‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 100 sur 147 · HALLUCINATIONS DE LA VUE · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS DE LA VUE

d'un seul objet; d'autres fois elles représentent une multitude d'êtres humains en mouvement ou des scènes d'une diversité infinie. Quelques malades, affectés de pareilles visions, sont incapables de les distinguer d'avec les sensations réelles, et appellent ceux qui les entourent pour leur faire regarder les objets de leur terreur ou de leur surprise; d'autres, bien qu'ils puissent à peine se persuader que les impressions qu'ils éprouvent ne sont pas dues à des objets extérieurs, ressentent un certain doute lorsqu'ils rapportent ce qu'ils voient à d'autres personnes dont ils recherchent parfois la société pour disperser les intrus dont ils sont environnés; une troisième série de malades, enfin, sont parfaitement convaincus, depuis le commencement jusqu'à la fin, qu'ils sont en proie à une maladie qui les rend sujets à de fausses perceptions. Dans quelques cas, le malade remarque que les fausses apparitions suivent toujours les mouvements de l'œil ; dans d'autres, dans lesquels probablement la maladie affecte plutôt le sensorium que l'appareil optique, les visions se meuvent devant le malade, ou restent immobiles sans être influencées par le mouvement ou la direction des organes de la vision.

Quelques malades n'aperçoivent de spectres que lorsque leurs yeux sont ouverts, et il leur suffit de les fermer pour les faire disparaître ; chez d'autres, c'est le contraire. Ceux qui ont été une fois affectés d'hallucinations de la vue, sont très disposés à en être de nouveau troublés; ils peuvent même tomber dans un état qui leur permet à peine de distinguer la réalité de l'illusion.

Traitement. — On sait combien le sommeil produit par l'opium est avantageux pour chasser les fantômes que voient les malades atteints de delirium tremens. D'autres remèdes seront indiqués dans des cas différents et agiront parfois d'une manière aussi marquée. Témoins les effets de la saignée, dans le cas si célèbre de Nicolaï, le libraire de Berlin, qui, pendant deux mois, fut presque continuellement affecté d'hallucinations de la vue.

« Bien qu'à cette époque, dit-il, je fusse dans un assez bon état de santé de corps et d'esprit, et que je me fusse tellement familiarisé avec ces fantômes qu'ils n'excitaient plus en moi la moindre sensation désagréable; mais qu'ils fussent au contraire fréquemment des sujets d'amusement et d'hilarité : néanmoins, comme la maladie augmentait insensiblement, et que les figures m'apparaissaient pendant tout le jour, et même la nuit lorsque je m'éveillais, j'eus recours à diverses médecines, et je fus enfin obligé de m'appliquer de nouveau des sangsues à l'anus.

« C'est ce que je fis le 20 avril, à onze lieures du matin. J'étais seul avec le chirurgien; et pourtant pendant l'opération la chambre fourmillait de formes humaines de toute espèce, qui se pressaient les unes contre les autres : cela continua jusqu'à quatre heures et demie, époque précise où ma digestion commence. J'observai alors que les figures commençaient à se mouvoir plus lentement; bientôt après les couleurs pâlirent graduellement; de sept minutes en sept minutes, elles perdaient de plus en plus de leur intensité, sans qu'il survînt aucune altération dans la forme des apparitions qui restait distincte. Vers six heures et demie, toutes les figures étaient complètement blanches, et se bougeaient très peu; néanmoins leurs formes étaient parfaitement distinctes; par degrés, elles de-

vinrent visiblement moins évidentes, sans que leur nombre diminuât, comme cela avait souvent eu lieu dans d'autres circonstances. Les figures ne s'éloignèrent pas, ni ne s'évanouirent comme cela se passait d'ordinaire. Dans celle circonstance elles parurent se dissoudre immédiatement.dans l'air ; des porlions tout entières de quelques-unes d'entre elles persistèrent même pendant un certain temps el finirent aussi par se perdre graduellement. Vers huit heures il n'en restait plus le moindre vestige, et depuis je n'ai jamais plus éprouvé d'apparition de cette nature- Deux ou trois fois encore, j'ai ressenti une disposition, si je puis m'exprimer ainsi, à voir quelque chose, une sensation comme si une apparition se dressait devant moi, mais cela s'évanouissait sur le champ (1). »

Un simple changement de position du corps, de nature à modifier 1 état de la circulation du cerveau, a quelquefois suffi pour dissiper les fantômes résultant de sensations morbides. « Je connais un monsieur, dit un anonyme qui a écrit sur ce sujet, actuellement au printemps de sa %ie, qui, suivant moi, n'est surpassé par personne, tant en connaissances acquises qu'en recherches profondes et originales , et qui pendant neuf mois consécutifs fut tous les jours, au moment de son coucher, visité par l'apparition de la même figure humaine menaçant de le tuer. Elle apparaissait quand il se couchait, et disparaissait immédiatement lorsqu'il reprenait la position verticale. (2). »

Il est extrêmement utile de faire savoir à ceux qui sont en proie à ces sensations morbides, qu'ils sont simplement atteints d'une maladie spéciale de l'appareil optique interne, dont le résultat est de produire la répétition ou l'imitation de sensations antérieures. Par ce moyen on calmera leur esprit, et on empêchera qu'ils n'attribuent leurs visions à des causes surnaturelles, ou que la crainte et la terreur ne les conduisent à la folie (3).

SECTION XI

ASTHÉNOPIE.

Syn. — Aslhénopîe, de « privatif, aOévoç, force, el ùyty, l'œil. Debililas visus. Hebeludo visns. Impaired vision, Tyrrell. Muscular amaurosis, J J. Adums. Disposition à la fatigue des yeux, Bonnet. Kopyopie, Pélrequin. Weaksightedness Incapability of susiaining (lie accommodation of the eyes to near olvjecls. Angl. Gesichtsschwâehe. Allem.

On entend par aslhénopîe cet état de la vision dans lequel les yeux ne peuvent continuer à s'exercer sur des objets rapprochés, quoiqu'au premier coup d'œil le malade les voie généralement bien, qu'il puisse

(1) Nicolai's Memoir, Nicholson's Journal, vol. VI, p. 161 ; London, 1803.

(2) INicholson's Journal, vol. XV, p. 289; London, 1806.

(5) Le lecleur qui désirerait pousser plus loin l'étude des hallucinations de la vue, outre les ouvrages déjà cilés, peut consulter : Alderson, Edinburgh Médical and Surgical Journal, vol. VI : Armstrong, Ibid., vol. IX : Burton Pearson, Ibid. : Simpson, Phrenological Journal, n° 6 ; Edinburgh Journal of Science, for April, 1830 : Streeten, Midland Médical and Surgical Reporter, vol. II : Sutton's Tracts on Delirium Tremens, ele : Scott. On Demonology and Wiichciafl, p 16; London, 1830: Brewster. On Natural Magic, p. 37; London, 1852: Craig and Craigie, Edinburgh Médical and Surgical Journal, vol. XLVI, pp. 334, 553 : Paterson, Ibid., vol. LXX, p. 170 : Abercrombie's Inquiries concerning the Inlellectual Powers, pp. 62, 549; Edinburgh, 1850 : Bostocr's Physiology, vol. III, p. 204; London, 1830.

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regarder aussi longtemps qu'il veut les objets éloignés , et que ses yeux ne présentent à l'extérieur aucune apparence morbide.

Symptômes. — Le malade ne peut regarder pendant un temps un peu long des objets petits ou rapprochés, comme lorsqu'il s'agit de lire, de coudre, etc. ; il est obligé, tant à cause de la confusion et de l'obscurité qui semble s'étendre sur les objets, que par un sentiment de fatigue qu'il ressent dans les yeux, d'interrompre son travail. Chez la plupart des malades, l'attaque débute par une sensation degêne dont ils essaient quelquefois de se débarrasser par de fréquents clignements. D'autres accusent dans les yeux une sensation de tension et de pesanteur, du larmoiement et de la diplopie. Si le malade persiste à se servir de ses yeux, malgré la lassitude qu'il y ressent et la confusion de la vision, cet effort s'accompagne de pesanteur dans la tète et de douleurs dans les globes oculaires, les orbites, les tempes et le front. Une dame par qui j'ai été consulté, devenait sourde quand elle persistait à vouloir lire ou coudre. La surdité ne revenait jamais d'elle-même. Cette malade était nerveuse et affaiblie par une ménorrhagie et des inquiétudes d'esprit.

Lorsque le malade est en plein air, il ne se plaint point, car il voit nettement et sans fatigue les objets volumineux et éloignés. Lorsqu'il commence à regarder des objets petits ou rapprochés, il les voit aussi d'ordinaire très distinctement, jusqu'à ce que l'attaque d'asthénopie survienne; ce qui, suivant les sujets, s'effectue au bout d'une heure, d'une demi-heure, ou même de quelques minutes.

Après l'attaque, un repos très court suffit d'ordinaire pour rétablir la vue ; de sorte que la faculté de voir de petits objets se rétablit et que le malade se retrouve en état de reprendre ses occupations. Lorsque les objets rapprochés s'évanouissent, pour ainsi dire, devant les yeux ainsi affectés, quelques malades se trouvent soulagés par le seul fait de regarder des objets éloignés qu'ils continuent à voir parfaitement; chez d'autres, les objets éloignés paraissent également confus, et ils ont besoin de se couvrir les yeux pour se remettre de l'attaque. Dans tous les cas, c'est en fermant les yeux que le malade éprouve le plus de soulagement. Pendant que leurs yeux sont clos, quelques malades voient le spectre oculaire des objets qu'ils viennent de regarder, surtout si ces objets présentaient des contrastes remarquables de couleurs claires et de couleurs sombres.

Comme dans l'asthénopie le malade ne peut supporter longtemps l'effort nécessaire pour lire, écrire, coudre, etc., il ne peut que difficilement accomplir toute occupation sédentaire qui réclame l'inspection attentive d'objets rapprochés. Lorsqu'il lutte contre ces difficultés, les attaques de faiblesse et de fatigue des yeux deviennent d'ordinaire de plus en plus fréquentes et de plus longue durée ; néanmoins on rencontre des malades qui ont malgré tout accompli leurs occupations

pendant plusieurs années, et chez qui l'asthénopie est restée presque la même qu'au début. Les tailleurs et les couturières atteints de celte affection peuvent parfois se livrer à leurs occupations pendant les trois ou quatre premiers jours delà semaine; mais pendant les deux ou trois autres, leur vue est si faible qu'ils ne peuvent continuer qu'avec la plus grande difficulté, ou sont même obligés d'y renoncer. Le repos du dimanche rend la force à leurs yeux et leur permet de reprendre leurs occupations le lundi. Dans quelques cas, l'asthénopie survient si facilement que le malade ne peut jamais s'appliquer à aucune profession qui exige l'usage ordinaire de la vue, ou qu'il n'est jamais capable d'apprendre à lire. Ces faits suffisent pour démontrer que l'asthénopie constitue une affection sérieuse. C'est une infirmité beaucoup plus redoutable que beaucoup de maladies de l'œil, qui, pour un observateur superficiel, présentent un aspect plus formidable.

Les symptômes sont d'ordinaire complètement subjectifs. On trouve à l'examen les membranes de l'œil parfaitement saines, la cornée el les autres milieuxdioptriques transparents, les pupilles douées de la promptitude de leurs mouvements, et ni trop dilatées ni contractées. Dans le moment même où l'application des yeux sur de petits objets a déterminé l'attaque accoutumée, les pupilles ne présentent qu'un degré de dilatation moyenne. Dans quelques cas, à la vérité, les yeux paraissent mornes, langoureux et inanimés; ils ont perdu l'expression de la force et de l'intelligence, et pris celle de la faiblesse et de l'indécision ; mais le plus souvent ils n'offrent aucun signe appréciable de maladie.

