‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 252 sur 273 · DESCRIPTION GÉNÉRALE DE L'AMAUROSE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION GÉNÉRALE DE L'AMAUROSE

se limite à un seul œil, c'est en général à l'œil du côté opposé à l'hémisphère lésé, circonslance à faire valoir à l'appui de la ihéorie soutenue par M. Lancereaux (1).

Toules les altérations pathologiques susceptibles de donner lion à une modification de la substance cérébrale ou à sa compression, telles que : l'atrophie et l'hypertrophie du cerveau (2), diverses productions nouvelles, syphilitiques, cancéreuses ou inflammaloires(o),des kystes, etc., siégeant dans les hémisphères cérébraux, les corps genouillés et les tubercules quadrijumeaux, les bandelettes et les nerfs optiques, peuvent donner lieu à l'amaurose et à des altérations consécutives de l'extrémité inlra-oculaire du nerf optique.

Ces altérations et l'affaiblissement visuel qu'elles accompagnent ne sont pas les seules manifestations des désordres cérébraux sous la dépendance desquels ils sont placés. Les malades ainsi affligés ont d'ordinaire la marche incertaine, les globes oscillants d'un eôlé à l'autre, les pupilles paresseuses ou larges et immobiles; des douleurs continues ou intermittentes, siégeant le plus souvent à la partie antérieure ou postérieure de la tète; divers troubles de la sensibilité et de la molilité, tels que paralysie, contractures, secousses convulsives, etc., la perte de la mémoire et parfois des troubles de l'intelligence, tous symptômes se rapportant à des lésions circonscrites, telles que des tumeurs et des foyers d'hémorrhagie ou de ramollissement. Dans d'autres cas, on a vu l'amaurose accompagnée de troubles encéphaliques indiquant une lésion diffuse et périphérique : il en est ainsi dans celle qu'on remarque dans les (roubles variés de la paralysie générale, dont elle peut être regardée comme un des symptômes.

La localisation des altérations morbides peut être,' jusqu'à un certain point, déterminée par les symptômes concomitants de l'amaurose : 1- Des désordres fonctionnels du côté des nerfs olfactifs ou des nerfs moteurs de l'œil indiquent la présence d'une tumeur de la base du cerveau comprimant les bandelettes optiques ou lechiasrrta, comme il arrive dans les cas de tumeurs du corps pituitaire, par exemple : une hémiplégie plus ou moins complète venant s'y ajouter est l'indice que la tumeur se prolonge du côté des pédoncules cérébraux. 2. Des troubles du côté de la mixtion ou des fonctions intestinales, et des convulsions montrent que la lésion siège vers les tubercules quadrijumeaux. 3. Quand ce sont des troubles de l'audition, de l'odorat et du goût, accompagnés de paralysie, de constipation et de la perte involontaire des urines, c'est que les couches optiques sont particulièrement intéressées. 4. L'amaurose peut

(1) Ibid. Id. 68.

(2) RoKiTiNSKi.— Bcrnet. Journ. hebdom. de méd., t. V, p. 265. Obs. citée par Asdral, t. V.

(3) LA5CEREAIX. LOC. Cil.

rester bornée à un œil, quand l'affection cérébrale siège dans les corps slriés et la substance nerveuse qui les avoisine (1) ; le strabisme et une hémiplégie avec ou sans contractures s'y ajoutent souvent (2).

5. L'amaurose avec atrophie des nerfs optiques est un symptôme fréquent de l'alaxie locomotrice progressive, décrite par M. Duchenne, de Boulogne, et qui est constituée : anatomiquement, par l'atrophie des tubes nerveux des cordons postérieurs de la moelle et de ses racines postérieures; fonctionnellement, par un trouble particulier de la molililé, caractérisé par une désharmonie des mouvements volontaires, coïncidant avec l'intégrité de la puissance individuelle des muscles. Celte affection commence souvent par des troubles de la vision qui précèdent d'ordinaire de très longtemps les premiers signes de l'alaxie, et offrent ce caractère de mener promplemenl à la cécité et de s'accompagner d'une atrophie plus ou moins marquée de la papille avec conservation de l'intégrité de la rétine. La perte de la vision, chez ces malades, a pour conséquence d'aggraver considérablement leur état général. En effet, leurs mouvements n'étant plus guidés alors par les inductions supplémentaires que fournit ce sens, deviennent plus incertains encore, et la station peut en devenir définitivement impossible (3).

Le traitement de cette forme d'amaurose est celui de l'affection spinale dont elle est le symptôme. Le nitrate d'argent, pris à l'intérieur, y lient la première place, décommandé d'abord par M. Wunderlich, les bons effets en ont été mis hors de doute peu de temps après par MM. Charcol et Vulpian (4), qui l'administrent toujours à de très faibles doses longtemps continuées (2 pilules, puis plus lard 3 pilules de I cenligr. de nilr. arg. par jour). M. Ilersehel a communiqué au Congrès d'ophlhalmologie de Paris, en 1862, l'observation d'un cas d'amaurose de celle catégorie que cette médication a notablement amendé.

