure : on ne doit pas oublier que la première action, rafraîchissante, est suivie, si l'on n'y prend garde, d'une réaction qui trouve aussi ses indications, mais qui va tout à l'enconlre de la première. C'est donc une arme à deux tranchants qu'il faut savoir bien manier (3).

Veau chaude a reçu récemment des applications importantes en ophlhalmologie : on l'a recommandée contre les infiltrations aslhéniques'et les abcès torpides de la cornée, la kératite diffuse ou parenchymaleuse, les ulcères atoniques et les lésions traUmatiques de la cornée, avec tendance à la nécrose du tissu cornéen. L'eau doit être maintenue à la température de 40° à 45° centigrades et appliquée au moyen de compresses de quatre à six doubles, qu'on peut laisser en place pendant quatre à cinq minutes sans qu'elles se refroidissent : on les maintient appliquées de trois à douze heures par jour, selon les différents cas, et on laisse le malade se reposer toutes les deux ou trois heures, pendant un quart d'heure ou une demi-heure (4).

9. Détersifs. Astringents. Stimulants. Escharotiques. — La plupart de ces agents peuvent être et sont fréquemment associés aujourd'hui, sous diverses formes, à la glycérine, pour le traitement des

(1) Warlomost. Annales (TOculislique, 1863, 1. L, p. llbis.

(2) Sur lemploi du froid en chirurgie. (Trad. par Montgommery. .Vu Sydenliam Sociely's publications, Vol. XI, p. 521, 1861.)

(3) Riecx. De la douche oculaire en oplithalmiàtrie. (Journal de médecine de Lyon, 1865, pp. 234, 409.)

(4) Wecker. De l'eau chaude en compresses, elc. (Bull, de Ihérap., 50 mars 1862, et Annales d'Oculistique, 1862, t. XLVII, p. 280.) — De Graefe. ld. (Archiv fin- Ophlh. 1860, B. VI, Ablh. 1, S. 135.) - Cartcr. Ophlh. Review, 186o, p. 126.

maladies de l'œil. L;i glycérine de Priée ou de Wilson, qui s'obtient en soumettant les corps gras à l'action de la vapeur d'eau surchauffée à 500° environ, est celle qui jouit du plus de faveur parmi les glycérines anglaises. Elle peut s'employer pure dans le xérosis, où la conjonctive culisée demande à être incessamment lubrifiée, et dans quelques conjonctivites légères. D'autre part, on peut y associer divers agents médicamenteux et s'en servir sous forme de collyre : le borax, le sulfate de zinc, le sulfate de cuivre, la teinture d'iode, le perchlorurede fer, le tannin, le calomel, le laudanum se prêtent merveilleusement à cette association. Le nitrate d'argent seul est incompatible avec la glycérine, qui le précipite en chlorure. Pour les sels qui, comme le calomel, par exemple, ne s'y dissolvent pas, on donne à la glycérine la forme de glycérat en y ajoutant une autre substance, telle que l'amidon, qui en forme alors une substance onctueuse propre à servir d'excipient pour les onguents et les pommades ophthalmiques (1). C'est à M. Foucher que l'on doit surtout l'extension donnée à l'emploi de la glycérine en ophlhalmologie (2). En général, les pommades au glycérolé d'amidon sont mieux supportées que d'autres, quand il y a tendance au boursouflement de la conjonctive ou quand il existe des granulations; enfin, la glycérine solidifiée est le meilleur excipient de l'atropine el en facilite singulièrement l'emploi.

M. Mackenzie a obtenu de bons résultats d'une pommade préparée en ajoutant à l'onguent blanc commun du sous-nitrate de mercure. Cinq grains de ce sel sur une once d'onguent blanc font une pommade citrine, d'une belle couleur jaune et aussi active que l'onguent citrin dilué (3).

