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mélangée de sang. Un tiers environ de celte substance était solide et ressemblait assez à un tubercule; le reste était un (luide oléagineux. Ce kyste avait aplati et presque détruit les nerfs optiques. Ce qui restait de ces nerfs adhérait en dedans au kyste par un peu de substance cérébrale altérée et venait se perdre en avant sur la portion osseuse qui correspondait à la commissure des nerfs. Plus en avant, les nerrs entrant dans les orbites étaient fort amoindris, et entre leur portion antérieure et la postérieure, il n'y avait pas d'autre moyen de continuité que celui constitué par le kyste. Il n'existait point de traces de la glande pituitaire, dont le kyste occupait la place. La rétine à l'intérieur de l'œil était mince, rougeàtre et presque transparente (1).
Cette observation a été publiée par Magendie, avec la question suivante en tète : La vision peut-elle persister malgré la destruction des nerfs optiques? Il est à présumer, ou que le malade s'est trompé relativement au degré de vision qu'il a récupéré après l'application des vésicatoires, ou que, si réellement il voyait passer les personnes dix jours avant sa mort, comme le dit l'observation, les progrès delà maladie avaient été extrêmement rapides pendant sa dernière période.
§ XI. — Amaurose suite de commotion ou de toute autre lésion traumatique
de la tète.
Les lésions traumatiques de la tête, plusieurs même de celles qui paraissent légères et n'occasionnent aucune inquiétude au début, déterminent l'amaurose beaucoup plus souvent qu'on ne le pense.
Il arrive assez fréquemment, dans les cas de commotion cérébrale ou d'autre lésion traumatique de la tête, assez intense pour étourdir le malade, qu'il reste pendant un certain temps complètement insensible aux impressions extérieures. Le rétablissement, qui d'ordinaire est prompt, est parfois complet; d'autres fois, à l'insensibilité complète succède un état dans lequel la sensibilité n'est qu'affaiblie, mais non détruite. Les impressions ordinaires n'agissent point sur le malade; mais néanmoins on peut l'amener à les percevoir. Les pupilles se contractent lorsqu'on expose l'œil à la lumière et sont quelquefois plus resserrées qu'à l'ordinaire. Ces symptômes peuvent disparaître complètement en quelques heures, ou persister pendant deux ou trois jours Dans ce dernier cas, il arrive fréquemment que le malade récupère sa sensibilité pour un temps et qu'il retombe ensuite dans son premier état. Lorsque l'inflammation du cerveau succède à la commotion, cette réapparition de la sensibilité peut manquer et les symptômes de la commotion se transformer graduellement en ceux de l'inflammation. Mais il arrive souvent aussi que la sensibilité a reparu pendant un espace de temps considérable, qu'il existe même une période de santé apparente, avant que les symptômes de l'inflammation surviennent. Il peut s'écouler des années avant que le malade soit atteint d'aucun signe marqué de maladie du cerveau.
(1) Journal de Physiologie, t. VIII, p. 28; Paris, 1828.
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L'inflammation qui succède à la commotion et aux autres lésions traumaliques de la tête, peut être plus ou moins étendue et plus ou moins aiguë , affecter toutes les parties contenues clans le crâne et devenir rapidement mortelle, ou rester bornée à quelque point particulier du cerveau et ne déterminer la mort qu'après une série de symptômes les plus alarmants, comme une céphalalgie violente, l'amaurose, la paralysie, les convulsions, etc. Ces symptômes apparaissent tantôt dans un ordre , tantôt dans un autre. La connaissance que nous avons des maladies du cerveau n'est pas encore suffisamment exacte pour nous permettre de rapporter les symptômes qui se présentent à aucun siège spécial ou à aucune terminaison particulière de l'inflammation.
Les altérations que l'on trouve à la dissection consistent en déchirures du sommet des circonvolutions cérébrales, injections vasculaires, extravasations de sang, épanchements séreux, indurations, ramollissements, abcès diffus ou enkystés, etc.
Obs. 583. — Un jeune enfant de douze ans reçut à l'école un coup du bord d'une règle plate parce qu'il apprenait difficilement. Le coup avait porté sur le côté droit de la tête, et il en était résulté une petite plaie qui, pendant six ans, refusa de guérir; elle se cicatrisa enfin, et peu de temps après la vue commença à faiblir. Cet affaiblissement continua d'augmenter jusqu'à donner lieu à une cécité complète. Puis se présentèrent des accès épilepliques qui revenaient presque tous les jours.