L'asthénopie, dans le cours ordinaire des choses, ne s'accompagne d'aucun accroissement de la sensibilité, d'aucune photophobie, d'aucune douleur dans les organes de la vision , à moins que le malade ne fasse des efforts pour continuer à se servir de ses yeux, même durant l'attaque. Alors seulement de la douleur se fait sentir dans les yeux et la tête. Quelques malades, néanmoins, accusent, même lorsque leurs yeux sonten repos, une sensation douloureuse dans la partie supérieure du globe de l'œil, comme s'ils y avaient reçu un coup. Beaucoup d'entre eux indiquent aussi comme existant presque constamment, une sensation douloureuse à la partie moyenne et inférieure du front.

La langue est généralement nette; quelquefois elle est gonflée, et ie bord porte l'impression des dents. L'appétit est assez bon, et les selles régulières. La maladie paraît rarement en rapport avec quelque dérangement des organes digestifs.

La constitution des malades atteints d'asthénopie est généralement délicate. La pâleur de la face et le froid des extrémités indiquent la faiblesse de leur circulation. On ne rencontre que rarement ou même jamais cette maladie chez les sujets robustes ou pléthoriques. Ceux chez qui on l'observe sont, à peu d'exceptions près , pâles et mal nourris; ce sont le plus souvent des jeunes filles délicates, dont le

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corps el l'intelligence sont affaiblis par une vie sédentaire, le manque d'air et d'exercice, et d'autres causes.

L'asthénopie débute rarement chez ceux qui ont déjà atteint la période moyenne de la vie; c'est presque exclusivement dans l'enfance ou la jeunesse qu'elle se manifeste. Après avoir débuté dans le jeune âge, elle peut continuer pendant toute la vie.

Les femmes en sont aussi fréquemment atteintes que les hommes ; néanmoins, elle est rarement en rapport avec quelque désordre de la menstruation.

Diagnostic. — Le vulgaire est porté à comprendre toute espèce de maladie de l'œil sous le nom de vue faible; et quelques auteurs de médecine ont également eu le tort de comprendre un grand nombre de maladies sous cette dénomination.

Les maladies avec lesquelles l'asthénopie est le plus sujette à être confondue sont : la photophobie, la myopie commençante, la presbytie, la nyctalopie ou l'héméralopie, et l'amblyopie ou amaurose incomplète.

\ . Photophobie. — On confond quelquefois avec l'asthénopie la photophobie qui accompagne l'inflammation de la conjonctive, occasionnée par la chaleur que répand la lumière artificielle intense, celle du gaz spécialement. L'état inflammatoire dont nous parlons est caractérisé par de la chaleur et un état d'irritation des yeux où le malade ressent de la sécheresse et de la raideur, puis ensuite de la douleur et de la démangeaison, de sorte qu'il est obligé de les frotter continuellement. Ces symptômes sont dus à la suppression de la sécrétion de la conjonctive; mais si la maladie n'est point arrêtée par le repos et d'autres moyens, l'inflammation augmente et la conjonctive commence à sécréter un mucus puriforme. Le malade est obligé, comme dans l'asthénopie, d'abandonner ses occupations ; mais la plus légère attention de la part du praticien lui permettra de distinguer facilement la photophobie occasionnée par cette ophthalmie ou tout autre d'avec l'asthénopie.

2. Myopie. — Il arrive quelquefois que des jeunes personnes vers l'âge de la puberté, après avoir beaucoup exercé leurs yeux sur de petits objets, en peignant, en brodant, etc., deviennent tout à coup myopes. Elles et leurs parents sont souvent très alarmés en constatant qu'elles ne sont plus capables de distinguer de l'autre côté de la rue des objets qu'elles y apercevaient parfaitement bien quelques jours auparavant. Elles sont obligées de faire un effort inaccoutumé pour distinguer les petits objets; et au lieu de pouvoir tenir leur livre à la distance ordinaire de quinze à vingt pouces, elles doivent l'approcher à celle de huit ou dix. La myopie soudaine est surtout sujette à se déclarer chez les jeunes garçons auxquels on fait apprendre des professions comme celles d'horloger , de graveur , ou chez les jeunes pension-

naires s'occupant de musique, de peinture, de broderie, et d'autres travaux qui exigent un emploi continu de la vue. Lorsque la myopie se déclare brusquement cbez ces sujets, on la prend quelquefois pour l'amaurose, mais elle est plus souvent confondue avec l'asthénopie. L'emploi de verres concaves fait découvrir sur-le-champ la véritable nature de la maladie.

5. Presbytie. — Les personnes devenues presbytes ne peuvent en aucun temps voir distinctement les objets rapprochés, si ce n'est à laide de verres convexes. Dans l'asthénopie, le malade voit d'abord distinctement pendant un certain temps les objets rapprochés, puis ils deviennent obscurs et confus. Il n'est pas étonnant que l'on confonde parfois ces deux états de la vision. C'est ce qui arrive surtout lorsque la presbytie se déclare chez des enfants, de façon à ce qu'ils ne puissent plus lire à la distance ordinaire, si ce n'est avec des verres convexes (F. p. 64-8). Le soulagement que cette espèce de verre procure dans l'asthénopie est une circonstance bien propre à faire confondre ces deux maladies. Le diagnostic est cependant facile, si l'on se rappelle que, dans l'asthénopie, un court intervalle de repos suffit pour restituer la faculté de distinguer les objets rapprochés, tandis que, dans la presbytie, le repos ne produit aucun effet.

4. Nyctalopie. — Les attaques périodiques de cécité nocturne et la restauration de la vision avec la réapparition du jour, suffisent pour faire distinguer cette maladie de l'asthénopie.

5. Amblyopie ou amaurose incomplète. — Comme il est de règle, en classification, qu'une différence dans l'intensité ne saurait fournir de caractère spécifique (1), si l'asthénopie n'était qu'un degré moindre de l'amblyopie, on ne pourrait les considérer avec justesse comme des maladies distinctes. La différence qui existe entre l'amblyopie etl'amaurose ne consistant que dans le degré d'intensité, elles ne forment qu'une seule espèce ; mais il y a lieu de croire qu'il existe une différence spécifique entre l'amblyopie ou amaurose incomplète et l'asthénopie, et qu'elles occupent des parties différentes de l'organe de la vision.

Dans l'amblyopie, il existe constamment de la confusion dans l'exercice de la vision, confusion qui s'étend à tous les objets, grands ou petits; dans l'asthénopie, la vue ne s'obscurcit qu'après qu'on l'a exercée sur des objets rapprochés. Dans l'amblyopie, le malade voit généralement mieux lorsqu'il fixe ses yeux, ou qu'il les attache solidement, ainsi qu'il s'exprime souvent, pendant un certain temps sur les objets; dans l'asthénopie, c'est alors au contraire qu'il commence à mal voir.

On a souvent traité l'asthénopie comme une amaurose commençante ; mais il n'y a aucune connexion nécessaire entre ces deux maladies, et l'une ne mène pas à l'autre.

(1) Linn.ei Philosophia botanica, § 260, p. 206 ; Viennœ, 1755.

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Complications. — L'asthénopie pure n'est point rare. Elle ne parait résulter alors ni d'une maladie antécédente des yeux, ni d'aucun désordre constitutionnel affectant ces organes. D'un autre côté, il n'est nullement rare de trouver l'aslhénopie compliquée de quelque autre maladie des yeux, ou de quelque affection générale des systèmes nerveux ou circulatoire.

Ainsi, par exemple, on rencontre fréquemment l'asthénopie affectant des yeux qui présentent encore des traces de quelque ophthalmie, et surtout des taches de la cornée. J'ai trouvé, dans un cas, l'inflammation de la capsule cristalline antérieure combinée avec l'asthénopie. Quelques malades étaient myopes , d'autres presbytes avant le temps. L'asthénopie est souvent beaucoup plus prononcée à la lumière artificielle ; elle va même quelquefois jusqu'à la cécité nocturne tant elle s'exaspère le soir, et tant la vision est alors imparfaite. Elle s'accompagnesouvent de mouchesvolantes, et quelquefois de névralgie oculaire, ou d'oscillation des yeux, et assez souvent de strabisme.

L'asthénopie affecte d'ordinaire assez également les deux yeux. S'il n'y a qu'un œil affecté et que l'autre soit bon, la maladie peut passer inaperçue. Lorsqu'un œil est complètement amaurolique, ou désorganisé à la suite de lésions traumaliques ou d'autres causes, l'autre est assez fréquemment atteint d'asthénopie. Il arrive parfois qu'un œil est complètement amaurotique tandis que l'autre n'est qu'as thénopique. Ordinairement, l'œil incomplètement amaurotique estexempt du symptôme caractéristique de l'asthénopie ; mais quelquefois l'amblyopie ou amaurose incomplète se complique d'asthénopie. Quand il en est ainsi, la vue de tous les objets est toujours plus ou moins confuse; mais toute tentative pour lire ou coudre est promptement suivie d'un nouveau degré de confusion, et de l'impossibilité de continuer, impossibilité qu'un peu de repos fait diminuer. Les malades ainsi affectés se plaignent souvent de photopsie, de mouches volantes ou fixes, et leurs pupilles n'ont que des mouvements lents et limités.

D'ordinaire la consistance des yeux aslhénopiques est normale; mais, dans quelques cas, elle est trop ferme, tandis que, dans d'autres, la cornée et la sclérotique sont trop flexibles; symptômes qui dénotent le premier une surabondance, et le second, un défaut dans la quantité de l'humeur vitrée.

L'aslhénopie s'accompagne souvent d'une débilité générale et d'un affaissement de la vigueur de l'esprit aussi bien que de celle du corps. En pareil cas, le pouls est fréquent, petit et compressible; le malade est apathique et affecté de frissons Chez quelques-uns, les symptômes dénotent un commencement d'anémie; chez beaucoup, la diathèse scrofuleuse est manifeste.

Causes éloignées. — Lorsque nous nous sommes assurés par l'examen des symptômes, qu'il s'agit d'un cas d'asthénopie, que nous avons

constaté le degré de la maladie, l'époque de la vie à laquelle elle a conv mencé et l'état général de la santé du sujet, il nous reste à rechercher les causes éloignées ; point de la plus haute importance, puisque c'est dans la connaissance de ces causes qu'on peut puiser quelques-unes des principales indications thérapeutiques.

1. Dans beaucoup de cas l'asthénopie paraît être une maladie idiopathique, résultant entièrement d'un excès d'exercice de la vue. Le commémoratif apprend que, avant que les malades appliquassent leurs yeux sur de petits objets sans interrompre suffisamment cette application, ces organes étaient forts et sains, n'avaient jamais été atteints d'aucune ophthalmie, ou du moins étaient parfaitement guéris de celles qu'ils auraient pu avoir, et que, le malade n'ayant eu aucun dérangement chronique de la santé générale, il n'y a aucune raison de regarder la faiblesse de la vue comme un symptôme de quelque altération des systèmes nerveux ou circulatoire.

Déjeunes garçons engagés comme commis ou teneurs de livres, ou comme apprentis tailleurs, horlogers, dessinateurs d'échantillons, compositeurs d'imprimerie , ou graveurs , et les jeunes femmes employées comme tailleuses ou comme couturières, offrent de fréquents exemples d'asthénopie due exclusivement à l'abus de la vue. Les étudiants et les littérateurs, qui passent les jours et une grande partie des nuits à lire et à écrire, réduisent parfois leur vue à un tel état de faiblesse qu'il leur devient impossible de soutenir la moindre application à de nouveaux objets. Des personnes qui ne sont point obligées d'abuser de leurs yeux pour travailler, qui mènent un genre de vie sobre et chaste, et qui observent scrupuleusement les règles d'hygiène relatives à la santé générale, sacrifient assez souvent leur vue à leur goût prononcé pour la littérature, la science, ou les beaux-arts.

