‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 234 sur 273 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

GLAUCOME ET OEIL DE CHAT. (T. II, p. 606.)

SECTION I"

GLAUCOME. (P. 606.) (l).

Fig. ophlhalmoscopiques. — T. 11, p. XL1X (Lieb.) — Ed. Jaeger. Ueber Staar und Staaroperationen, Taf. VIII, fig. 34; Beitrage, etc. taf. XIX, XX. — De Graefe. Archiv fur Ophth. 1854, B. I, Abth. I, laf. III, fig. I. — Qcagliso, fig. 23. — Bader. Ophlh. Hosp. Rep. 1857-1859, vol. I, pi. I, fig. 1-2 — . Liebreicb. Atlas d'ophth. Tab. XI, fig. 1-2-3-4-5. — Follik. Leçons, etc., pi. 1, fig. 4.

1. Le globe de l'œil se compose de deux parties, un contenant et un contenu : le contenant est formé des membranes dites externes,

(I) Consultez sur le glaucome : De Graefe. Archiv fur Ophlh. B. I, Abth. 1, S. 371, 582, u. Abth. 2, S. 299; B. JlCAbt. 2, S. 456 j B. IV, Ablh. 2, S. 127; B. VI, Abth. 2, S. 254; B. VIII, Abth. 2, S. 242, et Ann. d'Ocul. tomes XXXIII, p. 137; XXXVI, 171 ; XXXVIII, 237; XXXIX, -228; XLV, 180: XL1X, 156; Ll, 100. — Ed. Jaeger. Ueber Glaucom und seine Heilung durch IriJectomie, Wien 1858, et Ann. d'Ocul. t. XL, p. 92.— Donders. Klin. Monatsbl. B. II, S. 455, et Ann. d'Ocul. t. LIV, p. 120. — Jaumes, Compte rendu de sa Thèse sur le glaucome, par Giraud- Teulon (Gaz. méd. de Paris, 12 avril 1862, p. 235). — Wells. Glaucoma and its Cure by Iridectomy, London 1864. — Brown. Brit. Med. Journ. 1864, Jan. 50, p. 136. — Bader. Ophth. Hosp. Rep. Vol. Il, p. 226. — Wharton Joses. Three Clinical Lectures on Iridectomy and Glaucoma (Med. Times and Gaz. 1864, July 23 et 50, Aug. 6.— Hancock. Ophlh. Hosp. Rep. Vol. III, p. 13, et Ann. d'Ocul. t, XLIV, p. 47. — Nukneley. Lancet 1861, Jan. 19 et 26, pp. 55, 82. — Pasard. Thèse sur le Glaucome, Paris 1862, anal, in: Ann. d'Oc. t. XLVII,p. 290.— Critchett. Ophth. Hosp. Rep. Vol. I, p. 57, et Ann. d'Ocul. t. XXXIX, p. 185. — Magni. Nouvelle théorie du glaucome (Ann. d'Ocul. t. XLIX, p. 160). — Hulke. Ophth. Hosp. Rep. Vol. II, p. 69 et suiv., et Ann. d'Ocul. t. XLVI, p. 54. — Qoaglino. Giorn. d'Oïl. Ital. 1860, p. 169, et Ann. d'Ocul. t. XLVII, p. 274. — Haffmans. Mém. sur le glaucome (Arch. fur Ophth. B. VIII, Ablh. 2, S. 124. — Desmarres, sa théorie sur le glaucome, par Galezowski (Union méd. 1864, p. 201, et Ann. d'Ocul. t. LU, p. 248. — Magawly. Contributions à l'histoire clinique du glaucome (St-Pélerb. Medic. Zeilscb. 1864, Vol. VI, p. 193, et Ann. d'Ocul. t. LUI, p. 250. — Coccics. Arch. f. Ophlh. B. IX, Abth. 1, S. 1. — Froebelius. St-Petersb. Med. Zeitsch. III, 155, et Ann. d'Ocul. t. LIV, p. 221.— Little. Ophlh. Review, no 7, 1865, et Ann. d'Ocul. t. LV, p. 85. — Bowmas. Controverse sur l'iridectomie, etc. (Brit. Med. Journ. 1863-1864.)