Le seul moyen qui parût offrir quelque chance de succès, était l'ablation d'une portion des os du crâne, à l'aide du trépan. La cicatrice de la plaie ancienne, suite du coup reçu, n'offrait aucune apparence particulière: l'os mis à nu ne semblait point malade; sa couleur n'était même point altérée. Lorsqu'on enleva la pièce d'os détachée par la couronne de trépan, il s'échappa un peu de sang et de fluide séreux qui se trouvait entre le crâne et la dure-mère. Cette membrane, toutefois, n'avait point perdu sa coloration normale. Le lendemain, les deux pupilles avaient repris leur sensibilité ; elles se dilataient et se contractaient suivant le degré de lumière. La cécité resta complète comme avant l'opération. Les forces du malade déclinèrent d'heure en heure; il survint une fièvre lente, et le troisième jour après l'opération, le malade fut pris d'un accès beaucoup plus intense qu'à l'ordinaire, et à la suite duquel il mourut.
A l'autopsie, le crâne et la dure-mère semblaient partout sains. Au-dessous du point où la dure-mère avait été mise à nu par la trépbine, et en regard par conséquent de l'ancienne blessure, la pie-mère avait évidemment été le siège d'une inflammation chronique circonscrite. En incisant le cerveau, on le trouva le siège d'une induration s'élendantà tout le lobe moyen du cerveau, débulantà la surface de l'hémisphère et s'étendanl jusqu'à la base du crâne (I).
Obs. 584. — Une jeune fille de quinze ans reçut en jouant une légère tape plutôt qu'un coup sur le côté droit de la tète. Elle ressentit sur le moment une douleur assez vive; mais elle ne s'en occupa point, et il ne survint d'autre conséquence immédiate qu'une céphalalgie débutant toujours par la partie qui avait été frappée. Elle continua pendant plus de trente ans à être sujette à ces altaques; à celle époque, quoique naturellement vive, elle devint pesante, quelquefois hébétée et assoupie, sans aucune cause nouvelle connue. Cet état alla en s'accroissant au point que, pendant les dix-huit derniers mois de sa vie, il était très difficile de la maintenir éveillée; mais lorsqu'elle s'éveillait, ne fût-ce que pour une demi-heure, elle déployait tout le brillant de sa conversation ordinaire. Puis, tout à coup, elle tombait dans un assoupissement dont on ne pouvait la tirer.
(1) Prnclical Observations on Surgery and Morbid Analomy, by John Howship, p. 121 ; London, 181G.
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Les choses marchèrent ainsi jusqu'à ce qu'elle tomba dans un coma continu ; elle mourut au milieu des convulsions. La vue s'élait fort affaiblie, mais très graduellement.
A la dissection, dès que l'on eut mis à nu le pariétal droit, on découvrit qu'une portion d'os, de la dimension d'une pièce d'une couronne environ, et correspondant au point où elle avait reçu le coup et où elle rapportait constamment le siège de sa douleur, était d'une couleur très foncée. En enlevant le pariétal, on reconnut que la portion dont la coloration était altérée, était transparente et presque complètement absorbée. Elle devait sa couleur foncée à ce que la portion de l'hémisphère droite qui était immédiatement audessous d'elle était complètement noire; la dure-mère ayant été absorbée en ce point, la couleur apparaissait à travers l'os. Si la malade avait vécu plus longtemps, l'os aurait été aussi complètement absorbé, et le cerveau, suivant toute probabilité, serait venu faire hernie au dehors. La portion du cerveau située en regard de la blessure était indurée et squirheuse; altération qui s'étendait à tout le lobe moyen du cerveau. La couleur était d'un noir livide. Toutes les autres parties du cerveau étaient parfaitement saines, il n'existait aucune altération morbide dans le thorax ou l'abdomen. L'altération que nous venons de décrire avait tellement comprimé les nerfs optiques à leur origine, qu'elle les avait rendus aussi plats que des rubans; c'est ce qui avait occasionné la perte de la vue qui, quelque temps avant la mort, équivalait presque à une cécité complète (i).
§ XII. — Amaurose par congestion ou inflammation de l'appareil nerveux optique, occasionnée par l'exposition des yeux à une lumière intense, ou par l'excès d'exercice des yeux.
C'est une des variétés d'amaurose les plus fréquentes; elle peut être le résultat d'une seule exposilion des yeux pendant un court instant à une très vive lumière; d'autres fois, elle est produite par l'examen fréquemment répété d'objets lumineux, ou par l'exercice prolongé des yeux sur des objets modérément ou imparfaitement éclairés. Certaines personnes, par exemple, ont été frappées de cécité pour avoir regardé une éclipse de soleil. L'exposition des yeux pendant un long temps à la lumière réfléchie par une contrée couverte de neige, l'usage fréquent du télescope ou du microscope, l'action de lire ou d'écrire plusieurs heures de suite, surtout à la chandelle, et d'autres causes analogues, donnent fréquemment lieu à cette variété d'amaurose, et produisent sur les yeux des effets d'autant plus nuisibles, que ces organes sont plus faibles, ou que les individus sont plus disposés à la congestion cérébrale. Les littérateurs, les graveurs, etc., dont les occupations sont sédentaires et exigent l'exercice continu de la vue, sont souvent affectés de cette amaurose.
