‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 184 sur 273 · IR.ITIS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

IR.ITIS EN GÉNÉRAL

pas aussi nettement qu'il y a deux jours. A l'éclairage oblique, la pupille artificielle n'est

pas claire; car, bien que l'iris eût paru excisé eu totalité, on reconnaît que le pigment de l'uvée a été laissé derrière. L'œil gauche, encore assez injecté, mais sans douleur, compte les doigts à quatre pieds, voit les aiguilles d'une montre, mais ne peut dire l'heure. Dans les deux yeux, l'iris a repris sa position naturelle el ne fait plus saillie en avant, excepté là où il adhère à la cornée. L'éclairage oblique fait voir que la pupille artificielle gauche est presque complètement occupée par une vieille fausse membrane; la seule partie claire esl en haut et en dedans. — M. Bowman se décide, pour l'œil droit, à essayer d'enlever une portion de l'uvée qui recouvre la capsule cristalline. Ayant fait à la partie supérieure et externe de la circonférence de la cornée une petite incision, il introduit une spatule avec laquelle il essaye de gratter doucement l'uvée. Celle manœuvre ne réussissant pas, il agrandit l'incision et fait une irideclomie en haut. — L'œil droit voit l'heure à une montre el les lettres numéro 16. L'éclairage oblique démontre que la pupille laite eu haut est claire. Le bord pupillaire reste adhérent au cristallin ; la fausse membrane et l'uvée continuent d'obstruer la pupille originelle aussi bien que celle faite d'abord en bas. En regardant sous le bord externe de cette pupille, on aperçoit, par l'éclairage oblique, qu'il existe un espace considérable entre l'iris el le pigment de l'uvée ; les deux se séparent au niveau de la circonférence de la pupille naturelle, l'uvée appliquée sur la surface du cristallin jusque près de sa circonférence, landisque le véritable tissu de l'iris est situé beaucoup au-devant. — 5 mars. La vision est exlraordinairement améliorée, car le sujet lit couramment le numéro 6 et reconnaît des lettres du numéro 4. La tension du globe est redevenue normale. — 3 mars. M. Bowman pratique à l'œil gauche une nouvelle irideclomie au côté interne. — 8 mars. L'éclairage oblique fail voir que la nouvelle pupille, qui paraissait claire, est occupée par une masse rougeâlre sang et lymphe). La vision n'est pas améliorée. — 12 mars. Nouvelle irideclomie en dehors, pour élargir la pupille déjà formée. —15 mars. La pupille n'est pas claire, l'uvée esl restée sur le cristallin ; il existe en dehors un petit bord clair à la pupille. Le sujet peut compter les doigts avec cet œil à la dislance de 5 pieds 4/2. M. Bowman pratique alors une incision au côté supérieur el interne de la circonférence de la cornée, introduit un crochet courbe en aluminium, le pousse vers la petite porlion marginale claire de la pupille artificielle, perce. la couche pigmenlaire de sa circonférence vers le centre de la pupille, et excise une nouvelle petite porlion de l'iris. — 22 mars. L'éclairage oblique montre qu'une grande portion de la pupille est claire; le cristallin ne paraît point avoir souffert. Le sujet lit couramment le numéro 20 et compte les doigts à 9 pieds de distance. De ce côté, près de la moitié de l'iris a été enlevée. L'œil gauche lil des mots du n° 16, le droit du n" 2.

Maintenant que la vue est rétablie aux deux yeux, le malade est affeclé de diplopie, par suite du strabisme divergent dont nous avons déjà parlé. Depuis que l'œil droit s'est h exiraordinairemeni amélioré, le sujet s'en est servi, et c'est l'œil gauche qui maintenant diverge de 2 1.2 lignes. M. Bowman divise le droit externe de chaque côté par le procédé sous-conjonclival. — 2 gnrz7.II n'y a pas de diplopie lorsque le sujet regarde devant lui jusqu'à une distance de 8 pieds. Au delà, l'œil gauche se tourne un peu en dedans el il y a une légère diplopie. — 5 avril. Le sujet quille l'hôpital ; il n'est que peu gêné par la diplopie, qui ne survient qu'alors qu'il regarde très-loin. La tension des deux yeux est normale. Le champ visuel de l'œil droit esl normal, celui du gauche est un peu rétréci en haut. L'œil droit lit couramment le n° 4 et peut lire le n° 2. L'œil gauche lit le n° 12 — iSjuin. L'opéré écrit lui-même que la vue de ses deux yeux s'est encore améliorée.