Le bioxyde de mercure hydraté ou précipité jaune, qui s'obtient,

(1) Debout. Du glycérolé d'amidon comme excipient des pommades ophlhalmiques. (Bull, de lliérap 1862, p. 10, et Ann. d'Ocul. 1865, t. XLIX, p. 62.)— Demarquay. De la glycérine cl de ses applications à la médecine cl à la chirurgie. Paris, Assclin, 1865.

(2) Annales d'Oculislique, 1865, t. XLIX, p. 77.

(3) Pour préparer du sous-nitrate d'oxyde rouge de mercure, ajoutez à une certaine quantité d'acide nitrique du commerce un égal volume d'eau ; versez ce mélange dans une capsule de verre, que vous chauffez, et ajoutez-y du mercure par petites quantités, aussi longtemps que se produisent les vapeurs rouges nitreuses. Quand elles cessent de se dégager, portez la solution à une température voisine de l'éhullition et ajoutez une petite quantité d'acide nitrique, qui assurera la transformation de tout le mercure en nitrate d'oxyde rouge; il reste alors un léger excès d'acide. Après avoir obtenu ainsi une solution de nitrate d'oxyde rouge, évaporez-la à une chaleur modérée, pour en chasser autant que possible l'acide nitrique en excès, en ayant bien soin d'arrêter l'évaporalion, chaque fois que la solution montre de la tendance à déposer des flocons jaunes. Ajoutez la solution ainsi obtenue à vingt ou trente fois son volume d'eau chaude; il se dépose alors une belle poudre jaune, qui est du sous-nitrate d'oxyde rouge. Il faut ajouter la solution à l'eau el non pas l'eau à la solution, séparer le sous-nitrate par décantation el le laver sur le filtre ; réunir les liquides décantés et filtrés, el y ajouter graduellement une faible solution de soude ou de potasse caustique, en ayant soin de ne pas en ajouter assez pour précipiter tout le mercure, car alors il y aurait de l'hydrate d'oxyde rouge môle au sous-nitrate. En ajoutant graduellement la solution de potasse ou de soude, on obtient un nouveau précipité de sous-nitrate d'oxyde rouge, qu'on lavera et qu'on séchera comme précédemment. (Mackenzie. On the diseascs of Ihe Kxcrrtine Pari of the Lacrymal Organs, p, 93, Londou, 1819).

dans un grand étal de ténuité, en précipitant une solution de bichlorure de mercure par la potasse, jouit d'une faveur méritée, à l'état de pommade (de un à quatre grammes par once d'excipient, de préférence de cold-cream) : dans la conjonctivite pustuleuse, les pustules qui se développent sur le bord de la cornée et sur la cornée ellemême, l'infiltration superficielle de la cornée avec vascularisation (patinas sera fulèux) et lesinfiltrationschroniquesdela cornée à la suite d'abcès et d'ulcérations de cette membrane. On introduit, gros comme une tête d'épingle de cette pommade, à l'aide d'un pinceau ou d'une curette, dans le sac conjonctival, d'où on l'enlève avec soin de peur qu'il agisse comme caustique, après l'y avoir luissé séjourner de deux à trois minutes. Dans la conjonctivite pustuleuse ou ophthalmie phlycténulaire, il n'est pas de remède plus efficace : il semble en être le spécifique au même titrequele nitrate d'argent est celui de l'ophthalmie purulente (1).

Le sulfate de cuivre à bautes doses (de une à deux et jusqu'à trois parties sur huit de glycérine) jouit d'une incontestable efficacité : dans les pannus charnus les plus épais, accompagnés de granulations volumineuses, les blépharo-conjonctivites chroniques des enfants scrofuleux, et les kératites vasculaires interstitielles. On peut encore, sans craindre de réactions fâcheuses, appliquer sur les conjonctives hypertrophiées et jusque sur les cornées vascularisées, une forte couche de sulfate de cuivre finement porphyrisée (2).