Obs. 277 (5). — X..., âgé de 47 ans, cordonnier de profession, marié et de mœurs régulières, n'ayant jamais fait de maladie sérieuse ni contracté d'affection spécifique, a commencé, il y a cinq mois environ, sans cause connue, à perdre l'appéiii et à ressentir une grande faiblesse dans tout son être. Peu de temps après, il a éprouvé des sensations insolites dans diverses parties du corps. C'était d'abord un chatouillement dans les doigts des pieds qui monta jusqu'au-dessus des genoux, et auquel succédè-

(1) LaLlehaND. T. I,p 138. — Lee. On Discasosof Women, p. 16'.). Lond. 1832.

(2) Pour l'amaurose f ii rapport avec l'uniaurose cérébrale, voyez: Lancereaux. Loc. cit. — II. Jacksom. Med. Times and Gaz., 1804, Apr. 50, p. 480. — Wilks. Ib., 1862, Sept. 15, p. 276. — Shann et Tore. IL»., 1862. Aug. 50, p. 222. — Houciiut. Du Dinpn., ele. Paris, 1*66. - De

Graefe. Kln. M I ., 1865, B. III, SS. 129, 193.257. — Id. Itanium- and Itaddifïu llalf yi-orly

Abstracl of Medic. Se, l.oudon 1861, Vol. XX\ III, p. 54 — Brown-SéquaRD. Med. Times und Gaz., 1863, May v23. — Id Iliid.. p 535. — Woon. Edinl>. Journ., 1860, Jan., p. 605.

(5) Ciiahcot il Vulpian. Sur un cas d'atrophie des cordon» postérieurs de la moelle et des racines postérieures (Gaz In-hdom. de Paris. 1862, pp. 247-277.)

(4) Bulletin de thérapeutique, 1862, pp. 481 el 5i9.

(5) Hersciiel. Compte rendu du Congrès d'o|ihllialmologie de Paris, 1862, p. 146.

DESCRIPTION GÉNÉRALE DE I.AMAl ROSE. 553

renl bientôt des douleurs lancinantes électriques, comme il dit, et rapides comme l'éclair,

dans les jambes, tandis que les pieds devenaient le siège d'engourdissements : un cercle de fer lui comprimait la poitrine. Il sentait ses forces s'en aller de telle façon qu'un enfant de six ans, à son dire, aurait pu l'abattre. L'impuissance dont il fut frappé était complète. Les douleurs le forcèrent enfin à prendre le lit. Mais des crampes insupportables survinrent alors, commençant au-dessus de la cheville pour de là s'étendre aux doigts. Généralement, les crampes se montraient plutôt la nuit, et les douleurs principalement dans la journée. A la lin, les mains elles-mêmes furent prises d'une espèce de tremblement, toutes les fois qu'il s'agissait de saisir un objet quelconque. La tête resta constamment libre et n'éprouva aucune espèce de souffrance.

Quanta la vue, elle commença à diminuer dès les premières manifestations de la maladie, et avec une rapidité telle qu'à peine deux mois après, il ne pouvait plus se conduire seul. Il voyait tous les objets brouillés, mais n'éprouvait aucune espèce de douleur ou de sensation anormale dans les yeux. — 8 septembre. De l'œil gauche il lit le n° 18 de Jœger, et du droit, le n° 19; des deux côtés, il existe une interruption considérable du champ visuel du côté de la tempe. Les papilles optiques ont celte teinte nacrée particulière aux amauroses cérébrales. Une légère excavation s'observe du côté du nez, avec une petite déviation des vaisseaux vers le côté opposé. Lorsqu'on fait fermer les yeux au malade, il chancelle et tomberait, s'il n'avait hâte de les rouvrir. La station devient tout à fait impossible, si on lui enjoint de se tenir sur un seul pied. Les fonctions de la vessie ne présentent aucun trouble.

Prescriptions.— 8 septembre. Pilules contenant 75 milligr. de nitrate d'argent, pour en prendre deux par jour, une le matin, l'autre le soir, avant les repas. — 20 septembre. Le malade lit le n° 7 de Jaeger de l'œil droit, et le n° 9, de l'œil gauche. — Même prescription ; seulement, chaque pilule contiendra 1 centigr. de nitrate d'argent. J'y fais ajouter 5 centigr. d'aloès. — Les 26, 27 septembre et le 1er octobre, il lit, des deux yeux, le n°o. L'interruption du champ visuel a disparu. L'absence antérieure delà vision en cet endroit est encore marquée par un brouillard, mais de dimension beaucoup plus petite que l'interruption du champ visuel. Les troubles sensitifs et moteurs se sont amendés à peu près dans la même mesure que les troubles visuels. L'aspect des papilles optiques n'a pas notablement changé.

6. Naguère encore, on s'attachait à diviser les amauroses en « éréthiques » et « torpides. » Cette division serait à peu près sans valeur aujourd'hui. Il est tels cas cependant où, en dehors de toutes données autres que la diminution de l'acuité visuelle, la rétine manifeste des impressions en rapport avec l'intensité de la lumière qui y arrive; si cette impression est plus vive, alors que l'éclairage est plus intense, on peut dire qu'il y a un état de torpeur de la rétine; celle-ci sera, au contraire, considérée comme un état d'éréthisme, si une diminution dans l'éclairage améliore sensiblement la vision. Au point de vue du traitement, ces données ne laissent pas d'avoir une certaine utilité.

