‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 187 sur 273 · III. XXXII · texte numérisé non relu

III. XXXII

jour. Après sept jours de ce traitement, le malade peut distinguer les mouvements de la main, lorsqu'on l'agite du côte temporal. Après 15 jours, il perçoit même de grands objets placés dans la direction de l'axe optique. Huit semaines après, ilcompte les doigts, quoique d'une façon incertaine. L'image ophtlialmoscopique n'a pas changé. Plus tard, la vue s'est de nouveau complètement perdue.

Obs. 212. (4). — Perte de la vue de l'œil gauche, survenue subitement chez un homme de soixante-deux ans, atteint d'une affection organique du cœur ; insuffisance des valvules de l'aorte et de la valvule mitrale, avec hypertrophie du cœur gauche. Le fait observé par M. Blessig diffère de celui rapporté par le docteur de Graefe, en ce sens que le trouble diffus de la rétine, observé par le professeur de Berlin, le dix-huitième jour seulement après l'accident, se manifesta dès le second jour, et que l'on constata à l'ophlhalmoscope, non-seulement l'oblitération de l'artère centrale et l'hypérémie des veines rétiniennes, mais encore la présence d'ecchymoses de la membrane nerveuse, phénomène qui manquait dans le cas de M. de Graefe. Le malade n'a pas récupéré l'usage de l'œil gauche.

Obs. 213. (2). — Une femme de cinquante ans, atteinte d'une affection organique du cœur, perdit brusquement la vue de l'œil droit. On constata à Pophthalmoscope les signes d'une embolie de l'artère centrale de la rétine; toutefois le bord de la papille optique présentait une légère obnubilation, qui n'existait pas dans le cas décrit par le professeur de Graefe, et les branches rétiniennes de l'artère centrale, au lieu d'être réduites à l'étal de filaments foncés, simples, présentaient une strie centrale d'un rouge vif, bordée de chaque côté d'une ligne blanche. — Traitement : repos, diète appropriée, digitale. Les symptômes cardiaques diminuèrent peu à peu, sans disparaître complètement, et l'œil reprit, jusqu'à un certain point, ses fonctions; l'obnubilation de la papille optique disparut et la circulation se rétablit dans les branches artérielles de la rétine, mais elle n'est pas redevenue tout à fait normale. Il est permis de se demander si l'amélioration ne sera pas temporaire.

Obs. 214. (3). — M. X..., âgé de soixante ans, ancien officier, a eu jusque tout récemment la vue bonne des deux côtés. II se servait pour lire de verres convexes n° 16 et suivait un régime doux. Pendant son séjour en Afrique, en 1841, il a été pris plusieurs fois d'une abolition de la vision qui se rétablissait au bout de quelques heures. Le 15 mars dernier, dans la soirée, il se plaint tout à coup d'apercevoir un nuage devant l'œil droit; le nuage est entremêlé de quelques lueurs; il devient de plus en plus épais, et au bout de quelques minutes, la vision est complètement abolie de ce côté. Le lendemain, le patient m'est envoyé par son médecin, M. le docteur Fleury. De l'œil gauche, il lit des caractères d'imprimerie ordinaires en se servant de verres convexes n° 16. L'examen ophtlialmoscopique montre une papille rosée, un fond d'œil rose, une rétine parcourue de vaisseaux sanguins d'un calibre ordinaire. A droite, la vision est abolie. Le malade ne distingue qu'une légère lueur à sa droite, en portant l'œil fortement en dehors. S'il regarde de face, il accuse des ténèbres. A l'ophthalmoscope, le fond de l'œil présente une pâleur qui contraste avec la couleur rosée du fond de l'œil opposé. La papille optique est normale; les vaisseaux qui la parcourent, ceux de la rétine, sont filiformes ; quelques-uns paraissent même vides de sang. En dedans de la papille (image renversée), à la place occupée par la macula, on aperçoit une petite tache rouge. — Repos des yeux; médication purgative suivie; pédiluves. — Le 24, même état de la vision. A l'ophlhalmoscope, rond de l'œil droit moins pâle, excepté en dedans (image renversée). Les vaisseaux rétiniens en partie remplis de sang. Tache rouge correspondant à la macula moins accentuée qu'il y a huit jours. — Médication purgative : onctions sur les paupières avec Uniment excitant pour activer la circulation de l'œil. — Le 31, le malade distingue, de l'œil droit, l'ombre de ma figure, en me regardant de face. Il voit un peu mieux en portant l'œil fortement en dehors. 11 lui est impossible de reconnaître aucun

(1) Blessic. Arcliiv fur Ophtli. 186M8G2, B. VIII, Abtli. I, S. 216.

