‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 244 sur 273 · CÉCITÉ NOCTURNE · texte numérisé non relu

CÉCITÉ NOCTURNE

garder au dehors, pour qu'ils n'allument pas du feu pour fumer. Lorsque, pour la distribution des aliments, la porte du cabinet doit s'ouvrir, l'infirmier doit préalablement faire fermer les yeux; en un mot, il faut, condition essentielle de la médication, que la vue des héméralopes demeure soumise aux ténèbres, sans discontinuité, pendant une série de plusieurs heures et tout en exigeant qu'ils restent éveillés.

L'auteur cite un grand nombre de faits à l'appui de ses allégations.

Obs. 271. (1) Le 21 mars dernier, entre à l'hôpital de Strasbourg, le nommé G..., soldat au 13e d'artillerie, atteint de chancres et d'une adénite considérable à l'aine ; ce malade se plaint en même temps de ne pas y voir la nuit, cécité dont l'invasion remonterait à quinze jours. Naturellement nous rassurons G... sur l'état de sa vue : « Votre cécité, lui disons-nous, n'a pas d'importance et se dissipera d'elle-même pendant le long séjour d'hôpital que nécessitera le traitement de votre affection syphilitique. » Or, il n'en a pas été ainsi. — Du 21 mars, date de l'entrée à l'hôpital, jusqu'au 30 mai, c'est-à-dire pendant 68 jours, le malade est soumis au traitement anlisyphililique, et l'adénite qui a suppuré est traitée par les vésicatoires, ce qui force à garder le lit. — Le 30 mai, au bout de 68 jours, le bubon a disparu, à part un restant d'engorgement à l'aine. G... nous ayant à plusieurs reprises, et ce jour-là encore, reparlé de sa cécité nocturne qui se maintenait au même degré, nous examinons alors attentivement l'état de ses yeux : la conjonctive et la sclérotique sont légèrement injectées, et les pupilles, notablement dilatées, se contractent très lentement à la lumière du grand jour. Nous entrons avec le malade dans un cabinet borgne dont la porte est d'abord largement ouverte, puis successivement poussée : l'obscurité allant ainsi en augmentant, il arrive un moment où G... nous dit être dans les ténèbres, tandis que nous et nos aides nous distinguons encore toutes choses avec assez de netteté. La nuit venue, amené dans la cour, il y est complètement aveugle. — Toute idée de simulation est ici inadmissible; le malade se trouve à l'hôpital et il n'a pas encore été question de le faire sortir : il connaît par ouï-dire le traitement qui lui sera appliqué, et il sait que ce traitement ne durera qu'un jour ou deux : au surplus l'étal seul des pupilles dénote l'existence d'une affection de l'œil. — Le 3 juin, G... est amené à la clinique de M. Stoeber, qui, en présence des élèves, l'interroge et reçoit de lui les renseignements que nous venons de rapporter ; après cela, examinant l'état des yeux, le professeur constate que les pupilles sont dilatées et paresseuses; finalement le malade, amené dans un cabinet obscur où tout autre voit, se trouve être aveugle; ce qui était obscurité pour les assistants est ténèbres pour lui. — Le 4. Première séance de midi à neuf heures du soir : insuccès. Le malade ne parvient pas à voir dans le cabinet, et le soir, dans la cour, sa cécité est complète ; échec que nous attribuons à l'ancienneté du cas, et par suite à une insuffisance dans la durée de la séance. — Le 5. Deuxième séance dans le cabinet ténébreux ; cette fois-ci à partir de neuf heures du malin: commencement de vision à trois heures de l'après-midi; après cela, amélioration graduelle, et le même soir, dans la cour, G... distingue tout très bien, se promenant seul dans un fourré d'arbres, sans tâtonner et ne se heurtant nulle part. — Le 6. Notre homme est ramené à la clinique, raconte ce qui vient d'être dit, et M. le professeur Stoeber constate que ses pupilles ne sont plus dilatées et qu'elles fonctionnent régulièrement: ajoutons que, dans l'obscurité artificielle où pour G... tout avait été ténèbres à la précédente clinique, maintenant les choses se passent sur lui comme sur tout autre.