7. Simulation de l'amaurose. — Les femmes hystériques et les conscrits s'en rendent parfois coupables : le plus souvent, ils n'accuseut l'amaurose que d'un seul œil, celle des deux yeux étant trop difficile à simuler. Il peut être important de dévoiler celte supercherie. Dans ce but, un médecin hollandais, M. Fiées, a imaginé un petit appareil destiué à faire voir, par l'œil dit amaurolique, une image que le simulateur croit voir par l'autre œil : il est arrhé à ce résultat par une ingénieuse disposition de deux miroirs plans disposés verticale-

nr. xlvii

554 AMAUR0SE.

ment dans une boîte carrée, sous une inclinaison de 120° (1). M. de Graefe a conseillé, pour le même objet, le procédé suivant (2) :

Quand on soupçonne l'amaurose simuléed'un œil, on fait semblant, après avoir examiné cet œil, de ne plus s'en occuper et Ton dirige son attention sur l'œil réputé sain. Le simulateur, frappé sans doute de cette idée qu'on admet sa maladie, puisqu'on la cherche jusque dans l'autre œil, se sent en général prêt à répondre à tout ce qui peut se rapporter à celle dernière partie de l'examen. On place alors devant cet œil un prisme un peu fort, des numéros 8 à 10, en ayant soin d'en diriger la mise en haut ou en bas. Si l'un des yeux est véritablement amaurotique,le malade persiste à dire qu'il ne voitqu'uneseul image, mais, en cas contraire, même s'il existe un certain degré d'amblyopie dans l'œil où est simulée l'amaurose absolue, le malade déclare apercevoir une seconde image dont il indique la position et le déplacement, suivant les mouvements du prisme. Il est évident que, dans ce cas, la diplopie ne peut résulter que de la persistance de la vision dans l'œil dit amaurotique. De plus, si le malade décrit exactement ces images doubles, on peut reconnaître si l'un des yeux est véritablement plus faible que l'autre. En effet, si l'un des yeux est sain et l'autre amblyopique, le malade dira que l'une des images est nette, mais que l'autre est plus ou moins confuse, etc. On a ainsi un élément de diagnostic en dehors des assertions directes du sujet.

Lorsque les personnes qui veulent se faire passer pour amaurotiques ont, comme il arrive d'ordinaire, eu le soin de se dilater la pupille par l'atropine, il importe de rechercher si la dilatation est réellement due à cette cause. Pour arriver à celte constatation, il suffît de se rappeler que, dans l'amaurose d'un œil avec dilatation de la pupille, celle-ci se contracte quand l'œil resté sain se trouve exposé à une lumière vive, ce qui n'a pas lieu dans la mydriase artificielle. Ici, en effet, le muscle constricteur du sphincter est réduit à l'impuissance, ce qui n'a pas lieu dans l'amaurose, où les muscles de l'iris sont à l'état normal (5).

SECTION III

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES D'AMAUROSE. (p. 797.) ' II. Amaurose due à un anovrysme de l'artère centrale de la rétine. (P. 799).

L'anévrysme de l'artère centrale de la rétine n'avait pas encore été

(1) Voir pour la description He cel appareil : Dictionn. encyclopédique des sciences méd. Paris, 186;», t III, 2« partie, p. 542.

(2) Intl.. Id.

'3) LlEBRElCB. Noiiv. Dict. de mdd. et chir. prat. 1864, t. I, p. 787.

EXEMPLES DE QUELQUES- UKKS DES ESPÈCES d'.VMAUROSE. 555

reconnu sur le vivant. L'observation suivante est la seule qu'on possède de cette affection observée à l'ophllialmoscope.