Diverses circonstances accidentelles semblent aider à l'influence que l'excès d'usage des yeux exerce sur la production de l'impuissance qui constitue le symptôme caractéristique de la maladie; telles sont le travail à la lumière artificielle, le manque de sommeil suffisant et l'abus des facultés intellectuelles.

Pour des raisons diverses, il est toujours plus nuisible pour les yeux de les exercer sur de petits objets à la lumière artificielle qu'à la lumière du jour. Ce sujet a été soigneusement traité par feu le docteur James Hunter, dont on consultera l'ouvrage avec avantage (1). 11 attribue surtout les effets nuisibles de la lumière artificielle aux quatre causes suivantes :

1 . La composition défectueuse de la couleur des rayons de la lumière artificielle.

(1) On t lie Influence of Artificial Lighl in causing Impaired Vision; Edinburgh, 1840.

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2. La propriété qu'ont ces rayons de produire plus de chaleur que de lumière.

3. La formation et le dégagement, pendant la combustion, d'acide carbonique qui, étant absorbé par les poumons, occasionne de la céphalalgie et agit d'une façon nuisible tout à la fois sur les yeux et sur le cerveau et les nerfs en général.

k. L'instabdité et la position, ainsi que la direction désavantageuse que l'on donne généralement à la lumière artificielle employée.

Le défaut de sommeil et partant tout travail de nuit, et surtout les éludes nocturnes sont parfois le principal agent de la maladie. Quand ils ne sont pas la cause principale, ils augmentent à un haut degré l'action des autres. Le sommeil, en suspendant les facultés motrices et sensitives de l'œil, en répare la vigueur. La substance épuisée du cei veau, des nerfs et des muscles est renouvelée pendant le sommeil par le travail d'assimilation. Si on lui refuse ce repos et cette rénovation, la force de l'œil va inévitablement s'affaiblissant. Le manque de sommeil, même dans l'obscurité, nuit aux yeux ; mais il leur nuit encore bien plus quand, au milieu des lueurs d'une lumière artificielle, ces organes sont obligés de fonctionner, en dépit de la fatigue qu'ils ressentent. Un sculpteur en bois, âgé de 22 ans, vint me consulter pour une asthénopie, le 1 5 juillet 1843. Sa maladie était due à ce que, l'hiver précédent, ilavait souvent été obligé de travailler la nuit comme le jour. Les études microscopiques prolongées à la lumière artificielle sont très propres à produire l'asthénopie, lorsqu'elles n'occasionnent pas des effets encore plus sérieux, tels qu'une congestion ou une inflammation de la choroïde et de la rétine, et finalement l'amaurose.

L'éducation moderne, que l'on pourrait appeler une éducation en serre-chaude, est une source féconde d'asthénopie. Rien n'est plus nuisible à la vue que la fatigue extrême des yeux et de l'esprit à laquelle les jeunes gens, les jeunes filles surtout, sont soumises à lepoquedela puberté. Un jeune garçon affecté d'asthénopie me fut envoyé par ses parents. Il me dit qu'il était en classe depuis neuf heures du matin jusqu'à quatre heures du soir avec une demi-heure de récréation seulement. Il passait toutes ses soirées à lire les volumes de Chambers's Edinburgh Journal, ouvrage imprimé en petit texte. La maladie s'était accrue rapidement pendant les trois semaines qui avaient précédé l'époque à laquelle il était venu me consulter. Quant aux filles, tout le long de la journée on leur enseigne quelque chose, une langue ou une autre, l'arithmétique, le dessin, les ouvrages à l'aiguille, la musique, etc. L'asthénopie paraît fréquemment la conséquence de longues éludes au piano, surtout à la lumière artificielle. Si l'on refuse aux yeux, ainsi qu'au reste du corps et à l'esprit, la distraction en plein air, et si une jeune personne est condamnée, précisément à l'époque où sa croissance marche le plus rapidement, à une succession perpétuelle d'occupations sédentaires et

ennuyeuses, y a-t-il lieu de s'étonner de voir survenir l'asthénopie, la pâleur, la faiblesse et l'amaigrissement? Le développement naturel du système se trouve entravé, il survient un état de congestion du cerveau, et le pauvre martyr, dont on estropie tout à la fois le corps et l'esprit, ne tombe que trop souvent dans un état de débilité incurable.

J'ai surtout constaté comme cause d'aslbénopie l'exercice intempestif de la vision, pendant la convalescence de quelque maladie générale et aiguë, telle que finfluenza, la fièvre, etc., ou même de quelque maladie locale qui, soit par elle-même, soit par le traitement qu'elle a nécessité, a produit une débilité générale considérable; et surtout la lecture trop prolongée pendant cet état.

2. On constate souvent que l'asthénopie est due à quelqu'une des ophlhalmies dont le malade apu être atteint à une époque antérieure de son existence.

On envoie à l'école un enfant de six à sept ans ; mais on s'aperçoit qu'il ne peut apprendre à lire, et on le morigène pendant un mois ou deux, parce que, bien qu'il voie parfaitement lorsqu'il est hors de l'école, et également bien lorsqu'il commence à regarder son livre, il ditnepouvoir cependant continuer de lire au delà de quelques minutes. Lorsqu'on l'amène au médecin, celui-ci reconnaît que ces symptômes sont évidemment ceux de l'asthénopie. En interrogeant les parents, on apprend que l'enfant, lorsqu'il n'avait que quelques jours, a été atteint d'une ophthalmie purulente d'abord négligée, et dont on n'a pu triompher qu'au bout d'une couple de mois; ou bien qu'à l'âge d'un an ou deux, il est resté pendant des semaines ou des mois, affecté de maux d'yeux, couché sur la face parce qu'il ne pouvait supporter la lumière. L'asthénopie est une suite assez fréquente de l'une ou l'autre de ces circonstances, bien qu'on ne la découvre parfois que plusieurs années après la cessation de l'ophthalmie.

L 'ophthalmie que nous avons citée en premier lieu, ou l'ophlhalmie des nouveau-nés, étend souvent son influence jusqu'aux parties internes de l'œil. C'est ce qui arrive fréquemment, si on la néglige pendant plusieurs semaines, ou si, par suite d'un traitement insuffisant, on la laisse passer à l'état chronique. Elle laisse chez quelques sujets une opacité partielle du cristallin et de sa capsule, et dans d'autres, une affection de la choroïde et de la rétine. On ne découvre souvent ces suites que lorsque l'enfant est envoyé à l'école. Dans le premier cas, les yeux sont myopes; dans le second, ils sont ou presbytes ou amblyopiques. Dans l'un et l'autre, ils peuvent déplus êtreasthénopiques. L'inflammation oculaire peut aussi se guérir, sans laisser aucune allération des milieux transparents et sans autre suite que l'asthénopie.

Les inflammations scrofuleuses des yeux, et spécialement la conjonctivite phlycténulaire, sont aussi des causes d'asthénopie. On sait qu'il s'opère, dans cette maladie, non-seulement des altérations graves des

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tissus de l'œil, niais que, de plus, une action réflexe très opiniâtre se produit sur l'orbiculaire des paupières lors de l'arrivée de la lumière sur les nerfs sensitifs qui sont dans un état d'irritation. L'aslhénopie qui succède à de fréquentes attaques d'ophthalmie phlycténulaire, peut être attribuée en partie aux changements que l'inflammation détermine dans les tissus internes de l'œil , et en grande partie peut-être à la longue compression que le malade exerce sur ses yeux, lorsqu'il reste couché la face sur les mains, aidée par l'action des paupières fermées par un spasme violent. J'ai déjà mentionné un exemple (t. I. p. 794) dans lequel, la photophobie excitée par une ophthalmie scrofuleuse venant à céder, on découvrit que l'enfant qui était affecté de cette maladie était amaurotique; — résultat que je suis portée attribuer à la pression exercée sur les yeux pendant un temps si long. C'est à la même cause que l'on peut, dans une certaine mesure, attribuer l'arrêt d'accroissement des yeux, qui accompagne les attaques de longue durée, aussi bien que les changements de texture qui laissent dans certains cas le malade tantôt amblyopique, tantôt asthénopique. On m'amena une jeune fille, qui avait sur chaque cornée une petite tache, résultant d'une ophthalmie scrofuleuse survenue pendant son enfance. Elle avait maintenant seize ans et était atteinte d'un tel degré d'asthénopie, que, bien qu'elle pût voir les plus petits objets, elle n'avait jamais pu apprendre à lire. Dans les cas de cette espèce il n'y a parfois qu'un œil affecté, mais fréquemment tous deux le sont. La possibilité de voir survenir ces graves altérations, montre combien il est important de guérir l'ophlnalmie phlycténulaire aussi promptement et aussi complètement que possible.

Les ophthalmies de l'enfance ne sont pas seules à pouvoir donner naissance à l'asthénopie; elle peut être le résultat de toutes les inflammations oculaires.

Si le malade rapporte que l'affaiblissement de la vue a été précédé de fréquents éclairs dans les yeux, de photophobie et d'épiphora, d'une douleur profondément située dans les globes oculaires, et s'étenclant de là jusqu'à l'occiput, et que ces symptômes s'accroissent lorsqu'il se baisse ou se livre à quelque exercice violent , ou si cette faiblesse de la vue s'accompagne, outre ces symptômes, de mouches volantes, d'irrégularité des pupilles et de dureté des yeux, il y' a lieu de conclure qu'il a existé une congestion ou une inflammation de la choroïde, ou que cet état persiste à l'état chronique.

Si de semblables symptômes se sont accompagnés du transport de la pupille d'un seul côté, en même temps que d'un épaississement évident de la sclérotique, auquel succède l'amincissement, l'asthénopie est le résultat de la sclérotite scrofuleuse.

Si la pupille est contractée, imparfaitement mobile et bordée de lymphe ou de particules saillantes de pigment, l'iris changé de couleur

et porté en avant vers la cornée, c'est l'irilis ou la rétinite qui a été la cause de la maladie.

Si, en explorant la pupille à l'aide d'une loupe à court foyer, on voit des vaisseaux rouges se ramifier sur la capsule antérieure du cristallin, l'asthénopie a été produite par une crystallinite.

Si le malade est myope, la cornée trouble et l'œil hydrophthalmique, c'est une cornéite qui a été la cause du mal.

Les noms de cornéite, d'iritis, etc., incliquent le siège principal ou foyer de certaines ophthalmies, lesquelles affectent plus ou moins tous les tissus tant internes qu'externes de l'œil, et dont chacun peut être la cause de l'asthénopie.

5. Les lésions traumatiques de l'œil, et plus spécialement celles des branches de la cinquième paire qui environnent l'orbite, sont sujettes à produire l'asthénopie. Un grand nombre de malades qui sont venus me consulter pour cette affection, avaient des cicatrices sur le sourcil ou sur la peau du front, et plusieurs d'entre eux ont pu affirmer que leur vue avait été forte jusqu'au jour où ils avaient reçu la blessure dont on voyait la cicatrice. On peut supposer qu'en pareil cas l'irritation ou l'inflammation de l'œil blessé, ou de la branche lésée de la cinquième paire, se propage le long du nerf optique ou du tronc de la cinquième paire jusqu'au cerveau, et qu'il se produit une affection réflexe, qui comprend le nerf de la troisième paire, ou le nerf optique, ou enfin l'un et l'autre.