Le traitement parles cabinets ténébreux a été appliqué avec des succès divers. M. Quaglino en a retiré de bons résultats (2).

I) Netter. Loc. cit.

(â) Giornaled'Oflalin. Ilaliano, 18G5.

SECTION XIV

ÎIÉMIOI'IE. ( P. 741. )

Les personnes atteintes d'hémiopie expliquent presque toutes d'une manière différente les symptômes qu'elles ressentent et la cause qui y a donné naissance. C'est le cas de dire qu'il y a des hémiopes, mais que l'hémiopie, en tant que maladie, n'existe pas. M. Airy, astronome reyal, dit en avoir été fréquemment attaqué, pas moins de trente fois certainement, et connaître deux personnes qui en ont également souffert et dont l'une a eu au moins cent attaques. Grâce aux renseignements de ces deux amis et à son expérience personnelle, il a pu fournir sur cet état les détails suivants, qui paraissent avoir échappé au Dr Wollaston et à sir David Brewsler.

« Un de mes amis attribue chacun de ses accès à des inquiétudes d'esprit ou à un surcroît d'occupations. Pour mon compte, je ne puis rapporter ies miens à aucune cause

appréciable. Dans un petit nombre de cas, j'ai vu mes accès succéder à cet état du cerveau, occasionné par la pression brusque, résultant de l'acte respiratoire et qui donne lieu àl'apparilion,dans le champ de la vision, de nombreux globules sphériques flottants. Je découvre le début de l'attaque par ce symptôme qu'un objet que je suis à regarder (ixemenl devient un peu indistinct; je crois que ce trouble siège sur la rétine, non au point d'entrée du nerf optique, mais au centre du champ visuel ordinaire. Je m'aperçois très promplement que la légère confusion est produite par de courtes lignes qui croisent l'image et changent de direction et de place. Au bout de peu de temps, la maladie revêt son type normal, et présente successivement les aspects représentés dans le diagramme (liig. 81.) En le dessinant, j'ai supposé que le principal obscurcissement des objets apparaissait du côté gauche; en renversant la ligure de gauche adroite, on aura les apparences qui se produisent lorsqu'il se montre du côté droit. (D'après mon expérience personnelle, je crois qu'il y a autant de chance pour qu'il se manifeste à droite qu'à

Fïg. 81.)

A Commencement de In maladie. — R 4, C e, D rf, K c, nppnrcnccs successives des arches à mesure qu'elles grandissent.

HE.M10P1E. OOO

gauche.) Le cercle formant contour indique grossièrement l'étendue qui, dans l'œil, est encore susceptible d'une vision plus ou moins vive. On n'aperçoit qu'une seule arche à la fois : celle-ci est d'abord petite, puis les dimensions s'accroissent graduellement.

» Les zigzags ressemblent presque à ceux des ornements d'une arche normande, mais ils sont un peu plus aigus. Ceux situés au niveau des lettres tf,C, D, E, sont beaucoup plus profonds que ceux des lettres b,c, d, e. L'arrangement relatif des zigzags ne varie pas pendant l'agrandissement de l'arche, mais ils tremblent fortement. Ce tremblement est plus fort en B, G, D, E, que près de b,c,d,c. Il y a une légère teinte écarlate sur l'un des bords des zigzags, l'externe, je crois. A mesure que l'arche s'agrandit, la vision devient distincte dans le centre du champ visuel. L'extrémité de l'arche qui tremble fortement s'élève en même temps qu'elle passe à gauche, et finalement dépasse le champ visuel; tout le phénomène disparaît alors.

» Je n'ai jamais pu décider positivement si la maladie affecte réellement les deux yeux. La première impression qui se produit sur l'esprit, c'est qu'un seul œil est affecté (le gauche dans le casque reproduit la figure). Il y a d'un côté obscurité générale; mais le tremblement et le bouillonnement produisent une tel trouble, que lors même qu'ils ne se produisent que dans un œil, ils peuvent bien éteindre la vision du côté opposé.