Oba. 278 (l). — La veuve Chevalier, âgée de Gi ans, adonnée aux travaux des champs, a un tempérament lymphalico-sanguin et une constitution moyenne. (I.'œil gauche étant seul malade, il ne sera pas ici question des sensations éprouvées par l'œil droit.) Il y a six ou sept ans qu'elle a commencé à ressentir des battements de cœur, el depuis trois ans, elle a de légers sifflements dans les oreilles. Depuis cinq mois environ, elle remarque que la vue de l'œil gauche faiblit graduellement. La vison n'est pas plus nette le soir que dans le milieu de la journée : elle éprouve quelquefois dans l'œil malade une certaine sensation de douleur lancinante, mais très obtuse. Il n'y a pas de pholophobie. La flamme d'une bougie est perçue sous forme de tache rosée, entourée d'une auréole jaunâtre. La malade ne sait pas lire, mais elle ne peut distinguer la trace des caractères numéro 20 de l'échelle de Jseger. Elle ne voit qu'un épais brouillard. L'œil gauche, qui a une tension normale, n'est pas plus saillant que son congénère. Les mouvements s'exécutent facilement el sans douleurs. La cornée présente un gérouloxon. L'iris est marron foncé. La pupille est régulière, peu large, et exécute de légers mouvements oscillatoires. La pupille dilatée, je pratique l'examen ophihalnioscopique, qui me permet de constater la transparence des milieux réfringents el l'étal normal de la choroïde. Sur les deux tiers inférieurs du disque de la papille (image renversée) existe une tumeur rouge de forme ovoïde, à grand diamètre vertical, tumeur qui déhorde en bas la limite propre de la papille. La grosse lubérositéest en haut; en bas, la tumeur se rétrécit brusquement el se continue avec une arlère de la rétine, artère qui offre le phénomène de douille contour. Cette tumeur exécute des mouvements alternatifs de contraction elde dilatation. Afin d'être bien assuré que ces mouvements n'étaient pas le résultat d'une compression exercée sur l'œil par ma main gauche tenant la lentille convexe, j'ai maintenu ma lentille sans prendre aucun point d'appui sur la ligure de la malade, el j'ai remarqué les mêmes mouvements. La coloration rouge de celle tumeur \arie suivant l'incidence de la lumière réfléchie par le miroir et suivant son degré de dilatation. Quand la tumeur est affaissée, elle permet de constater une plus grande quantité de la surface papillaire, el alors sa coloration est celle des artères. Quand il y a dilatation, le centre de la tumeur, plus éclairé que les bords, prend une teinte plus claire que les artères, et les bords une teinle qui se rapproche de celle des veines. La dilatation coïncide avec la contraction des ventricules du cœur. Les veines de la rétine m ont paru un peu plus volumineuses qu'à l'étal normal; néanmoins, elles ne sont pas variqueuses. Les artères de la rétine, autres que celle qui émane de la tumeur, sont filiformes.- Une portion de rétine qui «voisine la tumeur en bas présente une teinte vaporeuse que j'attribue à un léger œdème de la rétine. En présence de celle affection, je me bornai à l'emploi de la digitaline à l'intérieur. Deux mois après cet examen, la malade vint me revoir; mais le cristallin avait en grande partie perdu sa transparence, et je ne pus constater l'étal de la cavité oculaire aussi bien que je l'avais fait la première fois.

? XIV. Atnaurose par congestion ou inflammation de l'appareil nerveux optique, due à la grossesse. (P. 825).

L'amaurose due à la grossesse peut survenir pendant tout le temps de la durée de celle-ci, niais le plus souvent pendant le travail ou après la délivrance. Elle est due parfois à l'albuminurie el présente alors tous les signes de la rélinile néphrétique; ou bien à l'urémie, et dans ce dernier cas, le sang est empoisonné par l'urée ou par le carbonale d'ammoniaque qui se produit dans les vaisseaux (2).

(1) Socs. Annales rl'Ocolisliqne, 1865, t. LUI, p. 2i2.

(2) Bral v On Puerpéral Convulsions. Trad. par Duucan.

556 AMAIROSE.

Les symptômes du côté de la vision, tantôt légers, tantôt allant jusqu'à une cécité complète, sont ordinairement accompagnés d'autres accidents, tels que convulsions, œdème de la face et des membres, céphalalgie, vomissements, stupeur, etc.; les urines sont alors albumineuses et les reins le siège d'un travail morbide, consistant dans l'obstacle qu'y rencontre la circulation veineuse. A l'étal aigu et survenant brusquement pendant l'éclampsie, l'amaurose puerpérale a moins de gravité que lorsque la diminution de la vision est lente et progressive; dans ce dernier cas, elle met quelquefois plusieurs mois à se dissiper; dans le premier, la cécité peut disparaître tout à coup après la délivrance. M. Litzman rapporte un cas dans lequel, pendant neuf grossesses consécutives, l'urémie se révéla sous la forme grave de convulsions et d'amaurose. On cite aussi une observation dans laquelle Lee dut provoquer l'accouchement (1), après lequel l'albumine des urines diminua graduellement et la vision s'améliora (2). L'amaurose des femmes enceintes peut être sous la dépendance d'un étal cérébral (5).

§ XVII. Amaurose par congestion de l'appareil nerveux optique, produite par l'action des poisons.

Syn. Amaurosis toxica. Amaurosis toxica cerebralis. (Amaurosis toxiea saturnina. Mercurialis.

Arsenicalis. Alcoholica. JNicotinica. Alropiniea. Morpliinica, etc.).

1. Diverses substances toxiques peuvent donner lieu à l'amaurose, par le changement qu'elles apportent à la composition du sang; telles sont le plomb, le mercure, l'arsenic, l'alcool, la nicotine, l'atropine, la morphine, elc. Rau rapporte un cas de perle complète de la vue survenue par la teinture des cheveux au moyen d'une préparation de plomb. La saignée, des purgations à l'aide du calomel, l'onguentgris, des lavements, des pédiluves et finalement l'iodure de potassium amenèrent la guérison (4). M. Warnalz considère que la choroïde et la rélineélaienl affectées dans les cas qu'il a eu l'occasion d'observer(5).

