‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 44 sur 273 · MESURE DU DEGRÉ DE L'AMÉTROPIE AU MOYEN DE L'OPHTHALMOSCOPE · texte numérisé non relu

MESURE DU DEGRÉ DE L'AMÉTROPIE AU MOYEN DE L'OPHTHALMOSCOPE

80.— Yoilà donc l'observateur fixé sur l'état de la réfraction statique du sujet observé ; cet état est, supposerons-nous d'abord, l'hypermétropie. (Les vaisseaux se meuvent dans le même sens qae l'observateur.)

Maintenant, quel en est le degré? La chose est facile à déterminer, pourvu toutefois que l'observateur soit emmétrope et certain de se maintenir accommodé pour les rayons parallèles.

Imaginons que nous fassions passer, devanU'œil observé, une série croissante de lentilles convexes; tant que l'on ne sera pas arrivé à la force neutralisant l'amétropie, cette amétropie continuera à se manifester à l'observateur. Mais, arrivé au verre qui mesure et annule riiypermétropie, les rayons émergents seront rendus parallèles. Ce verre sera donc le dernier qui permette à l'observateur d'apercevoir encore l'image droite ■ le verre suivant donnera aux rayons émergents un certain degré de convergence, et l'observateur, incapable de s'accommoder aux rayons convergents, ne verra plus les vaisseaux de l'image droite.

• L'amétropie a-t-elle lieu par excès, l'observateur agira de même au moyen des verres concaves : il diminuera successivement la convergence des rayons émergents, jusqu'au point de les rendre parallèles. Parvenus à ce point, ils ne donnent plus d'image réelle, et une faible addition de réfraction dans le sens de la divergence transforme cette image en 'image droite.

Le verre qui a précédé ce dernier effet corrigeait exactement ou mesurait la myopie.

L'observateur peut ne pas être exactement emmétrope. S'il en est ainsi, il connaît du moins le degré de sa propre amétropie. H aura donc soin de la corriger au moyen du verre convenable. Cela fait, il se conduira comme s'il était exactement emmétrope.

SECTION H

ŒIL EMMETROPE.

81. — « Emmétrope, » terme moyen de la réfraction oculaire, ne veut point dire œil normal (1). L'œil peut être emmétrope et cepen-

(1) Nous verrons plus loin (images entoptiques du cristallin) que l'œil le plus commun, l'œil naturellement normal, ne saurait être exactement emmétrope. Les étoiles ne nous paraissent sous leur forme ri'étoiles que parce que la rétine n'est pas exactement au foyer pour leurs rayons. Or, ce sont bien là des rayons parallèles. Ajoutons pourtant que, si l'œil normal n'est pas l'emmétrope, M. Donders a bien prouvé qu'il s'en rapprochait considérablement. (95.)

LXll DIOPTRIQL'E PATHOLOGIQUE.

dant présenter des troubles fonctionnels, lesquels n'altèrent point sa qualité d'emmétrope, tant qu'ils ne mettent point en question l'état de la réfraction fixe.

L'affaiblissement régulier et progressif de son pouvoir accommodatif, la diminution également progressive de l'acuité de la vision, de la transparence des milieux (images entoptiques et polyopie monoculaire), par les progrès de l'âge, sont autant de questions à étudier sous le titre de l'emmétropie.

Commençons par la plus saillante de ces lésions fonctionnelles fatales et prévues, la presbyopie.

§ I. Presbyopie. — Développement de la presbyopie. — Ses causes.

82. — ■ La fonction qui, dans l'œil, témoigne la première de l'influence des années sur son étendue, c'est l'accommodation. Cette étendue commence à diminuer dès le très jeune âge.

Les observations statistiques les plus scrupuleuses indiquent que, de 10 à 75 ans, le punctum proximum (p) suit une loi d'éloignement progressif, très rapide au début; ce que l'on n'imaginait pas avant les mesures relevées.