4. On peut parfois faire remonter l'asthénopie à des affections de l'encéphale.

L'irritation du cerveau, qui, chez les enfants qui font des dents, produit si fréquemment des convulsions, parait être dans beaucoup de cas la cause de l'asthénopie. On m'amena un garçon, âgé de 13 ans, et affecté d'asthénopie et de presbytie. A l'âge de six ans, il avait été atteint d'une rougeole grave et était resté plusieurs jours sans connaissance. C'était là l'origine de la maladie oculaire. Un autre malade faisait remonter l'origine de l'affaiblissement de sa vue à une inflammation du cerveau dont il avait été atteint à l'âge de dix-neuf ans. Un autre la rapportait à un état nerveux, déterminé chez lui par une frayeur. Un individu, âgé de soixante ans, et que je traitais pour une hémiplégie légère, se trouva asthénopique lorsque celle-ci diminua. Il apercevait très distinctement les figures de petites gravures pendues autour de sa chambre et tous les autres objets éloignés. A l'aide d'un verre convexe, il lisait environ une ligne, mais pas plus. Les lettres commençaient alors à trembler et à se mêler de telle sorte qu'il était obligé de s'arrêter.

Plusieurs des personnes asthénopiques qui m'ont consulté avaient des têtes qui accusaient l'hydrocéphalie; quelques-unes étaient d'un volume s'élevant beaucoup au-dessus de la moyenne. L'affection tuberculeuse du cerveau est encore une cause probable d'asthénopie. J'ai vu

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le typhus fever et le choléra malin devenir, en attaquant le cerveau, causes d'asthénopie.

5. Si l'aslhénopie s'accompagne de pesanteur et d'enfoncement des yeux; si ceux-ci sont entourés d'un cercle sombre, et chauds au loucher ; si à un fond de mélancolie le malade joint un air d'égarement et de timidité ; s'il ne répond aux questions qu'avec hésitation ; s'il accuse de la douleur et de la faiblesse dans le dos et les membres, et s'il se trouve dans l'impossibilité de supporter les fatigues corporelles ordinaires, il y a de fortes présomptions que tous ces symptômes dépendent de quelque usage abusif ou de quelque désordre du système générateur, tels que le coït poussé à l'excès, la masturbation ou la spermatorrhée. Il est bon, en pareil cas, de dire au malade que son affection peut être en rapport avec l'état des organes de la génération. Cela l'amènera peut-être à déclarer qu'il n'a jamais éprouvé aucune espèce d'affection vénérienne, mais à avouer en même temps qu'il croit s'être conduit de façon à déterminer quelque affaiblissement des organes de la génération, et qu'il soupçonne déjà depuis quelque temps que telle est la cause de son mal.

J'ai souvent reconnu que, chez les jeunes hommes, l'aslhénopie est le résultat du coït poussé à l'excès, mais beaucoup plus fréquemment encore de la masturbation ou d'émissions involontaires du sperme. Je ne doute nullement que la masturbation ne soit une cause fréquente de la même affection chez les femmes (1).

Pauli (2) rapporte le cas de deux sœurs, l'une âgée de 18 ans, l'autre de 25, chez qui la masturbation avait déterminé une aslhénopie, en même temps qu'une mélancolie accompagnée d'une grande débilité. Parmi d'autres symptômes, il mentionne l'habitude de se mordre continuellement les ongles, qui est très commune chez les masturbateurs, et la répugnance pour le mariage, qui en est aussi un trait caractéristique. Les femmes affectées d'asthénopie sont souvent en proie à la leucorrhée; et celle-ci, ainsi que la stérilité, est dans beaucoup de cas la conséquence de l'abus des organes de la génération.

Je n'insisterai pas sur d'autres causes qui paraissent parfois donner naissance à l'asthénopie. J'indiquerai seulement les suivantes comme méritant l'attention : — l'imperfection congéniale des organes de la vision, la position penchée du corps pendant le travail, la dyspepsie, la constipation, l'agitation, le chagrin, l'usage de l'alcool, de l'opium, ou du tabac — poisons qui amortissent nos facultés sensitives et motrices. Les influences débilitantes de toute nature peuvent aggraver, sinon produire l'aslhénopie. Une jeune dame par laquelle j'ai été con-

(1) « Les femmes sont également enclines à ces mauvaises habitudes. » Berton, Traité pratique des maladies des enfants, p. 800; Paris, 1842. « Cette malheureuse passion amène exactement les mêmes résultats dans l'autre sexe à tous les âges. » Lallejiand, Des pertes séminales involontaires, t. III, p. 207 ; Paris, 1842.

(2) Ammon's Monatschrift fur Mediein, Band I, p. 592; Leipzig, 1838.

suite, se trouvait beaucoup moins bien après avoir souffert du mal de mer, qui avait amené chez elle une violente attaque d'hématémèse.

Cause -prochaine. — Comme l'anatomie pathologique n'a encore jeté aucune lumière sur le siège ou la nature de l'asthénopie, nous ne pouvons que nous livrer à des conjectures sur sa cause prochaine (1).

Le fait que la faculté visuelle n'est point affaiblie d'une manière permanente démontre manifestement qu'il n'existe ni changement considérable de structure, ni atrophie de la rétine, comme se l'imaginait Saint-Yves (2). Les plus petits objets sont vus pendant un certain temps aussi nettement que dans l'état normal de l'œil.

Que la rétine soit le siège unique ou même principal de l'asthénopie, c'est peu probable; mais on ne peut guère douter qu'elle y soit pour quelque chose. Dans l'action de lire, d'écrire, et dans les autres occupations semblables pendant lesquelles cette maladie se produit, les objets à voir sont petits, les yeux activement employés; les pupilles convergent vers le même point, et les images des objets sont reçues sur les sommets mêmes des rétines. 11 s'ensuit que la portion mince située en dedans de la tache jaune, est la portion de la rétine qui se trouve malade clans l'asthénopie. Lorsqu'on regarde des objets éloignés, on emploie une plus grande étendue de la rétine; elle est impressionnée par une variété de formes, et soulagée plutôt qu'épuisée par la variété des couleurs et les contrastes de la lumière et de l'ombre. Quand la lumière agit ainsi sur l'œil, on ne voit jamais survenir d'attaque d'asthénopie.

Un fait qui démontre que l'asthénopie ne consiste point uniquement dans une affection de l'appareil qui sert à accommoder l'œil aux courtes dislances, mais qu'elle réside aussi en partie dans la rétine, c'est que, lorsque l'œil est fatigué, dans cette maladie, le sujet ne voit ni plus distinctement, ni plus aisément en regardant à travers une petite ouverture, et enfin qu'elle se rencontre également combinée avec la myopie et la presbytie. Si elle ne consistait que dans une maladie de l'appareil d'accommodation, il suffirait de regarder par une petite ouverture pour rendre cet appareil inutile pendant un certain temps et procurer une vision distincte (o). Dans la myopie, la forme des parties réfringentes de l'œil fait qu'il est adapté d'une façon permanente pour la vision des objets rapprochés ; néanmoins les myopes sont aussi sujets à l'asthénopie. Les personnes affectées de presbytie en même temps que d'asthénopie rendent inutile, à l'aide de verres

(1) 11 est vraisemblable que Tanémie de la choroïde et de la rétine doit figurer an nombre des causes de l'aslbénopie. Bader a, dans des cas de cette nature, reconnu à l'aide de l'ophthalmoscope l'anémie de la choroïde. Ces malades se plaignaient que leur vue se fatiguait promptement quand ils fesaient usage de leurs yeux. (Brilisch Foreign Méd.-Chir. Review. April, 1853, p. 512). (Noie de M. Mackenzie.) [Il est à regretter que l'auteur n'ait pas décrit les symptômes ophthalmoscopiques d'où il a cru pouvoir conclure a Y anémie de la choroïde. T. W.]

(2) Nouveau traité des maladies des yeux, p. 554.; Paris, 1722.

(5) Porterfield's Trealise on the Eye, vol. I, p. 593; Edinburgh, 1759.

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convexes, l'action de l'appareil d'adaptation ; néanmoins, elles ne sont pas exemples, même lorsqu'elles portent leurs verres, d'attaques d'asthénopie.

Dire que l'asthénopie consiste dans une fatigue de la rétine, c'est ne rien dire, à moins qu'on ne soit préparé à donner l'explication physiologique de la fatigue et du changement anatomique que subit un nerf sensitif lorsqu'il a été trop longtemps mis en action ou surexcité. On sait très bien qu'un nerf dans cet état devient incapable d'être convenablement impressionné, ou de transporter exactement les impressions au sensorium; mais ce que l'on ne peut dire, c'est comment survient cet état d'impotence. Est-ce la circulation du sang à travers les tissus nerveux qui est en défaut? l'agent impondérable de la puissance nerveuse est-il épuisé? ou les vibrations des éléments nerveux s'arrêtent-ils? c'est ce que l'on ne saurait dire, car on ignore également quelle est la nature de l'action nerveuse dans l'état de santé, et quelle altération elle subit sous l'influence de l'affaiblissement ou de la fatigue.

L'oeil possède, à l'état normal, une faculté d'adaptation par suite de laquelle il peut amener au foyer sur la rétine les rayons divergents provenant des objets rapprochés, aussi bien que les rayons parallèles émanant des objets distants. Dans quelque lieu que s'opère le changement par suite duquel la réfraction de l'œil est augmentée et sa distance focale raccourcie, l'organe se trouve adapté à la vision des objets rapprochés. Il est évident que l'œil asthénopique n'est point complètement privé de la faculté d'effectuer ce changement; car lorsque le malade commence à regarder des objets rapprochés, il les voit parfaitement bien, et continue à les voir ainsi jusqu'à ce que l'attaque survienne. Il perd ensuite la vue des objets rapprochés et devient presbyte. Il continue à bien voir les objets éloignés ; mais son œil se refuse à continuer l'effort nécessaire pour rassembler en foyer sur la rétine les rayons lumineux émanant d'objets situés à une certaine distance. L'organe ou les organes de l'adaptation sont donc affectés dans cette maladie, ils en sont probablement même le siège principal.

J'ai proposé une. hypothèse au sujet de l'adaptation : c'est l'antagonisme de l'iris et des procès ciliaires ; de sorte que, quand la pupille se contracte, ce qu'elle fait toujours lorsque nous dirigeons les yeux vers un objet rapproché, le cercle ciliaire, sous l'influence de son muscle, s'élargit, et que lorsque nous regardons des objets éloignés, la pupille s'agrandit et le cercle ciliaire se contracte autour du cristallin (1). Lorsque le cercle ciliaire s'élargit, le cristallin s'avance vers la pupille, de façon à raccourcir la longueur focale de l'œil; lorsqu'il se contracte, le cristallin se reporte vers la rétine. Ces changements

(1) Médical Gazette, vol. XIII, p. 631 ; London, 1834 : Pliysiology of Vision, p. 18a ; London, 1841.

peuvent s'accompagner d'une altération de la forme du cristallin, son axe s'allongeant lorsqu'il s'avance dans l'oeil et se raccourcissant lorsqu'il se retire. Il est probable aussi que la contraction des muscles droits et obliques, en même temps qu'elle tend à allonger l'axe de l'œil et à raccourcir le rayon de courbure de la cornée, favorise le déplacement en avant du cristallin.