» La durée de ce dérangement oculaire est d'ordinaire, chez moi, de vingt à trente minutes, mais, chez un de mes amis, il dure quelquefois beaucoup plus longtemps. Habituellement, une fois qu'il est terminé, je n'éprouve pas d'aulre incommodité; mais chez mes amis, il est suivi d'une céphalalgie accablante.

» On a remarqué dans un cas que la marche de la personne affectée était sensiblement déviée d'un côté. Moi-même, dans une de mes attaques, qui survint pendant que je causais avec une de mes connaissances, dans une voiture de chemin de fer, je m'aperçus bientôt avec douleur que je ne parlais plus avec ma facilité ordinaire, la mémoire me fil tellement défaut que je ne savais plus ni ce que je disais, ni ce que j'essayais dédire, et peut-être ai-je prononcé des phrases incohérentes. Je ne doute nullement que le siège de l'affection ne soit le cerveau, que ce ne soit une sorle de paralysie, et que l'affection oculaire ne soit qu'un symptôme secondaire (1). »

Dans la Cyclopedia of Practical Surgery, publiée en 1844, Tyrrell décrit l'hémiopie comme « une amaurose fonctionnelle due à un trouble général. » Il nous apprend qu'il a lui-même éprouvé plusieurs fois celte forme d'amaurose, et qu'il avait été consulté par plusieurs malades des deux sexes qui l'accusaient également. Dans chacun de ces cas, il y avait en outre une céphalalgie intense, des vertiges et de l'irritation gastrique; tantôt ces symptômes précédaient Tatiaque, tantôt ils y succédaient.

Dans les descriptions données par Wollaston (2), Arago et Tyrrell, « aucune tentative n'a été faite, ainsi que le remarque Sir David Brewsler, pour s'assurer de la constitution optique de l'œil, lorsque l'on disait qu'il était à moitié aveugle, ni pour déterminer le siège et la cause immédiate de la maladie. Le docteur Wollaston décrit la cécité comme une ombre sans contours définis. M. Arago ne dit rien à propos des ténèbres; et l'insensibilité de la rétine dont il parle doit s'entendre de l'insensibilité aux impressions visuelles et non aux impressions lumineuses. D'un autre côté, M. Tyrrell dit simplement que l'obscurité se produit dans différentes portions de la rétine et qu'elle varie d'étendue dans les différentes atteintes.

» Ayant moi-même éprouvé, continue Sir David Brewsler, plusieurs attaques d'hémiopie, j'ai pu m'assurer de la condition optique de la rétine pendant qu'elle est sous l'influence de l'attaque, et déterminer l'étendue de l'affection, ainsi que sa cause immédiate.

(1) Airï. Philosophical Magazine, 1865, Jnly. — Voir aussi un mémoire de Brewster, dans le même journal, supplément, juin 1865, p. 503, où il rapporte sa propre observation, et Transactions of lioyal Society of Edinburgh, Vol. XXIV, part. i.

(2) La cause de l'hémiopie de Wollaston, une tumeur du cerveau, avait probablement existé chez lui à une période peu avancée de son existence, a Sa mort fui déterminée par une tumeur du cerveau qui, après avoir acquis une eerlaine dimension, avait fait saillie dans les ventricules, et y avait occasionné un épanchement de liquide; il en était résulté une paralysie d'une moitié du corps. Une chose digne de remarque, c'est que certains symptômes qu'il avait luimême notés, et sur la cause desquels il avait l'habitude de faire des conjectures, prouvent que cette maladie organique avait dû exister à une période très-peu avancée de sa vie. » (Brodies Psychological Inquiries, Part. \. p. 125; London, 1854.)

» En lisant les différentes observations d'hémiopie, on est amené à conclure que la vision existe dans une moitié de la rétine et que l'autre moitié en est privée, qu'elle est aveugle. Mais les choses ne se passent pas ainsi. La cécité ou l'insensibilité pour les impressions existe, surtout dans une petite portion de la rétine, à gauche ou à droite du foramen centrale; de là elle s'étend irrégulièrement à d'autres parties de la rétine du même côté, et dans le voisinage, la vision n'est pas altérée. Dans quelques cas, c'est la moitié supérieure de l'objet qui est invisible, la portion de la rétine paralysée étant située un peu au-dessous du foramen centrale. Dans quelques cas, lorsque, dansl'obscuritéabsolue, je produisais un faible éclat de lumière en exerçant une pression uniforme sur toute la rétine, j'ai observé un grand nombre de points noirs, correspondant aux parties de la rétine sur lesquelles ne portait aucune pression.

