HYDROPHTHALMIE OU HYDROPISIE DE L'OEIL
partie flotte ; au contraire, si on examine la partie interne de la rétine, on trouve le fond rose normal. A la distance d'un pied, le malade peut lire les grosses lettres de l'échelle de H. Giraud-Teulon. L'œil gauche est un peu rouge. La vue y est bien conservée; mais la grande sensibilité de cet œil à la lumière en rend impossible l'examen à Pophthalmoscope. — 3 février. Le traitement médical n'a encore amené aucune amélioration. M. Follin introduit dans le globe de l'œil, à environ 5 millimètres en arrière du côté externe de la cornée, une aiguille à cataracte un peu courbe sur le tranchant, et pénètre à une certaine profondeur pour inciser la rétine. Immédiatement après l'opération, injection sous-cutanée à la tempe de cinq gouttes d'une solution contenant un centigramme de chlorhydrate de morphine par cinq gouttes. — Le 5. Pas de réaction inflammatoire. Le malade raconte que, depuis l'opération, ses yeux ont été moins sensibles à la lumière; vue un peu moins mauvaise de l'œil droit; le champ visuel est considérablement agrandi; il comprend 0m,85 en largeur, dont 0m,75 en dehors du point de fixation, et 0m,10 en dedans, et lm,19 de hauteur, dont 0m,27 au-dessus du point de fixation, et 0m,92 audessous. L'examen ophlbalmoscopique ne montre aucun épanchement sanguin dans les milieux de l'œil ; le fond a un peu changé d'aspect. — Le 20, le champ visuel de l'œil droit a gagné un peu en étendue à la partie interne. La vue est gênée par un épiphora ronsidérabJe des deux yeux. M- Follin a incisé, ces jours derniers, les canaux lacrymaux.
— 5 mars. La partie* du champ visuel située à gauche du point de fixation a aujourd'hui 0m,17, et celle située directement au-dessus en a 0m,34. La vision se ferait assez bien si on faisait disparaître l'épiphora.
Obs. 245 (1). — Madame V...., cartonnière, âgée de soixante-deux ans, bonne constitution. Pas de maladies d'yeux dans sa famille. Premiers troubles de la vue vers la fin de 1862, consistant en des mouches volantes; rougeur extérieure dans l'œil droit; le gauche était tout à fait sain. A celle époque, elle est restée quelques semaines à l'hôpital pour une maladie du cœur. Elle ne se préoccupait pas beaucoup de l'état de ses yeux lorsque, le Ier janvier 1863, deux ou trois mois après le début, en se frottant l'œil gauche, elle fut très-étonnée de ne plus voir du toul du droil. En mars suivant, elle se présente à la clinique du docteur Wecker, qui diagnostique: insuffisance aortique; à l'œil droil, décollement rétinien en dehors et en bas. Elle compte difficilement les doigts à irois pieds de dislance; obscurcissement du champ visuel en dedans et en haut. Choroïdite commençante à gauche. Un traitement anliphlogistique et altérant n'amène aucun résultat.— En janvier 1864, la malade se présente de nouveau au dispensaire. Le décollement est un peu plus étendu, et la poche moins transparente. Elle, ne compte les doigts qu'à une distance de vingt à trente centimètres; sensation de ballottement très incommode dans le globe ; elle ne distingue aucun caractère de l'échelle de Jaeger. Depuis six mois, l'œil gauche est plus gravement atteint; la malade se plaint d'y voir des papillons. La choroïdite a fait des progrès. Un traitement anliphlogistique et dérivatif la modifie heureusement, mai^n'amène aucun changement dans l'œil droit.
Bien que ce cas ne soit pas très favorable, M. Wecker se décide à tenter l'opération.
— 26 février. M. Wecker enfonce son petit trois-quarts au-dessus et en dehors de la cornée, en pénétrant dans la direction de la poche; il s'écoule delà canule une certaine quantité d'un liquide jaune verdàtre; puis il fait éprouver à la canule un mouvement de bascule pour déchirer la membrane nerveuse. Bandeau sur les deux yeux. — Le 27. Le globe oculaire, qui présentait une grande flaccidité hier, immédiatement après l'opération, a presque repris aujourd'hui la consistance qu'il avait avant. La sensation de ballottement dans le globe persiste encore. Elle compte les doigts à deux mètres de distance. — Le 28. La malade n'a pas souffert; au lever du bandeau, l'œil est un peu rouge. Suppression du bandeau; tenir les yeux fermés dans une douce obscurité ; instillation de quelques gouttes d'une solution d'atropine. — Le 29. Le mieux se maintient. Le fond de l'œil paraît d'un jaune verdàtre. — 1er mars. A peine un peu de rougeur de la conjonctive. Le champ visuel s'est agrandi. A l'ophthalmoscope, on ne voit pas d'ouverture à la rétine. Cependant le fond de l'œil n'est plus le même. Les parlies supérieures et internes sont affaissées; dans les régions inférieures et externes, le décollement existe toujours. Le corps vitré parait un peu trouble. Elle distingue sans lunettes les lettres du
(1) Ibid. Id. p. 222.
n° 20 de Jaeger ; la sensation de ballottement persiste. Elle se plaint de voir jaune. — Le 4. A la partie inférieure et externe de la rétine, on voit, à l'oplithalmoscope, une fente d'une longueur égale au diamètre de la papille, et d'une largeur égale au tiers de ce diamètre. Les bords de la fente sont déjelés en avant, et ont une teinte verdâtre qui contraste avec la coloration rougeâire de la fente. — 47 avril. La malade a fait une chute il y a quinze jours, et s'est lieurlé la tête : à cette époque la vue a baissé beaucoup dans l'oeil droit. Depuis, elle revient insensiblement. Aujourd'hui, elle compte les doigts à quatre pieds et demi et lit quelques lettres du n° 20 de Jaeger. L'examen du champ visuel, à un pied de distance, donne, dans sa plus grande largeur, trente-deux centimètres, et 30 centimètres en hauteur. Il s'étend surtout en dehors et en bas. La malade peut fixer directement en avant.
Résumé des signes oplithaimoscopiques. — Poche flasque, d'un gris sale et bleuâtre, plissée et mobile, s'agitant avec les mouvements de l'œil; inflexions anormales des vaissaux; teinte grisâtre de toute la partie affectée, interceptant l'image colorée du fond de l'œil normal.
SECTION III