On en jugera par le tableau suivant :

TABLEAU PRÉSENTANT, EN NOMBRES RONDS, L'ÉLOIGNEMENT GRADUEL DU POINT p AVEC LES ANNÉES, D' APRÈS LA COURBE GÉOMÉTRIQUE RELEVÉE PAR M. DONDERS.

Age.

10 ans.

Distance

du point p.

pouces.

3 dixièmes de retendue accommodative.

25 — 4 1/2 — (5 dixièmes de l'étendue accommodative.

55 — 7 [ 5 dixièmes de l'étendue accommodative.

2 dixièmes de l'étendue accommodative.

f 1 dixième.

75 — oo — {1 dixième

Ce tableau est digne d'attention :ony remarquera qu'en prenant pour moyenne générale de l'étendue accommodative, celle dont jouit un sujet emmétrope de 20 ans, celle étendue totale embrasse l'espace compris entre 3 " 1/2 et l'infini.

Cette étendue correspond (voir la table (45) ) à 60 unités de réfraction dynamique ou facultative.

D'après cela, divisant la table ci -dessus (voir les accolades) en espaces de 10 années, on remarque : 1° qu'à 40 ans, l'enfant possède 3/10 d'accommodation de plus que l'adulte (20 ans); en d'autres termes, que de 10 à 20 ans, l'homme perd 3/10 de son pouvoir accommodalif normal.

2° Qu'il subit encore cette même déperdition de 3/10, entre 20 et 30 ans, de même encore entre 30 et 40 ;

C'est-à-dire que, de 10 à 40 ans, l'homme perd 3/10 par chaque période décennale.

OEIL EMMETROPE. LXII1

De 40 à 50, celte perte n'est plus que de deux dixièmes.

De 50 à 60, de 1 seul dixième.

De 60 à 75 ou 80, du dernier dixième.

11 résulte encore de l'inspection de la courbe deM.Donders qu'à ce dernier âge (75 ans) et même quelquefois dès la 50e année, le punctum remotissimum (/') lui-même rétrograde quelque peu (d'un vingt-quatrième environ) ; l'œil est donc devenu quelque peu hypermétrope ; c'est l'hypermétropie acquise de M. Donders.

Si, dans son ensemble, cette altération fonctionnelle doit être rapportée à la diminution d'énergie du muscle ciliaire avec l'âge, il y a nécessairement une autre cause qui fait commencer d'aussi bonne heure que de 15 à 20 ans le recul du point p. Les muscles ne perdent point si jeunes leur énergie. Dans le recul du point p dès le jeune âge, il faut voir l'action d'un second facteur : l'augmentation de la densité du cristallin, particulièrement dans des couches corticales. M. Helmholtz a fait voir qu'une lentille de même forme que le cristallin et dont les couches corticales auraient la même densité que le noyau, aurait un foyer plus long que n'a le cristallin normal. Ajoutons qu'à un cristallin plus ferme doit correspondre, pour produire les mêmes changements de forme, dans l'accommodation, un développement de force musculaire plus énergique.

En voyant fuir également un peu le point r, on s'est demandé si la raison n'en était point que l'œil est primitivement hypermétrope? Mais le point r s'éloigne aussi un peu chez le myope, dans la vieillesse.

Cette diminution de réfraction propre de l'œil, dans la vieillesse, tient donc aussi à une autre cause que la seule déperdition de force accommodatrice. D'après la loi ci-dessus rappelée de M. Helmholtz, il y a lieu de penser que la sclérose progressive du cristallin y joue un rôle. Ajoutons, d'après les mesures relevées par MM. Donders, Knapp et autres, que cet organe s'aplatit un peu en vieillissant.

On a voulu voir dans la presbyopie un effet de l'aplatissement de la cornée : Mais la cornée ne change point de courbure. La lentille s'avance un peu dans la chambre antérieure avec l'iris ; et cela fait paraître la cornée plus aplatie. Mais ce fait aurait sur l'état de la réfraction de l'œil une influence opposée à celle qu'on avait attribuée à tort à une variation de courbure de la cornée, qui ne s'observe pas.

Page 1