‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 51 sur 273 · I.XWI DIOPTR.IQUE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

I.XWI DIOPTR.IQUE PATHOLOGIQUE

Il suit de là qu'il existe dans l'œil quelque appareil qui y joue le rôle de l'oplomèlre de Seheiner, multipliant comme lui les images, quand l'objet visuel est placé en deçà ou au delà du point d'adaptation.

La figure éloilée et régulière de l'expérience précédente rappelle trop celle de la formation bistologique du cristallin, pour ne pas indiquer tout d'abord que cet organe est lui-même l'oplomèlre multipliant dont nous venons de constater les effets. On s'assure qu'il en est ainsi en observant, à l'éclairage latéral, le cristallin d'une personne plutôt âgée, après dilatation de la pupille. On voit alors objectivement ledit oplomètre hexagonal. Enfin, on le retrouve si l'on reprend, avec des cristallins d'animaux un peu âgés, et objectivement, les expériences que nous venons de rapporter, en prenant un écran de verre dépoli pour remplacer la rétine. On reproduit alors les segments triangulaires dont chacun correspond à une image, au delà ou en deçà du foyer, mais qui tous se fusionnent en un seul lorsque l'écran est au foyer. On a reconnu, de plus, que les phénomènes dont il s'agit sont d'autant plus accusés que le cristallin porte plus évidentes les traces de ses divisions hexagonales histologiques, c'està-dire qu'il est, cœteris paribus, plus âgé.

C'est donc à cet organe qu'il y a lieu d'attribuer : 1° Le spectre étoile, qui se produit quand on se place en présence d'une source plus ou moins abondante de lumière, parcourant le corps vitre à l'état de rayons parallèles (expérience des spectres perlés);

2° Les images multiples de la polyopie uni-oculaire, lesquelles se manifestent quand, en deçà ou au delà de la distance pour laquelle l'œil est adapté, l'objet visible n'est pas trop éloigné du point d'adaptation (comme dans le cas des points en couronne de l'expérience ci-dessus).

Des images multiples se rencontrent parfois en l'absence du cristallin. Il est clair, dès lors, qu'elles ne sauraient, en semblables circonstances, lui être attribuées. On reconnaît alors que, si le cristallin manque, il existe un autre réseau qui le remplace dans ses fonctions d'optomètre multiplicateur. Ce sont de petits tractus membraneux, développés par une irilis ou formés par les capsules après l'extraction du cristallin, et qu'on peut reconnaître à l'oplnhalinoscope. De plus, au moyen d'une lentille qui corrige l'aphakie (112), on fait disparaître du même coup la polyopie.

Le mécanisme par lequel sont produites les images multiples de la polyopie uni-oculaire avait rail penser, au premier moment, que le cristallin était composé de différents segments ayant analomiquement des foyers différents. Sur celte idée reposait la conception de l'une îles formes de l'astigmalisme irrégulier. L'analyse plus exaele du phénomène (134), montre que les foyers de deux segments ne sont pas différents, quoique dans certaines circonstances ces segments donnent des images différentes. Ces images distinctes ne se rencontrent en effet qu'en deçà et au delà du fojer même de la réfraction

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actuelle de l'œil. Mais, au foyer exact, toutes se confondent cl se fusionnent. Les segments ont donc même foyer pendant l'acte physiologique, elle cristallin n'est pas, comme on l'a cru, une lentille à plusieurs foyers.

C'est au speclre étoile que sont dues et la forme des étoiles, constante pour le même œil, différente pour chacun, et les apparences stellaires de tous les points fortement lumineux et très éloignés ou très petits.

^ VI. Des lunettes sténopéîques et des conserves.

96. — En sus des instruments (lunettes) dont nous avons parlé (86) et destinés à modifier la réfraction de la lumière dans l'œil, il en existe qui ont pour objet de modifier la quantité ou la qualité (couleur) des ra)ons qui pénètrent dans l'organe. Ce sont les lunettes sténopéîques et les conserves.

a) Lunettes sténopéîques. — M. Donders a donné le nom de « sténopœïques» (axevo;, étroit, oÛ7], petite ouverture) à des instruments qui consistent en un petit écran opaque, placé tout contre l'œil, et portant à son centre une petite ouverture (comme le trou d'épingle) d'environ 1/2 à 1 millimètre 1/2 de largeur.

