‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 52 sur 273 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

AMETROPIE.

SECTION Ie.

HYPERMÉTROPIE.

§ I. Divisions. — Définitions. — Caractères anatomiques. — Siège et caractères apparents de l'hypermétropie.

97. — On appelle hypermétropie « le déficit de la réfraction statique (70). » Ce déficit est congéuital ou acquis.

On donne ce dernier nom au recul du point r au delà du parallélisme, dans l'œil emmétrope, comme extrême limite de la presbyopie {Si), c'est-à-dire après la cinquantième année.

L'hypermétropie proprement dite est congénitale , c'est-à-dire qu'elle peut être reconnue dès l'instant où il est possible d'apprécier la portée de la vue d'un enfant.

L'hypermétropie se présent* à nous sous deux états : elle est « latente » ou « manifeste » .

A. Hypermétropie latente. — Au premier abord, on devrait penser que tout sujet affecté de déficit de la réfraction statique, est dans l'impossibilité absolue de distinguer nettement les objets éloignés. Il n'en est rien, et la plupart du temps un hypermétrope voit au contraire,

HYPERMETROPIE. LXXIX

et très bien, les objets distants. A cette fin, il met en jeu une accommodation que l'emmétrope n'appelle eu exercice que pour les objets rapprochés. Pour L'observateur, celle hypermétropie est donc dissimulée ou « latente. » Bien plus, sur certains de ces sujets, un verre convexe faible qui devrait, à l'instant où il est présenté, améliorer leur vue, non-seulement ne l'améliore pas, mais la trouble. Bien plus encore, un verre concave, ajoutant à celle hypermétropie ~, ± de déficit dans la réfraction, peut parfois momentanément l'améliorer. El cependant le sujet est bien réellement hypermétrope, comme nous allons le montrer.

Qu'on paralyse, par une instillation d'une forte solution d'atropine, l'accommodation du sujet, au bout d'une heure la vue des objets distants est parfaitement confuse, et ce n'est qu'un verre convexe qui lui rend sa netteté. Dans tous ces cas là, l'accommodation masquait le déficit ; le masquait même, comme dans le cas de la myopie apparente de -—, jusqu'à simuler l'excès de réfraction.

Telle est l'hypermétropie latente.

Elle ne se rencontre évidemment que chez les sujets de moins de 40 à 50 ans, c'est-à-dire qui ont encore de l'accommodation à leur service.

B. Hypermétropie manifeste. — Prenons maintenant un sujet arrivé à ce dernier âge; il n'est point besoin de paralyser son accommodation pour reconnaître un déficit de la réfraction. Chez lui, le verre convexe améliore immédiatement la vision. Le caractère de la vue est donc aussitôt reconnu, l'hypermétropie est « manifeste. » Cependant, après en avoir reconnu le degré, si l'on instille l'atropine et qu'on recommence l'épreuve, on reconnaît un déficit plus élevé, c'est }' « hypermétropie latente » qui se révèle; ajoutée à la première, elle donne 1' « hypermétropie totale. »

Cet empire du sujet sur son accommodation distingue éminemment l'hypermétropie des états différents de la réfraction. Sous l'influence de l'atropine, chez le myope et chez l'emmétrope, le punctum remotum ne s'éloigne guère de plus de ^ou^.

Il est, au point de vue physiologique, d'autres divisions que l'on a établies dans l'étude de riiypermélropie. M. Donders distingue encore une hypermétropie absolue, et une hypermétropie relative.

Il appelle « hypermétropie absolue» le déficit de la réfraction dans laquelle le punclum proximum est lui-même au-delà de l'infini, et où nul effort ne permetau sujetde voir nettement les objets distants. Il désigne sous le nom d' «hypermétropie relative» un état qui a, avec le précédent, ceci de commun que le punelum proximum est encore ^u delà de l'infini, mais qui s'en distingue par la faculté de retrouver un jeu accommodalif plus ou moins marqué, par la convergence de l'œil frappé de déficit. En plaçant cet œil dans la situation du slrasbisme interne, soit spontanément, soit au moyen d'un prisme à base en dehors, ces sujets arrivent à distinguer plus ou moins nettement les objets éloignés.

Tous ces genres d'hypermétropie deviennent, après 50 ans, de l'hypermétropie absolue.

LXXX DIOPTRIQUE PATHOLOGIQUE

L'hypermétropie est très généralement héréditaire, comme la myopie, mais cette hérédité se fonde sur des éléments différents. Il est rare que, dans la famille d'un hypermétrope, on ne trouve pas d'autres hypermétropes ou des individus affectés de strabisme convergent, périodique s'ils sont jeunes, concomitant s'ils sont plus ou moins âgés.

98. — En définissant Tamétropie (70), nous avons dit que, dans la presque totalité des cas, Pœil myope présente un diamètre trop long en présence d'un appareil réfringent régulier; tandis que l'oeil hypermétrope présente invariablement la disposition inverse, un œil relativement trop court en rapport avec un appareil réfringent régulier. Il est temps de justifier celte proposition. Commençons par les éléments qui constituent l'appareil réfringent :

A. Cornée. — Cette membrane ne saurait être mise en cause : à moins de vastes ulcérations centrales, elle n'est chez l'hypermétrope ni moins ni plus convexe que chez l'emmétrope : un grand nombre de mensurations l'établissent.