» Dans les cas d'hémiopie, comme je l'ai observé sur moi-même, il n'y a d'ordinaire ni ténèbres, ni obscurité; les portions du papier d'où les lettres disparaissent sont aussi brillantes que celles où elles sont encore visibles. C'est là un étal très remarquable de la rétine; en même temps qu'elle reste sensible aux impressions lumineuses, elle devient insensible aux lignes et aux ombres des images qu'elle reçoit des objets extérieurs; ou bien, en d'autres termes, la rétine, en certaines de ses parties, est dans un état tel que la lumière qui tombe sur elle s'irradie, ou passe dans les lignes noires ou les ombres des figures produites sur elle, et les oblitère. Cette irradiation existe à un faible degré, même dans le cas de vision parfaileau niveau du foramen centrale, et on peut le produire artificiellement sur un œil sain, sur des parties éloignées du foramen, et aussi complètement, quoique temporairement, que dans l'hémiopie. Pour prouver ce que j'avance, il suffit de regarder obliquement un-e étroite bande de papier placée sur un drap vert, c'est-à-dire, fixer l'oeil sur un point un peu distant de la bande de papier. Après un court espace de temps, la bande de papier disparaît complètement ou partiellement, et l'espace qu'elle occupait parait vert, ou de la couleur du support sur lequel elle était placée (-1).

» Cette insensibilité temporaire de la rétine, dans sa partie recouverte par l'image de la bande de papier, ou son inaptitude à conserver la vision conslanle de cet objet, ne peut provenir que de ce que l'action continue de la lumière la paralyse, effet qui a peu de chance de se produire, et qui n'a jamais été observé dans la vision ordinaire.

» L'insensibilité de la rétine, dans les cas d'hémiopie, et l'irradiation de la lumière dans l'espace occupé par les lettres ou les objets qui disparaissent, bien qu'étant un phénomène de la même espèce que celui qui se produit dans la vision oblique, peut encore avoir une origine très différente. Les parties qui sont affeclées dans ce cas s'étendent irrégulièrement du foramen centrale vers le bord antérieur de la rétine, comme si cette paralysie était en rapport avec la distribution des vaisseaux sanguins, et comme s'il était probable que la paralysie des parties correspondantes de la rétine fût produite par les pressions qu'ils exerceraient sur elle. Celle opinion aurait pu n'être pendant longtemps qu'une explication raisonnable de l'hémiopie, s'il ne s'étail présenté à moi un phénomène qui lève tous les doutes à cet égard. Un jour que j'avais une attaque assez intense, ce qui ne survient jamais, à moins que je ne me sois fatigué à lire les petits caractères du Times, et ce qui chez moi ne s'accompagne jamais de céphalalgie ni d'irritation gastrique, j'entrai par hasard dans un appartement obscur, et je constatai avec surprise que toutes les parties affeclées de la rétine étaient légèrement lumineuses, effet qui est toujours la conséquence d'une pression sur celle membrane. S'il en est ainsi, l'hémiopie ne peut être considérée comme une amaurose, ni déterminée, ainsi qu'on l'a supposé, par un trouble cérébral.

» Le Ur Wollaslon s'efforçait d'expliquer le phénomène de l'hémiopie et celui de la vision simple avec les deux yeux, par ce qu'il appelait la semi-décussalion des nerfs optiques, doctrine qui a été suggérée par Sir Isaac Newton, et qui lui servait à expliquer la vision simple. On suppose qu'une libre du nerf optique droit éprouve une semi-décussatiou, de façon qu'elle se divise en deux, l'une se portant au côté droit de l'œil droit, et l'autre au côté droit de l'œil gauche, tandis qu'une libre du nerf optique gauche éprouve aussi une semi-décussalion, envoyant une libre au côté gauche de l'œil gauche, et une autre fibre au côte gauche de l'œil droit. Decel étal de choses, Sir lsaac Newton

(Il Lelierson Naturel Magic. Letler II, p. 15. Loiulon, 1832.

