EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES D'AMAUROSE
pâleur, d'émaciation, de palpitations et d'un pouls faible, petit et fréquent.
Causes. — Parmi les causes les plus fréquentes de cette espèce d'amaurose, on peut mentionner une nutrition imparfaite, toute perte considérable et continue des fluides du corps, ainsi que cela se voit dans les hémorrhagies, le ptyalisme, la diarrhée chronique, l'abus des plaisirs vénériens . la sperniatorrhée, l'onanisme, la lactation contreindiquée, la leucorrhée, l'abus des médicaments affaiblissants, etc. (1). C'est quelquefois une des suites du typhus fever, surtout quand cette maladie s'est accompagnée d'épistaxis abondantes, ou a été traitée par des remèdes qui déterminent des superpurgations. Le chagrin et les autres affections de l'ame, décourageantes et dépressives, amènent l'épuisement du corps, la congestion cérébrale et l'amaurose.
Nous avons déjà dit que les personnes pléthoriques peuvent ordinairement déterminer à volonté un certain degré d'amaurose congeslive, en se penchant en avant, par exemple, ou en serrant fortement leur cravate. On rencontre aussi assez fréquemment une amaurose temporaire due à une cause opposée, c'est-à-dire à l'épuisement. Parmi les symptômes mentionnés comme atteignant les femmes grosses par suite de pertes sanguines, survenues avant le travail, nous trouvons les vertiges, les sifflements dans les oreilles et l'affaiblissement de la vision. Lorsque le système nerveux n'est le siège d'aucune excitation particulière, on remarque que la soustraction brusque du sang par la phlébotomie- affaiblit d'une manière remarquable la vision , comme aussi tous les autres organes des sens. Chez quelques individus, la débilité persiste pendant plusieurs jours, et si quelque organe des sens avait déjà éprouvé antérieurement de l'affaiblissement, la faiblesse de cet organe se trouve souvent augmentée. Lorsqu'il survient une syncope par perte de sang, le sens de la vue paraît être le premier à faiblir et le dernier à se rétablir. Vient ensuite l'ouïe; tandis que l'odorat, le goût et le toucher sont moins affectés, plus facilement ranimés par les excitants, et reviennent promptement à leur état naturel. C'est une opinion populaire que la saignée affaiblit la vue, et jusqu'à un certain point cette opinion est basée sur l'expérience.
Traitement. — L'objet principal du traitement doit être de fortifier, par un bon régime et des médicaments toniques, les organes digestifs et de faire disparaître la faiblesse du malade. Bien qu'il ne soit que trop vrai que l'amaurose ne disparaît pas toujours quand les forces physiques du malade ont été rétablies , il n'en est pas moins indispensable d'arrêter avec le plus grand soin tous les écoulements débilitants et de faire renoncer le malade à toute habitude mauvaise. On pres-
(1) Voyez un cas, par O'Reilly à la suite d'une hématémèse, Lancet, 27 Mars, 1852, p. 505 : Un cas par perte sanguine à la suite de la phlébotomie, Esquirol, Des maladies mentales, t. 1, p. 183; Paris, 1858.
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AMAL'ROSE.
crira en même temps l'air de la campagne, un exercice modéré, les bains froids, et tous les moyens généraux propres à rétablir les forces.
Lorsque la cause réside dans les perles séminales, on pourra recourir à la cautérisation de la portion prostatique de l'urèthre, suivant la méthode recommandée par Lallemand (1), en y joignant les toniques.
Quelques-unes des causes que nous avons mentionnées produisent incontestablement une congestion cérébrale qui, malgré l'état d'affaiblissement de la constitution , exige l'application de sangsues à la tète et des révulsifs. M. Wade (2) recommande l'emploi de moxas que l'on fait brûler lentement sur les téguments de la tète ; pratique qui n'est point exempte de danger, car on y a vu succéder une carie des os, ayant entraîné consécutivement la mort (3).
On s'est bien trouvé en pareil cas des stimulants locaux, tels que la vapeur d'éther dirigée sur les yeux.
La découverte de la cause débilitante spéciale qui a engendré la maladie est la première condition du succès de son traitement.