conjonctive et sclérotique, et des membranes dites internes, choroïde et rétine, auxquelles on peut joindre l'iris, qui constitue la partie antérieure du contenant, toutes les fois que la communication est interrompue entre la chambre postérieure et la chambre antérieure. Le contenu comprend l'humeur vilrée,le système crislallinien eluvéen et l'humeur aqueuse.

Quand il y a équilibre parfait entre le contenu de l'œil et la sphère membraneuse qui l'environne, la tension du globe est normale, sa dureté physiologique : les liquides qui y sont renfermés exercent sur les membranes enveloppantes une pression en vertu de laquelle chacune d'elles vit, se nourrit et exerce régulièrement les diverses fonctions qui lui sont dévolues. Quand, au contraire, cet équilibre vient à être rompu, soit par défaut, soit par excès de la pression interne, l'organe entier subit des perturbations dans sa nutrition, dans son aspect extérieur, dans sa forme, dans le jeu de ses manifestations fonctionnelles.

Toutes les fois que les liquides de l'œil se trouvent diminués ou augmentés de quantité, l'un de ces deux effets se produit; dans le premier cas (atrophie), l'œil se ramollit; dans le second (hypersécrétion), il durcit et se tend. C'est que la coque oculaire est composée de membranes très-peu élastiques qui là s'affaissent et ici se distendent. Dans l'une et l'autre occurrence, il se développe des phénomènes particuliers du plus haut intérêt.

On a, dans ces derniers temps, désigné sous le nom de glaucome une maladie de l'œil caractérisée par un ensemble de symptômes ressortissant à un développement, lent ou rapide, d'une pression intraoculaire exagérée, quelle qu'en soit la cause. Parmi ces symptômes on distingue : la tension du globe, la pulsation spontanée ou très facilement provoquée de l'artère centrale de la rétine, l'excavation caractéristique de la papille optique, Taneslhésie de la cornée, la dilatation de la pupille, l'aplatissement et le trouble de la chambre antérieure, la couleur glauque du fond de l'œil, l'injection sous-conjonclivale et la douleur. Tous ces symptômes sont le résultat d'une pression interne normale, ainsi que nous le démontrerons plus loin. Aucun d'eux n'appartient en propre à une maladie déterminée et, dans l'état d'isolement, ne suffirait à caractériser le glaucome; réunis, au contraire, ils ont une signification des plus précises.

C'est au professeur de Graefe qu'est due cette manière ingénieuse d'envisager les affections glaucomateuses : elle lui a permis, nonseulement de mettre de l'ordre dans les idées émises avant lui relativement à un processus pathologique sur lequel les auteurs n'avaient jamais jusque-là réussi à s'entendre, mais, de plus, d'en arriver à une méthode thérapeutique rationnelle, dont les heureux résultats, en même temps qu'ils ont rétréci le champ, trop vaste encore, des affec-

tions incurables, en ont élevé l'auteur au rang des plus grands bienfaiteurs de l'bumanité. Une fois admis ce fait que la pression interne était le principe des affections glaucomaleuses, il fallait, aviser au moyen d'arrêter ou de faire disparaître celle cause de désordres. Ce moyen, M. de Grafe a eu le mérite de le rechercher et la chance de le découvrir.

Jetons un rapide coup d'œil sur les principaux symptômes énumérés plus haut, en tant que se rapportant à la génésie des affections dites « glaucomateuses » .