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tirait la conclusion qu'une impression agissant sur chacune de ces deux moitiés de fibre ne transportait au cerveau qu'une sensation unique; de même le docteur Wollaston concluait que, dès qu'un œil était héniyopique, l'autre l'était aussi nécessairement.

» Quelque ingénieuses que soient ces explications, elles ne pourraient avoir de valeur qu'autant que le fait analomique qu'elles supposent fut rigoureusement établi. Le li' Alison ([), qui a adopté l'opinion de Newton et qui l'a commentée, admet que la démonstration analomique n'est point encore faite; et feu M. T\vining(2)a recueilli neuf eus de maladies du nerf optique et des couches optiques qui sont en opposition avec l'hypothèse de la semi-décussation. M. Mackenzie, adoptant sur ce sujet les vues du I>r Twining, déchire nettement que « la grande masse des faits d'anatomie pathologique et expérimentale recueillis sur ce point, tendent à prouver que les lésions traumaliques et les maladies occupant un côté du cerveau, au lieu de déterminer Phémiopie dans les deux yeux, déterminent seulement l'état amaurolique de l'œil du côté opposé. »

» Ces deux grands faits, Phémiopie occupant les deux yeux, et la vision simple, à l'aide des deux yeux, n'ont pas besoin pour s'expliquer de l'hypothèse de la semi-décussation. Si l'hémiopie est due à la distension des vaisseaux sanguins de la rétine, ces vaisseaux affectent la même distribution dans chaque œil et sont affectés de la même façon par tous les changements qui peuvent survenir dans l'économie; conséquemment, le même effet doit se produire dans chaque rétine et dans chacune de leurs parties identiques.

» Four expliquer la vision simple avec les deux yeux, il est inutile de faire appel à des fibres doubles du nerf optique ou à des points correspondants sur la rétine. En réalité, la vision simple, c'est-à-dire une seule image vue par les deux yeux, n'existe pas. Lorsque les deux yeux sont bons, chaque objet est vu double, et il ne paraît simple qu'alors qu'en vertu de la loi de position visible, une image se superpose à l'autre. Mais, même dans ce cas, l'objet est vu double, au moyen de deux images dissemblables qui ne sont pas coïncidentes. En fermant l'œil droit, nous perdons la vue du côté droit de la portion de la double image qui n'est vue que par l'œil droit; et en fermant l'œil gauche, nous perdons la vue d'une partie du côté gauche de l'image double, qui n'est vue qu'avec l'œil gauche. Si l'un des yeux donne une meilleure image des objets que l'autre, la duplicité de l'image, apparemment simple, se voit plus aisément. En fermant le bon œil, on perçoit l'image imparfaite, et en fermant le mauvais, on isole l'image parfaite. Il est difficile de comprendre comment les auteurs qui ont écrit sur l'optique, et les physiologistes, se soient obstinés si longtemps à vouloir qu'il n'y eût qu'une sensation unique pour la production d'une seule image résultant de deux images imprimées sur les deux rétines. Quand même nous aurions les cent yeux d'Argus, la production d'une image unique, en apparence, avait été le résultat nécessaire de la loi de la position visible (3). »

Obs. 272(4). — Le 2 janvier 1866, je suis consulté pour une blépharite par un monsieur âgé de 47 ans. Il me raconte par hasard que, depuis l'âge de seize ans, il est sujet par intervalles à un singulier trouble de la vision. Pendant l'espace d'une dizaine de minutes, il ne voit que la moitié de la figure des personnes qu'il regarde, puis cela se termine par un trouble absolu de la vue qui ne dure que quelques instants. Au début, ces attaques s'accompagnaient d'une céphalalgie très violente. Il en avait de deux à trois par année. Sa vue a néanmoins toujours été excellente ; actuellement encore, il lit à dix pouces le n° 1 deJaeger et voit parfaitement aux plus longues distances. Depuis quelques années, il n'a plus de céphalalgie, l'attaque ne revient guère qu'une fois par an, il ne voit plus la moitié des figures comme avant : c'est seulement un trouble subit de la vue qui dure une dizaine de. minutes. Il lui montre la figure tracée par l'illustre astronome Airy. et lui donne connaissance des phénomènes éprouvés par ce savant. Il n'a rien observé de semblable sur lui. Rien à l'ophthalmoscope.