Les mouvements du muscle ciliaire et de l'iris, aussi bien que ceux des muscles droits et obliques, sont sous l'influence de la troisième paire. Lorsque ces muscles sont privés, par une cause quelconque, de leur stimulus nerveux habituel, leurs mouvements doivent se trouver empêchés, et la fonction de l'adaptation ne s'accomplit qu'imparfaitement. C'est ce qui se passe dans l'asthénopie. Lorsqu'on expose un œil asthénopique à divers degrés de lumière, les mouvements de la pupille sont aussi prompts et aussi étendus que ceux d'un œil sain. Lorsque l'œil vient d'être dirigé vers un objet rapproché, on peut aussi voir au début la pupille se contracter; mais si Ton surveille l'œil sérieusement appliqué d'une manière continue à la contemplation d'un objet rapproché, comme dans l'action de lire, on verra généralement la pupille tomber dans l'état de dilatation moyenne et ne pas persister dans son état de contraction, comme le ferait la pupille d'un œil sain dans les mêmes circonstances. Il est probable que le cercle ciliaire se trouve aussi dans un état de dilatation moyenne. On peut admettre que cet état des parties suffit pour produire la presque totalité des symptômes. L'effort nécessaire pour l'adaptation ne peut être maintenu ; la longueur focale de l'œil ne peut plus être raccourcie comme cela serait indispensable ; les lettres du livre s'évanouissent, et une sensation de fatigue envahit l'œil. Il est probable que la cause de cette faiblesse réside non-seulement dans les nerfs ciliaires ou dans les parties auxquelles ils se distribuent, mais aussi dans toute la troisième paire et dans tous les autres nerfs musculaires de l'œil en général. La contraction des droits et des obliques, si nécessaire alors pour maintenir l'œil en état d'équilibre, pour le diriger le long des lignes de la page, pour faire converger les yeux vers le même point, et peut-être pour comprimer le globe de l'œil de façon à maintenir une augmentation de distance entre la rétine et la cornée, doit céder graduellement par suite de l'effort qu'elle exige; de sorte que ces muscles retombent au minimum de leur contraction. Il en résulte que la paupière supérieure finit par s'abaisser et que le malade est forcé de céder à ce besoin de repos, propre, ainsi que l'expérience le lui a appris, à renouveler ses facilités visuelles épuisées.

Pronostic. — Le pronostic de l'asthénopie est en définitive défavorable. Si la maladie a plusieurs années de durée, et surtout si, de plus, elle doit son origine à une ancienne ophthalmie, à la lésion de l'une des branches de la cinquième paire ou à quelque affection de l'encéphale, il est rare qu'elle soit améliorée par aucune espèce de traitement.

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Dans les cas récents , quand le praticien peut découvrir la cause éloignée, et le malade se soustraire à son influence, il y a beaucoup à espérer. Ceci a trait surtout à la première et à la cinquième des causes éloignées que nous avons déjà mentionnées.

D'après mon expérience personnelle, je puis dire que l'asthénopie n'a que très peu de tendance à se guérir d'elle-même. Lorsque la maladie dépend d'une pléthore ou d'une congestion locale, le pronostic est meilleur ; il est, au contraire, très défavorable si le malade est fort débilité ou d'une constitution scrofuleuse. Lorsqu'un certain degré d'asthénopie, plus ou moins prononcé suivant les sujets, a persisté pendant plusieurs années, de façon à ce que la maladie puisse être considérée comme confirmée, elle empire rarement et ne passe presque jamais à l'état d'amblyopie ou d'amaurose. Les avertissements que le médecin donne au malade, si celui-ci y a égard, contribuent, sans aucun doute, à empêcher la maladie de s'aggraver et de se transformer en amaurose. Nous pouvons répondre hardiment par la négative à la question que l'on nous pose si souvent, si cette affection peut se terminer par la cécité; et je considère que ce n'est pas peu de chose que de pouvoir appuyer cette réponse sur une base solide. C'est un point très important et qui dépend entièrement du soin avec lequel on aura su diagnostiquer l'asthénopie d'avec l'amaurose commençante ou incomplète. Une dame vint me consulter pour ses yeux asthénopiques. Après que je lui eus expliqué la nécessité de laisser reposer ses yeux, et assuré que sa maladie, quoique probablement incurable, ne se terminerait point par la perte de la vue, elle m'apprit qu'elle était revenue des Indes à cause de son affection oculaire , que son médecin ordinaire lui avait déclaré être une amaurose , et qu'elle se croyait sur le point de devenir aveugle. Elle se trouva fort rassurée lorsque je lui eus expliqué que sa maladie n'était point une amaurose, et conseillé de retourner aux Indes près de sa famille ; ce qu'elle fit, comme je l'appris par la suite.

Il est souvent de notre devoir de déclarer au malade et à ses amis que la maladie est incurable et que tout ce qu'il y a à faire , c'est d'éviter, autant que possible, d'exercer la vue sur des objets rapprochés. S'il s'agit d'un jeune garçon qui a entrepris l'apprentissage d'un métier sédentaire, et que, d'après la durée et le mode d'origine de la maladie, il ne paraisse pas probable qu'elle puisse céder au traitement, il faut conseiller au malade de changer sa profession pour prendre celle de boutiquier, de se consacrer aux travaux des champs , ou de se faire marin : s'il s'agit d'une femme, constamment occupée à coudre, il faut l'engager à s'occuper des affaires du ménage ou de quelque autre besogne active. J'ai conseillé à plus d'un malheureux d'abandonner son métier sédentaire pour se faire charretier; quant à ceux qui se trouvaient dans une situation pécuniaire moins fâcheuse

et pas trop âgés, je leur ai recommandé l'émigration, en leur disant que, bien qu'ils ne dussent plus espérer de jamais se servir avantageusement de leurs yeux pour beaucoup lire ou écrire,' ils pourraient cependant voir suffisamment pour se livrer aux occupations pastorales d'un colon australien.

Il n'arrive que trop souvent qu'un pareil avis ne peut être suivi, le malade se trouvant dans une situation telle, qu'il lui faut absolument continuer ses occupations sédentaires, ou mourir de faim. Il est néanmoins de la plus grande importance pour lui de diminuer son travail, car il n'y a sans cela aucun espoir de guérison. Tous les remèdes sont inutiles lorsqu'on ne peut laisser reposer les yeux.

Prophylaxie. — Quant à la prophylaxie de l'aslhénopie , on peut dire d'une manière générale qu'il faut éviter soigneusement toutes les causes éloignées capables de la produire. Ceux qui ont pu jusqu'alors braver avec impunité l'une ou l'autre des causes de cette affection, doivent être particulièrement prévenus de ne point s'exposer à l'influence nuisible des autres. Ainsi, les enfants qui ont été atteints d'ophthalmie scrofuleuse seront très disposés à devenir asthénopiques, si on leur fait suivre une profession qui exige une grande application de la vue.

Il est impossible de limiter le temps pendant lequel des yeux sains peuvent être employés avec sécurité sur de petits objets , car il existe de grandes différences dans la facilité avec laquelle ces organes supportent la fatigue. La vue peut être considérée comme fatiguée : chaque fois qu'une personne s'aperçoit qu'elle est obligée de porter les objets plus près de ses yeux que de coutume; que les objets paraissent confus; que le globe de l'œil ou les paupières rougissent, ou que les yeux deviennent lourds, chauds ou affectés de picotements qui s'accompagnent d'un flot de larmes. Dès qu'une personne ressent ces symptômes, elle doit abandonner son travail, soulager ses yeux en les portant vers des objets éloignés, les baigner avec de l'eau froide et, si elle le peut, les exposer à l'air du dehors.

C'est rendre un grand service aux yeux et contribuer beaucoup à les empêcher de s'affaiblir, que de leur donner de temps en temps quelques minutes de repos, surtout lorsqu'on se livre à des occupations fatigantes, telles que la lecture, l'écriture, le dessin, la gravure, la couture, etc. On peut mentionner, comme précautions importantes pour ménager la vue , le soin de passer d'une occupation fatigante à une autre qui exige une moindre application des yeux ; de tourner le dos à la lumière, si elle est brillante , ou de fermer les yeux pendant quelques minutes ; celle de changer la position courbée du corps pour la position droite, et de marcher de temps en temps, au lieu de rester toujours assis à la même place; d'éviter toute cause de compression autour du corps, telle que cravates trop serrées, corsets ou chaussures trop étroites, afin de permettre au sang de circuler librement et également.

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On ne doit jamais obliger les yeux à un travail continu. Il importe de ne jamais fatiguer ceux des enfants ; on ne doit point leur permettre de lire des livres imprimés en petits caractères.

Traitement. — 1. Ecarter les causes prédisposantes. — Comme principe général, le malade doit renoncer à tout ce qui peut affaiblir le système nerveux ou épuiser l'organe de la vision. S'il ne peut complètement renoncer à l'emploi de ses yeux sur de petits objets, il doit au moins accorder à ces organes des intervalles de repos nécessaires, et, s'il le peut, choisir pour distractions celles qui ont pour but la jouissance des vues étendues et de la verdure rafraîchissante de la campagne. Si la vie sédentaire occasionne le mal, il faut l'abandonner pour quelque profession active, renoncer à toute habitude vicieuse et s'efforcer, par tous les moyens possibles, de fortifier sa constitution. On substituera aux obligations monotones de la vie des exercices continus à la campagne, et aux énervantes pratiques du luxe et de l'oisiveté un lit dur et l'habitude de se lever tôt.

2. Repos des yeux. — Le malade ne travaillera jamais longtemps sans permettre à ses yeux de se reposer, et il évitera autant que possible de les fixer sur de petits objets.

« Supposons, dit M. Tyrrell, qu'un malade puisse travailler une heure, mais pas plus, sans que sa vue se trouble, on doit lui conseiller de travailler une demi-heure de suite, puis de se reposer un quart d'heure : en agissant ainsi, il peut consacrer au travail les deux tiers du temps accoutumé et marcher vers la guérison. Le temps consacré au travail doit toujours être calculé de façon à ce que le trouble de la vision n'en soit pas la conséquence , et celui réservé au repos ne sera jamais moindre qu'un quart d'heure. Si l'affaiblissement se manifeste une demi-heure ou même moins après l'exercice des yeux, il vaut mieux que le malade renonce au travail pendant une semaine ou deux, jusqu'à ce que son affection se soit mitigée (1). »

Bien que l'abstension de tout travail, exigeant pendant un temps un peu considérable l'application des yeux sur de petits objets, soit dans 1 asthénopie une des indications les plus évidentes, et sans laquelle tout autre moyen de traitement est inutile, je crains bien cependant que l'espoir d'obtenir la guérison par le repos seul ne soit souvent trompé, à moins qu'il ne s'agisse de cas commençants et dus seulement à l'abus de la vision. Il faut aussi prendre garde de s'abuser soi-même sur l'efficacité des autres remèdes que l'on emploie pendant que les yeux restent en repos, les bons effets qu'ils paraissent produire n'étant souvent que l'amélioration qui survient toujours naturellement à la suite du repos. On reconnaîtra ce qui en est, la première fois que l'on appliquera les yeux à de petits objets.

(1) Praclical Work on Ihe Diseases of the Eye, vol. II, p 00 ; Loiulon, 1840.

5. Déplétioh. — Il est rarement indiqué dans l'asthénopie de diminuer l'action du système circulatoire au moyen de la saignée générale ou des sangsues; Ton ne doit y avoir recours que lorsque le malade est robuste et que la maladie s'accompagne de signes de congestion locale.

k. Purgatifs. — La constipation accompagne fréquemment l'asthénopie; elle est de nature à aggraver l'affection oculaire. Une série de purgatifs produit souvent une amélioration remarquable, et l'on doit faire usage des laxatifs administrés régulièrement et d'une manière continue à dose modérée.

5. Altérants. — Si les purgatifs ordinaires ne remédient pas au dérangement des organes digestifs, et à la sécrétion vicieuse du foie, on devra administrer de petites doses d'une préparation mercurielle douce.