Ces écrans, portés en guise de lunettes, sont employés : 1° pour garantir de la lumière diffuse les yeux dont les cornées portent des portions opaques, et que gêne considérablement la dissémination de la lumière pénétrante, àsarenconlreavec ces parties opaques réfléchissantes, ou même simplement translucides. La netteté des images régulières gagne beaucoup par l'usage de ces lunettes.

2° On en retire encore de grands avantages dans les circonstances où une pupille artificielle, une iridectomie, une synéchie iridiennne antérieure, suite de kératotomie, ayant déformé, agrandi la pupille, ou altéré la courbure de la cornée, produisent de trop grands cercles de diffusion.

3° Dans les hauts degrés de myopie, dans lesquels l'acuité a elle-même beaucoup souffert. Dans ce cas, leur mode d'action est la diminution notable des cercles de diffusion, toujours grand avec une pupille large comme celle des myopes. Par leur moyen, la vision monoculaire permet de se procurer de grandes images : on y arrive en rapprochant autant qu'on le peut les objets. El quant à la vision de loin, elle est analogue, avec leur secours, à celle que procurent des verres qui neutralisent imparfaitement la vision, sauf cet avantage qu'elles dessinent des images plus grandes.

Dans ces circonstances, l'usage du trou d'épingle monté sur écran fixe, circonscrit la vue à un espace très limité, et ne peut s'appliquer qu'à des occupations sur objets rapprochés.

Si l'on est dans la nécessité de les conseiller pour la vie extérieure, dans laquelle la convergence des axes optiques varie à chaque instant, on remplacera le trou d'épingle par une petite fente horizontale, d'un millimètre de hauteur, qui laisse des bandes de diffusion dans le plan horizontal, mais procurera cependantencore de grands avantages relatifs, et dont le clignement naturel aux myopes permet de se faire une idée.

Dans les cas où la lunette slénopéïque a pour objet de préserver les images rétiniennes de la diffusion qu'amène un albugo de la cornée, il convientde l'armer du procédé de M. Donders. Ce savant garnit l'ouverture de l'écran d'un petit cône de 81/2 millimètres de hauteur et qui défend l'entrée de l'orifice aux rayons latéraux. Dès lors, les seuls rayons utiles pénètrent à travers les parties transparentes de la cornée.

b) Lunettes destinées à modifier la qualité de la lumière (couleur). — Ces instruments portent généralement le nom de « conserves » ; ce sont simplement des verres de couleur, de nuances diverses et de teintes graduées, à faces parallèles, et qui, d'après cela, n'agissent sur la réfraction que par leur couleur. On les fait verts, bleus ou grisfumée, tendant plus ou moins sur le noir.

On s'est longtemps et beaucoup servi des diverses nuances du vert. Ces verres excluent

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les rayons extrêmes du spectre ou du moins en diminuent plus particulièrement la quantité. Leur coefficient de réfraction se rapproche le plus de celui de la lumière blanche ou composée : ils n'ont donc, par le fait de la couleur, que peu ou pointd'aclion réfringente; mais, augmentant relativement la quantité de lumière jaune, en excluant le rouge et le bleUj ils laissent pénétrer les rayons les moins agréables, les moins doux à la rétine, les plus irritants, les rayons jaunes. Celte couleur(le vert) est donc plutôt à éviter, dans les circonstances mêmes qui exigent l'emploi des conserves.

La teinte bleue est aujourd'hui reconnue très-préférable, particulièrement lebleu-cobalt de Berlin (verre très-pur et très-bien fabriqué). Celte couleur exclut particulièrement l'orangé; en outre c'est, par sonrangdans le spectre, le moins riche en rayons calorifiques; elle est donc, à tous égards, la mieux tolérée par des membranes plus ou moins irritables. Enfin, disons encore qu'elle agit un peu à la façon d'un verre collectif, le bleu étant la nuance la plus réfrangible du spectre. Quant au gris-fumée, tendant jusqu'au noir, son emploi n'est indiqué qu'à lilre d'écran ou de voile, quand on veut garantir l'œil de la lumière elle-même, sans, pour ainsi dire, en laisser entrer dans l'œil. Or, ce n'est pas le cas en général. Les conserves ont pour elïel, non d'exclure, mais de modifier la lumière. Elles doivent permettre l'exercice de la vision, laisser par conséquent entrer toute la lumière utile, en excluant seulement celle qui, par sa qualité, peut nuire. Or, le bleu, en excluant la lumière jaune orange irritante, laisse la faculté visuelle presque complète.

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