Lorsqu'elle est récente, il suffit le plus souvent de soustraire le malade à la cause du mal, pour en arrêter la marche. Quand c'est la lactation, par exemple, le sevrage de l'enfant est le principal remède.
Obs. 611. — Arrachart rapporte le cas d'un jeune homme qui, toute sa vie, avait été liabituéà prendre du vin comme boisson journalière, elqui, ayant changé de pays,availété réduit à ne boire que de l*eau. Il en résulta pour lui une diarrhée qui dura neul mois, puis une lièvre intermittente. On lui pratiqua deux saignées du bras, et dès ce moment sa vue commença à baisser. Une troisième saignée du pied accrut sensiblement la faiblesse de la vue, et immédiatement après une quatrième saignée, pratiquée également au pied, le malade devint complètement aveugle. On appliqua de grands vésicatoires, et l'on administra le tartre émétique, comme vomitif d'abord, puis comme altérant, pendant plus d'un mois, mais sans aucun succès. L'épuisement du malade s'accroissait rapidement; néanmoins on continuait l'administration du tartre émétique. Lorsque Arrachart fut appelé, il prescrivit une nourriture douce et de facile digestion, et plaça un séton au cou. La santé du malade s'améliora, mais l'état de sa vue restant le même, il continua encore à prendre à Finsu d'Arrachart, des doses de six grains de tartre stibié. 11 survint des convulsions, mais point d'évacuations. Arracliart ayant découvert ce dont il s'agissait, prescrivit une potion anodyne et anti-spasmodique, et en vint au régime nourrissant. Au bout de deux mois, le malade commença à voir un peu de l'œil gauche, et dans l'espace de trois autres mois la vue de cet œil s'était sensiblement améliorée, mais l'œil droit resta perdu (4).
Obs. 612. — Un maçon fut admis à VEotel-Dieu dans le service de Dupuytren ; il avait perdu la vue le lendemain de son mariage. Les bains froids, les frictions irritantes sur la région dorso-lombaire, et les toniques diffusibles à l'intérieur, furent mis en usage; la vue se rétablit promptement (5).
Obs. 613. — Uo jeune campagnard, de constitution robuste, devint l'amant heureux
(1) Des pertes séminales involontaires; Paris, 1856.
(2) Edinburgh Médical and Surgical Journal, vol. XLIH, p. 358.
(3) Delpech.' Précis élémentaire des maladies réputées chirurgicales, 1. 111, p. 258 ; Paris, 1816.
(4) Arrachart. Mémoires de chirurgie, p. 209.
(5) Caffe. Résumé du compte-rendu de la clinique ophthalmologique de rilôlel-Dieu, p. 9; Paris, 1857.
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de deux servantes qui vivaient sous le même toit que lui. En moins d'un an il fut attaqué de goutte sereine (1).
Obs. 614. — Un autre jeune garçon, au début de sa puberté, tomba subitement dans l'abattement, et se mit à fuir la société. Il ne quittait jamais sa cbambre que lorsque l'ombre delà nuitledérobait aux regards, et choisissait alors des chemins déserts. On ne découvrit que trop tard que, outre d'autres signes d'épuisement nerveux, il était atteint d'une paralysie de la rétine, conséquence de l'habitude de la masturbation (2).
Obs. 615. — Elisabeth Firman,àgéede20 ans, s'adressa à M. Wells, le 28 janvier 1835. pour une perte complète de la vue, avec paralysie totale de la paupière supérieure gauche et paralysie partielle de la paupière supérieure droite. Les traits relâchés et bouffis de la malade suggérèrent à M. Wells la pensée que ces symptômes pouvaient être dus à une leucorrhée. Il apprit qu'en effet elle avait commencé à être réglée à l'âge de 16 ans, que les menstrues étaient revenues régulièrement pendant dix-huit mois, mais qu'à partir de cette époque elles étaient devenues très irrégulières, et qu'il était survenu un écoulement muqueux excessif qui avait beaucoup affaibli sa constitution.