(1) Trans. of Royal Soc. of Edinburgh, Vol. XIII, p. 472.

(2) Trans. of Med. Society of Calcutta, Vol. II, p. toi ; ou Edinburgh Journ. of Med. Science, 18-28, July, Vol. IX, p. 143."

3) Trans. of Royal Society of Edinburgh, Vol. XXIV, part. I, ou Philosophical Magazine, 1865, June, p. 505.

.4) Testeli.w Inédile.

Obs. 273(1).— Le 6 janvier 1866, un homme, âgé de 21 ans, vient à ma consultation. Depuis cinq ans, il est sujet à des phénomènes visuels qui ont toujours été en «'aggravant et qui actuellement lui font redouter de perdre la vue. Il en attribue la cause à des excès vénériens auxquels il s'est livré de bonne heure. Voici en quoi consistent ces phénomènes : tout à coup alors qu'il regarde une personne, il s'aperçoit que la moitié de la ligure s'efface ; pendant quelques secondes, c'est la moitié droite ou la gauche, puis c'est la gauche ou la droite. En même temps, il voit des lignes confuses en zigzag qui, finalement, abolissent la vision pendant un certain temps. Je lui montre la figure dessinée par Airy et lui en donne l'explication; il me dit que c'est trait pour trait ce qu'il éprouve. Actuellement les accès reviennent jusqu'à huit et dix fois par jour. Le malade a constaté que, lorsqu'il cligne fortement les paupières vers la terminaison de l'accès, la vue se rétablit plus rapidement. Il a remarqué aussi qu'à la chute du jour, l'acuité de sa vision diminue beaucoup. Actuellement il lit parfaitement le n° 4 de Jaeger à la dislance de dix pouces et aperçoit nettement les objets les plus éloignés. Le sujet est un grand jeune homme, militaire, de taille élevée, assez robuste, cheveux noirs, teint très coloré ; il vient de marcher vile, de sorte que son pouls est assez fréquent, assez fort; il en est de même des battements du cœur, qui ne présentent aucun bruit anormal. Ce jeune homme ajoute qu'un médecin lui a dit qu'il avait un commencement d'hypertrophie du cœur, ce que je ne puis vérifier exactement à travers ses vêlements; toujours est-il que cet organe a en ce moment des battements très forls. Le sujet est habituellement constipé.

A l'ophthalmoscope, les vaisseaux de la papille sont très développés en volume, mais en nombre normal ; il sont le siège de battements spontanés, ce qui peut s'expliquer par l'exercice que vient de faire le sujet et par la vive émotion qu'il éprouve en me parlant de symptômes qu'il considère comme les préludes de la cécité. Je le rassure sur les conséquences de son affection et me borne à lui prescrire la continence et un régime modéré, plus quelques pilules laxatives. Je ne l'ai plus revu.