1° Tension. — Elle est un des premiers effets de l'état glaucomaleux et précède parfois de très longtemps l'explosion d'une attaque de glaucome : c'est donc un symptôme d'une haute valeur, surtout s'il se présente en dehors de toute complication inflammatoire. M. Bowman conseille, toutes les fois qu'un malade se plaint d'affaiblissement de la vision, de s'assurer immédiatement de l'état de tension de ses yeux, ce qui peut mener directement au diagnostic. Pour cela, il faut faire usage des deux premiers doigls appliques sur la paupière supérieure légèrement fermée : un des doigls fixe l'œil en appuyant sur lui avec un degré de force convenable, tandis que l'autre apprécie la tension, ou plutôt tous deux l'apprécient en agissant ainsi de concert. M. Bowman a reconnu qu'il était possible et utile dans la pratique de distinguer neuf degrés de tension, et, pour en faciliter la notation, les a désignés par des signes spéciaux : T. représente la tension. Tn. la tension normale. Le point d'inlerrogalion ? indique un doute dont, dans ces sortes de matières, on est souvent forcé de se coulenter. Les nombres qui suivent la lettre T indiquent le degré d'augmentation de la tension. Si le Test précédé du signe — cela indique une diminution de pression. Exemples :

T 3. Troisième degré de tension, ou tension extrême. Une forte pression ne peut faire céder l'œil.

T 2. Deuxième degré, ou tension considérable.

T 1. Premier degré. Augmentation légère mais positive de la tension.

T 1 ? Indique qu'il y a doute sur l'augmentation de tension.

Tn. Tension normale.

— T 1 ? exprime un doute sur la diminution de la tension. — T 1. Premier degré, diminution légère mais positive de la tension. — T '2. Degrés successifs de la diminution de tension jusqu'au

— T 3. point ou le doigt affaisse complètement les tuniques oculaires. Cela est plus facile à indiquer par des signes que par des mots (1).

M. de Graefe a fait fabriquer un instrument destiné à mesurer la pression inlrà-oculaire(2). MM. Donders et Hamer en ont aussi imaginé un, de leur côté (3), mais ces divers appareils ne sont pas encore

(t) Bowma>\ Sur les affections glaucomateuses et leur traitement (Ann. d'Ocul. 1865, t. XLIX, p. 29).

(2) Annales d'Oculistique, 1863, t. XLIX, p. 197.

(5) Klin. Monatsbl. 1863, B. I, S. 302, et Annal. d*Ocul. 1864, t. LI, p. 264.

assez complets pour suppléer avantageusement à l'application exercée de doigts intelligents. L'instrument que M.Dor a produit récemment, a réalisé à cet égard un perfectionnement notable (1).

2° Pulsation de l'artère centrale de la rétine. — Dans l'étal de pression normale subie par les artères de l'intérieur de l'œil, la colonne sanguine franchit sans résistance les canaux qui la renferment; quand, au contraire, cette résistance s'est accrue, soit par une pression exercée à l'extérieur de l'organe, soit parla réplétion du globe, il faut à celte même colonne l'impulsion que lui imprime la systole ventriculaire pour vaincre l'obstacle qui lui est opposé. De là le pouls artériel, qui se manifeste spontanément dans les affections glaucomaleuses et qui en est. un des symptômes les plus intéressants, comme manifestation de la pression interne. Quand celle-ci n'est que peu élevée, la pulsation peut ne pas être spontanée, mais il suffit alors d'une très-légère pression du doigt sur le globe pour la déterminer.