6. Toniques. — L'idée que l'astbénopie est une débilité a fait prévaloir l'usage des toniques dans son traitement; on a recours surtout au quinquina et au fer. Le sulfate de quinine et la solution d'oxysulfate de fer sont au nombre des préparations les plus efficaces. Je les ai vues amener une grande amélioration. Le sulfate de zinc, d'après l'influence qu'il exerce sur le système nerveux, influence que quelques-uns croient être la même que celle que le fer exerce sur le sang, semble devoir rendre de grands services dans l'asthénopie. J'ai vu l'huile de foie de morue déterminer une guérison complète. A mesure que les forces du malade s'accroissent et que l'action du système nerveux s'améliore, la vue reprend de la force. Le changement d'air et de scène, par la satisfaction qu'il procure, constitue souvent le meilleur tonique.

7. Régime. — La qualité et la quantité de la nourriture du malade demandent en général à être augmentées. On lui donnera une alimentation animale fortifiante et de facile digestion. Il boira de l'eau autant qu'il le voudra, mais ne prendra d'alcool sous aucune forme, à moins qu'on ne le lui ordonne comme médicament.

8. Bains tiècles ou froids. — Je considère les bains froids, et surtout une saison passée aux bains de mer, comme un des moyens les plus efficaces. Il n'est cependant pas prudent de commencer tout d'abord par un moyen aussi énergique : il vaut mieux débuter par faire éponger le corps avec de l'eau tiède ou froide; à la suite de quoi on se fait frictionner soigneusement avant de se plonger dans l'eau froide, soit douce, soit salée.

9. Sédatifs. — Le seul remède interne de cette espèce que j'aie essayé est la belladone. Je l'ai souvent employée sous forme de teinture. Elle diminue d'une façon remarquable la disposition des yeux à se fatiguer, et diminue aussi la tendance aux pertes séminales. La dose est de cinq à quinze gouttes trois fois par jour. L'aconit, qui

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agit si favorablement dans la céphalalgie nerveuse mérite d'être essayée dans l'asthénopie. On ne doit recourir à ces agents que lorsqu'il y a de la douleur et de l'irritation.

10. Stimulants. — La teinture de noix vomique est le seul médicament de cette classe qui m'ait paru utile; on ne doit l'administrer qu'alors qu'il n'existe aucun signe de congestion.

1 1 . Lotions froides et chaudes. — On soulage momentanément en baignant les paupières avec de l'eau froide, de l'eau acidulée avec du vinaigre, un mélange d'une petite quantité d'éther sulfurique ou d'esprit de nitre doux avec de l'eau , ou d'autres lotions de même nature. La soustraction de calorique qui est la conséquence de ces applications diminue beaucoup la sensation de fatigue des yeux. On peut aussi, lorsque le temps est froid, fomenter les paupières avec de l'eau chaude, du thé de camomille, une décoction de pavots, et d'autres liquides chauds. Ces moyens procurent un soulagement temporaire.

12. Douche froide. — Béer avait inventé une fontaine pour l'œil, au moyen de laquelle on faisait tomber un petit jet d'eau froide sur les paupières fermées; manœuvre qu'il conseillait de renouveler fréquemment dans la journée. Jùngken .emploie de la même façon de l'eau chargée d'acide carbonique. Romberg a fait arriver sur l'œil avec avantage un courant de gaz acide carbonique pur.

15. Vapeurs spiritueuses et aromatiques. — On se trouve quelquefois bien d'exposer les yeux à l'action de vapeurs stimulantes, comme l'ammoniaque liquide, l'éther sulfurique, ou un mélange de ces deux agents. On verse le liquide que l'on a choisi dans une petite coupe que l'on a préalablement chauffée en la plongeant dans l'eau bouillante, puis on tient cette coupe sous l'œil afin que la vapeur vienne se mettre en contact avec la conjonctive. On continue celte manœuvre jusqu'à ce que les yeux rougissent et commencent à pleurer, et on la renouvelle deux ou trois fois par jour. Wenzel s'élève contre l'usage des vapeurs ammoniacales et autres semblables ; il leur préfère les fumigations aromatiques que l'on obtient en faisant tomber de la résine sur des charbons ardents.

14. Révulsion. — Dans les cas cérébraux, et dans ceux qui sont compliqués de congestion de la choroïde, on se trouve bien de l'application de vésicatoires derrière les oreilles, aux tempes et à la nuque.

15. Cautérisation de l'urèthre. — Lorsque l'asthénopie dépend d'une spermatorrhée opiniâtre, ou de la masturbation, on peut retirer des avantages de l'application du caustique lunaire sur la partie de l'urèthre où viennent s'ouvrir les conduits éjaculateurs (1). La sper matorrhée paraît entretenue par une inflammation chronique de cette portion de l'urèthre, et le caustique la guérit. Ce même remède rend

(1) Lallemand, Op. cit., t. III, p. 392: Phillips, Médical Gazette, vol. XXX, p. 587; London, 1843.

la masturbation douloureuse, empêche par conséquent le malade de s'y livrer et rompt pour ainsi dire celle habitude.

On mesure avec un cathéter la longueur de l'iirèthre, puis à l'aide du porte-caustique de Lallemand on applique pour un court instant le nitrate d'argent fondu sur la surface du verumontamim, au-devant de la portion prostatique de l'urèthre, et l'on retire immédiatement l'instrument. On prescrit ensuite au malade la diète, des boissons délayantes, et des bains de siège. L'inflammation occasionnée par le caustique s'apaise au bout d'une dizaine de jours, et c'est alors que l'on constate l'amélioration. Les évacuations de sperme étant devenues plus rares, le malade reprend des forces ; et parmi d'autres signes favorables, il s'aperçoit que sa vue a repris la faculté de supporter la fatigue comme à l'état normal.

16. Verres convexes. — Il est peu de malades affectés depuis longtemps d'asthénopie , même parmi les enfants, qui n'aient eu recours aux verres convexes. Une des meilleures preuves que le siège de la maladie doit être, en partie du moins, clans l'appareil de l'accommodation, c'est que l'usage de ces verres soulage presque aussi complètement que dans la presbytie. Le seul danger, c'est que le malade débute par des verres d'un foyer trop court ; de sorte que, en avançant en âge, il s'aperçoit qu'il a escompté les avantages que ces verres auraient pu lui offrir contre la presbytie croissante. J'ai souvent été consulté par des individus, âgés de 20 ans, et qui, par suite d'asthénopie, faisaient usage de verres convexes de huit ou même de six pouces de foyer.

Un enfant, affecté d'asthénopie, se plaint, en apprenant sa leçon, qu'il ne peut pas voir ; il renouvelle si fréquemment ses plaintes, surtout lorsqu'il lit à la chandelle, que son père ou son grand-père finit par lui dire: « Essaie mes lunettes. » L'enfant voit alors parfaitement bien, et chaque soir il réclame les lunettes, afin de pouvoir faire ses devoirs. Il aurait beaucoup mieux valu que l'on eût choisi pour lui des lunettes spéciales d'un foyer beaucoup plus long, ou plutôt on aurait dû l'envoyer au lit, et lui faire remettre sa leçon au lendemain et au grand jour.

Lorsque nous sommes consultés à temps sur l'emploi des verres convexes, la seule chose à recommander, c'est de choisir ceux du plus long foyer possible , pourvu qu'ils permettent de voir. Ils ne constituent qu'un palliatif, mais un palliatif de la plus grande importance pour ceux à qui ils permettent de gagner leur pain. Ils ne paraissent contribuer en rien à la disparition de la maladie, pas plus qu'à son aggravation, pourvu qu'on en ait fait un choix convenable. Toutefois, un jeune homme exerçant la profession d'homme de loi, ayant, d'après l'avis d'un oculiste éminent, eu recours aux verres convexes dans cette maladie, m'a assuré qu'il s'était aperçu que sa vue faiblissait de plus

en plus, jusqu'à ce qu'il eut mis de côté ses lunettes ; après quoi, sans avoir rien fait d'autre, il éprouva une amélioration considérable.

SECTION XII

CÉCITÉ NOCTURNE. (nIGHT-BLINDNESS.)

Syn. — Amaurose nocturne. Moon-blindness. Nyctalopie de quelques-uns, et héméralopie des autres; dénominations qu'il vaudrait mieux abandonner. Le mot nyctalopie, plus spécialement, a été employé tout à la fois pour désigner l'action de voir la nuit el la cécité nocturne Quelquefois le même auteur se sert de ce mot dans les deux sens opposés. On ne saurait dire s'il est composé de vù^ et ù>ty simplement, ou de vu£, d'à privatif, et de w^- Le môme doute existe relativement au mot héméralopie.

Obs. 558. — Le domestique d'un meunier étant un soir, vers le coucher du soleil, occupé à raccommoder des sacs, se sentit tout à coup privé de l'usage de ses membres et de la vue. A l'époque où il fut pris de cette étrange affection, non-seulement il ne ressentait aucune douleur dans la tête el les membres, mais il éprouvait au contraire une sensation de bien-être et de plaisir; il se trouvait, ainsi qu'il le dit lui-même, comme dans un état d'assoupissement agréable, tout en conservant toute son intelligence. On le porta immédiatement dans son lit où on le veilla jusqu'à minuit. Vers ce moment, il invita les personnes qui étaient restées près de lui à le laisser, attendu qu'il n'était point malade et ne souffrait pas. Il resta aveugle toute la nuit et ne dormit pas une seconde. Lorsque le jour revint, sa vue se rétablit graduellement, et lorsque le soleil eut reparu, elle était aussi parfaite que jamais. Lorsqu'il quitta le lit, ses membres avaient repris leur force et leurs mouvements accoutumés, et il était en parfaite santé. Le soir du même jour, vers le coucher du soleil, il commença à ne voir que confusément, sa vue se perdit graduellement, et il redevint aussi aveugle que la nuit précédente; toutefois, il n'éprouva plus rien du côté de ses membres. Le lendemain, sa vue reparut avec le soleil, et pendant deux mois les choses se passèrent de même tous les jours.

Les symptômes qui, à partir de la seconde nuit, précédèrent constamment la cécité, furent une légère douleur au-dessus des yeux et du bruit dans la tête. On reconnaissait qu'il était chaque nuit complètement aveugle, lorsque ces symptômes survenaient, à ce qu'il ne pouvait voir la lumière d'une chandelle, même lorsqu'on la tenait contre ses yeux, et l'on constatait le retour de la vision avec celui du soleil, à ce qu'il pouvait lire le plus petit texte et enfiler la plus fine aiguille.

Le premier jour que le docteur Pye vit ce malade, il trouva les yeux parfaitement naturels; mais quelque temps après, pendant un des paroxysmes noclurnes, il trouva les pupilles plus dilatées d'un tiers qu'à l'état normal. Au bout de deux mois de durée continue, la maladie eut des retours moins réguliers ; le malade voyait pendant une nuit, quelquefois pendant plusieurs nuits de suite, puis la cécité revenait. Le docteur Pye le mit en dernier lieu à l'usage du quinquina et pensa qu'il avait triomphé de la maladie. H est bon de faire remarquer, toutefois, que pendant qu'il prenait le quinquina, le malade était en proie à une diarrhée spontanée, par suite de laquelle il s'affaiblit tous les jours. Dès le premier jour qu'il prit ce médicament, la vue resta intacte; mais dix jours plus tard, il fut pris de délire et de surdité, et expira cinq jours après (1).

J'ai rapporté cette observation comme un bon exemple de cécité nocturne, maladie qui, bien que rare dans ce pays, ne l'est nullement dans les climats chauds, et à laquelle les marins paraissent surtout exposés.