Obs. 274(2). — Le 9 février 1866, une dame, âgée de 70 ans, vient me consulter pour un phénomène visuel qui l'inquiète beaucoup. Depuis huit jours, chaque fois qu'elle passe dans un appartement obscur, elle aperçoit, de l'œil gauche seulement, trois lignes lumineuses qui lui font éprouver des sensations étranges. Cela a débuté à la suite d'une application forcée de ses yeux à un travail de couture sur de Péloffe noire. Elle a commencé par apercevoir en plein jour comme des flocons de neige qui tombaient, mais ce sont le plus souvent trois gouttes argentées qui paraissent couler devant son œil pendant le jour, pour se transformer en lignes lumineuses quand elle passe dans un lieu obscur. Malgré cela, sa vue a toujours été excellente ; elle lit encore de pelils caractères et enfile ses aiguilles sans jamais faire usage de lunettes. Elle a toujours élé un peu myope, mais l'ophllialmoscope ne révèle aucune trace de staphylôme postérieur, non plus que d'aucune autre altération. Cependant, à gauche, c'est l'œil de ce côté qui est le siège du phénomène que nous avons décrit: les vaisseaux, les veines surtout, sont un peu volumineux. La santé de celle dame est bonne; seulement elle est depuis longtemps sujette à des accès de palpitations du cœur qui me paraissent purement nerveuses, ainsi que le lui avait toujours dit notre regretté confrère Bailly. En interrogeant celle malade, j'apprends que, depuis plus de vingt ans, elle est sujette, tous les quinze jours à peu près, à des attaques d'hémiopie qui durent environ cinq minutes. Pendant ce temps, elle ne voit que la moitié de la figure des personnes qu'elle regarde. L'allaque n'est ni précédée, ni accompagnée de céphalalgie et se lermine sans qu'il y ait eu obscurcissement tolal de la vision. Je lui montre la figure d'Airy; elle éprouve, dit-elle, des phénomènes fort analogues.

Ces deux dernières observations concordent avec la théorie de sir David Brewsler. Les deux malades sont tous deux sujets à des palpitations du cœur; le premier a les vaisseaux des deux yeux volumineux et agités de battements spontanés à la suite d'une émotion ou d'une marche un peu rapide; les phénomènes de son attaque paraissent indiquer que les deux yeux sont également pris ; la seconde offre les vaisseaux du côlé gauche plus volumineux qu'à droite; elle voit de cet œil dans lobscurilé les lignes luoii-

(1) Ibid Idem.

(2) Ibid. |d.

IIÉM10PIE. 557

lieuses signalées par Brewsler, et les phénomènes de l'attaque semblent indiquer qu'il n'y a qu'un seul œil d'entrepris, puisque la cécité n'est jamais complète.

L'hëmiopie n'est, le plus souvent, qu'un symptôme cérébral passager ne laissant après lui aucune trace. Nous l'avons observé sur un sujet de 44 ans, qui nous tient de très-près, et qui, depuis six à sept ans, en a eu peut-être une vingtaine d'attaques : celles-ci se manifestent toujours, soit après une grande fatigue corporelle, soit à la suite de l'éblouissemenl résultant de la réverbération de la neige ou d'une course faite au grand soleil; elles persistent plusieurs heures, si le malade n'a pas le soin de se coucher et de s'endormir ou au moins de tenir ses yeux fermés pendant assez longtemps : une ou deux heures de sommeil suffisent ordinairement pour faire disparaître tous les accidents. L'hémiopie n'est pas absolument tranchée; la moitié gauche des objets, toujours la même, soit que la vision s'exécute avec chacun des deux yeux séparément, soit avec les deux yeux à la fois, est seulement recouverte d'un fort brouillard; la moitié droite reste assez nette, mais s'il s'agit de caractères d'imprimerie, la lecture en est toujours assez difficile. Il y a en même temps des vertiges légers, un peu de céphalalgie et un grand dégoût pour les aliments, n'allant néanmoins jamais jusqu'au vomissement. Cet étal concorde avec une santé parfaite, et jamais aucune attaque n'a laissé après elle le moindre symptôme, soit du côté de la vue, soit du côté du cerveau. Le sujet, qui est un homme de cabinet, ne s'en est aucunement alarmé, et n'a jamais employé d'autre remède que le sommeil, qui lui a toujours réussi : depuis plus d'un an, il n'a plus eu d'attaque. L'hémiopie intermittente ou temporaire ne doit pas être considérée comme un signe précurseur de l'amaurose : le malade cité dans l'observation 272, en est atteint depuis 51 ans et sa vue est restée excellente. Il en est autrement de l'hémiopie permanente, qui est toujours un symptôme grave, souvent celui d'un décollement de la rétine (v. p. 416); dans ce dernier cas, l'ophlhalmoscope en révèle la cause.

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