‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 50 sur 273 · L.XX1I DIOPTRIQUE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

L.XX1I DIOPTRIQUE PATHOLOGIQUE

nisalion, leur objet le plus sensible, c'est celui qui, le mieux et le plus vite, portera témoignage d'altérations à peine perceptibles d'autre façon.

La première base à établir, clans toute étude pratique de la vue d'un sujet, c'est donc le degré de l'acuité (52) et (55), et le résultat de cette analyse devra être rapproché du tableau dressé par le docteur de Haan, et qui donne la courbe de la décroissance graduelle de la finesse du sens même de la vue, avec le progrès des années, indépendamment de tout état de la réfraction ou de maladies évidentes.

Ce tableau a été dressé sur 281 observations relevées au moyen de l'échelle de M. Snellen, sur des sujets de 7 à 82 ans. En voici un extrait :

Jusqu'à 20 ans, l'acuité de la vision est un peu supérieure à celle qui forme l'unité de l'échelle de M. Snellen et de la nôtre.

A 20 ans 20/20 ou 1 .

A 40 ans elle n'est plus tout à fait égale à l'unité.

A 50 ans elle n'est plus que des 18/20.

§ V. Images entoptiques.

94. — La diminution graduelle de la perfection du sens même de la vue avec le progrès des années et qu'accuse d'une manière si sensible ce tableau, a particulièrement sa cause dans les altérations variables de transparence que présentent les milieux de l'œil, par suite d'une nutrition de ces tissus qui a perdu plus ou moins de sa vitalité. Avant de s'en apercevoir par la mesure de ses effets, les malades en sont très-souvent avertis par l'apparition, clans le champ de la vision, de petites ombres plus ou moins sensibles qui le traversent en cerlaines circonstances, et qui, lorsqu'elles ont acquis une certaine importance, ne laissent pas que de préoccuper fortement ceux qui les ont constatées sur eux-mêmes. Elles reçoivent alors le nom de « mouches volantes » et, à ce titre, méritent de notre part quelque attention. Ces apparitions font partie d'une catégorie de phénomènes qui a reçu le nom d'images entoptiques.

On appelle « images entoptiques » toutes les apparitions qui se présentent dans le champ de la vision et qui n'ont point de raison d'être extérieure ou objective. Elles sont de plusieurs sortes et leur étude offre, au double point de vue de la physiologie et de la pathologie, le plus grand intérêt.

a) Les plus communes entre ces images consistent en de petits

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corps gris ou pâles, qui se montrent au-devant de nous, et se lient aux mouvements du regard, particulièrement quand l'oeil reçoit la lumière, moyennement vive, de surfaces uniformément éclairées. On les rend visibles avec facilité en faisant pénétrer dans l'œil des faisceaux de lumière parallèle ou peu divergente, qui dessinent sur la rétine des cercles plus ou moins étendus. Un trou d'épingle d'un millimètre de diamètre environ, étant tenu à 10 millimètres de l'œil (au Foyer antérieur de celui-ci), tousles rayons qui le traversent sont réfractés dans le corps vitré à l'état de parallélisme. Celte petite ouverture dessine donc sur la rétine un cercle plus ou moins étendu, suivant la dimension pupillaire, si on a soin de diriger le regard vers une surface blanche ou bien éclairée, comme une muraille au soleil, les nues, etc.

Dans ces circonstances, on aperçoit, passant devant soi, de petits corps plus ou moins apparents (inégalement accusés), et formés de petits granules parfaitement ronds, égaux généralement, les uns isolés, les autres groupés, d'autres formant des chapelets linéaires, d'autres enfin des chapelets entortillés. Tous ces petits corps ont ce caractère commun, d'apparaître au moment d'une direction plus ou moins vive du regard de bas en haut, de suivre ce même mouvement, de s'arrêter avec lui, après l'avoir un peu dépassé, puis de descendre lentement vers la position première et enfin de disparaître. Ces ombres persistent cependant quelquefois, mais c'est qu'alors elles sont plus accusées.

Eu plaçant au-devant de l'œil et toujours à la même dislance, non pas un trou d'épingle seulement, mais deux, très-petits et disposés comme ceux de l'optomètre de Scheiner, c'esl-à-dire séparés par un intervalle inférieur à l'ouverture pupillaire, on a fait pénétrer dans l'œil deux cylindres de rayons parallèles au lieu d'un. Le même corps rencontré par ces cylindres de lumière a pu alors porter sur la rétine une ou deux ombres, suivant sa position par rapport au lieu d'intersection mutuelle des deux cylindres ; la situation de ces images doubles, par rapport aux cercles lumineux dessinés par les deux cylindres sur les rétines, a permis alors de déterminer, avec une certaine approximation, la position même des petits corps qui les produisaient. Ce procédé, dû à Sir D. Brewsler, a fait connaître que tous ces petits corps étaient suspendus dans le corps vitré à des distances très-variables; les uns se montrent en contact avec le cristallin, les autres avec la rétine. On a même pu penser que quelquesuns de ces derniers appartenaient à la couche granuleuse de celle membrane. Ces apparitions dans le champ de la vision ont reçu le uom de « spectres perlés. »

Dans quelques autopsies oculaires, l'examen du corps vitré, au moyen du microscope, a permis à M. Donders d'y reconnaître les mêmes petits corps qu'il avait nu observer sur lui-même.