2. La belladone, introduite dans l'économie, soit en collyre iustillé entre les paupières, soit par toute autre \oie, peut donner lieu à des

(1) bWchihsoh. Lancel, 1863, Dec. 12, p. 615.

(2) Voir : Bkeii. Obs. d'une jeune juive qui, dans ses trois premières grossesses et loul à leur débul, perdait la vue, au point qu'au troisième ou quatrième mois, elle devenait complètement aveugle. Les deux premières fuis, elle récupéra la vue après l'accouchement. La troisième, elle resta tout à l'ait umaurolique. (Leill'adcn, U. Il, S. 444). Easti.ake. Obs. dans laquelle l'amaurose su produisil dans huit grossesses successives (Lancel, 1863, .May, 30, p. 606). — Lawson. Optalh. Ilo.-p Hep. 1865-1865, Vol. IV, p. 65. — Observation d'un cas où l'amaurose se montra pendant les 8e, 9e fl 10° grossesses (Lancel. 1863, June27, p. 718).

(5) Ak.nold. Wuri. ine.l. Corrcsp. Biais, 1852, n» 22, elAnn. d'Ocul. 1855, l. XXXIV, p. 287.

■■', | Archiv lïïr Ophth. 1855,1!. I, Abtli.2, S. 205, et Ann. d'Ocul. 1856, t. XXXVI, p. 74.

(.">; Si.iui lmii ne. Opbtlialmialrik, l.alir IS5S, S. 131 — Sur l'amaurose produite par le plomb, Voir : ÏA\n(Liin.-L>f.si'i.AM:iii.s, dans Dana, (on Lead Diseases, Lovvel, U. S., 1848, p. 233). — Scott Our, Glasg. Med. Journ. 1860, Ôclob.

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUROSE. £>57

troubles visuels indépendants de la dilatation pu pi liai ne. M, Mackenzie a vu ti ne solution d'atropine prescrite comme collyre donner lieu à des hallucinations de la vue chez un sujet qui, au lieu de l'introduire dans les yeux, en avait avalé quelques gouttes. Il a vu survenir le même effet par l'emploi longtemps continué du collyre à l'atropine, à la suite de l'opération de la cataracte par division. On sait, d'ailleurs, qu'il y a des personnes singulièrement sensibles à l'action de la belladone. M. Testelin a été appelé près d'un de ses malades qui avait été pris d'un accès de délire complet pour s'être instillé quelques gouttes d'une solution légère d'atropine entre les paupières. On sait que l'opium est le remède à opposer à ces accidents, quand ils ne se dissipent pas d'eux-mêmes. Dans l'empoisonnement par la belladone, on observe la dilatation considérable des pupilles, quelquefois des visions colorées en rouge et un trouble de la vue pouvant aller jusqu'à une complète cécité (1).

5. L'abus du tabac, sous quelque l'orme ou par quelque voie qu'il soit offert à l'organisme, a été signalé pour la première fois parM.Mackenzie, comme pouvant donner lieu à l'amaurose (V. t. Il, p. 830). Aujourd'hui beaucoup d'auteurs, M. Siebel en tête, se sont rangés à cette opinion (2). Ce consciencieux observateur dit avoir acquis la conviction que peu de personnes peuvent consommer pendant longtemps plus de vingt grammes de tabac à fumer par jour, sans que leur vision et souvent même leur mémoire s'affaiblisse. Il cite le cas d'un homme d'une quarantaine d'années, devenu complètement aveugle par l'abus du tabac, et dont l'amaurose, rebelle aux autres traitements, fut complètement guérie, sous sa direction, par un traitement anti pli logistique et dérivatif très modéré et par la cessation de l'abus de la fumée nicolinique.

Les auteurs qui n'admettent pas que l'usage du tabac puisse produire l'amaurose, objectent la rareté relative de celte affection comparée au nombre prodigieux des fumeurs. Pourquoi donc, disent-ils, produirait-il l'amaurose chez les uns et pas chez les autres? On pourrait répondre par celte autre question qu'a posée AI. J. Davy (3) : Pourquoi se fait il que, parmi des individus, vivant dans les mêmes circonstances, faisant usage de la même nourriture et des mêmes boissons, les uns ont la goutte, tandis que les autres en sont exempts? Pourquoi, chez certaines personnes (le très petit nombre) le nitrate d'argent, après un emploi prolongé, vient-il se déposer dans la peau

(1) Voyez, pour des obscrvalions d'amauro^e par là belladone : Lnncel, 1859, Dec. 5, p. 560. — Garuod. Ibid. 18i7, Vol. II. p. 577. — Hoi.thouse. I.anrel, 18 >9, Dec. 17, p. CM. — Chahberi. Dubl. Mid. l'ress, 1861, Janv. 20, p. 68. — Sur l'antagonisme de la belladone el de l'opium : De Graefe. Congrès de Paris, 1865, p. 210. — Lee. American Journ. of Meil. >c. 1864.— Norris. Ibid. — Voir le résumé île ce s deux derniers mémoires, dans • Arcb. génér. de Méd. 1864, t. I, p. 575 — Seatov \leil. Tîntes and Gaz. 185D, Dec. 3 p. 551.