Deux ans avant de consulter M. W., elle avait eu une ophtbalmie intense qui avait promptement cédé au traitement. Peu après, la paralysie des paupières était survenue, et la vision s'était graduellement obscurcie, jusqu'à être totalement abolie, d'abord dans l'œil gauche, et bientôt après dans le droit. Lorsqu'on soulevait la paupière et qu'on laissait arriver la lumière jusqu'à la rétine, la pupille n'éprouvait ni dilatation ni contraction, mais la malade accusait une grande douleur à la partie postérieure de l'orbite. La pupille avait une forme ovnlaire, et son bord était irrégulier. Douze ou dix-huit mois avant, la malade avait éprouvé de la douleur dans le côté gauche, derrière et au-dessous des fausses côtes.
Pendant la durée de sa maladie, elle fut admise dans un hôpital public, où elle resta onze semaines; elle y fut traitée par des ventouses scarifiées, des vésicatoires, le mercure, mais sans aucun avantage. On essaya aussi de l'électricité, mais sans plus de succès. Les symptômes s'accrurent au contraire pendant l'emploi de ces moyens, et l'œil gauche devint complètement insensible à la plus forte lumière.
Bien que M. Wells fût convaincu que tous ces symptômes étaient la conséquence de l'affection du système génital, il n'en crut pas moins à l'existence d'une congestion cérébrale; en conséquence il commença le traitement par l'application de ventouses scarifiées à la nuque et par une dose active de calomel et de jalap.
Quelques jours après, la peau étant sèche et la langue chargée, il prescrivit dix grains de nitre à prendre trois fois par jour, et chaque soir cinq grains d'extrait de jusquiame, cinq d'extrait de coloquinte composée, et deux de Muepills. Il prescrivit en outre d'injecter trois fois par jour dans le vagin une solution d'alun et de sulfate de zinc. La malade suivit pendant un mois ce traitement, en y ajoutant de temps en temps des purgatifs, mais avec peu de changement dans les symptômes. Comme elle accusa alors de la douleur à la partie postérieure de la tête, on lui pratiqua une saignée du bras de 18 onces, et l'on renouvela son premier purgatif. On lui recommanda de faire strictement les injections vaginales et de prendre encore pendant un mois le soir, les pilules déjà indiquées. C'est ce qu'elle fit, et avec avantage, car à la fin de cette époque elle pouvait soulever une de ses paupières, et distinguer les objets avec cet œil. Onze semaines après que M. Wells l'eut vuepourla première fois, elle ressentit une douleur aiguë, ressemblant à quelque chose qui se serait brusquement détaché de la partie postérieure de sa tête; et de ce moment une légère lueur avait commencé à se faire sentir dans son autre œil. M. Wells lui pratiqua encore une saignée de douze onces ; la vue continua à se rétablir graduellement.
Quatre mois après avoir commencé les injections, elle pouvait lire et travailler, et sa santé s'élaitbeaucoupaméliorée. Lorsque M. Wells rédigea son observation, elle était aussi bien qu'elle eût jamais été; la leucorrhée avait entièrement cessé, et la menstruation était devenue régulière. L'auteur ajoute qu'outre les pilules la malade avait pris un demi-gros de carbonate de fer trois fois par jour, lorsque la vision avait commencé à revenir (3).
(1) Travers' Synopsis ofthe Diseases ofthe Eye,p. 145; London, 1820.
(2) Ibid.
(5) London Médical and Surgical Journal, Noveinbcr 5, 1832, p. iôï.
Obs. 616. — 3Ime J. accoucha à l'âge de 30 ans, et comme elle élait (Tune conslilulion saine, elle voulut nourrir elle-même son enfant, ce qu'elle fit pendant un certain temps sans en éprouver le moindre inconvénient; mais, au bout de six semaines, ses forces commencèrent à diminuer, et son affaiblissement alla en augmentant, au point qu'il lui devint impossibled'allereldevenir dans sa maison sans éprouver une langueurdouloureuse. Vers la même époque, sa vue commença à s'affecter, à un degré léger d'abord, mais si fortement ensuite, que lalueurdu soleil dans son plein ne lui paraissait pas plus forte que celle de la lune. A cette époque de sa maladie, elle n'apercevait pas de points noirs de l'un ni de l'autre de ses yeux, et les objets ne lui paraissaient point recouverts d'un brouillard ni d'un nuage. Elle éprouvait dans le cou une violente douleur qui remontait jusqu'à la partie latérale de la tête. Ce symptôme décida la personne qui lui donnait des soins, à lui tirer, à l'aide des ventouses, quatre onces de sang du siège primitif du mal. L'état de sa vue empira à la suite de ce moyen, et bientôt elle perdit l'usage des deux yeux.