(2) Scbhbllbb. Archiv fur Oplilli. Id. S. 271.

(3) Fiîio. Gaz. des llôp. 18G4, p. 482, et Ann d'Ocul. 1864, t. LU, p. 239.

OPHTHALMITIS PHLÉBIT1QUE. 575

objet. A rophlhalmoscope, la moilié inférieure de la rétine (image renversée) semble comme voilée; les vaisseaux de la rétine sont remplis de sang. La laclie rouge correspondant à la macula persiste.— Le 4 avril, même état de l'oeil droit. Dans l'œil gauche, je constate deux petits foyers sanguins de la rétine. — Eleclrisalion de l'œil droit. — Le 7, légère amélioration de la vision du côté droit. — Le 14, le champ visuel s'agrandit un peu, tout en restant aussi peu clair. En regardant fortement à droite, le patient dislingue les clous dorés d'une porte, et la main de sa femme qui, à un moment donné, vient masquer les clous. Pendant l'éleclrisalion, il se plaint pour la première fois de voir une étincelle.— Le 9 juin, il ne dislingue pas mieux qu'il y a un mois, bien que l'éleclrisalion de l'œil droit ait été faite deux fois par semaine. A rophlhalmoscope, la papille optique est rosée; les vaisseaux de la rétine sont remplis de sang; il existe deux petits foyers hémorrhagiques de la rétine en bas et en dedans de la papille (image renversée). Le 24 août, la vision est à peu près nulle de l'œil droit. La moitié inférieure de la papille est de couleur blanche, tirant sur la nuance blanchâtre propre à l'atrophie du nerf optique. Les artères de la papille sont manifestement en voie d'atrophie.

Résumé des signes oplitlialmoscopiques. — Papille pâle, décolorée; artères ténues, exsangues; veines d'abord rétrécies, puis s'élargissant vers l'équateur ; taches diffuses, opaques, surtout entre la papille et la tache jaune, qui est d'un rouge vif; plus tard atrophie et excavation de la papille.

SECTION XXXVI

OPHTHALMITIS IDIOPATHIQUE. (P. 86.)

Cette maladie a de la tendance à attaquer un œil d'abord, l'autre ensuite. Dans un cas où elle avait désorganisé l'un des deux organes, que M. Lawrence s'était vu obligé d'extirper, le second se trouva pris huit jours après et dut être également excisé (1). M. Virchow a publié la dissection d'un malade qui était mort d'ophlhalmitis, après avoir longtemps offert les symptômes d'une affection du cœur, et avoir souffert, en dernier lieu, d'albuminurie (2).

SECTION XXXVII

OPHTHALMITIS PHLÉBITIQUE. (P. 92.)

Syn. — Phlegmalia alba dolens de l'œil, Graves. — Diphtheritisclie conjunclivitis, Von Grufe, (une de ses variétés). — OEdème chronique des lissus de l'orbite.

Le premier symptôme consiste en un état chronique de proplosis, attaquant d'abord un œil, puis l'autre, et se terminant par l'explosion de la cornée, si l'intensité de la douleur n'a pas auparavant nécessité l'extirpation de l'œil. La conjonctive est gonflée, de même que les paupières, mais sans fournir aucun écoulement puriforme. Elle est,

(1) Med. Times and Gaz. 1858, Mars 13, p. 26o-

(2) Arcliiv fur patholog. Puysiol. und Anatomie, 1856, B. X, 179.

au contraire, sèche et parfois le siège d'un chémosis énorme. Dans une observation de M. Lawrence, il s'agit d'une jeune femme dont la santé était fort délabrée; le malade de M. Wordsworth, par contre, était un homme robuste (1).

La maladie se termine assez souvent par la mort; on a vu celte terminaison survenir dans un cas où la maladie avait débuté par un petit furoncle du sourcil : elle est quelquefois la suite d'une affection fébrile, telle que la scarlatine, la variole, la rougeole, la fièvre typhoïde, et peut n'avoir été révélée, pendant la vie, par aucun symptôme de pyohémie. Elle est peut être analogue, sinon tout à fait identique, à la phlébite des paupières et de l'orbite.