(2) Union médicale, 1860, mai n • 54, et Ann. d'Otul. 1865, t. LUI, p. 122. (5) Edinb. >ew Phylosophicul Journ. 1863, July, p. 49.

et en altérer la coloration, alors que, chez les autres, rien de pareil ne se produit? N'est-ce pas simplement que, dans ces différents cas, la faculté d'élimination de l'agent perturbateur est peu active chez les uns, puissante chez les autres? L'objection n'est donc pas sérieuse.

M. Hutchinson (1) a donné un relevé statistique de soixante-cinq cas d'amaurose cérébrale; dans ce nombre, il a trouvé trente-sept hommes atteints d'une double amaurose idiopathique, parmi lesquels vingt-trois étaient des fumeurs avérés et dix avaient l'habitude des boissons alcooliques.

« Celte espèce d'amaurose, dit M. Siebel, se caractérise par l'absence absolue ou presque complète de symptômes de congestion cérébrale intense ou bien prononcée. Leurs symptômes ont quelque chose de vague; ils flottent le plus souvent incertains entre ceux des amauroses sthénique et aslhénique, et les signes ophthalmoscopiques ne sont pas plus précis : les papilles optiques sont tantôt très blanches, surtout dans l'une de leurs moitiés, tantôt un peu injectées; leurs contours mal circonscrits, quelquefois en partie effacés; la rétine est peu injectée, les vaisseaux centraux sont tantôt normaux, tantôt élargis; les veines centrales surtout sont quelquefois très dilatées, quand l'affection est arrivée à sou dernier degré. La mémoire est souvent affaiblie (2). »

On peut y distinguer trois périodes : la première, caractérisée par la coloration d'un rouge sombre de la papille optique (hypérémie) ; la seconde, par une teinte gris-brun de cette même papille; la troisième, par l'atrophie blanche. A l'autopsie, dans cette troisième période, on ne trouve plus de fibres primitives dans le nerf optique, et il ne s'en rencontre plus que fort peu ou point dans la couche la plus externe de la rétine. Dans un cas cité par M. Wordsworth (3), les papilles offraient une blancheur brillante, due à l'atrophie blanche. C'est cette même atrophie qui s'observe dans plusieurs espèces d'amaurose cérébrale, surtout organique.

Tous ces symptômes peuvent appartenir à d'autres variétés d'affections amauroliques : cependant, toutes les fois qu'ils se présentent chez un fumeur, il faut prendre l'éveil sur celte cause possible de l'altération visuelle et s'empresser de l'écarter, comme préliminaire à toute médication. Il ne faut pas oublier non plus que la maladie est toujours de longue durée et demande un traitement assidu et beaucoup de docilité de la part du patient. On a cru remarquer que Tamaurose par le tabac est fréquemment accompagnée de varicocèle et d'affaiblissement des fonctions génitales. Il va sans dire qu'elle est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes.

(1) The Lancet, 1863, Nov. 7, et Ann. d'Ocul. 1864, t. LI, p 268

(2) Loco cilato.

(3) The Lancet, 1863, July, et Ann. d'Ocul. 1864, t. LI, p. 133.

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'AMAIROSE. 559

L'amaurose causée par le tabac s'observe presque exclusivement parmi les gens du peuple, qui ne consomment guère que du tabac de mauvaise qualité. C'est à cette dernière circonstance qu'il faut attribuer la prédilection que nous signalons. On s'est assuré, en effet, que c'est le tabac le plus commun, celui, par conséquent, qui coûte le moins cher, qui contient la plus forte proportion de nicotine (1).

Le traitement de l'amaurose causée par le tabac varie selon le degré de la maladie et ses complications. Les émissions sanguines, indiquées dans les cas bien marqués de congestion cérébro-oculaire, seront, au contraire, funestes dans ceux ou celle congestion est passive et ancienne : Ici, l'on fera bien d'employer d'abord un traitement très légèrement anliphlogistique et dérivatif, pour en venir, bientôt après, aux excitants externes, tels que vésicatoires, frictions spiritueuses et aromatiques, strychnine, etc. Les fomentations des yeux fermés et du front avec de l'eau fraîche, les pédiluves irritants, les ventouses sèches et les synapismes volants, promenés aux extrémités inférieures, sont conseillés par M. Siebel comme étant d'utiles auxiliaires.

La plupart des grands fumeurs abusent en même temps des liqueurs fermenlées. Ceux-là offrent presque toujours des désordres gastriques, tels que des acidités, des vomituritions le matin, la perle de l'appétit et, par suite, une nutrition insuffisante. Il faut aviser à faire cesser ces symptômes par de légers minoratifs, tels que de petites doses de rhubarbe et de magnésie (15 à 25 centigr. de chacun), administrées deux fois par jour, une heure avant les repas. M. Siebel conseille, dans ces cas, les pilules suivantes : Gomm. ammon., suif, potass., de chaque 5 grammes; aloès des Bardanes, de 2 à 3 gram.,pour 50 pilules. M. Desmarres prescrit à ces malades un demigrain à deux grains d'opium, soir et matin, dans la prévision que ce remède agit ici comme dans le delirium tremens (2). — Si, comme il arrive souvent, le sujet est anémié, l'usage du fer longtemps continué et à des doses de plus en plus élevées, donne des succès vraiment remarquables. Il ne faudra donc jamais le négliger (3).