Il y avait trois jours qu'elle était dans cet état de cécité lorsque M. Wathen fut pour la première fois appelé près d'elle. II trouva les deux pupilles largement dilatées et insensibles à l'action de la plus vive lumière. Son premier conseil fut de sevrer- sur-le-champ l'enfant. 11 ordonna aussi à la mère de prendre trois fois par jour une potion au quinquina, plus un laxatif de temps en temps pour combattre une constipation habituelle qui l'avait presque toujours tourmentée depuis sa délivrance. En outre, on fit de fréquentes applications de vapeur d'élher aux yeux el'au front.
Quatre jours après l'adoption de ce mode de traitement, M. Ware vint voir la malade avec M. Wathen. Ses forces et son courage commençaient un peu à revenir ; elle percevait de légères lueurs lumineuses, bien que les deux pupilles fussent dilatées et immobiles comme auparavant. On continua le quinquina et l'éther, et le lendemain on fit arriver un fort courant électrique sur les yeux, en même temps que l'on fit jaillir de petites étincelles de divers points des yeux, du "front et des tempes. Le lendemain, pour accroître l'effet de l'électricité, on fil placer la malade sur un isoloir et l'on renouvela les mêmes manœuvres que la veille. Elles parurent exercer une influence notable sur la guérison. La première tentative fut suivie d'un tel degré d'amélioration que la malade, pour qui tout était confus, put distinguer clairement combien il y avait de fenêtres dans l'appartement où elle était assise, quoiqu'elle ne pût apercevoir l'encadrement d'aucune d'elles Le troisième jour, peu de temps après qu'elle eut été électrisée, ses règles reparurent pour la première fois depuis son accouchement ; elles durèrent trois jours, pendant lesquels on jugea convenable de suspendre le quinquina et l'électricité- On en reprit l'usage dès que les règles furent passées; la vue s'améliora tous les jours. Au bout d'une semaine, elle apercevait tous les gros objets, et en peu de temps elle put lire les plus petits caractères. Les forces, toutefois, ne revinrent pas aussi promptemenl; c'est pourquoi on lui conseilla d'aller habiter la campagne, où le changement d'air et une alimentation douce et nourrissante eurent bientôt complètement rétabli sa santé (1).
§ XX. — âmaurose suite d'albuminurie.
Le docteur Acldison (2) avait appelé l'attention sur ce fait que la forme d'affection cérébrale qui survient communément par suite de l'altération des reins, appelée maladie de Bright ou albuminurie, est très fréquemment précédée d'étourdissements, d'obcurcissement de la vue, et de douleur clans la tête. Le docteur Landouzy, de Reims (3), a annoncé, depuis, que l'altération de la vision est un des symptômes du début de cette affection et un symptôme qui parait ou disparaît suivant que l'albumine existe ou n'existe plus dans l'urine. L'affection de la vue arrive insensiblement et ne s'élève jamais jusqu'à la cécité
(1) Ware's Observations on Ihe Cnlaract ami Gulla Serena, p. 585; London, 1812.
(2) Guy's Hospilal Reports, vol. IV, p. 1; London, 1859. (5) Gazelle médicale de Paris, 20 Oclobre 1849, p. 815.
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complète. Les pupilles sont dilatées, le malade se plaint de la lumière, et voit comme à travers un voile. Il survient de la douleur à la région lombaire, de l'œdème des extrémités inférieures, lascile et l'hydro thorax.
L'abus des liqueurs alcooliques, les rapports sexuels prématurés, le séjour ou le travail dans des lieux humides et froids, une nourriture insuffisante et clés fatigues excessives, telles sont les causes auxquelles le docteur Landouzy rapporte la maladie.
