‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 241 sur 273 · HALLUCINATIONS DE LA VUE · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS DE LA VUE

mais offrant parfois une forme anguleuse irrégulière ou oblongue, pas aussi nombreuses que les taches perlées. Il les a aussi vues au microscope, occupant une position superficielle, sous forme de corpuscules blancs, granuleux, opaques, occupant presque toujours les limites des secteurs du cristallin. Ils ne paraissent pas être le produit d'une métamorphose graisseuse.

5. Une figure rayonnée, plus ou moins régulière, offrant d'ordinaire des ramifications partant des environs du centre; les rayons se montrent quelquefois comme des lignes noires, mais le plus ordinairement comme des lignes blanches avec des bords sombres. Si le point lumineux est éloigné de l'œil, ces lignes revêtent la forme si connue des rayons d'une étoile ou d'un point lumineux pour lequel l'œil n'est pas accommodé; elles correspondent encore aux images multiformes, sous lesquelles un point (tel qu'un petit granule blanc de plomb détaché par le grattement d'une carte de visite) apparaît, dans les limites de la vision distincte, sur un fond sombre comme du velours noir. Ces phénomènes sont en rapport avec la composition du cristallin divisé en secteurs, et qui, ainsi que Helmhollz l'a démontré, peuvent être très bien vus sur l'œil vivant à l'aide de l'élairage oblique. Toutes ces irrégularités du cristallin s'accroissent avec l'âge et expliquent en partie la diminution de l'acuité de la vision.

Adolf-Eduard Laiblinc a montré comment, en comprimant fortement l'œil en avant (trop fortement peut-être pour que cela soit prudent), on peut voir le spectre des vaisseaux de sa propre choroïde. Il appelle cela Druckfigure der Chorioïdealgefàsse (1).

Lorsque la macula lutea devient le siège d'une petite exlravasation de sang ou d'un autre changement, il survient soit un scotome central comme dans l'observation rapportée dans le texte, soit une cécité soudaine et complète.

SECTION X

HALLUCINATIONS DE LA VUE (SPECTRAL ILLUSIONS). (P. 709.) Syn. Vision cérébrale, vision subjective.

Certaines substances vénéneuses, autres que l'alcool, peuvent produire les mêmes phénomènes spectraux que lui : les mangeurs d'opium éprouvent des illusions semblables, surtout si, après en avoir fait un long usage, ils en diminuent brusquement la dose. La belladone administrée à l'extérieur comme simple mydriatique, après

(I) Der Wahrnehmung der Cborioïdealgefasse der eigeinen Auges. Tubingen, 1856.

l'opération de la cataracte, produit parfois le même effet. Enfin le sulfate de quinine à forte dose peut également y donner lieu.

Obs. 268. (1) — Une personne de ma connaissance avala, par méprise, plein un verre à vin de teinture de quinine. Le premier effet de cette dose consista dans la production de symptômes très désagréables vers la tête, symptômes qui toutefois disparurent dans l'espace de 24 heures. Puis il survint une surdité très prononcée, qui persista pendanlplusieurs jours. Le malade fut ensuite troublé, pendant un temps considérable, par un autre symptôme, la vision de fantômes représentant des portraits de tètes et de figures portant des perruques à la vieille mode ; il en voyait un grand nombre à la fois formant des groupes. Un acte de sa volonté pouvait faire disparaître ces fantômes, le même acte pouvait les faire reparaître. Toutefois il n'était nullement en danger de prendre ces apparitions pour des réalités, autrement elles auraient ressemblé beaucoup aux hallucinations d'un aliéné.

Les illusions spectrales se montrent comme symptôme d'une affection grave du cerveau ou de ses enveloppes, d'un épanchement séreux, par exemple, dans la cavité de l'arachnoïde, d'une inflammation cérébrale chronique, etc. (2).

SECTION XI

ASTHÉNOPIE. (P. 712.)

Syn. Weak Sight. Fatigue de raccommoda lion, Fr. Augenenuùdung, AU. Amaurose presbj tique, Sichel. Amblyopic presbj tique, amblyopie par presbytie.

Depuis la publication du mémoire de M. Mackenzie sur l'asthénopie (5), dans lequel il décrit celle affection comme étant due principalement à une faiblesse de l'appareil de l'accommodation, les opinions des pathologisles ont été grandement modifiées par les recherches de M. Donders, qui a démontré que les aslhénopiqucs doivent ce défaut de leur vision à ce que l'axe anléro-poslérieur de leur œil est trop court, d'où résulte l'hypermétropie. Les asthénopiques, ainsi que M. Mackenzie l'a déjà indiqué, possèdent toute la netteté possible de vision, lorsqu'ils regardent des objets rapprochés; mais celle netteté ne dure qu'un temps très court, el, ainsi que M. Donders l'a démontré (4), ils n'arrivent à ce résultat qu'aux dépens d'un si grand travail de leur appareil d'accommodation, qu'ils ne peuvent le soutenir longtemps. M. Mackenzie regardait l'asthénopie comme une anomalie de l'accommodation; M. Donders a fait voir qu'il y avait tout à la fois anomalie de la réfraction et de l'accommodation. M. Mackenzie laissait ses malades se servir des verres convexes qui

(1) Sih Benjamin Bhodie. Psycliological taquines. I.omlon 1862, Part. Il, p. 96.

(2) AiiKP.ciio.MiiiE. l'alliol. and Pracl. Rescarchos on Discases of tbe Brain. Obs. Vil, p. 46. Edinb. 1834.

(3) Annales d'Oculistiquc, 1843, t. X, pp. 97 et 154.

(4) N'ederlamlscli Tijdscbrifl voor Gcnccsk. Jaarg, 18!i8; p. 473.