3° Excavation de la papille optique. — Au début, l'enfoncement s'étend surtout du côté externe, mais bientôt toute la superficie de la papille s'affaisse jusqu'à son contour. La limite choroïdienne(t. II, p. lv), privée en grande partie de son pigment, s'efface plus ou moins et ne tranche plus que vaguement sur la limite sclérolicale(ïc/.); celle-ci, au contraire, représente maintenant un anneau large, ordinairement jaunâtre, encadrant tout le nerf optique, dont les contours tranchants paraissent parfaitement délimités, et dont la couleur, passée au gris verdâtre, devient de plus en plus foncée du centre à la circonférence. Les vaisseaux de la papille, au moment où ils arrivent à son bord, descendent dans sa concavité et disparaissent à la vue, dans tout l'espace où ils parcourent la paroi perpendiculaire de la fossette papillaire, pour reparaître dès qu'ils en ont atteint de nouveau la paroi postérieure, ce qui tient à ce que le fond de la dépression est plus considérable que l'ouverture antérieure. Cet aspect est pathognomonique (t. II, p. lix). L'excavation de, la papille se reconnaît admirablement au moyen de l'ophthalmoscope binoculaire et, à son défaut, par la parallaxe, en faisant agir la lentille de l'ophthalmoscope comme un prisme, qu'on met en travers de la ligne de vision. Elle n'appartient pas à la première phase du glaucome inflammatoire aigu, mais elle est le signe principal auquel se reconnaît le glaucome non inflammatoire. Cet effet se conçoit bien, si l'on se rappelle que le nerf optique, renfermé dans son névrilème est, dans l'enveloppe que lui fournit la dure-mère, libre, jusqu'à un certain point, comme un viscère dans une cavité séreuse. Ces rapports permettent au nerf de se laisser refouler légèrement en arrière dans sa gaine, par une pression long- Ci) Klinische Monatsblutler, 1865, B. III, S. 351.

temps continuée portant sur la lamina eribrosa. Ammon attribuait l'excavation du nerf optique à l'atrophie des vaisseaux (1).

4° Anesthêsie de ta cornée. — Elle peut être peu prononcée, mais, dans certains cas, poussée au point de donner lieu à une insensibilité complète qui permet de toucher la cornée sans qu'elle se meuve : or, la sensibilité est presque toujours restituée à cette membrane, du moment où une évacuation de l'humeur aqueuse a fait cesser, même momentanément, la pression intra-oculaire, cause évidente de l'anesthésie, due à la compression des rameaux nerveux qui se rendent à la cornée.

5° Dilatation de la pupille. — telle est parfois peu prononcée au début, mais, quand la maladie devient plus ancienne, la mydriase peut atteindre les dernières limites; elle est le résultat d'une véritable iiidoplégie, causée par la pression que subissent les nerfs ciliaires : ce qui le prouve, c'est que la pupille ne s'y contracte pas, sous l'influence de la lumière qui frappe l'un des yeux, ainsi qu'il arrive dans les cas de paralysie de la rétine.

6° Aplatissement et trouble de la chambre antérieure. — Elle résulte de la diminution de la convexité de la cornée et de la voussure de l'iris en avant : ce premier effet se constate par la comparaison avec un autre œil sain, au moyen des images réfléchies ou par l'emploi de l'ophthalmomètre de Helmholz. « Lorsque le rayon de courbure de la cornée se rapproche de celui de la sclérotique, le pourtour de la cornée se porte en avant ; il se produit un changement déforme de la chambre antérieure et une diminution de la voussure de l'iris. Or, le contraire a lieu dans le glaucome, où l'iris se bombe en avant; il faut donc qu'en même temps que la cornée s'aplatit, il survienne une pression plus forte sur l'hyaloïde que sur la chambre antérieure, pression qui rétablit l'équilibre ou, plus exactement, le dépasse et qui projette l'iris en avanl(2).» Le trouble de la chambre antérieure dépend de l'étal nuageux de l'humeur aqueuse et de la paroi postérieure de la cornée.

7° Aspect glauque du fond de l'œil. — Il n'apparaît que dans les cas assez anciens ou clans ceux où les symptômes se sont prononcés tout d'abord avec une grande intensité. Dans le glaucome simple, on ne le constate que très lard. Il parait dû au trouble de l'humeur aqueuse, à Tobnubilalion de la face postérieure de la cornée, à la coloration normalement jaunàlre du cristallin des sujets arrivés à un certain âge, exagérée par la réfraction de la lumière passant à travers une pupille largement dilatée (3), enfin, mais dans une propor-

(i) Annales (TOculislique, 1861 , t. XLV, p. 25.