§ XXX. Amaurose hystérique.

Les femmes hystériques sont sujettes à divers degrés d'aneslhésie rétinienne, que M. Briquet a fort bien décrits (4). « Lorsque, dit

(i) Proportions de nicotine contenues dans les tabacs : Lot. 7.96 p. c. — Lot-et-Garonne, 7.34. — Nord, G. 58. — Ue-et-Villaine, 6.29 — Pas-de-Calais, 4.94. — Alsace, 3.21. — Virginie, 6 87. — Kentuky, 6.09. — Maryland, 2.29. — Havane, moins de 2.00.

(2) Lancel, 1860, Jan. 14, p. 47.

(3) Voir : Hctchi*so>. Mémoire sur l'amaurose par le tabac (Lancet, 1865, Nov. 7, p. 556,. — Obs. d'empoisonnement par le tabac (Briti?h Med. Jourti. 1864, Nov. 5.)

(4) P. Briquet. Traité de l'hystérie, p. 295.

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cet auleur, l'aneslhésie est modérée, la vue c'est qu'affaiblie; la malade voit mal, les objets ne dessinent pas nettement leur image; les draps du lit et le papier blanc paraissent gris, les caractères d'un livre ne semblent pas d'un beau noir, et ils sont souvent si peu distincts que les malades ne peuvent pas les lire; elles voient sur le livre du gris plus foncé sur du gris moins foncé. Celle faiblesse de la vue ne permet pas aux femmes de travailler à l'aiguille. Quand l'œil reste quelque temps fixé sur un objet, il se produit dans l'orbite un sentiment pénible de fatigue. A ce degré, les malades savent rarement ee qu'elles ont; comme un seul œil est atteint, celui qui est sain supplée à l'autre, et elles ne se plaignent que d'un affaiblissement de la vue qui ne leur permet pas de voir les objets d'une manière bien nette. C'est celle aneslbésie que les auteurs onl ignorée. Cependant, pour la constater, il suffirait de fermer l'œil sain. Ce degré de l'aneslhésie peut se dissiper avec les aulres accidents hystériques ; mais bien souvent il persiste, et il subsisterait longtemps si la médecine n'intervenait pas.

» Lorsque l'aneslhésie est porlée au dernier degré, elle donne lieu à l'a mau rose, ainsi que le prouvent des observations de Pomme, de Telinge (1), du docteur Allègre (2), du docteur Landouzy (3), de Hockeu (4). J'ai rencontré, pour ma part, trois femmes hystériques qui, au nombre des divers accidents dont elles avaient élé assaillies, avaient élé, pendant quelque temps, prises d'amaurose complète. Le plus souvent l'amaurose avait occupé les deux yeux ; et dans les cas où elle avait élé bornée à un œil, il s'est trouvé qu'elle avait allaqué indifféremment l'un ou l'autre de ces organes.

» Chez quelques hystériques, l'amaurose n'intéresse qu'une portion de la rétine, et, le plus ordinairement, l'une de ses portions latérales, soit la moitié externe, soit la moitié interne, et alors les malades ne voient que les objets qui peignent leur image sur son côté sain, tout un côté des corps qui se trouvent dans le champ de la vision restant inaperçu

» Le plus ordinairement, l'amaurose a paru brusquement après une allaque d'hystérie, après une émotion morale vive, et quelquefois après la disparition de quelque symptôme hystérique important. Dans quelques cas, son apparition avait élé brusque et sans aucun signe précurseur. Ainsi, iM. Landouzy rapporte que, chez l'une des jeunes filles chez lesquelles il avait observé l'amaurose, la perle de la vue avait frappé les deux yeux pendant qu'elle se les frottait. Il est fort probable qu'avant d'être complète, l'aneslhésie existait déjà à un

(1) .lourn. de méd. de chir. el de pliarm. 1771, t. XXXVI, p. 457.

(2) Thèse sur l'hystérie el sur fépiiepsie, 1833, n° 64.

(3) Traité de l'hystérie, p. 120.

(4) Journ. de Méd. de Schmidl, 1844, p. 246.

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUROSE. 561

degré modéré, car cette jeune fille se plaignait depuis quelque temps de troubles de la vue. Hoeken parle de malades chez lesquelles l'amaurose n'avait paru qu'après des troubles de la vue qui existaient depuis longtemps. Quelquefois les malades distinguent le jour de la nuit; mais, le plus souvent, elles ne voient rien; la pupille reste dilatée et immobile comme dans les amauroses ordinaires. Les phosphènes, sur lesquels M. Serre d'Uzès a fait des recherches si curieuses, ne peuvent se produire, mais il n'y a pas d'injection dans l'œil. Hoeken parle du mouvement convulsif des paupières et de la photophobie, phénomènes qui doivent être rares, attendu que l'ancsthésie est un état de dépression plutôt que d'exaltation nerveuse. Je l'ai vue s'accompagner d'un affaissement inégal des muscles droits et obliques de l'œil.