Le baume du Pérou a été ajouté, avec beaucoup de succès, par M. Van Roosbroeck, à la pommade au précipité rouge (de 4 à 12 gouttes par gros). Il prescrit cette pommade dans les ulcères larges et profonds de la cornée, qui accompagnent souvent l'ophthalmie purulente, sans préjudice du nitrate d'argent, et en relire les plus grands avantages : on en introduit, deux fois par jour, gros comme la moitié d'un pois entre les paupières; l'application en est douloureuse, mais les effets en sont parfois surpienants. Ils sont encore excellents dans les cas d'ulcères atoniques de la cornée, qui demandent a être vivement excités.

M. de Graefe a récemment préconisé Veau de chlore : 1° dans le catarrhe conjonclival contagieux, si l'irritation n'est pas trop forte et si l'œil n'est pas menacé de kératite : on en instille alors une ou deux fois par jour, ou bien on l'applique, avec un pinceau, sur la muqueuse des paupières renversées; 2° dans la conjonctivite granulaire, particulièrement comme moyen de transition entre divers autres topiques; 3° dans les granulations anciennes, avec rétraction

(i) Weckeb. Bulletin de Ihérap. 1862, t. LXII, et Ann. d'Ocul.1863, t. XLIX,p. 54. — Pagehstecher. Ojihth. Review, 1865, p. 115.

(2) Waf.lomom. Du sulfate de cuivre ù hautes doses dans le traitement des ophlhalmies externes. (Klin. Monalsb. 1863, B. I, S. 490, et Ann. d"Oeul. 18G3, t. XLIX, p. 236.)

288 MALADIES INFLAMMATOIRES DU f.l.OBE DE l/OEIL.

partielle de la muqueuse el pannus rebelle; 4° dans les infiltrations ulcérées de la conjonctive bulbaire; 5° dans les infiltrations purulentes torpides de la cornée (l).

Le c«/ome/,en insufflations dans l'œil, a vu ses applications s'étendre dans ces derniers temps. MM. Ruele, Arlt, de Graefe et Giraud- Teulon le conseillent : l°dans les différentes formes de l'ophlhalmie dite scrofuleuse, quand il n'y a ni ulcères de la cornée, ni photophobie ou larmoiement considérables; 2° dans le pannus consécutif à la cornéite phlycténulaire; 3° dans les diverses formes d'opacité de la cornée. Il importe beaucoup que le calomel soit finement porphyrisé et parfaitement sec (2).

10. — M. J. Z. Laurence recommande de procéder comme suit dans l'application de la solution de nitrate d'argent : renverser en dehors l'une et l'autre paupière, puis les rapprocher de telle façon que toute la conjonctive palpébrale se trouve en vue, tandis que la conjonctive oculaire et la cornée sont couvertes; appliquer alors hardiment, à l'aide d'un pinceau en poils de chameau, la solution de nitrate d'argent sur toute la conjonctive palpébrale, lui laissant exercer son action pendant quelques secondes, jusqu'à ce qu'elle y produise une teinte blanchâtre, puis enlever, avec un pinceau trempé dans l'eau, le surplus de la solution. Ce n'est que lorsque la conjonctive oculaire est également enflammée que M. Laurence recourt à l'ancienne méthode d'instillations (3). Sa pratique est bonne, à la condition surtout d'abaisser assez la paupière supérieure, retournée, sur l'inférieure, pour que le pinceau puisse atteindre, sans offenser la cornée, la surface rétro-tarsienne : les lavages à l'eau salée enlèvent aussi, mieux que ceux à l'eau simple, l'excès du sel argenlique.

11. M. Macmillan se loue de l'usage du chlorure de zinc, à la dose de 5 grains, triturés dans une demi-once de glycérine, dans l'ophthalmie des nouveau-nés; il applique ce mélange trois fois par jour, au moyen d'un pinceau en poils de chameau : en même temps, il conseille l'usage des ablutions chaudes et l'application delà glycérine pure sur le bord libre des paupières, pour en empêcher l'agglutination (4).

SECTION III

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