(2) De GtuF.PE.Arch. f. Opbth. 1857, B. III, Abth. 2, el Ann. d'Ocul. 1858, t. XXXIX, p. 234.

(3) Sur la coloration du cristallin, voir Waltos, Assoc. Sied. Journ. 1856, Jan. 21 , p. 519. Il ne considère pas lallération de couleur comme une maladie.

lion assez faible, à l'opacité diffuse du corps vilré. A un certain moment, le cristallin s'opacifie et prend alors une plus grande part à l'aspect général du fond de l'œil. Il ne faut pas s'y méprendre cependant, le cristallin parait souvent cataracte alors qu'il n'est que diplochromatique, état que M. Mackenzie attribue à une perversion de l'action des vaisseaux nourriciers du corps ciliaire.

8° Injection sous-conjonctivale . — Elle s'explique par un obstacle mécanique à la circulation profonde, déterminé par une augmentation de pression dans l'espace circonscrit par la choroïde et le système crislallinien ; de là reflux du sang dans les veines superficielles, les veines ciliaires antérieures, qui débouchent dans les veines des muscles, et production de cette vascularisation si caractéristique que les auteurs ont nommée « arthritique, abdominale, glaucomateuse. » (Voir t. I, fig. 92, D, p. 650.)

9° Douleur. — Dans les affections glaucomateuses à marche lente, la douleur est vague, plutôt répandue dans le fronteldansla tempe que dans l'œil et souvent de caractère intermittent. Quand l'inflammation les complique, elle devient aiguë, profonde, térébrante et a son siège principal dans l'œil, non sans s'étendre encore au front, aux tempes et aux régions latérales du nez. Elle est surtout intense quand la maladie est foudroyante et que les membranes ont été surprises sans avoir eu le temps de se laisser distendre; si elle cède au bout d'un certain temps, il semble que ce soit par le fait d'une certaine accoutumance de ces membranes internes à subir une pression dont le premier choc leur a surtout été sensible. Les agents déplélifs et la paracentèse sont les moyens qui réussissent le mieux à la calmer, jusqu'à ce que survienne un nouvel accès qui la réveille dans son intensité première.

2. Les afl'ections glaucomateuses peuvent se compliquer de l'inflammation des parties profondes de l'œil ou en être complètement indemnes, au moins en apparence. Cette inflammation peut être primitive et donner lieu d'emblée au glaucome dit aigu, ou atteindre un œil déjà en proie aux autres symptômes du glaucome simple. De là diverses formes que nous allons avoir à examiner.

§ I. Glaucome non inflammatoire.

C'est le glaucome simple de M. Donders, d'abord décrit par M. de Graefe sous la dénomination d'« amaurose avec excavation du nerf optique. » Partant de cette idée bien arrêtée que le glaucome doit s'entendre de toute affection caractérisée par une exagération de la pression inlra-oculaire , M. Donders considère comme tel tout état de l'œil dans lequel cet organe a acquis une certaine dureté, sans

offrir la moindre irace de symptômes inflammatoires. Avec celte tension coïncident : la pulsation de l'artère centrale de la rétine, l'excavation de la papille, les diverses modifications de la vision (irisalions, obscurcissement delà vue, rétrécissement progressif du champ visuel), les douleurs ciliaires et l'anesthésie cornéenne. L'absence de tous symptômes inflammatoires a suggéré à M. Donders l'idée que le glaucome proprement dit a son origine dans une névrose des nerfs sécréteurs de l'œil, entretenue et augmentée par la tension et le tiraillement de l'iris, résultant de l'augmentation des liquides sécrétés sous l'influence de celte névrose. De là une action réciproque qui fait que la maladie, une fois produite, ne peut se guérir spontanément. Cette théorie s'appuie sur l'opinion que la sécrétion des humeurs de l'œil serait soumise à l'influence du système nerveux, comme cela a été démontré pour la sécrétion de plusieurs glandes, notamment pour la glande lacrymale, hypothèse appuyée sur ce fait que la paralysie du nerf trijumeau est souvent accompagnée d'une mollesse excessive du globe, et que la section du nerf trijumeau (chez les lapins) est bientôt suivie de la diminution de la tension oculaire.