Symptômes. — La première attaque de la maladie éveille générale-

(1) Médical Observations and Inquiries, vol. I, p. 1 1 1 , London, 1763.

ment de grandes alarmes. Au milieu de son travail ou des joies de la famille, le malade s'aperçoit tout à coup que sa vue baisse, et à mesure que la soirée s'avance, il devient complètement aveugle. On envoie immédiatement chercher le médecin, qui souvent n'est ni moins étonné ni moins alarmé que le malade. Il trouve ordinairement les pupilles dilatées, mais sans vertiges, ni douleurs, ni aucun autre signe indiquant une affection grave de la tête. Il pratique probablement une saignée, prescrit des purgatifs, et prononce un pronostic très défavorable. A la grande satisfaction de tout le monde, le malade se réveille le lendemain avec la vue parfaitement rétablie.

Mais lorsque le soir revient, les symptômes de cécité reparaissent. Les objets se montrent comme couverts d'un brouillard bleuâtre ou grisâtre, et, dans l'espace de quelques minutes, le malade est obligé de chercher son chemin comme un homme complètement aveugle. On apporte des lumières. S'il les aperçoit, elles lui semblent briller comme à travers un brouillard, et il est rare qu'elles lui permettent de voir distinctement. La lumière artificielle, toutefois, ne produit pas toujours le même effet dans cette affection. Quelquefois le malade essaie, mais sans succès, de voir à l'aide de diverses espèces de verres.

Toutes les nuits, la cécité revient et devient de plus en plus complète. Pendant un certain temps, la vue revient à un degré assez sensible, lorsque le jour reparaît, mais, à la fin, la vision est faible le jour aussi bien que la nuit. Le malade éprouve de la photophobie et devient myope ; sa vue s'affaiblit de plus en plus, et si la maladie est négligée ou maltraitée, elle dégénère en une amaurose incurable.

Il arrive parfois, dans des cas de cécité nocturne commençante, que le malade, bien qu'incapable de distinguer les plus gros objets après le coucher du soleil, même à la lueur de la lune, récupère une assez bonne vision lorsqu'on allume les chandelles ; mais, dans les cas confirmés, la lumière artificielle la plus intense ne peut affecter la sensibilité affaiblie de la rétine.

L'aspect des yeux varie dans les différents cas. Souvent ils diffèrent à peine de ce qu'ils sont à l'étal naturel. Le plus souvent, néanmoins, les pupilles sont dilatées pendant l'attaque, et ne se contractent point en exposant les yeux à la lueur d'une chandelle ou de la lune. Chez d'autres, les pupilles restent dilatées même pendant le jour; chez d'autres encore, elles restent contractées, et trahissent une sensibilité douloureuse lorsqu'on les expose à une forte lumière. S'il arrive au malade de regarder directement les rayons du soleil, surtout de celui des tropiques, ou la réflexion de ces rayons par une surface étincelante, comme celle de la mer, il éprouve de la douleur et se trouve pris d'une cécité temporaire, dont il se rétablit en fermant les yeux et en se retirant à l'ombre.

La cécité nocturne ne s'accompagne pas nécessairement de symp-

tomes généraux. Il est démontré par le cas que nous avons rapporté que ces symptômes existent parfois, et l'examen des causes prédisposantes permet de penser qu'il doit, dans certains cas, s'en montrer d'autres.

Épidémie. — La cécité nocturne se montra épidémique dans deux bataillons du 19e régiment de ligne prussien cantonnés à Ehrenbreitstein et à Pfaffendorf, en juillet et août 1834; elle attaqua en tout 138 soldats. Lorsque la maladie éclata, on crut d'abord à une supercherie ; mais un examen attentif et l'extension ultérieure de la maladie démontrèrent l'inexactitude de cette opinion. Les soldats atteints ne pouvaient plus retrouver leurs fusils lorsqu'une fois ils les avaient laissés un instant hors de leurs mains la nuit; et ils éprouvaient tant de difficulté à distinguer dans les ténèbres même les objets les plus rapprochés, que ceux que l'on posait en sentinelle n'osaient se promener dans la crainte de ne pouvoir retrouver leur guérite. Lorsqu'on les faisait marcher ou exécuter la nuit quelque évolution militaire, ils bronchaient à chaque instant et se heurtaient l'un contre l'autre. Chez aucun d'eux la santé générale ni la vision ne paraissaient auparavant altérées. La seule chose dont ils se plaignissent était l'obscurcissement de leur vue dès l'apparition du crépuscule, obscurcissement qui s'accroissait à mesure que la nuit avançait. Les malades comparaient ce qu'ils éprouvaient à la sensation d'une mince pellicule étendue sur leurs yeux.

Hûbner fit une enquête sur cette épidémie, et l'attribua aux causes suivantes : — 1. A la chaleur excessive de l'été. 2. A la fatigue que faisait éprouver aux soldats l'ascension fréquente des hauteurs d'Ehrenbreilstein et de Pfaffendorff; fatigue ressentie d'autant plus vivement que tous ces soldats étaient nés dans le grand-duché de Posen, pays tout à fait plat. 3. A la fréquence des exercices et des parades, qui avaient lieu sur un sol non abrité et recouvert d'un sable élincelant, et où ils étaient de plus exposés à l'action des rayons solaires réfléchis par le Rhin. 4. A l'obscurité extrême des chambres qu'ils habitaient et qui rendait leurs yeux plus sensibles à l'action de la lumière lorsqu'ils en sortaient. La seconde et la quatrième causes étaient probablement celles qui avaient le plus agi; car deux autres compagnies de ces mêmes bataillons, cantonnées dans la vallée voisine d'Ehrenbreilstein, échappèrent entièrement à la maladie. Leurs baraques étaient spacieuses et bien éclairées, comparativement aux appartements petits et sombres situés dans les fortifications qu'occupaient les compagnies affectées.

Le traitement fut très simple: il consista à envoyer les malades à un hôpital éloigné, dans lequel ils furent soustraits à l'action des causes excitantes, et dans l'application de calmants généraux et locaux, destinés à diminuer la congestion : ils consistèrent dans les lotions froides fréquemment renouvelées, un régime ténu et le repos. Il n'y eut point de récidives; ce que l'on attribua à la diminution, pendant le mois de septembre, de l'intensité des causes excitantes (1).

Fleury et Fréchier ont décrit une épidémie de cécité nocturne qui se montra dans le district de Maussane. Les femmes enceintes furent surtout affectées; néanmoins la maladie n'épargna aucun sexe ni aucun âge. Le degré de la cécité varia beaucoup suivant les individus. Elle ne consistait chez quelques-uns qu'en un affaiblissement de la vue après le coucher du soleil; chez d'autres, la cécité était presque complète lorsque la nuit venait, bien que leur vue fût parfaitement bonne pendant le jour. Dans un petit nombre de cas, les yeux restaient faibles même pendant le jour (2).

(1) Extrait du Medicinische Zeitung, dans Dublin Journal of Médical and Chemical Science, vol. VIII, p. 125.

(2) Extrait du Bulletin de thérapeutique, dans Johnson's Médico-Chirurgical Review , July, 18i2,p. 195. [Le Journal de médecine militaire de Lisbonne (0 Escholiaste medico), du 51 septembre 1856, contient un rapport sur une épidémie d'héméralopie qui a régné dans la garnison de Lisbonne pendant celle même année. N'ayant rien découvert dans les conditions topographiques ou hygiéniques où se trouvaient les soldats, qui pût être considéré comme étant la cause plausible de son apparition, les auleurs du rapport sont tentés de l'attribuer a l'état d'humidilé atmosphérique qui a régné pendant l'été, à l'irrégularité et aux brusques variations de température remarquées tant le jour que la nuit pendant le printemps, a la longueur et à la rigueur insolites de l'hiver, enfin a une constitution médicale inconnue dans son essence.

Pronostic. — On a trouvé que la durée de la maladie abandonnée à elle-même variait dune nuit à neuf mois. La durée la plus générale paraît en être de deux à trois mois. Elle se montre parfois sous forme chronique et dure alors pendant des années, ou toute la vie.

M. Bampfield (1) dit que, sur plus de cent cas de cécité nocturne idiopathique et deux cents cas symptomatiques qu'il a rencontrés dans sa pratique, dans différentes parties du globe, mais surtout aux Indes orientales, tous se sont rétablis. D'où il conclut que, lorsque le traitement est convenable, le pronostic est toujours favorable.

Les Européens qui ont été attaqués de cécité nocturne aux Indes orientales ou occidentales, sont constamment exposés au retour de la maladie, aussi longtemps qu'ils habitent un climat tropical. Ceux qui ont déjà eu cette maladie à une époque antérieure, sont sujets à être attaqués d'obscurcissement de la vue plusieurs nuits de suite pendant de courts intervalles, ou simplement de cécité nocturne momentanée.

Cause prochaine. — Cette amaui\ose périodique dépend probablement de quelque état particulier delà rétine, rendant l'œil insensible, si ce n'est à une lumière d'une certaine intensité; mais il nous est impossible de fonder la moindre hypothèse rationnelle sur la nature de cet état particulier. En disséquant l'œil d'un sourd-muet, atteint d'une cécité nocturne congéniale, j'ai vu sur la rétine de nombreuses taches noires, ressemblant à la mélanose de la rétine décrite par Langenbeck (2) et figurée par Von Ammon(o). Dans certains cas, il y a lieu de soupçonner que la cause prochaine n'affecte pas l'œil, mais le cerveau.

Causes prédisposantes. — \ . La cécité nocturne incomplète est assez souvent congéniale. (V. p. 558.)

2. Scarpa pense que celte maladie est fréquemment unie à quelque dérangement de l'estomac. Lorsqu'il en est ainsi, la langue est sale, l'haleine fétide et l'appétit faible.

5. On a mentionné comme cause probable la suppression de la transpiration, due à l'air froid de la nuit.

4-. Même dans notre pays, on a vu l'exposition à une lumière trop vive amener la cécité nocturne. Celte cause influe souvent sur sa pro-

Depuis le 22 avril jusqu'au 20 octobre, le nombre des héméralopiques admis à l'hôpital a été de 18. La durée de la maladie a varié de 15 jours à un muis. Elle a été très-bénigne de sa nature. Le rapport étant destiné à l'autorité militaire ne parle pas du traitement. Comme moyens prophylactiques du ressort de l'administration, on y recommande d'augmenter dans la ration alimentaire la proportion de nourriture animale, de faire prendre de fréquents bains de mer, et de régler le service, pour autant que possible, de manière à soustraire les soldats aux influences des émanations humides, surtout la nuit, et particulièrement sur les bords du Tage, enfin, de donner aux héméralopiques sortant des hôpitaux une exemption de service de 20 jours au moins. T. W.]

(1) Medico-Cbirurgical Transactions, vol. V, p. 47; London, I8H.

(2) De retina observationes anatomico-palhologicœ, p. 158 ; Gotlingœ, 1836.

(3) Darstellungen der Krankheiten îles menschlichen Auges, Theil I, Taf XIX, fig. 9-10; Berlin, 1838.

duction dans les climats chauds. La fatigue et le manque de sommeil paraissent agir comme causes chez les paysans russes, clans la saison où leurs yeux sont exposés avec une courte intermission à l'action constante de la lumière , le soleil à la fin de juin et pendant le mois de juillet (époque de la récolle du foin) ne s'abaissant que très peu audessous de l'horizon, et encore pour un court espace de temps. On a principalement signalé comme causes, l'insolation, et surtout l'action de dormir la face ou la tête exposée aux rayons du soleil, ou à une très forte lumière. De Servières (1) rapporte un cas dans lequel le malade, après avoir regardé fixement le soleil levant, fut pris d'une attaque de cécité nocturne qui dura un mois et disparut ensuite graduellement sans l'emploi d'aucun remède.