» Ordinairement, dans l'aneslhésie de l'œil, la conjonctive oculaire et quelquefois la conjonctive palpébrale ne sentent pas le contact des corps ; on peut toucher le blanc de l'œil avec le doigt ou avec la tète d'une épingle sans que les malades en aient conscience, et surtout sans qu'elles éprouvent de sensation pénible. Comme aux époques où les faits d'amaurose ont été observés, on ne connaissait ni l'aneslhésie de la peau ni celle des muqueuses, les auteurs ont omis de parler de l'état de sensibilité des paupières et du globe de l'œil. Chez ces diverses malades, il avait existé, soit avant, soit pendant l'existence de l'amaurose, des paralysies diverses des membres.

» L'amaurose hystérique a une durée qui varie de quelques jours à quelques mois, jamais au delà. Elle cesse ordinairement aussi rapidement qu'elle a paru. Dans l'observation de M. Allègre, la jeune fille, qui était amaurotique et paraplégique tout à la fois, eut un jour une attaque d'hystérie, et aussitôt elle put se lever ëtse promener dans le dortoir de la Salpètrière, voyant parfaitement bien les objets. Chez l'une des malades dont j'ai pris l'histoire, l'amaurose était survenue brusquement après une attaque; elle avait duré deux mois et avait cessé, après une autre attaque, aussi brusquement qu'elle était venue. Il est des malades chez lesquelles l'amaurose est revenue à plusieurs reprises. »

C'est surtout à titre de renseignement et pour appeler l'attention des ophlhalmologues sur cet intéressant sujet que nous avons emprunté celte longue citation au savant ouvrage du docteur Briquet. 11 n'échappera à personne que, daus aucune des observations, il n'a été fail usage des méthodes si précises d'exploration de l'ophlhalmologie actuelle; or, chacun sait à quel point les dires des hystériques sont propres à égarer le médecin, quand il n'a pas à sa disposition des sigues physiques qui lui permettent de constater les symptômes subjectifs accusés par les patientes. M. Testelin a eu l'occasion d'examiner une malade de celle catégorie. Il s'agissait d'une jeune dame

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qui avait eu depuis assez longtemps, ainsi que le déclarait son médecin, divers accidents hystériques parmi lesquels n'avaient figuré ni paralysies ni aneslhésics. Elle affirma il ne plus rien voir absolument de son œil gauche depuis plus de quinze jours. Celui-ci ne di fierait absolument en rien du droit, ni à l'inspection extérieure ni à l'examen ophlhalmoseopique. Malgré les affirmations si positives de la malade et l'absence reconnue de tous motifs de simulation, il conserva des doutes, porta un pronostic favorable et ne conseilla que des moyens insignifiants. M. Tes tel iu n'a pas revu la malade, mais son médecin lui a dit qu'elle avait parfaitement récupéré la vue sans rien faire de sérieux. 11 a pensé comme lui, que les dires de la malade pouvaient fort bien ne pas avoir été conformes à la vérité. M. Bouchul a eu deux fois l'occasion de voir à l'ophlhalmoscope le fond de l'œil chez des personnes accusant une amaurose hystérique, dont l'invasion n'étiiil pas encore fort éloignée. Dans ces deux cas, il n'y avait aucune altération appréciable des milieux de l'œil ni de la papille optique. Le fond de l'œil était normal (1).

§ XXXI. Amaurose dans l'épilepsie.

Les troubles visuels qui accompagnent fréquemment Vepilepsie s'expliquent par les diverses altérations ophthalmoscopiques dont les yeux des épilepliques peuvent être le siège. Parfois cependant , leur cécité doit être attribuée à une cause centrale qui échappe à toutes les investigations. Voici les conclusions auxquelles s'est arrêté M. Bouchul (2), à la suite de l'examen à l'ophlhalmoscope des yeux d'un grand nombre d'épilepliques :

1° Dans l'intervalle des attaques d'épilepsie essentielle, il n'y a aucune altération de la papille du nerf optique.

2° Après une attaque d'épilepsie, on voit toujours dans le fond de l'œil une dilatation des veines de la rétine qui diminue peu à peu au bout de quelques jours.

3° Chez beaucoup d'épilepliques, il y a une anomalie vasculaire du fond de l'œil ou angioplanie, ou une augmentation de diamètre et de nombre des veines de la rétine (hypé.rangie rétinienne), el si ces vices d'organisation des vaisseaux oculaires correspondent à une semblable anomalie du cerveau, ce qui est possible, on pourra, dans ces lésions, trouver la cause de certaines épilcpsies, jusqu'à ce jour considérées comme essentielles.

4° Il y a souvent avec l'épilepsie des atrophies choroïdiennes, des réduites pigmenlaircs, des macérations du pigment, des exsudais rétiniens et des hémorrhagies de la rétine, qui sont évidemment sous la dépendance de celle maladie.

Cl) Du diagnostic îles maladies du système nerveuK pur l'wplillialmoscopc, 1H66, p. t07. (2) Luc cit., p. 3ï*8.

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