Le glaucome simple peut se manifester par le fait d'une irritation primitive des nerfs sécréteurs de l'iris, mais il se peut aussi que cette irritation soit consécutive à l'action réflexe des nerfs sensitifs de cette membrane sur ses nerfs sécréteurs, ainsi qu'il arrive toutes les fois que l'iris est irrité par des causes mécaniques, telles que des corps étrangers, le gonflement du cristallin après les lésions de la capsule et surtout le tiraillement dans les cas de synéchie antérieure, avec un état plus ou moins staphylomaleux de la cornée. On voit, en effet, la pression oculaire augmenter invariablement sous l'influence de ces différentes causes.

Le tiraillement de l'iris joue aussi un grand rôle dans le glaucome spontané, considéré comme résultat d'une irritation primitive des nerfs sécréteurs. « En effet, dit M. Donders (1), dans le glaucome spontané, la pression sous laquelle se fait la sécrétion du corps vitré peut d'abord n'être que légèrement augmentée et ne pousser le cristallin et l'iris en avant que d'une manière à peine appréciable ; mais la tension de l'iris, qui en est le résultat, en réagissant sur les nerfs sécréteurs, est une cause d'augmentation ultérieure de la pression, qui de nouveau fait accroître la tension de l'iris. Ce cercle, dans lequel la cause produit des effets qui, à leur tour, deviennent des causes, explique le défaut de curabilité spontanée du glaucome. »

Le glaucome simple a une marche essentiellement chronique; la tension oculaire en est le premier symptôme objectif, mais souvent, avant qu'il ait été constaté ou même seulement recherché, les malades

(i) Annales d'Oculistique, 1865, t. L1V, p. 121.

4 i.' !2 GLAUCOME ET OEIL DE CHAT.

avaient accusé une diminution de la vision périphérique coïncidant avec une vision centrale parfaite; ainsi, ces personnes pouvaient encore lire de petits caractères, mais il leur était impossible de se conduire. Les obscurcissements et les pholopsies qui s'observent au début des autres formes du glaucome manquent le plus souvent dans celle-ci. Quant à la tension, elle peut offrir tous les degrés, depuis le plus léger jusqu'au plus élevé. Le symptôme le plus essentiel de celte forme morbide est l'excavation de la papille, dont les caractères sont ceux que nous avons signalés plus haut (excavation en cupule, encadré d'un liséré blanc jaunâtre assez large, déplacement des vaisseaux, teinte gris verdàtre de la papille, etc.). Elle diffère de la rétraction papillaire, qui s'observe dans les amauroses cérébrales, en ce qu'ici les vaisseaux ne se déplacent pas et diminuent de volume, et en ce que la papille, rétractée et peu volumineuse, prend une teinte nacrée qui ne s'observe pas dans la papille glaucomateuse. Enfin, dans les amauroses cérébrales accompagnées de rétraction papillaire, le pouls spontané ne s'observe que très exceptionnellement et jamais qu'à un très faible degré.

Le glaucome simple peut mener lentement à la cécité des malades qui n'avaient pas conscience de son existence : le diagnostic n'en est pas difficile, vu l'état caractéristique de la papille, mais tout au début, alors que ce symptôme n'existe pas encore et qu'une tension anormale peu appréciable, coïncidant avec une diminution de la vue excentrique et une certaine paresse de la pupille, est le seul signe sur lequel on puisse s'appuyer, il faut une grande habitude pour le constater d'une manière assurée. Un bon ophlhalmotonomèlre (1) serait ici d'un grand secours.

g II. Glaucome inflammatoire.