Obs. 173.(1). — En mars 1863, on m'amena, de la commune des Moulins-lez-Lille, une jeune fille âgée de 11 ans. On vient me consulter pour une prétendue tache de l'œil droit. Celle tache n'est autre chose qu'une fausse membrane blanche, obstruant toute la pupille, dont le bord libre adhère à la capsule du cristallin . L'iris, donl la coloration élail légèrement altérée, élail poussé en avant au niveau de sa grande circonférence, ce qui formait constraste avec la pupille attirée en arrière contre le cristallin. L'œil élait plutôt dur que mou. L'enfant n'en voyait absolument rien; elle ne put reconnaître à

(1) Testeli*. Inédile.

quatre pieds de dislance la flamme d'une lampe Carcel. Je ne pus lui faire comprendre l'épreuve des pliosphènes. Je portai un pronostic d'autant plus fâcheux que la mère me dit que cette tache existait depuis plus d'un an, et avait succédé à une forte inflammation. Je prescrivis des instillations répétées d'atropine, prévenant que si, après un certain temps, l'enfant ne parvenait pas à distinguer la lumière d'avec l'obscurité, l'œil était perdu sans retour. 48 heures après, la mère me ramène l'enfant; elle distingue parfaitement la flamme delà lampe à toute dislance et l'ombre des gros objets. L'éclairage oblique permet de constater qu'il s'est produit une extrêmement petite déchirure dans la fausse membrane. Je fais continuer les instillations d'atropineun temps suffisant pour m'assurer qu'on ne peut en espérer une amélioration plus considérable et je finis par proposer l'irideclomie, qui est acceptée. La malade chloroformée, je pratique l'opération suivant le mode ordinaire. Le tissu de l'iris, sans être complètement désorganisé, se déchire néanmoins facilement, de sorte que la brèche obtenue n'est pas aussi grande que je l'aurais désiré.— Occlusion des yeux pour tout traitement. — 48 heures après, il n'y a pas d'inflammation, l'opérée dislingue de son œil tous les objets environnants ; elle lit les gros caractères. Huit jours après, elle lit le n° 5 de Jaeger. Cependant la pupille artificielle n'est pas claire et noire; elle semble occupée par une fausse membrane jaunâtre qui aurait doublé l'iris ; celui-ci reprend déjà sa coloration normale.

J'avais toujours craint que celte pupille ne se refermât, et j'avais demandé qu'on me ramenât mon opérée de temps à autre pour la surveiller ; ce que l'on fil pendant un certain temps, puis on ne me la ramena plus. Enfin, elle reparut trois mois et demi après l'opération; la pupille artificielle, comme je l'avais craint et annoncé aux parents, s'était fermée par le rapprochement de ses deux bords, et formait maintenant une cicatrice linéaire. La vue est de nouveau perdue; mais l'iris a repris sa coloration naturelle, il ne bombe plus en avant; il semble que les adhérences qui unissaient la pupille fermée à la capsule cristalline aient été résorbées. Je pratique de nouveau l'irideclomie, vers le milieu de juillet; celte fois l'irisa une bonne consistance; aussi il m'est facile de l'attirer au dehors et j'y fais une brèche égalant environ 1/6 de son étendue. Les choses se passent aussi bien que la première fois et, dès le huitième jour, la malade lit les caractères ordinaires. Cependant, on ne peut, par la brèche, voir nettement le fond de l'œil; il semble qu'il y ait, au-devant du cristallin, comme la première fois, un reste de fausse membrane. Cette fois, je continue longtemps la surveillance de la malade; la pupille reste telle que je l'ai établie. En décembre 1863, l'œil opéré, qui est le droit, voit presque aussi bien que le gauche. Ce résultat favorable persiste encore aujourd'hui 18 mars 1865.

Quand il s'est accumulé une grande quantité de pigment de nouvelle formation à la face postérieure de l'iris, M. de Graefe conseille (1) d'extraire d'abord le système cristallinicn par une large kéralotomie inférieure, en évitant avec soin de blesser l'iris; cependant, si la membrane uvéenne a déjà contracté des adhérences trop étroites, on n'hésitera pas à la traverser avec le kératolôme: il faut quelquefois alors faire une iridectomie pour pouvoir arriver à la lentille. En général, ce n'est que de quatre à huit semaines après l'extraction que l'on fait la pupille artificielle, en procédant comme s'il s'agissait d'une atrésie pupillaire survenue à la suile d'une opération de cataracte. Le résultat doit être considéré comme satisfaisant, lorsque les tissus ayant été déchirés à Paide d'un crochet acéré, il se forme une pupille de moyenne grandeur, nelle, et qu'il s'écoule un peu d'humeur vitrée dans la chambre antérieure. Sinon il faut l'agrandir.

(1) Archiv fur Ophlhalmologie, 1860, B. VI, Ablh. 2, S. 97-121.

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