Les symptômes sont variables, mais principalement subjectifs. La congestion ou l'inflammation dont ils dépendent, affecte la rétine, les nerfs optiques et la portion cérébrale de l'appareil optique. Si on la néglige, elle se termine par l'atrophie de ces parties.
Le traitement consiste, principalement dans le repos, la saignée, le mercure et les révulsifs.
Obs. 585. —Ayant été consulté, le 1er juillet 1844, pour Miss F., âgée de seize ans, je trouvai que, après avoir travaillé au tricot de Berlin, elle avait été prise de douleur dans
(1) ibid, p. 119.
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le côté gauche de la tête et d'un tel obscurcissement de la vue de l'œil gauche, qu'elle pouvait à peine s'en servir pour lire le titre d'un journal. L'œil droit était aussi un peu trouble. J'appliquai des sangsues autour de l'œil, des vésicaloires derrière l'oreille, et j'administrai trois blue pills par jour. Ces pilulesn'affectant pas la bouche aussi prornplement que je m'y attendais, j'y substituai des pilules composées de deux grains de calomel avec un demi-grain d'opium. Ces dernières agirent prornplement sur la bouche et la vue commença immédiatement à s'améliorer. La bouche devint extrêmement malade; une salivalion abondante survint. Vers la fin de juillet, la malade lisait de l'œil gauche les plus petits caractères.
Obs. 586. — Le célèbre docteur Reid, professeur de philosophie morale à l'Université de Glascow, étant occupé, en mai 1761, à tracer un méridien exact afin d'observer le passage de Vénus, dirigea imprudemment vers le soleil, au moyen de son œil droit, les cheveux entrecroisés d'un petit télescope. 11 avait fréquemment pendant sa jeunesse exécuté cette manœuvre sans inconvénient, mais celle fois il en souffrit. Il reconnut bientôt que la vue de cet œil était remarquablement obscurcie; pendant plusieurs semaines, chaque fois qu'il se trouvait dans l'obscurité ou qu'il fermait les yeux, ii voyait devant l'œil droit un point lumineux qui tremblait comme l'image du soleil vue par réflexion dans l'eau. Ces apparitions diminuèrent graduellement et devinrent moins fréquentes; mais il lui resta des traces très sensibles de cette affection. La vue demeura trouble : la limite la plus rapprochée de la vision exacte se trouva plus éloignée que de l'autre côté; enfin cet œil voyait courbes les lignes droites (1).
Obs. 587. — Un soldat qui ne connaissait pas la manière d'examiner une éclipse de soleil, employa pour cela un morceau de verre opaque offrant à son centre une portion transparente. Malgré la vive douleur que lui faisaient éprouver les rayons du soleil traversant cette portion du verre, il continua de regarder jusqu'à la fin de l'éclipsé. 11 fut pris peu après de vertiges, de douleurs dans le côté droit de la tête, côté correspondant à l'œil qu'il avait employé, et se trouva presque complètement privé de la vue de cet œil. Quelques semaines après, s'apercevant que la douleur aiguë qu'il éprouvait dans la têle, persistait, il vint consulter le Baron Larrey, qui trouva les vaisseaux de l'œil injectés : la pupille était un peu moins large que celle du côté opposé, mais conservait néanmoins ses mouvements naturels; la vision était très obscure et presque perdue. Après deux saignées, l'une de Tarière temporale et l'autre de la jugulaire, Larrey prescrivit des vésicatoires à la tempe et à la nuque. On appliqua ensuite de la glace sur la tête, puis des moxas qui rétablirent complètement la vue du malade ; mais il conserva néanmoins une douleur sourde dans tout le côté droit de la têle (2).
Obs. 588. — Un habitant des Indes Orientales, qui vivait largement et dans l'oisiveté, après avoir été pendant quatre heures à cheval, exposé à un soleil brûlant, commença presque immédiatement à remarquer l'obscurcissement de la vue de l'œil droit; élat qui alla en s'accroissant rapidement, au point qu'au bout d'une quinzaine de jours la vue était complètement perdue. Il n'y eut jamais ni douleur ni inflammation dans la partie. Dix-huit mois plus tard, l'œil, bien que complètement perdu, ne présentait aucune apparence morbide, si ce n'est que la pupille ne se contractait qu'imparfaitement lorsqu'on l'exposait à l'action de la lumière (3).