Un symptôme remarquable, c'est l'épanchement de lymphe coagulable sur la surface de la conjonctive, particulièrement sur celle de la paupière inférieure. La couche pseudomembraneuse ainsi formée peut être enlevée par morceaux assez étendus et se reformer ensuite (2).

L'ophthalmitis phlébitique coexiste fréquemment avec la suppuralion ou l'ulcération d'un viscère, tel que les reins, la rate, le foie, le cœur, les poumons, le cerveau, ou une phlébite de la veine-porte. On peut alors trouver, à l'autopsie, des phlébolithes ou des embolies dans les vaisseaux qui partent du cœur malade, ou des amas de corpuscules blancs du sang, d'où esl résulté « l'empoisonnement du sang » qui, à son tour, a donné lieu à la production d'abcès métaslaliques. » Le pus n'est pas transporté en nature d'un organe où il a formé un » dépôt à un autre organe; l'absorption ne peut s'en faire, dit Vogel, » qu'alors que les globules en ont été dissous et liquéfiés (3). »

SECTION XXXVII bis.

OPHTHALMITIS SCORBUTIQUE. (P. 102.)

L'absence de description de cette affection, dans les précédentes éditions de cet ouvrage, se justifie par la rareté même des cas qui s'en présentent : en effet, cette rareté est telle qu'il n'en esl pas fait mention dans l'histoire du scorbut moderne, pas même dans celle des épidémies scorbutiques de la campagne de Crimée. Néanmoins

(I) Metl. Times and Gaz. 1860, Nov. 17, p. 480.

(-2) PniciuBD, Hutcbïiisor, etc. Ophth. Ilosp. Rep. I8.'i9-I860, Vol. Il, |>. 130.— Wecker. De la conjonctivite purulente et de la diplilhérie de ta conjonctive. Paris, 1861.

r>) Grives. System ofClinical Hcdicine; Dublin 1843, p. 727; Clinical Lectures on the Praçtice ofMedicine.Dnblin 1848, -Vol. Il, p. -297. Wedl Patliologieal Hislology, Lonilon 18o5,p.510. — Voyez : Critique de l'opinion de Crineilhier, dans Vincnow, Pathologie cellulaire, Berlin, 1858, p. 177, Leçon X. — Rapport de Cruveilhier sur le mémoire de Ton.>ellé, sur les maladies du <inus caverneux de lu dure-mère. — H. Mbcebl. Examen microscopique avec figures (Annalen der Charité, B. 5, S. 276.) - Voir, pour l'état de l'œil à la dissection, l'obs. 403, t. Il, p. 97.

OPHTHALMITIS SCORBUTIQUE. 577

Béer a donné la description de I'ophthalmilis scorbutique et, d'autre part, M. iMackenzie en a rencontré un cas, double circonstance qui nous sollicite à nous y arrêter un instant.

Béer fait remarquer que l'ophthalmitis scorbutique, comme la scrofuleuse et l'arthritique, peut se montrer comme affection primitive et comme affection secondaire; se déclarer chez un sujet complètement scorbutique ou simplement disposé à la diathèse scorbutique, ou enfin convalescent du scorbut.

Une rougeur livide couvrant tout le blanc de l'œil est le premier symptôme qui apparaisse. Elle n'occupe d'abord que la sclérotique, mais s'étend bientôt à la conjonctive. Une photophobie spéciale avec une sensibilité qu'exalte l'aspect des corps brillants, accompagne la rougeur. A mesure que la conjonctive rougit, i! s'y montre un réseau vasculaire marqué, variqueux, mais pas épais, dont les vaisseaux sont remplis d'un sang qui, loin d'être pâle, est au contraire d'une couleur très foncée. A travers ce réseau, on voit la sclérotique violette et brunissant de plus'en plus, ce qui détermine une coloration spéciale qu'il n'est pas facile de retracer par des mots. Du moment où ce réseau variqueux apparaît dans la conjonctive et la sclérotique, la cornée perd son lustre et se rapproche déplus en plus de celle d'un cadavre; l'humeur aqueuse semble aussi avoir éprouvé un changement matériel, elle devient trouble, la totalité de l'iris et spécialement son bord pupillaire deviennent obscurs, quoique l'iris soit évidemment refoulé en avant vers la cornée. Malgré le trouble de cette dernière membrane et de l'humeur aqueuse, on voit de gros vaisseaux variqueux parcourir concenlriquement l'iris, ce qui naturellement s'oppose à ses mouvements, la pupille n'est d'ailleurs remarquablement dilatée ni contractée. On aperçoit dans les mouvements de l'œil la même langueur que l'on observe dans les contractions musculaires de tout le reste du corps, lorsque le scorbut est pleinement déclaré. Après ces symptômes, on voit se produire brusquement, au-dessous des gros vaisseaux variqueux de la conjonctive, des taches sanguines circonscrites d'un rouge pâle, des ecchymoses qui surviennent sans cause externe; du sang apparaît même jusque dans la chambre antérieure; les paupières se prennent, elles présentent des ecchymoses mal limitées. La vision, qui est déjà fort altérée par le trouble de la cornée et de l'humeur aqueuse, s'affecte encore davantage par l'accroissement de l'état variqueux des vaisseaux de l'intérieur de l'œil; mais dès que les enlravasations sanguines se produisent, la vue est complètement éteinte; en même temps, autour de la cornée, se présentent des élevures irrégulières d'un bleu sombre, telles que celles que l'on a appelées « staphylome de la sclérotique. » Dans certains cas, l'ophthalmie scorbutique s'accompagne d'un écoulement de larmes, semblables à de l'eau dans