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D'après cela, il est naturel de penser que les spectres perlés ne sont autre chose que des corpuscules granuleux des membranes profondes, à des degrés différents d'altération, survenus soit par le fait de l'âge, soit à la suite de la lésion de la nutrition de quelques-unes de ces membranes. On les voit plus abondants qu'ailleurs chez les sujets atteints d'atrophie choroïdienne. Ils s'accusent davantage dans les circonstances où quelque cause congeslive s'observe ou a été produite dans les régions supérieures.

b) On peut joindre encore à ces ombres mobiles les opacités plus considérables que des épanchements de sang laissent souvent à leur suite dans le corps vitré. Ces dernières ombres sont plus étendues, plus mobiles, affectent la forme de membranes voltigeantes, de toiles d'araignée, etc. Ces opacités sont très-nettement perceptibles à l'ophthalmoscope; on les nomme alors « corps flottants dans l'humeur vitrée. »

Les spectres perlés, quand ils ont atteint une certaine teinte, ainsi que les apparitions plus larges dont nous venons de parler, ont reçu le nom de « mouches volantes. »

On peut ranger dans la même catégorie les spectres, beaucoup moins constants, que peuvent également dessiner sur la rétine les petits corps arrêtés sur la cornée par l'humidité de celte membrane, le mucus, les larmes, etc., et qui ont reçu le nom de « spectre mucolacrymal. »

Tels sont les traits généraux de cette série de phénomènes sur lesquels l'analyse ophihnlmoscopique, la lumière expérimentale et les recherches micrographiques ont jeté un jour si nouveau. On voit qu'ils ne sauraient avoir, clans la généralité des cas, ce caractère grave qu'on leur attribue généralement. Au point de vue de la tranquillité de la plupart des malades, leur analyse offrait donc un très haut intérêt. C'est un service considérable rendu à l'humanité que d'avoir démontré que les mouches volantes ne sont généralement qu'un phénomène de sénilité relative; ce sont les rides de l'œil.

Quelques ophthalmologues plus radicaux ont cru pouvoir donner à ces phénomènes le nom de physiologiques. Nous croyons que cette appellation est un peu exagérée : une « opacité » survenant dans un milieu qui doit de sa nature être essentiellement transparent, n'est pas une condition excessivement physiologique. Ajoutons qu'il est constant que les yeux myopes et ceux qui soûl le siège d'une tension trop fréquente se montrent, bien plus souvent que l'œil emmétrope, sujets à cette infirmité.

i. SCOTOMES.

On ne confondra pas la mouche volante avec le scotome, improprement appelé « mouche fixe. »

Le scotome est « fixe » ; mais il n'est pas « mouche» ;il ne porte pas

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ombre. Il se caractérise par l'absence de toute sensation lumineuse et par conséquent par l'absence de la sensation opposée, l'ombre, en un point donné de la rétine.

Le point occupé par un scotome n'existe plus au point de vue de la sensibilité spéciale. Les images y sont « interrompues, » supprimées, comme on le voit dans l'expérience du « punctum cœcum » de Mariotte ; elles n'y passent pas du clair au noir.

2. SPECTRE ÉTOILE DU CRISTALLIN.— PHÉNOMÈNES DE LA POLYOPIE CNIOCULAIRE.

95. — Quand on rapproche de soi, en deçà du punctum proximum l'optomèlre à cheveux ou à soies de M. de Graefe, on cesse de voir distinctement chaque fil. D'après la théorie, rien à cela de surprenant, chaque point focal étant remplacé par un cercle de diffusion. Mais ce qui surprend au premier abord, si l'on examine bien attentivement cette image confuse du fil, c'est qu'elle n'est pas simplement confuse, elle est double, triple, ou multiple en un mol. Au lieu d'un fil, mal défini, grossi, on voit sur une ombre vague, se dessiner un certain nombre de fils inégalement perceptibles, mais incontestables.

Si, au lieu d'un fil, on prend un point, de moins d'un millimètre d'étendue, se détachant en noir sur fond blanc, ou en blanc sur fond noir, et qu'on fasse sur lui la même expérience, dès qu'on l'apporte en deçà du punctum proximum le même phénomène apparaît : au lieu d'un point plus large, plus confus, on aperçoit distinctement, autour d'un point central, une petite couronne de points semblables qui l'enveloppe.

Le phénomène est très net si l'on fait l'expérience avec le trou d'épingle placé contre le jour, et se détachant sur le fond éclairé du ciel ou sur une muraille blanche.

Après avoir constaté ce phénomène, rapprochons encore le trou d'épingle de nous, ou plutôt, rendons-nous, pour la dislance à laquelle nous le tenons, un pied, je suppose, très myope ou très hypermétrope, en plaçant devantnotre œil un verre positif ou négatif de ô à h pouces; alors, au lieu de la couronne de points entourant le point central, nous voyons devant nous un cercle lumineux pâle, plus ou moins grand, étoile, c'est-à-dire divisé en segments réguliers appartenant au type hexagonal. Dans cette situation relative, éloigne-t-on ou rapproche-t-on l'écran percé du trou d'épingle, on constate que chacun de ces segments de cercle correspond à l'un des points de la première expérience; qu'en éloignant l'écran, chaque petit point de la couronne devient un segment, et réciproquement dans le mouvement inverse. Ajoutons que tous ces phénomènes disparaissent et font place à la vision nette d'un seul point, dès que l'écran rentre dans le champ de la vision distincte.

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