Obs. 589. — Un capitaine de marine s'était beaucoup servi de l'œil droit, depuis plusieurs années, pour faire des observations à l'aide de télescopes et de sextants. Une semaine environ avant de s'adresser à M. Travers, il remarqua devant son œil un brouillard qui alla croissant jusqu'au point qu'il ne pouvait plus distinguer les traits de ses amis, ni apercevoir les grandes lettres des titres des pages. L'œil était exempt d'inflammation, la pupille dilatée et paresseuse ; il n'éprouvait de douleur ni dans l'œil ni dans la tête. On
(1) Inquiry into the llumnn Mind, Chnp. VI, sert. 12.
(2) Larrey. Recueil de Mémoires de chirurgie, p. 227; Paris, 1821.
(3) Collections from the Unpublished Wr.ilings of C. H. Parry, M. D., vol. I, p. S6i; London, 1825.
lui tira une grande quantité de sang du bras et de la tempe, et on le purgea énergiquement à de courts intervalles avec un mélange de calomel etdejalap. Des vésicaloires furent appliqués aux tempes, puis on frictionna celles-ci plusieurs soirs de suite avec un gros de fort onguent mercuriel; ce qui produisit un écoulement abondant de salive et une violente diarrhée, de sorle qu'il n'en obtint aucun avantage. Une pilule de calomel avec l'opium, prise matin et soir, rendit immédiatement les gencives malades. En trois jours, le brouillard commença à se dissiper, et le malade put reconnaître l'heure à sa montre. L'amélioration augmenta si rapidement que, au bout de dix jours, il lisait avec la plus grande facilité les caractères ordinaires et que la pupille avait repris sa dimension et son activité ordinaires (1).
Obs. 590. — M. Allan rapporte le cas du maître d'une imprimerie qui devint aveugle. Il corrigeait les épreuves et lisait 18 heures sur 24; pratique qu'il continua pendant douze mois malgré l'affaiblissement évident de sa vue. A la fin de ce temps, l'amaurose était si complète, qu'il ne pouvait distinguer un objet d'avec un autre, et ne conservait qu'assez de perception de la lumière pour trouver son chemin dans les rues. Il, resta plusieurs années dans cet état; mais il linitpar recouvrer la vue. Le traitement n'est pas mentionné (2).
§ XIII. — Âmaurose par congestion ou inflammation de l'appareil nerveux optique, excitée par la présence de vers dans les intestins.
Dans rénumération des symptômes indiquant la présence des vers dans Tinteslin, figurent généralement la dilatation des pupilles, l'aspect terne des yeux, une coloration bleue au-dessous de la paupière inférieure, l'épiphora, la pâleur de la face, la céphalalgie, des battements dans les oreilles, un sommeil troublé ; d'un autre côté, on trouve aussi parfois indiqués : l'amaurose, la surdité, et des accès apoplectiques ou épileptiformes, comme pouvant provenir de la même cause. Toutefois, l'existence de la majorité même de ces signes ne peut être considérée comme indiquant à coup sûr l'existence des vers; il n'y a d'autre symptôme formel que le rejet de ces entozoaires par les vomissements ouïes évacuations alvines. Chez ceux mêmes qui sont atteints de vers, on doit toujours considérer comme douteuse la question de savoir si c'est à cette cause ou à quelque autre, telle que l'hydrocéphalie ou la formation de quelque altération morbide à l'intérieur du crâne, que sont dus les symptômes amaurotiques. Un médecin de mes amis m'apprend qu'il a eu à traiter, il y a quelque temps, un enfant amaurotique qui avait rendu un grand nombre de lombrics, à la présence desquels il se trouva naturellement conduit à attribuer l'affection des yeux. L'amaurose, toutefois, ne céda point aux anthelmintiques; l'enfant mourut et, à la dissection, on trouva la glande pituitaire formant une tumeur qui comprimait les nerfs optiques et avait déterminé l'absorption de leur substance médullaire.
On doit induire que l'amaurose produite par les vers n'est point une maladie fréquente, de ce fait que Bremser (5) se borne à citer, d'après
(!) Travers. Synopsis of (lie Discases oflhe Eye, p. 166; London, 1820.
(2) âi.lan's System of Surgery, vol. III, p. 187 ; Edinburgh, 1824. Voyez : Case of Diseased Vision, by M. Keir, Lancet, 8 october 1842, p. 60.
(3) Traité sur les vers intestinaux, traduit par Grundler, p. 570 ; Paris, 1824.