ASTHÉNOPIE. 525

les mettaient à même de lire et de travailler d'une manière continue; M. Donders mesure le degré d'imperfection de leur puissance de réfraction et leur prescrit des lunettes qui compensent exactement l'imperfection. Les conseils donnés dans ce cas par M. Mackenzie étaient empiriques et fondés seulement sur l'observation; ceux de M. Donders sont rationnels et reposent sur les principes de la pathologie optique.

MM. Donders et de Graefe admettent l'existence de trois espèces d'aslhénopie, savoir : \°Vaslhénopie accommodât ire, due à l'hypermétropie, d'où résulte une insuffisance delà puissance d'accommodation (v. p. lxxxii); 2° l'asthénopie musculaire , déterminée par l'insuffisance des muscles droits internes (de Graefe) (v. p. cm); 3° Fasthénopie pure, par défaut d'énergie ou paralysie exclusive de l'accommodation (v. p. cxxv). Dans l'une et l'autre de ces conditions, un eflort musculaire puissant est possible, mais à la condition d'être court, car la force employée est promplement usée. L'œil s'accommode pour un temps très court aux objets rapprochés, mais le relâchement survient bientôt.

M. Donders a reconnu que la rétine ne joue aucun rôle dans les phénomènes asthénopiques, qu'il attribue exclusivement à la permanence de la contraction nécessaire à une accommodation continue, d'où résulte la fatigue, suivie bientôt de l'impuissance. La persistance de l'extension des muscles suffit à l'expliquer : cette extension est le résultat de la résistance exercée par les parties qui concourent à l'accommodation (cristallin, etc.), pendant qu'elles subissent un changement dans leur forme et leur position. En vertu de leur élasticité, ces parties reprennent leur forme et leur situation, dès que cesse la contraction du système musculaire interne de l'accommodation. Il faut donc que celui-ci soit dans un état permanent de contraction pour produire une accommodation continue; celle contraction permanente occasionne de la fatigue, et la fatigue provoquée par l'extension accroît l'extensibilité. Comme conséquence de celte loi, la conlraclion doit toujours aller en augmentant, pour maintenir la même force en équilibre avec la résistance. Plus tôt ou plus tard, la fatigue doit se transformer en affaiblissement (1).

Quels résultats détermine la continuité de la tension excessive de l'accommodation dans l'asthénopie? L'asthénopie, dit M. Mackenzie (2), a souvent été traitée comme une amaurose commençante, mais il n'y a aucun lien nécessaire entre ces deux maladies, et l'une ne conduit pas à l'autre. M. Donders s'est exprimé dans les mêmes termes (3). Il a vu, dit-il, des centaines d'asthénopiques qui, depuis

(.1) Loc. cit. pp. 263-267.

(2) V. t. II, p. 716.

(5) Loc. cit. p. 268.

leur jeunesse jusqu'à Page de 50, 40 ans et même plus, avaient tous les jours, sans lunettes ou avec des lunelles trop faibles, poussé évidemment jusqu'à l'excès leur tension accommodalive, sans que jamais leur acuité de vision en eût souffert.

Le traitement de l'asthénopie varie avec la cause qui y a donné naissance et qui l'entretient (v. pp. lxxxii, cm et cxxv).

SECTION XII

CÉCITÉ NOCTURNE (NIGHT BLINDNESS). (P. 733.) Fig. ophthalmose. Opbth. Ilosp. Rep. I8H9, Vol. II, pi. VIII, fig. C 1 el C 2.

1. La cécité nocturne ou héméralopie doit être considérée plutôt comme un symptôme d'autres affections, siégeant dans l'œil ou dans le reste de l'organisme, que comme une maladie propre : cette considération a sa valeur, car elle doit avoir pour résultat d'indiquer des médications différentes , selon la nature de la cause productrice. L'héméralopie s'observe parfois dans la rélinile syphilitique et la rélinile albuminurique, dans certains cas d'atrophie progressive des nerfs optiques et dans la rélinile pigmenlaire, dont elle est un des symptômes ordinaires ; on la rencontre encore dans l'albuminurie, les fièvres intermittentes de longue durée ayant amené un état cachectique, les fièvres gastriques, l'anémie, la pellagre, le scorbut; en un mot, dans diverses affections entraînant avec ou après elles une détérioration plus ou moins profonde de la constitution.

Le scorbut figure en lèle de celle liste éliologique : beaucoup d'auteurs en ont consigné l'influence immédiate sur la production de l' héméralopie (1), qui pourrait même n'en être que la suite assez éloignée. Ainsi, M. Rizel (2) rapporte qu'ayant eu sous sa surveillance trois bataillons de zouaves, dont les deux premiers avaient été atteints du scorbut, quatre mois auparavant, et le troisième en avait été complètement exempt, tous les jours un ou deux héméralopes se présentaient à sa visite, mais que pas un d'eux n'appartenait au 3e bataillon. Comme preuve que, pendant la guerre de Crimée, l'héméralopie a été reconnue se montrer en connexion avec le scorbut, on peut citer le Bulletin de l'état sanitaire de la flotte de S. M. dans la mer Noire, 31 juin 1854, qui porte: « L'héméralopie était un signe prémonitoire fréquent du scorbut.»

(1) A. Bryson. Des rapports de l'héméralopie avec le scorbut (Oplith. Uosp. Rep. 1859-1860, Vol. Il, p. 40, cl Ami. d'Ocul. 1860, t. XLI V,p.44).— STniiATFEiLD. Note sur la cécité nocturne. (Id.,p. 55. — lil., p. iô.)

(2) Ann. de la Soc. méd. de S'-Éticnne, 1860, cl Ann. d'Ocul. 1860, t. XLIII, p. 277.

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