‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 45 sur 273 · DÉTERMINATION DU POINT DE DÉPART DE LA PRESBYOPIE · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION DU POINT DE DÉPART DE LA PRESBYOPIE

83. — La presbyopie n'est donc que « l'expression symptomatique de la diminution, par le fait des années, de l'état de la réfraction et de la force qui préside à l'accommodation. » Elle ne saurait, d'après cela, dit judicieusement M. Donders, être considérée comme une anomalie qu'au même titre que les rides et les cheveux gris. Maintenant, si elle commence, comme nous venons de le voir, sous le rapport arithmétique et statistique, même avant la puberté, si elle est continue , où

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en placerons-nous la limite? Il y a ici évidemment place à quelque arbitraire.

Or, où commence le fait morbide? Au moment où la vue n'est plus d'accord avec les exigences de la vie civilisée, avec la nécessité du travail manuel dans les arts, etc., etc. On est presbyte dès qu'on ne peut plus lire les mêmes caractères d'imprimerie que tout le monde; qu'on ne peut plus jouir de la vue d'une gravure, et voir aisément et nettement un objet délicat tenu dans la main.

Mais ici il y a encore un arbitraire : L'écriture est devenue plus fine, les caractères communs d'imprimerie plus déliés depuis l'invention des lunettes. Quel terme commun convient-il donc de fixer? M. Donders, dont la grande expérience de la matière doit avoir ici l'influence prépondérante, propose de marquer à huit pouces la limite inférieure (le punctum proximum), au delà de laquelle on doit considérer qu'il y a presbyopie. Cette limite d'ailleurs est celle qu'on lui donne dans le monde, puisque c'est à 40 ans environ qu'on la fait généralement commencer. Or, dans la table ci-dessus (82), le point p, à 40 ans, n'est plus qu'à huit ou neuf pouces.

§ II. De la presbyopie dans l'amétropïe.

84, — De la définition même de la presbyopie (83), il appert que tout œil amétrope ou emmétrope y doit être soumis. L'excès ou le défaut primitif de la quantité de réfraction fixe d'un œil ne peut [pas empêcher la source de réfraction variable d'obéir à ses propres lois. Mais l'effet de ces variations physiologiques sur la fonction même, dans les deux genres d'amétropie, peut et doit être différent.

Considérons l'hypermétrope :

Si l'on suppose (et l'on verra qu'il en est effectivement ainsi), l'étendue dynamique de l'accommodation généralement la même au même âge, l'hypermétrope, qui n'y voit nettement, à l'horizon même, qu'en dépensant une partie de celte force, en aura moins à sa disposition que l'emmétrope entre l'horizon et son punctum proximum. A chaque époque de la vie de l'hypermétrope, son punctum proximum est donc plus loin de lui qu'il ne devrait être à cet âge. La presbyopie s'accusera donc beaucoup plus vile chez lui que dans l'œil emmétrope; et d'autant plus promptement que sera plus marqué le déficit de sa réfraction.

Il en est tout autrement du myope; et la myopie légère seule peut témoigner fonctionnellement de l'effet de l'àgc sur l'accommodation. Chez le myope, le punctum remolum est à une distance finie; et la presbyopie n'affecte ce dernier que d'une façon insensible et très tard. Si donc ce punctum remotum est, par exemple, à la distance de huit pouces, limite du commencement de la presbyopie, le myope à ce

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degré ne sera jamais fonctionnellement presbyte, puisqu'il pourra toujours y voir à cette dislance de huit pouces, même après la perte totale de son accommodation.

La presbyopie ne s'accuse donc que chez les myopes dont le degré est inférieur à 4~0U 7ô"5 a'ors ^e suJet est dans 'e m^me cas que l'emmétrope, jusqu'à ce que, l'accommodation s'épuisant, ait amené le punctum proximum sur le punctum remolum, époque à laquelle l'état de la réfraction devient sensiblement constant. Cette discussion inspire à M. Donders les réflexions suivantes :

Tout homme, dit-il, qui réclame avant 55 à 40 ans des lunettes convexes pour la lecture, est nécessairement hypermétrope, et le degré de son hypermétropie peut se conjecturer d'après l'époque prématurée de son apparente infirmité.

Inversement, tout homme qui, après 40 ou 45 ans, lit et travaille sans lunettes, surtout le soir, qui se vante avec une certaine coquetterie d'avoir, après 50 ou 55 ans, sa vue de vingt ans, cet homme est assurément un peu myope. En éprouvant l'un et l'autre par le procédé du ( 55 ), on sera édifié.

§ III. Correction optique de la presbyopie.

85. — La presbyopie est l'insuffisance de la réfraction facultative ou dynamique pour une distance donnée — distance que nous avons supposé être fixée à 8 pouces (85).

Pour mesurer, chez un sujet donné, le degré de la presbyopie, nous devrons déterminer d'abord la distance de son punctum proximum. La règle à suivre a été donnée (54).

Supposons ce punctum proximum fixé à 56 pouces.

Le sujet, disons-nous, peut lire à 56 pouces le caractère en rapport avec son acuité : la quantité de réfraction à sa disposition pour ce faire est donc :

Réfraction fixe : -~- (518) unités de réfraction.

Réfraction dynamique : -^- (6) unités de réfraction.

En somme : -j- -f —-, ou (518 -j- 6) unités de réfraction.