5. Le séjour à bord d'un vaisseau paraît suffire pour amener la maladie (2). Presque tous les cas que j'ai vus se rapportaient à de jeunes matelots qui revenaient de voyages aux climats tropicaux. On accuse l'habitude de dormir sur le pont.

6. Quelques auteurs ont considéré la cécité nocturne comme un symptôme du scorbut ou comme le précurseur de l'apparition de cette maladie. Il se peut que la nourriture du bord favorise l'apparition de l'une, comme elle détermine certainement la production de l'autre.

7. C'est une opinion populaire aux Indes orientales, que l'habitude de manger du riz chaud amène la cécité nocturne.

8. M. Crâne (3) a rapporté des cas qui tendent à prouver que cette maladie peut être occasionnée par l'onanisme, la spermatorrhée et les excès vénériens.

Traitement. — 1 . S'il existe des symptômes de dérangement des fonctions digestives, un émétique est certainement indiqué; ensuite on videra les intestins à l'aide de lavements laxatifs ou de l'usage des purgatifs.

2. On dit que les paysans russes guérissent cette maladie en une semaine, ou quatorze jours au plus, en faisant prendre une décoction ou une infusion de cenlaurea cyanus, sans sucre. Les autres infusions amères conviendraient probablement tout aussi bien.

3. M. Bampfield a fortement recommandé l'application successive de vésicatoires à la tempe, assez près du canlhus externe. Il dit que, sous l'influence de ce moyen, la rétine parait récupérer graduellement sa sensibilité de la même façon qu'elle l'a perdue ; que d'ordinaire le premier vésicaloire permet au malade de voir confusément à la lueur de la chandelle et d'apercevoir les objets sans pouvoir les distinguer ; que, dans quelques cas légers, ce premier vésicaloire suffit pour amener la guérison ; que le second met le malade dans la possibilité de voir dis-

(1) Rosier. Observations sur la physique, t. IX, p. 579 ; Paris, 1777.

(2) Voyez une observation de lleberden, dans ses Comnienlarii de morborum hisloria, cap. 66. (5) Dublin Journal of .Médical Science, IS'ovembcr, 1840, p. 169.

tinctement à la chandelle, quelquefois aussi à un brillant clair de lune, ou même une demi-heure après le coucher du soleil; quelquefois même la maladie ne se montre qu a de courts intervalles pendant la nuit; souvent ce second vésicatoire suffit pour amener une cure complète. Lorsqu'il n'en est pas ainsi, on doit en appliquer un troisième, un quatrième ou un cinquième, et si la maladie persiste à un degré assez sensible, on doit établir sur chaque tempe un vésicatoire que Ton entretient jusqua la guéri-son complète : celle-ci survient en général au bout d'une quinzaine de jours.

i. Si la cécité nocturne est accompagnée de symptômes du scorbut, on suspendra l'usage des vésicatoires, jusqu'à ce que l'on ait triomphé de la disposition scorbutique, par un régime alimentaire et une médication convenables, non-seulement parce que l'on aurait à craindre la formation d'ulcères scorbutiques aux tempes, mais aussi parce que la cécité nocturne disparaît souvent à mesure que se guérit le scorbut. M. Bampfield, toutefois, estime que, chez les scorbutiques, le tiers environ des cas de cécité nocturne résistent au régime et aux médicaments anti-scorbutiques, et demandent finalement à être traités comme les cas idiopathiques.

5. On doit porter pendant le traitement, et un certain temps après la guérison, une visière au-dessus des yeux, pour les défendre de l'irritation douloureuse qu'occasionnent les objets brillants. On a quelquefois obtenu la guérison en laissant les yeux dans un repos complet pendant deux ou trois jours, et en restant pendant tout ce temps dans un appartement obscur (1).

6. On baigne les yeux à l'eau froide, deux ou trois fois par jour.

7. S'il n'existe aucun symptôme qui porte à soupçonner que la maladie s'accompagne d'une disposition aux congestions sanguines vers la tète, et que les autres remèdes aient échoué, on peut essayer le quinquina comme anti-périodique. Labébeérine m'a réussi en pareil cas.

8. On a quelquefois employé avec succès l'électricité comme stimulant topique. Il en est de même des vapeurs ammoniacales, auxquelles on expose l'œil toutes les trois ou quatre heures.

9. Dans les cas apoplectiques, les saignées générales et locales prendront naturellement le pas sur tous les autres moyens.

10. M. Kidd recommande fortement (2) l'usage de la térébenthine à l'intérieur, comme M. Carmichael la donne dans l'iritis. (V. p. 25.)

11. Dans les cas opiniâtres qu'on rencontre à bord des vaisseaux ou dans les climats chauds, on doit prescrire un séjour à terre ou le retour en Europe. Ce sont là aussi les seuls moyens de prévenir les récidives chez ceux qui ont eu de fréquentes attaques de cécité nocturne.

(1) Voyez des cas par Whartoiv. Amerïc. Journ. of Med. Science. Mai 184-0, p. 93. (,2) Dublin Médical Press. Mai 10, 1843, p. 292.

SECTION XIII

CÉCITÉ DIURNE (dAY-BLINDNESS).

Syn. — Amaurose diurne. Voyez la synonymie au commencement de la dernière section.

Bien que tous les auteurs de traités systématiques sur les maladies de l'œil aient énuméré la cécité diurne , on a cependant à son sujet rapporté peu de chose qui soit le résultat de l'observation directe. La photophobie de l'ophthalmie scrofuleuse, celle des albinos, ou la cécité des captifs de Denis, qui, après avoir été longtemps renfermés dans d'obscurs cachots, furent brusquement amenés à la lueur du jour (1), ne doivent pas être confondues avec une amaurose périodique, qui est la contre-partie de celle que nous venons de décrire. La cécité diurne est mentionnée comme un symptôme tout à la fois de la mydriase et du myosis. Dans la première de ces affections, la pupille laisse passer trop de lumière pour permettre au malade de voir avant le coucher du soleil. Dans la seconde, on suppose que la contraction de la pupille se relâche pendant l'obscurité de la nuit, et que la vision se trouve ainsi améliorée. C'est de la même façon que les malades affectés de cataracte commençante ne voient que peu pendant la grande clarté du jour, tandis que leur vue s'améliore par la dilatation de la pupille qui survient dans la soirée.

Parmi le petit nombre d'observations originales qui tendent à établir qu'il existe une maladie consistant en une amaurose périodique, dont l'attaque a lieu le jour et disparait le soir, on peut citer la suivante de Ramazzini :

« J'ai plusieurs fois observé, dit-il, parmi nos paysans, et surtout chez les enfants, une chose assez étrange. En mars, vers l'équinoxe, des enfants d'environ dix ans se trouvaient affectés d'une grande faiblesse de la vue, au point que, pendant tout le jour, ils ne voyaient que peu ou pas du tout et erraient dans les champs comme des aveugles; mais, lorsque la nuit survenait, ils y voyaient distinctement. Cette affection cessait sans l'emploi d'aucun remède, et vers le milieu d'avril la vue des malades se trouvait complètement rétablie. J'ai fréquemment observé les yeux de ces garçons, et j'ai trouvé leurs pupilles fort dilatées (2). »

Un gentleman rapporta au docteur Guthrie qu'il avait été témoin de l'exemple suivant de cécité diurne : Pendant qu'il était en garnison à Landau en Alsace, dans l'été de 1772, deux cents hommes du régiment de Picardie furent pris d'une espèce de cécité qui se manifestait vers

(I) CiAi.emis, de usu parlium, lin. X, cap. III.

1^2) De morbis arlificum, cap. XXXVIII, Opéra, p. 365 ; Londini, 1718.

le milieu du jour pendant la splendeur du soleil. Tant que cet astre n'était pas couché, ils ne pouvaient voir leur chemin, et si, pendant un jour couvert, ils allaient se promener dans les champs, et que les nuages venant à se dissiper, découvraient le soleil, leurs camarades étaient obligés de les conduire jusqu'à ce qu'un nuage vînt le couvrir de nouveau et leur permettre de continuer leur marche (1).

Ces exemples ressemblent à une cécité diurne endémique ou épidémique ; mais ils sont évidemment trop vagues pour qu'on puisse en tirer des conclusions générales.

Larrey rapporte un cas de cécité diurne sporadique , survenue chez un vieillard, esclave sur les galères à Brest, et qui avait été enfermé pendant trente-trois ans dans un donjon souterrain. Son long séjour dans l'obscurité avait produit un tel effet sur les organes de la vision, qu'il ne pouvait voir qu'à l'ombre de la nuit, et qu'il était complètement aveugle pendant le jour (2).

Isbell rapporte un autre cas qui paraissait en rapport avec une certaine cachexie vénérienne, et qui guérit par des frictions mercurielles (3).

Obs. 559. — Chez un tisseur à la main, âgé de 58 ans, habitant à Auchtermuchty, Fifeshire, admis au Edinburgh Eye lnfirmary dans le service de MM. Hamilton et Bell, et dont l'œil droit avait été détruit pendant son enfance par la variole, la vision de l'œil gauche avait toujours été bonne, jusque vers le 21 février 1850, époque à laquelle, sans douleur et sans malaise aucun, la vision l'abandonna brusquement. Mais, bien que complètement aveugle pendant le jour, il voyait presque aussi bien qu'auparavant à la lueur delà lune ou des étoiles. Il ne pouvait marcher de jour sans broncher; aussi avait-il besoin d'un guide; mais la nuit il pouvait aller seul. Pendant le jour, il ne voyait pas à trois pieds de distance; la nuit il apercevait une maison située à deux cents yards. La nuit, en regardant le ciel, il distinguait parfaitement les étoiles, la lune, et les nuages passant sur celle-ci; le jour, il ne voyait rien: un ciel nuageux ou serein était pour lui également invisible.

On lui prescrivit un vésicatoire à maintenir ouvert derrière l'oreille, l'application de deux sangsues deux fois par semaine à la paupière inférieure, et une Mue pill avec de la rhubarbe à prendre de deux soirs l'un. Dans l'espace de huit à neuf semaines, ces moyens furent suivis d'une amélioration lente, mais persistante; sa santé ayant toutefois paru s'altérer, on discontinua les remèdes, et on y substitua une diète lactée et des infusions amères. Sous l'influence de ce traitement, la vision s'améliora graduellement ; mais, chaque fois qu'il essayait de se servir de son œil, il se trouvait fort tourmenté par la présence d'un objet qui voltigeait devant lui. Cet objet offrit d'abord diverses couleurs, mais devint ensuite complètement noir. Un séjour de plusieurs semaines au bord de la mer, où il prit régulièrement des bains, améliora beaucoup sa santé générale et la vision de son œil; les spectres oculaires ou mouches disparurent graduellement pendant l'été et l'automne. En octobre, il se trouva en état de reprendre ses occupations et de rester à son métier sans interruption, sa vue se trouvant aussi parfaite et aussi forte qu'elle eût jamais été. La faculté qu'il avait de voir la nuit, pendant toute la durée de sa maladie, ne se trouva point diminuée lorsqu'il eut récupéré la faculté de voir pendant le jour (4).

(1) Duncan's Médical Commentaries, vol. XIX, p. 290 ; Edinburgh, 1795.

(2) Mémoires de chirurgie militaire, t I, p. 6 ; Paris, 1812.

(5) Edinburgh Médical and Surgical Journal, vol. IX, p. 269 ; Edinburgh, 1813. (4) Monthly Journal of Médical Science, vol. XII, p. 393 ; Edinburgh, 1851.

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