1. Forme aiguë. — Le glaucome aigu peut se déclarer brusquement, d'une manière en quelque sorte foudroyante et sans qu'aucun présage quelconque en ait annoncé l'attaque. Le plus souvent cependant, sept fois sur dix environ selon M. de Graefe, une série de signes prodromiques Ta précédé. Certains malades déclarent ressentir des douleurs dans le front et les tempes, survenant par accès et accompagnées d'un obscurcissement temporaire de la vision : le médecin a déclaré qu'elles étaient dues à des névralgies, a administré le sulfate de quinine, et les douleurs se sont dissipées pour reparaître quelques mois, quelques semaines, quelques jours plus tard. Si, à ce moment, on observe avec soin l'étal physique du globe de l'œil, on y reconnaît une tension anormale, inlermitienle ou permanente, qui, survenant

(1) INom que M. Donders a proposé de donner aux instruments destinés a mesurer la tension du globe. (Ann. d'OeuI. 1864, t. Ll, p. 2G4.)

dans des yeux qui n'offrent aucune Irace d'inflammation ni d'injeclion anormale, a une grande valeur diagnostique (glaucome simple). En même temps, la presbyopie augmente (la maladie frappe en général des personnes arrivées à l'âge où on l'observe), des anneaux irisés entourent la flamme des bougies, des éclairs traversent l'œil, les objets paraissent recouverts d'un brouillard et une certaine diminution du champ de vision s'accuse. Quand ce dernier symptôme vient à se prononcer, les images des objets limitrophes tendent à se confondre, l'orientation devient difficile, les obscurcissements de la vue se multiplient et s'exagèrent et la mydriase se produit, tandis que l'humeur aqueuse prend un aspect trouble, comme lactescent, derrière lequel on n'aperçoit plus la pupille avec sa netteté et sa pureté physiologiques.

Tous ces symptômes peuvent durer des mois et des années sans que les malades s'adressent au médecin ou sans que celui-ci ait su les interpréter, lorsque survient tout à coup un accès, qui n'est le plus souvent que l'exagération des divers phénomènes que nous venons de mentionner et qui vient changer la scène. Sous l'influence d'une cause accidentelle, telle qu'un refroidissement brusque, un travail forcé des yeux à une lumière trop vive, ou sans l'intervention d'aucune cause appréciable, le malade est pris subitement, le plus souvent après une ou plusieurs nuits sans sommeil, d'une douleur violente, insupportable, dans l'œil, s'irradiant au front, aux tempes et aux régions latérales du nez, aussi loin que s'étendent les os propres: cette douleur, tantôt continue, tantôt intermittente, est souvent poussée au point d'arracher des cris aux malades et de les jeter dans un état d'anxiété indescriptible. La vue subit, en même temps, une profonde altération; parfois en quelques heures elle s'est complètement éteinte, jusqu'à ne plus permettre de distinguer le jour de la nuit; l'œil est injecté, larmoyant, et la conjonctive soulevée par de la sérosité (chémosis séreux) ; la pupille se dilate largement , l'iris est poussé eu avant, de façon à rétrécir la chambre antérieure, dont l'espace est occupé par un liquide trouble, nébuleux ; quelquefois la face postérieure de la cornée est elle-même dépolie et l'iris, plus ou moins décoloré, adhérent en plusieurs points à la capsule antérieure du cristallin (synéchies postérieures). Enfin, la cornée est déjà en partie anesthésiée.

Il se peut que tout ce cortège de symptômes aigus cède, au bout de quelques jours, à l'emploi actif des narcotiques, de l'atropine, des évacuations sanguines ou à la paracentèse cornéale; quelquefois même celte rémission est toute spontanée : une certaine diminution de la vision et surtout le rétrécissement du champ visuel, la paresse de la pupille, l'aplatissement de la chambre antérieure et la décoloration de l'iris en quelques-uns de ses points, sont les seules signes de

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