Mais, pour lire à 8 pouces de distance, il faudrait qu'il jouît d'une quantité de réfraction fixe et facultative égale à ±--\- -f; (Si 8+ 27).

Il lui manque donc la différence, ou : (^ + t-) ~ (y + it)-

Supprimant la partie commune ~, mesure de la réfraction fixe/le sujet reste donc avec un déficit de 4 âV ; ou (2? — 6)»

On n'a plus qu'à faire le calcul. Mais si on consulte notre table (45), on voit que -— représente 27 unités de réfraction, tandis que^- en

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représente G. (-| ^-) revient donc à 27 — 6 = 21 uni lés de réfraction , lesquelles mesurent la force réfringente d'une lentille de 10 pouces.

g IV. Des lunettes ou instruments propres à modifier la réfraction dans l'œil. Verres plan-convexes ou concaves, bi-convexes ou bi-concaves, périscopiques.

86.— Les verres employés à modifier la réfraction de rœil,c'est-à-dire à lui présenter, sous une divergence donnée, les rayons incidents, sont de plusieurs sortes, quoique ne répondant qu'à deux destinations précises et contraires, à savoir, d'augmenter ou de diminuer la divergence des rayons incidents.

Les premiers sont appelés collectifs ou convergents. Les seconds dispersifs ou divergents. Tous ces verres, quels qu'ils soient, sont empruntés à la forme sphérique, et leurs propriétés, par conséquent, dépendent des propriétés du cercle, propriétés qui sont résumées dans les propositions du ( 87 ).

Les verres de lunettes ou lentilles soit collectifs, soit dispersifs, présentent, dans leur construction, quelques variétés. On les fait de trois manières différentes : 1° Convexes d'un côté et plans de l'autre, ou plan-convexes (fig. xxxm, A); 2° Convexes des deux cotés ou bi-convexes (B); 3» Convexes d'un côté, concaves de l'autre, ou périscopiques (C). Le mode d'action de ces verres, analysé par la physique géométrique, consiste dans le pouvoir dévialeur de chaque zone du verre, considérée comme un petit prisme dont l'angle réfringent est tourné vers la périphérie ou l'extérieur. Au premier coup d'œil jeté sur cette figure, on reconnaît que, pour qu'à égale distance de l'axe, la mëmezoneproduise le même effet réfringent , c'est-à-dire réunisse les rayons parallèles à la même distance de la lentille, il faut que la coupe du verre produise un prisme H", xxxiu. ayant la même ac-

tion partielle. Si maintenant Ton prend pourpoint de comparaison le prisme élémentaire de la figure A, on reconnaît que, pour que le prisme de la fig. B exerce la même déviation, il faut que la courbure de la face convexe de la figure A soit double de celle de la figure B. En effet, à égalité de courbure, le verre bi-convexe a un pouvoir réfringent double du verre plan convexe; son foyer est deux fois plus près. Uuant à la troisième espèce, on reconnaît, par la même comparaison, que la courbure de la face convexe devra, au contraire, être plus forte que celle de la fig. A, puisque, au lieu d'y ajouter son action, la face opposée est concave, c'est-à-dire d'action contraire.

De tous les verres convexes de même foyer, le plus courbe à l'extérieur sera donc le verre périscopique, et le moins courbe le verre bi-convexe. Il semblerait devoir résulter de là que le choix de l'une quelconque des trois formes fût indifférent; on ne voit, en effet, à priori, aucune raison pour une préférence à accorder aux uns ou aux autres, puisqu'en définitive chaque région du verre, à étendue diamétrale égale, doit représenter le même effet prismatique.

Wollaston, à qui l'on doit l'introduction dans la pratique des verres convexes -concaves, qu'il a nommés périscopiques (ûepi,-ffxoûeto regarder autour), leur attribuait une moindre déformation des images dans le regard oblique. Suivant lui, les yeux peuvent se mouvoir plus librement sous les lunettes, sans perdre la netteté de l'image. Sans pouvoir nous expliquer parfaitement le mécanisme optique qui procurerait cet avantage, nous

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adoptons le sentiment du physicien anglais. Le champ superficiel de la vision nous a paru gagner avec le verre périscopique. Les verres périscopiques ont cependant un inconvénient : c'est de donner à l'œil qui les porte deux images par réflexion de l'image même des objets éclairés réfléchis par la cornée. Or, les verres bi-convexes n'en donnent qu'une. Ajoutons enfin que ces verres coûtent plus cher et que la formule qui préside à leur construction est tout empirique; enfin, que leur longueur focale n'est pas la même pour les doux faces.

Dans les verres dispersifs, les courbures sont disposées en sens inverse du cas précédent. Mais tout ce que nous venons de dire s'y appliquerait, moins le sens de l'action réfringente, d'une façon exacte.

La ligure xxxiv montre les trois formes que peuvent affecter ces derniers verres.

On voit que, dans la dernière ( c), la surface intérieure a une plus forte courbure que la face antérieure.

Le numérotage des verres a pour base leur longueur focale, exprimée en pouces de Paris. Le numéro dans la série est le nombre même de pouces que mesure la longueur focale de chaque verre (collectif ou dispersif). Le n° 10 représente une lentille de 10 pouces de longueur focale. Le rayon de courbure de la surface est ce même chiffre (10 pouces) dans la lentille biconvexe; il serait de o pouces dans la lentille plan-convexe de même pouvoir réfringent.

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