Si l'amaurose se montre combinée avec dés signes d'hypérémie ou d'inflammation du rein, qui constituent le premier degré de l'albuminurie, la saignée, les diurétiques et les révulsifs sont indiqués; si elle survient dans la seconde période, alors qu'il existe une altération de structure et que des produits morbides se sont développés dans le rein, on doit persister dans l'usage des diurétiques, des révulsifs énergiques, et avoir recours aux altérants avec prudence. On se trouvera probablement bien des bains de vapeur dans l'une et l'autre périodes. Le mercure agit avec une violence plus qu'ordinaire sur les personnes atteintes d'albuminurie, on doit donc ne l'employer qu'avec la plus grande circonspection, si même il ne vaut pas mieux s'en abstenir complètement (1). (Voir, pour les signes ophthalmoscopiques,
p. XLIX.)
§ XXI. — Amaurose par irritation des branches du nerf de la cinquième paire.
La congestion de l'appareil nerveux optique, provoquée par une irritation de la cinquième paire, est une cause d'amaurose sympathique, qui est loin d'être rare ; on a publié de nombreuses observations dans lesquelles l'ablation de tumeurs en contact avec le nerf de la cinquième paire, ou de dénis cariées, a déterminé le retour de la vision.
Obs. 617. — Un homme vigoureux, d'un âge moyen, peintre de navire, vint consulter M. Howship en 1808 pour une petite tumeur située sur le sommet de la tête. Il y avait 'au moins dix ans qu'il s'était aperçu de son existence. II supposait qu'elle était la conséquence de quelque coup reçu sur la tête. Elle n'avait jamais été douloureuse; néanmoins il pensait que sa santé s'altérait, car il était depuis quelques années en proie à une céphalalgie qu'il n'avait jamais ressentie auparavant. La fréquence de ce mal de tête allait en augmentant, et la vue était devenue si faible que, depuis plus de deux ans, il ne pouvait plus lire même les caractères les plus gros et les plus nets. Lorsqu'on comprimait la tumeur du cuir chevelu, il n'éprouvait ni douleur, ni sensibilité.
M. Howship conseilla l'extirpation, qui fut exécutée au moyen de deux incisions elliptiques pratiquées sur les téguments au delà de la base de la tumeur; on détacha ensuite du péricràne, avec lequel elles se trouvaient en contact, la portion de peau ainsi cernée et la tumeur elle-même. On lia deux petits vaisseaux, et l'on rapprocha presque complètement les lèvres de la plaie à l'aide de bandelettes agglutina tives. Au bout de trois semaines, la plaie était complètement cicatrisée.
[(1) Voir sur l'amaurose comme symptôme initial tle l'albuminurie: Annales trOeulislique, t. XXII, pp. 129, 16G, 180; t. XXVI, p. 154; t. XXVUI, p. 222; t. XXXI, p. 255 ; t. XXX11I, p. 252; t. XXXIV, p. 285.]
On trouva, à l'examen, que la tumeur était constituée par un fort kyste cartilagineux, situé dans la membrane celluleuse au-dessous du cuir chevelu. La cavité du kyste était remplie d'un fluide purulent jaunâtre dont les parties les plus épaisses avaient formé un dépôt grumeleux sur les parois de la cavité.
Le malade n'avait pas perdu plus d'une once de sang pendant l'opération; néanmoins, le soir suivant, il se sentit la tète beaucoup mieux qu'elle n'avait été depuis plusieurs mois. Il trouva que son malaise et sa céphalalgie allaient chaque jour diminuant, et constata avec quelque surprise que sa vue devenait plus forte et plus claire. A l'époque de la cicatrisation de la plaie, toute trace de céphalalgie avait disparu, et sa vue s'était tellement améliorée, qu'il se trouvait de nouveau en état de lire le livre imprimé en petits caractères, dont il se servait dix ans auparavant. La céphalalgie, ni l'affection oculaire ne reparurent plus par la suite (1).
