‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 214 sur 273 · MELANOSE DU GLOBE DE L ŒIL · texte numérisé non relu

MELANOSE DU GLOBE DE L ŒIL

La mélanose parait, moins que l'encéphaloïde, disposée à survenir spontanément : le plus souvent, elle vient s'implanter sur un œil altéré depuis longtemps par une inflammation, spécialement par l'inflammation arthritique. Quand elle est simple, elle peut ne pas être une affection maligne, mais elle le devient en se compliquant d'une autre affection de mauvais caractère, telle que le squirhe ou l'encéphaloïde. ,

Un œil qui se prend de mélanose commence par être le siège d'élancements douloureux et soudains dans le globe, vers l'angle interne, accompagnés de larmoiement et d'un écoulement aqueux par les narines ; viennent ensuite l'obscurcissement et la perle de la vue, le chémosis avec gonflement des paupières, la distorsion du globe oculaire, et l'augmentation de son volume. Enfin, la sclérotique prend une teinte foncée, noirâtre, le cristallin est poussé en avant, la pupille se dilate, la cornée ou la sclérotique éclate et une masse fongueuse noire, qui sera bientôt le point de départ d'hémorrhagies plus ou moins abondantes, vient faire saillie par l'ouverture (4).

(1) Médical Times and Gazelle, 1863, May 16, p. 507.

(2) Loc. cil. 01>s 8, 9, 10, t. IV. pp. 83, 86 et 87. (5) Ophtlialmic Itcview, 1864, Vol. I, p. 164.

(4j Consoliez : Browne. On Melanosis Oculi, avec obs. (I)ubl. Quart. Journ. ofMcd. Science, 18!i7, Nov., p. 455). — Bader. Dissection d'un œil atteint de mélanose (Ophtli. Hosp. Rep. 1857- 1859, Vol. I, p. 169. — Hulke. Observ. (Ibid. 1860-1861, Vol. III, pp. 279-286; 1864, Vol. IV, p. 81. — Colijs. Obs. avec dissection (Dubl. Ilospit. Gaz. 1858, p. 8. — Id. Obs. dans laquelle la mélanose de Tceil fut suivie de l'apparition de nombreuses tumeurs sous la peau du corps (Dubl. Quart. Journ. of Mcd. Science, 1863. Febr., p. 241, avec figures].

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Obs. 251. — Cancer médullaire et mélanique ([). — A. G., 50 ans. Il y a vingt ans, son œil droit avait été le siège d'une inflammation aiguë, qui s'était terminée par l'affaissement de l'organe avec perte complète de la vision. Depuis lors, cet œil s'était fréquemment enflammé. Il y a deux ou trois mois, l'œil atrophié avait beaucoup augmenté de volume : il était devenu rouge, puis il s'était formé au niveau de la cornée deux petites saillies semblables à des groseilles noires. Celles-ci s'étaient rompues, laissant d'abord échapper un sérum sanguinolent; puis à travers leur ouverture s'était montré un fongus devenu rapidement considérable. Malgré cela, les mouvements de l'œil étaient peu empêchés, et il n'existait aucun symptôme qui pût faire supposer qu'aucun organe interne fùldevenu le siège d'un carcinome: il n'y avait pas de cachexie.— Janvier 4837, M. Bowman pratique l'excision de l'œil cancéreux, mais le mal s'étend si profondément dans l'orbite qu'il ne peut tout enlever. Le malade guérit rapidement des suites de l'opération et quitte l'hôpital. — Le 12 août, j'apprends sa mort ; ses amis ne permettent que l'ouverture du ventre. La surface du foie, du lobe gauche particulièrement, est criblée de nodules médullaires et mélaniques, et le volume de tout l'organe est énormément augmenté par des masses de ces deux variétés de cancer. Les reins et la rate sont sains. Les paupières sont refoulées en avant par une masse de mélanose qui remplit l'orbite.

