‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 16 sur 147 · RÉTINITE PRODUITE PAR LÀ LACTATION INTEMPESTIVE · texte numérisé non relu

RÉTINITE PRODUITE PAR LÀ LACTATION INTEMPESTIVE

Les Esquimaux qui habitent la baie d'Hudson savent très bien que la vue continuelle d'un pays couvert de neige peut occasionner la perte de la vision. Aussi se servent-ils d'une sorte de conserves qu'ils appellent yeux pour la neige, et qui consistent en deux pièces de bois ou d'ivoire disposées de façon à s'accommoder aux yeux qu'elles recouvrent complètement. Chaque pièce présente une fente étroite à travers laquelle on peut voir distinctement tous les objets (1). Cet appareil les préserve de la cécité due à la neige (snow-blindness), ou à la réflexion intense des rayons du soleil, et qui reconnaît probablement pour cause une inflammation lente de la rétine.

Traitement. — Les cas de réduite chronique sont parfois aggravés par les stimulants et les toniques, tandis que les déplédfs employés avec modération et fréquemment répétés sont souvent utiles, de même qu'un léger traitement mercuriel. Les révulsifs paraissent quelquefois nuisibles. Le malade doit ménager ses yeux, renoncer à ses mauvaises habitudes, et, s'il le peut, essayer les effets de l'air de la campagne et de l'exercice (2).

SECTION XXXIII

RÉTINITE PRODUITE PAR LA LACTATION TROP PROLONGÉE. (uNDUE LACTATION.)

Les praticiens sont souvent consultés par les femmes qui nourrissent, pour une diminution de la vision à laquelle les malades donnent le nom de faiblesse des yeux. Le plus souvent cette affection consiste en une véritable inflammation chronique de la rétine. Presque tous les autres tissus de l'œil peuvent néanmoins être pris, de sorte qu'on pourrait la considérer comme une ophlhalmitis, si elle n'avait généralement plus de tendance à se terminer simplement par une amaurose, qu'à offrir cette désorganisation générale de l'organe de la vision à laquelle on a réservé le nom d'ophthalmitis. M. Middlemore (5) décrit cette affection comme attaquant principalement le bord des paupières et la conjonctive; il la désigne sous le nom ^irritable ophthalmia. Le

n'abusent pas du tabac constituent de nos jours une infime minorité; on n'aperçoit cependant point d'augmentation correspondante dans le nombre des opbthalmiques, et les fumeurs n'en sont pas plus fréquemment atteints que les autres, il y a largement autant de maladies d'yeux parmi les femmes, qui ne fument point, que parmi les hommes. T. W. ]

(1) Les yeux à neige accroissent aussi le pouvoir de la vision, ce qui fait que les Esquimaux y ont mécaniquement recours lorsqu'ils veulent distinguer un objet éloigné. On a donné des descriptions diverses de la fente ou des fentes qu'offrent ces instruments. Quelques-uns, en effet, prétendent qu'il n'y en a qu'une seule longue et étroite à chaque pièce oculaire ; d'autres disent qu'au contraire il yen a deux à chacune, d'un quart de pouce de long. Il est probable que cela est réglé par la fantaisie de celui qui fait'usage de l'instrument.

(2) Consultez sur la rétinite : Hockeiv. Transactions of the Provincial Médical and Surgical Association, vol. XIII, p. 241. London, 1845.

(5) Treatise on the Diseases of the Eye, vol I, p. 297. London, 1835.

7 S 0PHTHALM1ES.

docteur Nasse (1) la considère comme étant surtout une inflammation de la cornée, et le docteur Ashwell (2) comme une amaurose.

La maladie peut n'affecter qu'un seul œil, mais ordinairement elle les attaque tous deux. Il existe une irritation générale évidente autour des organes de la vision ; les paupières sont un peu gonflées et leurs bords rouges. La conjonctive, surtout dans sa portion palpébrale, est le siège d'une inflammation calarrhale, le plus souvent légère, mais suffisante pour produire le matin l'adhésion des paupières. Il y a souvent un certain degré de sclérotitis rhumatismale, accompagné de douleurs lancinantes dans le globe de l'œil et la région orbitaire. La rougeur de la conjonctive ou de la sclérotique est rarement considérable. Les symptômes externes de la maladie revêtent assez souvent la forme de la conjonctivite phlycténulaire ; il y a alors de la photophobie, et la cornée commençant à se prendre, présente vers son centre un petit dépôt opaque qui se transforme souvent en ulcère. La malade se plaint de mouches volantes, et d'un tel obscurcissement de la vue, qu'elle ne peut même distinguer les lettres d'une page de titre. La perte de la vision s'étend quelquefois jusqu'à mettre dans l'impossibilité de distinguer une personne dune autre. D'abord la pupille est contractée, mais après un certain temps elle se dilate et devient un peu paresseuse; en même temps la cornée et la sclérotique cèdent facilement sous le doigt qui les presse, et c'est là un signe diagnostique de la rétinite auquel on doit ajouter une grande importance. Le pouls est petit et fréquent, et la malade se plaint de malaise et de faiblesse générale; elle est amaigrie. L'inappétence, le dérangement des fonctions intestinales, des frissons, des rougeurs subites de la face, de la céphalalgie, des vertiges, une sensation de tiraillement dans le dos, et la diminution de la sécrétion laiteuse, accompagnent généralement cette affection.

Il est rare de rencontrer de très jeunes femmes atteintes de rétinite à la suite d'une lactation trop prolongée. Celles qui en sont atteintes ont généralement dépassé la trentaine, et ont eu plusieurs enfants qu'elles ont nourris longtemps. Quand elles commencent à se plaindre de l'état de leurs yeux, on constate qu'elles ont presque toujours nourri depuis plusieurs mois, de douze à dix-huit; mais le mal peut aussi survenir peu de temps après qu'elles ont commencé à nourrir, ou d'autres fois seulement après qu'elles ont sevré leurs enfants. Elles disent quelquefois qu'elles n'ont jamais été robustes, et qu'elles ont toujours eu les yeux faibles pendant qu'elles nourrissaient. Elles sont souvent en proie à la diathèse scrofuleuse ou rhumatismale, et présentent des signes évidents qui annoncent que leur sang est appauvri et irrégulièrement distribué. Assez souvent elles ont été atteintes de chlorose avant leur mariage, ou affaiblies par une hémorrhagie ou un écoulement leucor-

(1) Ammon's Monatsschrift, vol. III, p. 622. Leipzig, 1840.

(2) Praclical Trealise on Ihe Diseuses peculiar to Women, p. 725. London, 1844.

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