Obs. 618. — F. Brzesmycki, âgé de 30 ans, qui avait toujours joui d'une bonne santé, à l'exception de quelques douleurs rhumatismales qu'il ressentait parfois dans la tête et les articulations, fut pris tout à coup, pendant l'automne de 1825, d'une violente douleur partant de la tempe gauche et s'étendant à l'œil et à la moitié de la face du même côté. On attribua la douleur au froid; elle dura plusieurs jours, puis s'amenda, puis revint périodiquement, sans être cependant assez intense pour le déterminera consulter un médecin. Mais au bout de deux mois, elle revint avec une telle intensité, surtout dans l'œil, qu'il semblait au malade que cet organe allait être chassé de son orbite; il s'aperçut en même temps que la vue de ce côté était perdue. Pendant six mois, on employa divers traitements, mais sans en obtenir d'autre, avantage que de rendre la douleur périodique de continue qu'elle était. Au bout de ce temps, la douleur reprit une nouvelle force, la joue enfla, et il s'échappa pendant la nuit d'entre la conjonctive et la paupière inférieure, plusieurs cuillerées de pus sanguinolent. A la suite de cette évacuation, le gonflement disparut et la douleur diminua, mais la cécité resta aussi complète qu'auparavani. Trois semaines après, nouvel écoulement semblable au précédent, et qui reparut plusieurs fois dans l'espace de six mois. Pendant l'hiver de 1826, le mal fut si intense que, au commencement de 1827, le malade se rendit à Wilna, dans l'intention de se faire extirper l'œil, s'il n'y avait pas d'autre moyen d'obtenir du soulagement.
M. Gaienzowski, qui fut alors consulté, trouva la vision de l'œil gauche perdue; la pupille restait dilatée. Il pensa que le pus s'était formé dans le maxillaire supérieur et s'était fait jour par la portion orbitaire de cet os; mais sachant aussi que les suppurations à l'intérieur du maxillaire supérieur dépendent fréquemment de l'existence de dents cariées , il procéda à un examen attentif, et découvrit une racine cariée 'correspondant à la région du sinus. On enleva cette dent et, au grand étonnement de M. Gaienzowski et de son malade, on trouva fixée à sa racine une écharde de bois, d'environ trois pouces de long, et de la grosseur d'une tête d'épingle. On supposa que cette écharde s'était détachée d'un cure-dents en bois; on ne trouva du moins pas d'autre explication plausible. Lorsqu'on retira la sonde que l'on avait introduite dans le sinus, il s'échappa quelques gouttes d'un liquide séro-purulenl, et au bout de neuf jours le malade avait complètement récupéré la vue (2).
Obs. 619. — Le docteur VanzandUle Saint-Louis, aux États-Unis, m'a rapporté le cas d'un jeune homme, affecté d'amaurose complète, excitée par la persistance de deux dents temporaires. Dès qu'on les eut enlevées, le malade parut éprouver une grande frayeur, cl s'aperçut que la vue lui était rendue.
[Nous empruntons à M. Hays les eitations suivantes (5) : M. Travers (4) a vu une amaurose commençante, évidemment enrayée par l'extraction d'une dent malade sur un malade chez lequel l'œil du côté opposé avait été atteint, deux ans auparavant, d'une
(t) Howsiiip. Op. cil., p. 1.
(2) Archives générales de médecine, t. XXIII, p. 261; Paris, 1S50.
[(5) Lawrence. Edition américaine, p. 61C et suiv.]
[Ci) Synopsis of llie Diseu=es of Ihe Eye, p. 505, 5e édition ]
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amaurose complète que l'on avait attribuée à la présence de dents cariées.
M. Caffe(l) cite le cas d'une personne qui avait à la mâchoire supérieure une dent creusée par la carie : chaque fois qu'il y pénétrait une parcelle d'aliment, l'œil du côté correspondant devenait amaurotique. L'amaurose disparaissait dès que l'on nettoyait la cavité de la dent.
Le docteur Walson rapporte que le fils d'un médecin de Londres a perdu, à deux ou trois reprises différentes, la vue d'un œil, sans cause appréciable et sans que l'on pût découvrir aucun changement dans l'organe malade. La cécité disparut chaque fois à la suite et comme conséquence présumée de l'extraction de quelques dents dont la croissance était irrégulière (2). Le docteur Ashburner dit que ces sortes de cas sont communs (5).