B. Cristallin. — Il ne saurait non plus être accusé dans cette circonstance : les mesures positives manquent en ce qui le concerne; mais elles manquent tout autant en faveur de la proposition inverse ; on ne peut donc supposer, sur aucune base certaine, qu'il soit moins convexe que dans l'œil emmétrope. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il est plus rapproché de la cornée que dans les yeux emmétropes ou myopes. Mais cette situation est un élément de myopie et non d'hypermétropie.

C. Globe oculaire. — Les conclusions sont tout différentes en ce qui regarde l'œil dans son entier. L'œil de l'hypermétrope est un tout petit œil, offrant, comme nous avons dit, ce caractère remarquable et inattendu d'une cornée relativement en saillie sur la sclérotique aplatie ; aplatie en avant, mais courbée en excès dans sa région équatoriale. De telle sorte que, si l'on fait porter le regard fortement en dedans ou en dehors, de manière à amener tout à fait en avant la grande circonférence de la sclérotique, le globe oculaire apparaît, comme le globe terrestre, aplati vers les pôles, renflé à l'équateur... Les mensurations exactes confirment, et hautement, cette première conclusion. L'œil hypermétrope d'un individu de moyenne stature a offert, dans son diamètre anléro-poslérieur, des diminutions s'élevant jusques à 5 millimètres sur la longueur moyenne. (Voir, pour les caractères opposés, dans la myopie, (71) .Voir également la fig. xxxn.)

99. — Les caractères apparents de l'hypermétropie se rattachent à toutes les circonstances que nous venons de décrire. Petitesse du globe, aplatissement de la sclérotique en avant, saillie de l'équateur, etc., etc. ; enfin aplatissement apparent des os qui bordent l'or-

HYPERMETROPIE. LXXXI

bite. On remarquera à cet égard que toute personne affectée d'une forte différence dans l'état de la réfraction des deux yeux, aura le front aplati, déprimé du côté de l'hypermétropie prononcée.

A. Strabisme apparent divergent de l'hypermétropie. — Uneaulre condition analomique importante à relever dans l'œil hypermétrope, c'est la situation de l'axe de la cornée. La cornée y est coupée, en dedans de son propre axe, par Taxe visuel : et cette déviation angulaire mesureel) moyenne 7° . Or,* chez l'emmétrope, cet angio, dans le même sens, n'atteint que 5n; et, chez le myope, est moindre encore et quelquefois même disposé en sens inverse.

Ces dispositions différentes, qui sont constantes, ne sont pas à négliger. Comme on juge du regard d'une personne par la direction apparente de ses cornées, l'hypermétrope, quand il dirige son attention à l'horizon, c'est-à-dire dans le parallélisme des axes optiques, devra présenter l'apparence du strabisme divergent. Ainsi fera d'ailleurs, quoiqu'à un moindre degré, l'emmétrope. Le myope, au contraire, dans les mêmes circonstances, pourra offrir l'aspect d'un strabisme convergent. Ce sont ces aspects qui ont reçu le nom de « slrabismes apparents. »

On s'est demandé à quoi devaient être attribuées ces déviations de l'axe de la cornée sur Taxe optique, en dehors chez l'hypermétrope, en dedans chez le myope. Tout doit faire penser que, dans le premier cas, la position en dehors de l'axe de la cornée dépend de la position en dehors de la tache jaune. Selon toutes apparences, l'hypermétropie est le produit d'un arrêt de développement de la moitié 's' xxxv'

externe de l'oeil. La tache jaune y est donc relativement plus en dehors que dans l'œil emmétrope.

L'anomalie s'est établie en sens inverse chez le myope : on verra plusloin que la myopie est due à la rétropulsion des membranes profondes amincies. (Cet amincissement portant surtout sur la région externe, il est simple que la tache jaune demeure relativement plusen dedans).

B. Strabisme convergent périodique de l'hypermétrope. — L'état de strabisme apparent divergent, que nous venons de décrire, fait souvent place, chez l'hypermétrope, à un état tout contraire, au strabisme convergent réel, avec exclusion de la vision associée. Ce strabisme se manifeste (quand il se manifeste) au moment où le sujet fixe son attention, même à distance.

Dans l'opinion de M. Donders,l'hypermélropeappelle alors la convergence au secours de la vision nette, excluant un œil de la vision pour faire bénéficier l'autre de la synergie avantageuse que la convergence exerce sur l'accommodation. C'est cet effet que le savant hollandais a désigné sous le nom d' « hypermétropie facultative » (1). Ce strabisme con-

(i) Nous avons, dans un autre travail (Leçons sur le strabisme) exposé comment nous avions cru devoir rattacher la production de ce strabisme à une autre cause qui se lie elle-même par une origine commune à l'hypermétropie; nous voulons parler de l'insuffisance des muscles droits externes. Nous ne reprendrons pas ici cette discussion pour la solution de laquelletous les éléments ne nous paraissent pas encore réunis. Le symptôme est admis par toutes les écoles, non comme constant, mais comme fréquent. Le mécanisme soulève encore des doutes ; nous nous bornerons à les mentionner ici, la question demeurant réservée.

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