Autopsie. — L'intérieur de l'œil est occupé par une masse cancéreuse qui se continue en avant avec la tumeur externe. Elle est constituée par deux portions très dissemblables, une profonde d'un noir brun, l'autre ressemblant, pour la consistance et la coloralion, à la substance grise du cerveau. La transition entre ces deux éléments était très brusque en certains points, tandis que, dans d'autres, ils se fondaient l'un dans l'autre. Malgré cette différence d'aspect à l'œil nu, au microscope on ne trouvait que des noyaux libres de grandes cellules mères circulaires, puriformes, multipolaires; seulement dans la partie noire, ces éléments étaient infiltrés de pigment. La sclérotique n'était point prise dans la plus grande partie de son étendue, mais, vers l'insertion du nerf optique, sa continuité était détruite dans plusieurs points par où le cancer s'était échappé. Le cancer s'élait aussi fait jour en arrière de l'insertion du muscle droit interne. Il restait encore une légère couche de choroïde, mais plus de vestiges de la rétine. La gaîne du nerf optique n'était point malade, mais sa substance médullaire était infiltrée des cellules décrites ci-dessus. Le cristallin et la cornée manquaient. Au niveau de la région ciliaire existait une écaille de véritable tissu osseux.

Obs. 252. — Mélanose de la choroïde. — Iridectomie, excision de Vœil (2). En février 1860, une dame de 62 ans s'aperçut que la vue de son œil droit, qui avait toujours été excellente, commençait à baisser. La peau du sourcil droit et des paupières offrait une teinte fort bronzée, et la sclérotique de cet œil était tachetée d'une façon singulière de macules noires; ces particularités, suivant elle, étaient congéniales. Son teint était aussi brun et ses cheveux d'un noir de jais. Lorsqu'elle consulta M. Bowman, le 4 mai suivant, la vision était complètement éteinte dans cet œil, la pupille largement dilatée, le cristallin verdâtre, mais la tension normale. A Pophthalmoscope, on distinguait dans le fond une saillie noire volumineuse, et un décollement étendu de la rétine vers la tache jaune, ainsi qu'aux côtés externe et inférieur. Le diagnostic fut un épanchemenl entre la choroïde et la sclérotique, et sous la rétine peut-être une mélanose. En juin, la tension de cet œil devint excessive et s'accompagna d'une violente douleur. L'œil gauche s'affaiblit, devint irritable et le siège de scotomes; ce qui décida à pratiquer l'irideclomie, qui amena, mais pour peu de temps, une diminution de la tension et de la douleur intolérable. Retour des symptômes avec aggravation, injection de la sclérotique, congestion et cnémosis de la conjonctive ; on se décide alors à pratiquer l'excision de l'œil dans l'idée qu'il existe un cancer intrà-oculaire.

La sclérotique est tachetée de macules pourpres, formées d'une mince trame de pigment noir, et parcourue par de petits vaisseaux appartenant plutôt aux veines qu'aux capillaires. Ces taches sont surtout abondantes au niveau de la région ciliaire. Le diamètre antéro-postérieur de cet œil offre 12 5/6 lignes: le vertical au niveau de l'équaleur 14, et le transverse dans ce même point 11 4/6. De la choroïde du quart externe et infé-

(1} UcLtE. Loc. cit. vol. III, p. 279, et Ann. d*Ocul. 1863, t. XLIX, p. il. (2) Ibid. Id.

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rieur de l'œil pari une tumeur cancéreuse mélanique qui fait saillie vers le centre de l'organe. Sur sa surface interne on constate des traces de la lame élastique et de l'épithélium hexagonal, et sur sa surface externe des traces de cellules multipolaires du pigment du stroma de la choroïde. La rétine, complètement détachée de la choroïde, s'étend, sous forme d'un cône étroit, de l'entrée du nerf optique à la face postérieure du cristallin, où elle s'infléchit en dehors vers Vora serrata. En arrière elle a creusé un sillon sur la tumeur cancéreuse, mais on l'en sépare nettement. Son tissu ne fut point examiné au microscope, mais celui du nerf optique coupé en dehors de la sclérotique était noir et infiltré de cellules mélaniques. L'espace entre la rétine décollée et la choroïde est rempli par un sérum couleur chocolat, contenant de petits caillots de sang, des corpuscules intacts et d'autres en voie de destruction.

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