De son côté, le docteur James Hunter (4) rapporte le cas suivant d'amaurose temporaire d'un œil, survenue à la suite de l'extraction d'une dent :
Obs. 620. — En juillet 4838, un garçon de 17 ans se présenta au dispensaire, pour un obscurcissement de la vue survenu à gauche assez brusquement et dans des circonstances spéciales. Il raconta que la vue avait toujours été fort bonne des deux côtés, si ce n'est depuis quatre jours. 11 avait alors souffert des dents et était allé chez un droguiste pour s'en faire enlever une implantée dans la moitié gauche de la mâchoire supérieure. L'opération avait été promplemenl et adroitement exécutée, et sans provoquer trop de douleur. Le malade, au moment où la dent était devenue mobile dans l'alvéole, avait aperçu devant l'oeil gauche un éclair brillant, auquel pendant quelques minutes en avaient succédé d'autres moins intenses et à de courts intervalles. S'étant couché, une ou deux heures après, les éclairs reparurent et persistèrent pendant une heure environ, puis cessèrent graduellement. Le lendemain, le malade reconnut que la vue de son œil gauche était fort affaiblie et que tous les objets qu'il regardait étaient enveloppés d'un épais brouillard. II eut aussi la sensation d'une espèce d'anneau coloré tournoyant à l'intérieur de l'œil. Les choses restèrent à peu près dans le même état les deux jours suivants, mais le quatrième jour il crut reconnaître une amélioration. — La pupille gauche parait un tant soit peu plus contractée que celle de l'œil droit, mais la forme en est parfaitement régulière, et l'iris a conservé tous ses mouvements. L'organe paraît aussi sain à tous autres égards. La santé générale de ce garçon, d'un tempérament nervoso-sanguin, était bonne. Il n'éprouvait de douleur ni dans l'œil ni dans le sourcil, ni aucun symptôme de congestion cérébrale ou de dérangement des organes digestifs. Lorsqu'il fermait l'œil droit, dont la vue était bonne, et que du gauche il essayait de lire un livre imprimé en caractères qu'un œil normal pouvait distinguer à 48 pouces, il ne pouvait le faire qu'à la distance de 15 pouces, et encore difficilement; et si Ton diminuait la distance, les lettres lui paraissaient bien plus grandes, mais brouillées. En faisant un essai avec des caractères de moitié plus petits, il ne put lire aucun mot. quelque rapprochée que fût la distance. Ni les verres concaves, ni les verres convexes n'amélioraient la vision. Il paraissait ne plus distinguer aussi bien les couleurs, mais je n'avais sous la main aucun moyen d'explorer l'œil sous ce rapport. La dent extraite était la première grosse molaire de la mâchoire supérieure gauche. En pressant fortement avec le doigt sur son alvéole, je ne déterminai aucune sensibilité anormale, ni aucun élancement douloureux, et ne découvris aucun fragment de dent, ni aucune esquille du bord alvéolaire.
[(1) Lancette Française. 22 Aoiit 1839.]
[("2) Leçon dans Lundon Sied. Gazette, February 5, 1841 ]
[(5) ll)i"d.,p. 712.]
[(4) American Journ. of Med. Science, Oclober 1811.]
Le docteur Hunter laissa faire la nature, et, au bout de quinze jours, le malade voyait tout distinctement, excepté les plus petits objets. A dater de ce moment, il ne se représenta plus, de sorte qu'il est probable que sa guérison fut complète. T. W.]
[§ XXII. — ■ Auiaurose par paralysie de la rétine, consécutive à des névralgies des branches de la cinquième paire.
M. A. Notta (1), à qui nous empruntons ce chapitre, a recueilli dix observations qui rentrent dans cette catégorie ; huit fois la vue était complètement abolie, et deux fois il est dit que l'amaurose était presque complète.