laquelle on a fait macérer de la chair (lotio carnis), symptôme qui se montre surtout chez les femmes à l'époque des règles, mais que Ton a aussi observé sur l'homme et que l'on a nommé larmoiement sanguinolent (t. I, p. 139). Il s'accompagne d'épistaxis répétées que l'on peut à peine arrêter. Dans les cas de véritable ophthalmic scorbutique, tous les signes généraux du scorbut existent ; les gencives sont violacées et saignent avec la plus grande facilité, l'haleine est fétide, les lèvres livides, la face pâle et gonflée, les muscles mous, le pouls petit, lent et tremblotant; tout le système enfin complètement affaissé.

Le pronostic est très défavorable, si l'ophthalmie se déclare primitivement sur un sujet complètement scorbutique; mais il l'est moins, si l'affection est secondaire et est venue s'implanter sur quelque autre inflammation de l'œil. Dans le premier cas, l'œil ne peut être sauvé; dans le second, on peut espérer quelque bien, si l'on parvient à guérir le scorbut qui ne fait que commencer ou se trouve déjà en voie de guérison.

La guérison ne peut s'obtenir que par' la cessation de l'affection constitutionnelle; l'œil, en effet, à part une chaleur sèche et modérée, ne peut supporter aucune application topique ; du reste le praticien ne peut espérer aucun bien d'aucunes applications locales. Le traitement du scorbut exige malheureusement un temps si long, que les yeux sont détruits avant que l'on ait triomphé de cette cachexie. Quiconque, dans une ophthalmie scorbutique primaire, sous quelque prétexte que ce soit, néglige les moyens connus comme antiscorbutiques, et spécialement les substances végétales acides, compromet non-seulement les yeux, mais encore la vie de son malade. Dans les cas secondaires, c'est aussi sur les moyens généraux et non sur les applications locales qu'il faut compter.

Béer accompagne sa description locale de celte ophthalmic de deux figures. L'une a été prise sur un homme guéri du scorbut, mais resté aveugle, l'autre sur une femme qui, au vingt et unième jour de son ophthalmie, succomba à une épistaxis qu'on ne put arrêter (1).

Ofrs. 215(2).— Le12aoùl 1861, on vient me oonsulterpour un garçon de 12 ans, qui a perdu l'œil gauche par une ophthalmie qui a dû son origine au scorliut. Il avait été mal nourri tout l'hiver, n'ayant eu que rarement des végétaux frais. Des taches livides s'étaient montrées surtout sur les extrémités inférieures; elles s'étaient agrandies el ulcérées superficiellement. L'œil gauche était encore enflammé. L'iris avait perdu sa coloration primitive et était devenu vert; la pupille contractée, irrégulière, adhérente à la capsule. Le cristallin et l'humeur vitrée étaient si opaques qu'à l'ophthalmoscope on n'apercevait plus le reflet rouge du fond de l'œil. La rétine était insensible. Le globe oculaire dur. Il n'y avait pas de staphylôme de la sclérotique. Il n'y avait plus de douleur.

(1) Béer. Lettre von don Augenkrankh.ikn. VVicn 1813, B. I, S. 629. Tal>. III, fig. S, 6.

(2) Machf.kzie. Inédile.

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