Neuf fois l'état de la pupille est indiqué, et Ton trouve que sept fois elle est dilatée, et deux fois normale et contractile. M. Notta rapporte ces deux observations en détail, pour bien établir que c'est sous l'influence de la névralgie sus-orbitaire que la vue a été abolie, et que cette cécité ne peut être attribuée à une mydriase, comme le veut M. Sichel, qui a, avec raison, signalé cette cause de trouble de la vision dans les névralgies de la cinquième paire. Mais ces deux observations ne sont pas les seules qui démontrent que la cécité peut être due à la paralysie de la rétine. Ainsi, dans les sept cas dans lesquels la pupille est dilatée, M. Notta a trouvé que quatre fois elle est immobile et deux fois encore un peu contractile ; une fois l'état de sa contractilité n'est pas indiqué. Ici, l'objection de M. Sichel reparait, car il y a mydriase, et l'on a négligé l'expérience qui consiste à s'assurer si le malade ne voit pas plus distinctement en regardant à l'aide d'une carte noire percée d'un petit trou ; mais, dans ces observations, il est dit que la cécité est complète. Mais la mydriase ne produit pas la cécité complète; elle ne détermine qu'un éblouissement à la lumière, qui diminue même au bout de quelques jours. Or, la durée de la cécité a presque toujours dépassé un mois; elle a même persisté pendant une année.
Dans les dix observations rassemblées par M. Notta, plusieurs rameaux de la cinquième paire étaient affectés ; mais ceux qui étaient le siège principal de la névralgie étaient : quatre fois le nerf sus-orbitaire ; deux fois les nerfs sus et sous-orbitaires ; une fois le nerf sous-orbilaire; trois fois, le siège principal de la névralgie n'est pas indiqué d'une manière précise. Il résulte de là que l'amaurose se manifeste plus particulièrement sous l'influence de la névralgie du nerf sus-orbitaire.
La cécité survient un temps variable après le début de la névralgie. Le plus souvent, on l'a vue apparaître quelques jours et même plusieurs mois après; quelquefois, elle s'est manifestée presque en même temps. Tantôt elle se montre brusquement; le malade s'en aperçoit à son réveil , ou parce que, éprouvant quelque chose d'insolite dans la vue, il ferme l'œil sain , et reconnaît alors qu'il a perdu la faculté de
[(1) Mémoire sur les lésions fonctionnelles qui sont sous la dépendance des névralgies; Archives générales de médecine, oe série, t. 111, 18j4, vol. I,p. 12 el suivantes.]
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voir de l'autre; d'autres fois, la perte de la vue survient d'une manière graduelle. Toujours est-il qu'une fois complète, la cécité persiste dans l'intervalle des accès. Sa durée est très variable, et quoique existant depuis un temps considérable, elle est encore susceptible de guérison. Le tableau suivant en donnera une idée :
Nombre de:
i cas.
Durée de la cécité.
ésullat du traitement.
6 jours.
Guéris.
4 mois.
1 an.
Pas indiqué.
Soulagé.
Pas indiqué.
On comprend combien il importe, pour le praticien, de savoir reconnaître l'amaurose névralgique ; car, à moins qu'elle ne soit fort ancienne, le pronostic en est peu grave. Les détails dans lesquels nous venons d'entrer, ont fait ressortir la relation qui existe entre l'amaurose et la névralgie; il faut donc bien préciser l'existence de celle dernière, savoir si elle a précédé ou suivi l'affaiblissement de la vue. Quelquefois, au début, certaines formes de glaucome déterminent des douleurs névralgiques qui pourraient induire en erreur ; mais il y a alors une altération particulière du cristallin qui fait paraître le fond de l'œil verdâtre (Mackenzie), et sur l'iris des plaques d'un gris ardoisé (Siebel) qui ne permettent pas de le confondre avec l'amaurose névralgique, dans laquelle le cristallin et l'iris conservent leur aspect normal. Dans le tableau qui précède, on a vu que l'amaurose névralgique, même ancienne, est susceptible de guérison. Ici encore tout le traitement est dirigé contre la cause, la névralgie; cependant, il arrive quelquefois , surtout lorsque l'amaurose date déjà de quelque temps, que la névralgie disparaît complètement sans que la vue revienne. Dans des cas semblables, après avoir combattu la névralgie, il faut avoir recours à des excitants spéciaux du nerf optique, tels que des vésicatoires volants pansés avec de la strychnine , des frictions sur le front et les tempes avec de l'huile de strychnine, et surtout des friclions avec la pommade à la vératrine, dont voici la formule :
Véralrine 1 gramme.
Axonge 20 »